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postsionisme

  • Une nouvelle guerre civile israélienne ?

     

    Dans la paracha que nous lirons demain, nous assistons aux retrouvailles émouvantes entre Joseph et Yehouda, qui scellent la réconciliation entre les frères ennemis. Mais cet épisode de l'histoire biblique ne signifie pas que les différends internes au peuple juif auraient miraculeusement pris fin. Toute notre histoire est en effet jalonnée par les scissions, les conflits idéologiques ou politiques, qui ont parfois pris la figure d'affrontements sanglants et d'une véritable guerre civile intrajuive. L'histoire moderne d'Israël – depuis les débuts du sionisme politique jusqu'à la création de l'Etat et au-delà – est elle aussi marquée par des conflits incessants, dont nous vivons aujourd'hui le dernier épisode en date.

     

    Shavei SHomron.jpgLa mort tragique d'un habitant de Chavé Chomron – localité juive portant le nom tellement évocateur et lourd de sens de "Ceux qui reviennent en Samarie", construite sur les ruines de l'antique ville de Chomron, ancienne capitale du royaume de Judée – tué par des assassins arabes à 500 mètres d'un barrage militaire supprimé sur ordre du ministre de la Défense, en signe de "bonne volonté" pour récompenser les Palestiniens (de quoi ?) et pour plaire aux Américains, est la dernière et tragique illustration de l'aveuglement des dirigeants israéliens – de droite comme de gauche, car Barak et Nétanyahou sont exactement du même avis – lorsqu'ils font passer la guerre politique contre leurs opposants avant l'impératif vital de défense de tous les citoyens d'Israël.

     

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    Plus de quatre ans après le traumatisme de l'expulsion des familles juives du Goush Katif – dont beaucoup sont toujours privées d'habitation – sur l'ordre du Premier ministre Ariel Sharon, qui se trouve toujours entre la vie et la mort, comme s'il avait été frappé d'un terrible chatiment divin, les leçons de cet épisode tragique n'ont pas été tirées. Bien au contraire : le ministre de la Défense Ehoud Barak voudrait, avec l'encouragement des élites postsionistes qui dirigent les principaux médias et la Cour suprême, parachever la sinistre entreprise de déjudaisation du cœur historique et spirituel d'Eretz Israël, en expulsant des milliers de familles juives de Judée et de Samarie pour édifier, à D. ne plaise, un nouveau Hamastan à quelques kilomètres de Tel Aviv et de Jérusalem...

     

    tanktef.jpgL'avenir dira si ces projets funestes aboutiront, ou si le peupe d'Israël, hostile dans sa majorité à cette politique, parviendra à les contrecarrer. Le récent débat sur les yechivot hesder a montré une nouvelle fois que les forces vives de la nation – ces jeunes hommes qui allient l'étude de la Torah au service militaire dans les unités d'élite – sont devenus l'ennemi à abattre pour l'establishment politique incarné par les deux Barak. En voulant utiliser nos soldats pour ses basses besognes politiques, Ehoud Barak détruit non seulement les meilleures unités de Tsahal, qui se sont illustrées et ont versé leur sang au Liban en 2006 et à Gaza il y a un an, mais il risque aussi de détruire toute notre armée et d'entamer l'esprit de sacrifice des meilleurs de nos fils. Un récent sondage a montré que la majorité des Israéliens considéraient les habitants de Judée-Samarie comme les nouveaux Hasmonéens. Prions pour que l'esprit des Makkabim triomphe encore une fois contre celui des Mityavenim et contre la volonté autodestructrice d'une partie des élites israéliennes ! Netsa'h Israël lo-Yishaker.

    Itshak Lurçat

     

  • Shlomo Sand : déconstruire le peuple Juif

    Le négationnisme « soft » d'un nouvel historien israélien

     

    Pierre I. Lurçat

      

    Au printemps 2001, en pleine Intifada des banlieues, un hebdomadaire français affichait sur les murs de Paris son titre provocateur : « Les Juifs ont-ils un avenir ? » Il ne s'agissait toutefois pas d'un énième dossier consacré aux « Juifs en France » – véritable marronnier d'une certaine presse – mais du lancement tapageur d'un ouvrage écrit par deux historiens de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales) : Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Sept ans plus tard, l'EHESS frappe une nouvelle fois, et encore plus fort : un de ses professeurs, israélien de surcroît, publie chez Fayard un livre intitulé Comment le peuple juif fut inventé.

