03.07.2011
La persécution des rabbins en Israël et l’art d’écrire sur la loi juive, Pierre Itshak Lurçat
Israël, une démocratie totalitaire ?
« Démocratie totalitaire » - ce concept forgé par le politologue Jacob Talmon dans les années 1950 permet de comprendre un des aspects cruciaux du Kulturkampf déjà ancien, qui se fait à nouveau jour à travers l’affaire de l’arrestation des rabbins Dov Lior et Yaacov Yossef, et du conflit de valeurs fondamental qui ressurgit à cette occasion avec une intensité qui relègue presque au second plan la flottille de Gaza. Israël est en effet confronté, depuis sa renaissance en tant qu’Etat (et même avant 1948) à un double conflit, dont les deux éléments sont étroitement liés et interdépendants. Le premier oppose le Yichouv, puis l’Etat hébreu à ses voisins et à leurs alliés de l’intérieur et de l’extérieur. Le second est le conflit entre les tenants d’un Etat juif et les partisans d’un Etat de « tous ses citoyens ».
L’observateur, même le moins averti, de la vie politique israélienne – dont la complexité ne peut être déchiffrée sans connaître l’histoire du sionisme au cours des cent dernières années – ne peut en effet qu’être frappé par le parti-pris des médias israéliens et par l’injustice flagrante de l’arrestation des rabbin Dov Lior et Yaacov Yossef, accusés d’avoir donné leur imprimatur à un ouvrage de halakha soupçonné de « racisme », alors même que les universités israéliennes sont le principal vivier d’où sortent les contempteurs les plus radicaux du sionisme et de l’Etat d’Israël et les organisateurs du boycott antijuif sur la scène internationale, sans que le moindre professeur israélien antisioniste ait jamais été inquiété par la police israélienne pour ses opinions radicales et potentiellement meurtrières !
L’explication de cet état de fait est simple : si les membres de l’establishment judiciaire israélien et des élites médiatiques ne protestent pas contre les déclarations des professeurs antisionistes des universités de Beershéva ou de Haïfa, c’est parce que leurs opinions sont à peu de choses près conformes aux leurs... Aharon Barak, un des hommes qui a le plus contribué à former le visage des élites israéliennes actuelles et un des plus farouches opposants au caractère juif de l’Etat, est en effet – peu de gens le savent – un ami intime du juge Richard Goldstone… J’ai décrit ailleurs le rôle néfaste joué par le juge Barak, notamment au moyen de la « révolution constitutionnelle » dont il fut le promoteur.
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