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  • De Camp David à Oslo : comment le faux-messianisme de la paix s'est imposé en Israël, Pierre Lurçat

    (Extrait de mon livre La trahison des clercs d'Israël, qui vient de paraître chez La Maison d'Edition)

    "la trahison des clercs d'israël",osloLe soir fatidique du samedi 4 novembre 1995, des millions d’Israéliens ont entendu la voix grave d’Eytan Haber, directeur du cabinet de Rabin, déclarant dramatiquement à la radio : « Memshelet Israël modia be-tadema…» (« Le gouvernement israélien annonce avec stupéfaction…»). Le pays traversait alors des semaines d’angoisse et de colère, marquées par des attentats presque quotidiens et par le sentiment, partagé par de nombreux Israéliens, que le gouvernement d’Itshak Rabin et de Shimon Pérès était insensible aux victimes juives, civils innocents qui étaient comme sacrifiés sur l’autel de la « paix », devenue une sorte de Moloch exigeant chaque semaine son tribut sanglant.

     

    Cette période est déjà lointaine, et un narratif bien différent s’est imposé dans les médias français et internationaux et aussi, dans une certaine mesure, en Israël même, en vertu duquel on entend présenter les accords d’Oslo comme une occasion manquée pour la paix au Moyen-Orient, qui aurait été perdue lorsque les balles de l’assassin de Rabin ont « tué le processus de paix ». Ce narratif est mensonger parce que le processus d’Oslo n’est pas mort à Tel Aviv. Non seulement il s’est poursuivi après l’assassinat de Rabin, mais il a même perduré bien au-delà, aucun Premier ministre, y compris Benjamin Nétanyahou, n’ayant eu le courage de dire une fois pour toutes qu’Oslo était mort et que les accords cent fois violés par la partie palestinienne étaient nuls et abrogés.

     

    Le souci de vérité et d’exactitude oblige toutefois à reconnaître que le « processus de paix » - avec son cortège de morts, de mensonges et la réécriture concomitante de l’histoire en adoptant le point de vue palestinien, pour mieux faire accepter l’intronisation d’Arafat, puis de Mahmoud Abbas en « chefs d’État » – n’est pas né à Oslo. Yossi Beilin a certes été l’architecte des accords d’Oslo, avec son mentor Shimon Pérès et quelques autres, qui ont manipulé l’opinion publique israélienne, en faisant fi de l’opposition interne au parti travailliste et de la volonté du Premier ministre Rabin lui-même, demeuré jusqu’à son dernier souffle hostile aux conceptions de son rival historique.

     

     

    Mais le socle idéologique et psychologique sur lequel reposent les accords n’est pas apparu du jour au lendemain, comme la création ex nihilo d’une poignée d’universitaires et d’idéologues coupés des réalités du Moyen-Orient. En vérité, force est de reconnaître que le faux messianisme de la paix qui a triomphé à Oslo était déjà en germe dans la société israélienne et dans l’esprit de ses dirigeants depuis longtemps, et notamment depuis la guerre de Kippour. Les choix fatidiques de 1993 sont en grande partie la suite logique des événements dramatiques de l’automne 1973, et c’est le traumatisme de Kippour qui a mené à celui d’Oslo et à ses suites.

    "la trahison des clercs d'israël",oslo

     

    Le premier à avoir compris, dans le camp arabe, la transformation qu’avait subie l’État d’Israël au lendemain de la « guerre d’octobre » fut Anouar Al-Sadate. Un certain discours le présente aujourd’hui, à l’instar de Rabin, comme un « faucon devenu colombe ». Mais ce raccourci journalistique est faux et trompeur, pour l’un comme pour l’autre. Il faut relire le dernier discours de Rabin à la Knesset pour comprendre qu’il n’a jamais renié son passé ; et il faut relire le discours de Sadate à Jérusalem , pour comprendre qu’il est lui aussi resté fidèle à ses engagements et à sa vision, conforme à la doctrine politique de l’Égypte établie depuis la Révolution des officiers libres en 1952. Le plus farouche ennemi d’Israël, admirateur d’Hitler dans sa jeunesse , ne s’est pas transformé du jour au lendemain en ami des Juifs : il a tout simplement compris que la meilleure façon de vaincre Israël était de se servir de la paix comme d’un cheval de Troie pour affaiblir et diviser l’opinion israélienne, et pour obtenir par la négociation ce que les armées arabes n’avaient pu remporter sur les champs de bataille.

     

  • Israël 2014 : pour qui sonne le glas ? Nétanyahou et la prochaine guerre israélo-arabe

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    And therefore never send to know for whom the bell tolls; It tolls for thee” (John Donne)

    Je me trouvais hier soir devant la résidence du Premier ministre, Binyamin Nétanyahou, aux côtés d’une poignée de manifestants venus protester contre la décision du gouvernement israélien de libérer certains des terroristes auteurs d’attentats meurtriers les plus abjects commis au cours des 25 dernières années, pour « relancer le processus de paix… » Mise à part la satisfaction de retrouver Meir Indor, un homme remarquable qui dirige l’association Almagor, et celle d’écouter ma fille s’adresser aux médias – avec une ardeur et une fougue qui m’ont rappelé celles de mes vingt ans – il n’y avait rien de très réjouissant dans cette manifestation.

    Le plus déprimant était sans doute de voir que nous étions si peu : quelques membres des familles endeuillées par le terrorisme, des étudiants de l’association Im Tirtsou, et quelques passants… L’indifférence et la résignation avec laquelle le peuple d’Israël accepte cette décision inique et immorale est tout aussi désolante que l’absence quasi-totale de protestation au sein du gouvernement, de la Knesset et des grands médias.