     

    L'auteur, Shlomo Sand, est  spécialiste d'histoire contemporaine et n'a jamais rien publié sur l'histoire des Juifs, ce qui pourrait inciter à traiter par le silence et le mépris son livre provocateur. Mais ce serait une erreur, notamment pour la raison que les ennemis d'Israël de tous bords ont réservé à ce livre un accueil triomphal. Avant même sa parution en France (en septembre 2008), il était ainsi annoncé sur de nombreux sites Internet propalestiniens, altermondialistes ou trotskistes. A la rentrée 2008, il fit l'objet d'un grand article dans Le Monde Diplomatique, et d'une émission élogieuse sur France Inter (celle de Daniel Mermet, ce qui n'étonnera guère les lecteurs de notre revue). Des traductions sont annoncées dans une douzaine de langues, y compris l'arabe...

     

     

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    Shlomo SAND

     

    I. Shlomo Sand, un historien anonyme en quête de gloire médiatique

     

    L'examen attentif du curriculum publié par Sand sur le site de l'université de Tel-Aviv (où il enseigne) ne laisse apparaître aucun indice permettant de deviner son intérêt pour l'histoire juive. Il indique que ses principaux thèmes d'enseignement sont les relations entre cinéma et histoire (objet de son livre Cinéma et mémoire paru en 2002 en hébreu), l'histoire intellectuelle française (objet de la plupart de ses publications) et la nation et le nationalisme (thème de son livre Les mots et la terre). Mais dans une longue interview au quotidien Ha'aretz ¹, à l'occasion de la parution en Israël de son livre Comment le peuple juif fut inventé, Sand explique ses motivations.

     

    Lorsque le journaliste de Ha'aretz lui demande quelle est sa compétence pour écrire sur des périodes aussi longues, sur lesquelles il ne dispose d'aucune aptitude particulière (son livre retrace l'histoire du « non peuple » juif depuis la destruction du Temple jusqu'à nos jours...), Sand a cette réponse étonnante : « Il est vrai que je suis un historien [spécialisé dans l'étude] de la France et de l'Europe, et pas de la période ancienne... Je savais qu'en commençant à traiter de ces périodes, je m'exposais aux critiques virulentes des historiens spécialisés... Mais je me suis dit que je ne pouvais pas me contenter d'étudier l'historiographie moderne, sans examiner les faits qu'elle décrit... Si j'avais continué à m'occuper de la France, j'aurais peut-être obtenu une chaire à l'université et une gloire provinciale. Mais j'ai décidé de renoncer à la gloire ».

     

    La fausse modestie affichée par Sand peut prêter à sourire. Car il n'est pas naïf au point d'ignorer que son livre – au titre provocateur – allait attirer sur lui les feux des projecteurs médiatiques. Mais il y a bien quelque chose de vrai dans cette déclaration hypocrite. En abandonnant ses thèmes de recherche traditionnels (Sorel, le fascisme en France, l'histoire intellectuelle européenne) pour publier un livre sur « l'invention » du peuple Juif, Sand quitte son rôle d'universitaire, pour assumer celui du polémiste et de l'intellectuel médiatique. Ce faisant, il troque une hypothétique reconnaissance universitaire, acquise au prix d'un labeur patient étalé sur de longues années, contre une gloire médiatique plus facile à acquérir, mais aussi plus éphémère. (Son parcours ressemble à cet égard à celui de l'historienne Esther Benbassa, elle aussi universitaire anonyme, qui a acquis la notoriété dans les médias français lorsqu'elle a quitté le terrain de l'histoire pour s'aventurer sur celui de l'actualité brûlante, devenant une contemptrice virulente de l'État d'Israël et de la communauté juive ²).

     

     

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    Esther Benbassa

    Mais cette fausse modestie dissimule mal l'incroyable prétention et l'hybris intellectuelle de l'historien de Tel-Aviv, qui n'a pas échappé au journaliste de Ha'aretz : « A la différence des autres 'nouveaux historiens', qui ont tenté de s'attaquer aux hypothèses de l'historiographie sioniste, Sand ne se contente pas de remonter à 1948 ou aux débuts du sionisme, mais il remonte en fait plusieurs milliers d'années en arrière ». C'est sur cette « houtzpa » intellectuelle caractéristique des nouveaux historiens que je voudrais m'arrêter à présent.

     

     

    II. Les nouveaux historiens : hybris intellectuelle et falsifications historiques

     

    Les nouveaux historiens se présentent comme les premiers à avoir étudié de manière objective et véritablement scientifique l'histoire du conflit israélo-arabe, le sionisme, voire l'histoire juive tout entière (dans le cas de Sand). Cette prétention incroyable révèle une bonne dose de « houtzpa », d'orgueil intellectuel, et aussi une présentation falsifiée de l'historiographie juive. La « houtzpa » caractéristique des nouveaux historiens apparaît par exemple dans cette citation de Tom Segev, qui conteste l'appellation de « nouveaux historiens » en lui préférant celle de « premiers historiens » ³ :

     

    A mon avis, il serait encore plus judicieux de considérer la plupart de ces gens comme des 'premiers historiens' : ils travaillent en effet dans un pays où il n'existait pas de véritable historiographie. Ce dont le pays disposait, c'était d'un dogme mythologique... C'est pourquoi il faut parler d'une première génération d'historiens, des historiens qui explorent des terres vierges...

     

    On retrouve la même hybris chez Sand, lorsqu'il répond au journaliste de Ha'aretz, qui lui demande comment il est parvenu à la conclusion que les Juifs d'Afrique du Nord étaient à l'origine des berbères qui se sont convertis :

     

    Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes étaient apparues en Espagne. Et ensuite j'ai réalisé que Tariq Ibn Ziyad, commandant des armées musulmanes qui conquirent l'Espagne, était un Berbère, et que la plupart de ses soldats étaient des Berbères... Il existe plusieurs sources chrétiennes affirmant que les conquérants de l'Espagne étaient des convertis juifs.

     

    Cette réponse déroutante laisse apparaître l'absence de rigueur intellectuelle du raisonnement de Sand. A partir d'une question ingénue et presque naïve (d'où viennent les Juifs d'Afrique du Nord), il parvient à une conclusion radicale (ce sont tous des convertis), en se fondant sur des sources chrétiennes. On retrouve ces procédés intellectuels peu rigoureux dans tout le livre et aussi chez d'autres nouveaux historiens, comme l'a démontré Ephraim Karsh, un des premiers à avoir démonté les raisonnements trompeurs des nouveaux historiens 4. Comme l'explique Karsh, « un examen attentif montre que [Benny] Morris et les autres nouveaux historiens ont entrepris une falsification systématique des preuves ». Il donne pour exemple le cas d'une lettre de Ben Gourion à son fils, dans laquelle le dirigeant sioniste écrit (en 1937) : « Nous ne souhaitons pas expulser les Arabes pour prendre leur place ».

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    Benny MORRIS

     

    Dans le livre La naissance du problème des réfugiés palestiniens, toutefois, la citation de Ben Gourion devient, sous la plume de Morris : « Nous devons expulser les Arabes pour prendre leur place... » Cet exemple est le plus flagrant, mais il est loin d'être le seul ! Curieusement, fait observer Ephraim Karsh, la traduction tendancieuse (ou plus exactement la trahison) du texte de Ben Gourion figure uniquement dans la version anglaise originale du livre (publiée en 1989), alors que dans sa version ultérieure en hébreu, Morris a rétabli les propos authentiques de Ben Gourion, se doutant que les lecteurs israéliens seraient plus attentifs à ce petit « détail »...

     

     

    III. Déconstruire le peuple Juif : le négationnisme soft de Shlomo Sand

     

                L'argumentation de Shlomo Sand, dans son livre Comment fut inventé le peuple juif, peut être résumée ainsi : le « peuple juif » est une invention de l'historiographie sioniste (et proto-sioniste) ; la diaspora juive est une invention fondée sur un mythe chrétien ; le judaïsme s'est propagé par la conversion ; les Juifs d'Afrique du Nord sont des Berbères convertis ; les Ashkénazes sont des descendants des Khazars. On se doute bien, en lisant cette énumération d'affirmations pseudo-historiques, qu'il s'agit d'un raisonnement idéologique et non pas de découvertes fondées sur le réexamen des sources. Car en fait de découverte, le nouvel historien S. Sand n'a, lui,  rien inventé... Il l'avoue d'ailleurs, dans l'émission de Daniel Mermet : « Je me suis contenté de réorganiser le savoir ».