    Si Itshak Rabin avait, en son temps, pris une telle décision, il aurait été qualifié de tous les noms et la droite toute entière, Nétanyahou en tête, serait descendue dans les rues pour le conspuer et pour protester contre la libération d’assassins de Juifs en Eretz-Israël… J’ai moi-même manifesté autrefois à de nombreuses reprises contre les accords d’Oslo et contre leurs instigateurs et je n’ai jamais eu la moindre sympathie pour Rabin et Pérès. Mais il faut reconnaître qu’Itshak Rabin avait au moins « l’excuse » de faire un pari, certes risqué et insensé, sur l’avenir… Nétanyahou n’a même pas cette excuse. Il a été le premier à dénoncer jadis les concessions faites au terrorisme, dans son livre sur le sujet, et il fait aujourd’hui exactement le contraire de ce qu’il écrivait et proclamait hier.

     

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    Manifestation contre la libération de terroristes


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  • Max Nordau, les Juifs et la Politique, Pierre Itshak Lurçat

    Réflexions sur l'anniversaire des accords d'Oslo

     

     

    "Le Juif n'apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n'achètera pas un parapluie simplement parce que des nuages s'amoncellent à l'horizon : il attendra d'être trempé et d'être atteint de pneumonie..."

    Max Nordau *

     

    Jabotinsky.jpgDans des pages inédites en français de son Autobiographie, le grand leader sioniste Jabotinsky faisait cette réflexion : les Juifs sont des gens très intelligents et capables de comprendre toute chose en profondeur, pourvu qu'elle ne concerne pas leurs intérêts nationaux en tant que Juifs... L'observation de la vie politique israélienne au cours des dernières années ne peut malheureusement que confirmer ce diagnostic : notre peuple peut se flatter de compter une proportion exceptionnellement élevée de savants et de Prix Nobel dans tous les domaines, sauf dans celui, crucial pour notre existence, de la science politique et de l'art de diriger une nation. Même s'il existait un Prix Nobel dans cette branche, je doute que nous y excellerions autant qu'en médecine ou en physique (il existe bien, il est vrai, un Prix Nobel de la Paix, mais le simple fait qu'il ait été décerné à l'architerroriste Yasser Arafat montre qu'il ne s'agit que d'une sinistre farce....

     

    Depuis le jour fatidique où Itshak Rabin a serré la main d'Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche, Israël a mis le doigt dans un engrenage fatal, qui s'est traduit par une litanie d'accords politiques ne valant pas le papier sur lequel ils étaient signés, accompagnée d'un cortège d'attentats, de sang et de larmes. L'aspect le plus tragique du "processus d'Oslo" est qu'il a créé un paradigme mensonger ("les territoires contre la paix") dont nous ne sommes pas sortis à ce jour, aucun dirigeant israélien, de gauche comme de droite (sauf peut-être Avigdor Lieberman) n'ayant eu le courage de dire "Stop ! Nous n'avons aucun territoire à donner, ni même à échanger contre une paix illusoire et hypothétique !"

     

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    Les accords d'Oslo, 13 septembre 1993 : un paradigme mensonger

     

    Le paroxysme de la stupidité et de l'aveuglement a été atteint il y a cinq ans, avec le "retrait unilatéral" de Gaza dont le génial architecte, Ariel Sharon, nous avait promis qu'il apporterait le calme et redorerait le blason d'Israël sur la scène internationale... C'est tout le contraire qui s'est produit. Ce qui n'empêche pas aujourd'hui notre ministre de la Défense, Ehoud Barak, de poursuivre sa guerre contre les habitants juifs de Judée-Samarie et de préparer un nouveau retrait, qui aurait pour conséquence de transformer la rive Ouest du Jourdain en un nouvel Etat arabe palestinien "judenrein", lequel deviendrait rapidement un second Hamastan.

     

     

    Apprendre des catastrophes

     

    max-nordau.jpgRencontrant Jabotinsky à Madrid pendant la Première Guerre mondiale, Nordau lui fit cette réflexion : les Juifs n'apprennent pas par des raisonnements rationnels, mais uniquement par des catastrophes. L'expérience amère des quinze dernières années montre pourtant que Max Nordau se trompait : les Juifs n'apprennent même pas par les catastrophes! Nos dirigeants actuels ne sont pas capables de tirer les leçons de leurs échecs catastrophiques – depuis Oslo jusqu'à Goush Katif – et d'empêcher la répétition des malheurs qui nous frappent, les mêmes causes produisant immanquablement les mêmes effets. Pourquoi ?

     

    Les raisons de cette situation tragique sont multiples : corruption politique et morale, pressions étrangères et intérieures (par le biais d'organismes comme le New Israel Fund), trahison des élites intellectuelles... Une autre raison, plus fondamentale, tient sans doute au manque d'expérience politique des Juifs : pendant les siècles de la galout, nous avons eu des Juifs conseillers des Princes, ministres et dirigeants de communautés, souvent fort intelligents et parfois brillants. Mais aucun Juif n'a eu la lourde responsabilité de veiller au destin de l'ensemble du peuple d'Israël, celui-ci étant dispersé et privé de direction politique. Aujourd'hui, alors que nous avons retrouvé notre Indépendance nationale après deux mille ans d'exil, notre plus grand problème est de trouver des dirigeants à la hauteur des tâches immenses qui leur incombent. Des dirigeants qui sachent assumer leurs responsabilités sans se bercer d'illusions et sans promettre vainement la paix et la sécurité, mais en faisant tout leur possible pour veiller aux destinées du Klal Israël.

     

     

    * Citation extraite de l'Autobiographie de Jabotinsky, en cours de traduction en français.

    [Article paru dans Jérusalem Aujourd'hui, publication du groupe ISRAEL MAGAZINE]

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