     

    Sa thèse centrale – l'invention du peuple juif – est en effet celle énoncée par l'OLP à l'article 20 de sa Charte, qui proclame que le judaïsme étant une religion uniquement, les Juifs ne sauraient avoir de droits légitimes en terre d'Israël. Les autres arguments qui viennent étayer et « démontrer » cette thèse sont tous empruntés à différents auteurs. Ainsi, l'idée que les Juifs ashkénazes seraient les descendants des khazars était largement répandue au XIXe et au XXe siècles, et elle a été employée par certains diplomates anglais pour s'opposer aux revendications sionistes 5.

     

    La réfutation de chacun des arguments de Sand pourrait faire l'objet d'un livre entier. Contentons-nous, dans le cadre restreint du présent article, de faire une observation générale sur la méthode « historique » de S. Sand et des autres nouveaux historiens. La thèse défendue dans Comment le peuple juif fut inventé est énoncée dès le début du livre (et dans son titre même). C'est dire qu'il ne s'agit pas de la conclusion de ses recherches, mais bien du point de départ de toute sa construction. Sand, en effet, comme d'autres nouveaux historiens, part de la conclusion pour bâtir ensuite tout son édifice idéologique, afin d'en apporter la « preuve ». Ce renversement logique et méthodologique est caractéristique de l'écriture des nouveaux historiens.

     

    Contrairement à l'image avantageuse que les nouveaux historiens veulent donner d'eux-mêmes – celle d'explorateurs abordant les contrées encore vierges de l'histoire juive et israélienne – ils ne « découvrent » en effet que les faits historiques (avérés, supposés ou totalement imaginés comme dans l'exemple de la lettre de Ben Gourion précitée) qui viennent appuyer leur thèse, c'est-à-dire la négation du sionisme, et du peuple juif (dans le cas de Sand). Ils ne sont donc pas des historiens, au sens propre, mais plutot des idéologues, voire des propagandistes. Les historiens véritables, eux, sont souvent beaucoup moins affirmatifs dans leur présentation des faits historiques. On en donnera un seul exemple, qui concerne l'histoire des Juifs ashkénazes (que Sand décrit comme les descendants des Khazars). Théodor Reinach, auteur d'une Histoire des Israélites parue en 1884, ne craignait pas d'écrire que « nous ne savons pas comment les Juifs sont arrivés [en Europe] ni d'où ils venaient ». On chercherait en vain, dans toute la construction idéologique de Shlomo Sand, la trace d'une telle modestie intellectuelle.

     

     

    IV. Saper les fondements de l'État d'Israël et de l'Occident

     

    Le thème de Comment le peuple juif fut inventé se trouve déjà, en filigrane, dans un autre livre de Shlomo Sand, Les mots et la terre, où il est abordé de manière moins systématique et moins péremptoire. A partir d'une réflexion sur le concept d'exil (« galout ») et sur son rôle dans la littérature et la pensée sioniste, Sand en arrive à contester l'existence du peuple juif. « L'ancien mythe tribal de la 'semence d'Abraham' – écrit-il notamment – est devenu une "vérité scientifique juive"... A partir de là, le concept "d'exil" a commencé à induire l'idée selon laquelle les juifs de l'ère moderne sont les descendants biologiques directs des "enfants d'Israël"... L'invention du "peuple juif" deux fois millénaire était lancée ». On comprend, en lisant les différents articles qui constituent ce livre, que Sand n'a rien d'un historien, et que sa construction idéologique ne vise pas tant à réécrire l'histoire (projet partagé par tous les « nouveaux historiens ») qu'à déconstruire l'histoire juive, et au-delà même, les fondements de l'Occident judéo-chrétien.

     

    Le style universitaire et les nombreuses références ne doivent en effet pas faire illusion : Shlomo Sand est avant tout un militant, au service d'une cause radicale. Il cherche explicitement, dans sa déconstruction de l'histoire juive, du concept même de « peuple juif » (auquel il substitue le « peuple yiddish », curieux néologisme désignant les communautés juives ashkénazes avant la Shoah, dans une vision esthétisante empreinte d'idéologie bundiste) et des fondements de l'existence nationale juive, à détruire toute justification à l'existence de l'État d'Israël. Car si le peuple juif n'existe pas, l'État juif n'a pas lieu d'exister (sans parler des conséquences d'une telle conclusion pour les chrétiens). L'entreprise post-sioniste de Sand et des autres nouveaux historiens rejoint ainsi l'assaut post-moderne contre le judaïsme et contre les fondements de la civilisation occidentale.

     

    Conclusion : sociologie néo-marxiste et propagande palestinienne

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    Warschawski

     

    Il n'est pas anodin que l'inspirateur de certains des thèmes principaux du livre de Sand soit un sociologue, Uri Ram 7 , et non un historien. Chronologiquement, et méthodologiquement, les nouveaux historiens israéliens ont en effet été devancés par les « nouveaux sociologues ». C'est à Ram que Sand emprunte l'idée que les historiens sionistes seraient des « agents du pouvoir ». Mais cette idée-phare qui revient comme une obsession chez les sociologues – souvent marxistes ou néo-marxistes – cités par Shlomo Sand, peut aussi bien s'appliquer à son propre parcours. L'historien du fascisme européen, qui dit avoir « renoncé à la gloire » pour s'attaquer au thème de l'histoire juive, est en effet devenu un vecteur de la propagande propalestinienne en Europe. Promu au rang d'ambassadeur officieux de la cause palestinienne, il donne régulièrement des conférences en France, aux côtés de Michel Warschawski 6, autre renégat israélien qui a été condamné à plusieurs mois de prison pour soutien au terrorisme du FPLP... Récemment encore, Sand participait à une conférence intitulée « Palestine : exister c'est résister », organisée par la municipalité de Sainte-Tulle, en hommage au « grand poète palestinien » Mahmoud Darwish. L'historien de Tel-Aviv, négateur de l'existence du peuple juif, est devenu un agent de la propagande au service du « peuple palestinien ».

    Pierre I. Lurçat

     

    Article paru dans France-Israel Information

     

    Notes

    1. Cette interview a été traduite en français sur le site www.protection-palestine.org.

    2. Je renvoie à ce sujet à mon article, « Esther Benbassa, hasard et nécessité médiatique », publié dans la revue Controverses, no. 4, février 2007.

    3. Segev cité par D. Vidal, in Le péché originel d'Israël, Editions de l'Atelier.

    4. Voir Ephraim Karsh, « The 60-Year War For Israel's History », www.jewishpolicycenter.org/pf.php?id=109

    5. Voir à ce sujet Robert Wistrich, « Antisemitism Embedded in British Culture », Jerusalem Center for Public Affairs, No. 70, juillet 2008.

    6. Sur Warschawski, je renvoie  à mon article, « Michel Warschawski : s'identifier à l'ennemi d'Israël », publié dans la revue Controverses, no. 4, février 2007.

    7. Sociologue de l'université Ben Gourion du Néguev.

     

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  • Hébron et la haine des origines, Pierre I.Lurçat

    "Ce serait une erreur terrible de ne pas repeupler Hébron, voisine et sœur aînée de Jérusalem, et de ne pas y faire venir le plus grand nombre possible de Juifs". Qui a dit cela ? Le rabbin Levinger ? Ou peut-être Daniella Weiss ? Ni l'un ni l'autre : il s'agit de David Ben Gourion, comme le rappellait récemment le journaliste Nadav Shragai dans les colonnes d'Haaretz ¹. En lisant cette déclaration de l'ancien Premier Ministre, juif laïque par excellence, mais dont la Bible était le livre de chevet, on mesure combien le consensus sioniste autour d'Eretz Israël s'est effrité avec le temps et combien se sont répandues l'ignorance, l'indifférence et la détestation, parmi les élites intellectuelles, politiques et médiatiques israéliennes, à l'égard de la ville qui fut la première capitale du Royaume de David. Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

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    Au-delà de ses aspects juridiques et politiques, l'affaire du "Bayit ha-Shalom" (la "Maison de la Paix") de Hébron est révélatrice d'une dimension fondamentale, et souvent méconnue, du conflit interne qui divise le peuple juif et l'Etat d'Israël. Pour comprendre la décision du ministre de la Défense, Ehoud Barak, prise avec l'aval de la cour suprême, d'ordonner l'expulsion violente des familles juives vivant pacifiquement dans cette maison – achetée au prix fort et située en un endroit stratégique (sur la route qui relie la ville juive de Kyriat Arba et le Caveau des Patriarches) – il faut la replacer dans le cadre de ce qui constitue le cœur même du "Kulturkampf" israélien, qui ressemble de plus en plus, ces dernières années, à une guerre entre Juifs : la haine des origines.

     

    Hébron au cœur du Kulturkampf israélien

     

    Israël est un tout petit pays, dont la largeur ne dépasse pas 80 km. Mais les distances qui séparent certains lieux sont incommensurablement plus grandes que celles mesurées sur une carte. Et la distance entre Hébron et Tel-Aviv est encore beaucoup plus grande que celle qui sépare Tel-Aviv et Jérusalem. Dans son chef d'œuvre publié en 1945, Tmol Shilshom ("Hier et avant-hier", traduit en français sous le titre "Le chien Balak"), l'écrivain israélien S. J. Agnon décrivait l'opposition entre Jérusalem, ville trimillénaire symbole de la Tradition et du "Vieux yishouv", et Tel-Aviv, ville nouvelle édifiée sur le sable par les pionniers du sionisme laïc. Cette opposition fondamentale s'est perpétuée jusqu'à nos jours, de même que les sentiments d'étrangeté, d'indifférence et d'hostilité d'une grande partie des élites sionistes et israéliennes envers la capitale du peuple Juif, qui se sont manifestés récemment encore lors des élections municipales. Mais dans le cas de Hébron, cette hostilité est bien plus marquée et prend des formes presque pathologiques, comme en attestent les récentes déclarations de plusieurs dirigeants israéliens, ou la manière dont les médias crient au "pogrome" (anti-arabe, bien entendu) chaque fois que des Juifs de Hébron ont une altercation avec leurs voisins arabes...

     

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    Cette haine de Hébron n'est pourtant pas propre aux dirigeants israéliens actuels, et elle transcende les clivages politiques traditionnels. Elle caractérise en fait l'attitude de certains Juifs qui refusent d'assumer leur vocation et qui voient dans la Cité des Patriarches une menace pour leur désir de ne pas être Juif, ou encore d'incarner un "Nouveau Juif", coupé de ses racines, de la Tradition et de l'héritage transmis par la chaîne des générations, qui remonte jusqu'aux Patriarches. Tout ce que Hébron symbolise, précisément... En effet, le conflit essentiel qui divise et déchire la société israélienne aujourd'hui n'est peut-être pas tant celui qui oppose Juifs et Arabes, ou Juifs de gauche et de droite, ou encore Juifs religieux et Juifs laïques... Il est plutôt celui qui oppose, pour reprendre la terminologie pertinente de J.C. Milner, les "Juifs d'affirmation" et les "Juifs de négation" ².

     

    Le projet sioniste, on le sait, est traversé tout entier par une ambivalence fondamentale, présente dès l'origine du mouvement politique créé par Herzl (et l'attitude du "Visionnaire de l'Etat" a souvent été mal comprise, voire déformée à dessein à des fins idéologiques, comme l'a montré brillamment Georges Weisz ³), et qui se trouve jusqu'à aujourd'hui au cœur du débat politique et intellectuel. Cette ambivalence tient au fait que le sionisme politique se définit tantôt comme la continuation de l'histoire juive, et tantôt comme sa négation (négation de l'exil, du judaïsme diasporique, voire du judaïsme tout entier, comme chez le mouvement "cananéen").

     

    C'est dans ce contexte que l'on doit examiner la récente affaire de Hébron, dont l'enjeu dépasse de loin, on s'en doute, celui de la propriété d'une maison. Cette affaire – je l'ai écrit avant son issue tragique, mais provisoire – est avant tout politique, malgré l'habillage "juridique" que veulent lui donner ceux qui prétendent toujours parler au nom du "Droit" (oubliant que les pires ennemis d'Israël, à toutes les époques, ont eux aussi invoqué le Droit pour justifier leurs crimes, et que la notion hébraïque du Droit, le "Tsedek", ne se confond jamais avec un instrument de l'arbitraire du pouvoir). Mais à un niveau encore plus profond, au-delà du politique, il s'agit d'une affaire d'identité, à la fois collective et individuelle. Ce n'est pas un hasard si les dirigeants du parti postsioniste Kadima – créé de toutes pièces par Ariel Sharon et Shimon Pérès sur les ruines du Likoud et du parti travailliste – avaient déjà, il y a quelques années, fait de la haine de Hébron un élément central de leur politique.

     

    Guy Sorman, un alterjuif en visite à Hébron

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    Sorman : L'Etat d'Israel est une erreur

     

    Dans un numéro spécial de la revue Controverses consacré aux "Alterjuifs", j'ai analysé le cas d'un intellectuel juif français, dont la détestation d'Israël s'est manifestée pour la première fois, comme il l'avoua lui-même avec une franchise étonnante, à l'occasion d'un voyage à Hébron 4 . Guy Sorman, essayiste talentueux et Juif déjudaïsé, raconte dans son livre Les Enfants de Rifaat, qui relate son périple à travers le monde arabo-musulman, comment il a "découvert" que l'Etat d'Israël était "voué à disparaître"... Dans le chapitre intitulé "Fin du peuple juif", Sorman fait cette déclaration apparemment étonnante : "Avant Hébron, je ne m'étais jamais trop interrogé sur l'Etat d'Israël... Depuis Hébron j'ai une conviction bien ancrée : l'Etat d'Israël est une erreur historique, les Juifs n'avaient pas vocation à créer un Etat". Pour justifier cette conclusion extrême, l'intellectuel raconte cette anecdote :

     

    "Etes-vous juif?" Au cours de ma déjà longue existence protégée d'intellectuel français né après l'Holocauste, cette question ne me fut jamais posée qu'une seule fois, sur un mode agressif. C'était en Palestine [sic], en l'an 2000, à l'entrée de la ville d'Hébron... Le soldat était un Israélien d'origine éthiopienne : un Falacha, reconnu comme Juif en un temps où Israël manquait d'immigrés nouveaux pour meubler les bas échelons de la nation... A l'entrée du tombeau dit d'Abraham, il me fallut à nouveau arbitrer entre les trois confessions issues de cet ancêtre... Je fus un instant tenté par l'islam chiite ; mon compagnon palestinien m'en dissuada. Je m'en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race...

     

    Cette description de l'arrivée au caveau des Patriarches à Hébron est pétrie de préjugés anti-israéliens, auxquels se mêle une hostilité visible au judaïsme. La clé de cette attitude paradoxale est en effet la prise de conscience par Sorman de son judaïsme, destin inéluctable auquel il ne peut échapper (à défaut d'être une vocation librement assumée). Car le judaïsme n'est pas une simple "religion", à laquelle on pourrait renoncer en se déclarant athée... En entrant dans le caveau des Patriarches, Sorman comprend soudain la nature quasi-indestructible des liens qui l'unissent – malgré lui – à la nation juive et à son père fondateur, Avraham. Mais cette compréhension, loin de susciter un quelconque "retour au bercail", se traduit chez lui par une hostilité décuplée et par la conviction que les Juifs doivent "disparaître"...  Ainsi, la visite à Hébron fait de l'intellectuel déjudaïsé un Alterjuif, c'est-à-dire un Juif qui refuse d'être juif, et qui transforme sa haine de soi en arme polémique, à l'instar de la philosophe Simone Weil 5.

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    Le cas de Guy Sorman est révélateur, parce qu'il montre bien comment le rejet des origines conduit à douter de l'avenir d'Israël, et à remettre en cause le droit à l'existence de l'Etat juif. L'analyse du discours de Sorman et des autres "Alterjuifs" permet de comprendre la maladie qui atteint aujourd'hui une grande partie de l'establishment politique israélien : le refus d'assumer l'héritage national juif et la haine des origines. C'est en effet, avec parfois des différences de degré, la même attitude pathologique – qualifiée par le philosophe juif allemand Theodor Lessing de "haine de soi juive" – qui est à l'œuvre chez certains dirigeants actuels d'Israël : le refus d'être juif (qui conduisit Otto Weininger jusqu'au suicide) se traduit au niveau collectif et national par le refus d'assumer le destin collectif de l'Etat juif. La haine de Hébron – et à travers elle, la haine des origines de la nation juive – est le symptome le plus frappant de la pathologie suicidaire de ces élites israéliennes postsionistes.

     

    Notes

    1. Ha'aretz, 24/11/08.

    2. Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Verdier 2003, p.

    3. Voir le beau livre de Georges Weisz, Theodor Herzl, une nouvelle lecture, L'Harmattan 2006, récemment traduit en hébreu.

    4. Voir mon article "Guy Sorman et le souhait d'un monde sans Juifs", publié sous le nom de plume de David Kurtz, Controverses, février 2007.

    5. Je renvoie au livre très actuel de Paul Giniewski, Simone Weil ou la haine de soi, Berg International 1978.

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