02.02.2012
"Nietzsche l'Hébreu": rencontre avec le professeur Yakov Golomb, Pierre Itshak Lurçat
Que pensait Nietzsche des Juifs ? Quelle fut l'influence du grand philosophe allemand sur plusieurs éminents penseurs et hommes de lettres, qui jouèrent un rôle décisif dans l'évolution culturelle et politique du judaïsme européen, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ? En quoi le sionisme politique est-il redevable à la pensée de Nietzsche ? La réponse à ces questions – qui peuvent paraître saugrenues au lecteur non averti – se trouve dans le dernier livre que vient de publier en Israël le professeur Jacob Golomb, "Nietzsche l'Hébreu". Ce livre n'est pas réservé aux seuls spécialistes de la philosophie, car son thème véritable, très actuel, est au cœur du combat pour l'identité culturelle de l'Etat juif : à savoir, la "transmutation des valeurs" opérée par les penseurs qui furent à l'origine de la création du sionisme politique. Rencontre avec un Juif nietzschéen.
Jacob Golomb me reçoit dans son appartement du quartier de Beit Hakerem, à Jérusalem. Dans sa bibliothèque très fournie, les écrits de Nietzsche côtoient ceux des penseurs sionistes et des grands philosophes européens. Golomb enseigne la philosophie à l'université hébraïque de Jérusalem, et il est devenu au fil des ans un spécialiste de Nietzsche, auquel il a consacré plusieurs ouvrages. Il a aussi édité ou traduit en hébreu de nombreux classiques de la philosophie européenne, comme Rousseau, Husserl, Sartre ou Lévinas. Golomb est né à Wroclav, en Pologne, en 1947, de parents rescapés de la Shoah qui avaient tous deux perdu toute leur famille. Il fait partie de ces enfants qu'une chercheuse israélienne a qualifiés de "bougies du souvenir" (ner zikaron) : enfants nés après la Shoah de parents qui avaient perdu tous leurs proches et ont voulu reconstruire leur vie, en fondant une nouvelle famille.
Yaakov Golomb
Mais Jacob Golomb préfère ne pas s'étendre sur ce sujet, pour entrer dans le vif du thème de notre entretien : son dernier livre, Nietzsche l'hébreu. Ce livre est le fruit d'une recherche approfondie, fondée notamment sur une bibliographie exhaustive de tous les livres et articles écrits en hébreu concernant le philosophe allemand, depuis 1892 (année de la parution du premier article sur Nietzsche, écrit par Micha Yosef Berditchevski) et jusqu'à nos jours. On constate que l'intérêt pour Nietzsche n'a pas faibli depuis cette époque lointaine, comme l'atteste le fait que la récente re-traduction en hébreu d'Humain, trop humain se soit vendue à 30 000 exemplaires. A la question de savoir ce qui justifie cet engouement pour le penseur allemand, Golomb me répond sans hésiter que la société israélienne se trouve, aujourd'hui encore, en plein processus de recherche d'identité, et que le thème de l'identité et de l'authenticité est précisément au cœur de l'œuvre nietzschéenne.
20:03 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nietzsche, juifs, sionisme
22.11.2011
Irène Némirovsky : commémorer une Juive antisémite ? - Pierre Itshak Lurçat
A l'occasion de la parution en poche des oeuvres complètes d'Irène Némirovky, je remets en ligne cet article paru il y a un an. P.I.L
"Il était petit, maigrichon, grelé, roux, clignait à tout moment ses yeux minuscules et roux eux aussi, avait le nez long et courbe et n'arrêtait pas de tousser". Cette description du Juif par Tourgueniev, dans son récit du même nom, m'est revenue en mémoire en lisant sous la plume de Myriam Anissimov comment Irène Némirovsky avait appris la technique romanesque chez l'écrivain russe. Elle a repris de son illustre aîné la manière de camper ses personnages, qu'elle créait et faisait vivre avec des précisions innombrables, avant même d'entamer l'écriture de son roman. Hélas, cet amour du détail et ce perfectionnisme psychologique n'ont pas leur pendant lorsqu'il est question des Juifs qui, sous sa plume, comme sous celle de son maître, demeurent des personnages falots, superficiels et caricaturaux, toujours détestables et moralement abjects, mais dénués de toute consistante ou de profondeur.
La polémique sur l'antisémitisme d'Irène Némirovsky vient de rebondir avec l'ouverture d'une exposition consacrée par le Mémorial de la Shoah à l'écrivain, dont la Suite française a connu un succès posthume inattendu, après son sauvetage miraculeux et sa parution en 2004. La vraie question n'est sans doute pas de savoir si Irène Némirovsky était antisémite (elle ne s'en cache pas du tout), que de comprendre quels étaient les ressorts de son attitude négative envers les Juifs. "Décrivant l'ascension sociale des Juifs", écrit M. Anissimov, "elle fait siens toutes sortes de préjugés antisémites… Sous sa plume surgissent des portraits de Juifs, dépeints dans les termes les plus cruels et péjoratifs, qu'elle contemple avec une sorte d'horreur fascinée…" Il s'agit donc d'un antisémitisme de plume, que Némirovsky a hérité de ses maîtres russes et qui va lui permettre de se faire une place dans le paysage littéraire de la France de la fin des années 1920 et du début des années 1930.
Les gros sabots russes de Tourgueniev
Olivier Philipponnat, biographe de Némirovsky (qui est aussi le commissaire scientifique de l'exposition du Mémorial) a certes raison d'observer qu'on ne peut juger Némirovsky à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui. Il faut, pour comprendre son personnage et son attitude envers ses origines, tenter de se replacer dans la France de l'entre-deux guerres, où l'antisémitisme faisait partie de la culture, à un point tel que les écrivains juifs eux-mêmes n'en étaient pas exempts, comme le fait remarquer Anissimov, citant Proust et Romain Gary. Toute la différence entre Proust et Némirovsky, c'est que même lorsque l'auteur de la Recherche du temps perdu attribue à Swann des stéréotypes, il le fait avec subtilité. Chez Némirovsky, point de finesse proustienne, mais la brutalité et les gros sabots russes d'Ivan Tourgueniev…
21:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : shoah, nemirovsky, juifs, antisemitisme
22.07.2011
Un rapprochement entre la droite israélienne et l'extrême-droite européenne ?
Un récent reportage de Canal + et d’innombrables articles sur le Net tentent d’accréditer l’idée d’une alliance entre Israël et l’extrême-droite européenne, au nom d’une soi-disant « alliance contre l’islam »… Au-delà des slogans simplistes, la réalité politique est évidemment plus complexe. L’extrême-droite européenne (et française) demeure, comme elle l’a toujours été, extrêmement divisée sur la question d’Israël. Pour en savoir plus sur ce sujet brûlant, j’ai interviewé dans le dernier numéro d’Israël Magazine David Haivri, responsable du Bureau de liaison de Samarie, qui a participé à la récente délégation israélienne en Europe qui avait rencontré Filip De Winter, suscitant les foudres des associations juives locales… Deux conclusions : les Juifs de Samarie et la droite israélienne en général n’ont pas d’affinité élective avec l’extrême-droite européenne. Ils sont désireux de recevoir le soutien de tous les partis politiques en Europe. Haivri m’a d’ailleurs déclaré souhaiter organiser une visite en Samarie avec des députés français de l’UMP… Affaire à suivre. P.I.L
Extrait de l'interview de David Haivri
PHOTO D.R. David Haivri et Filip De Winter à Anvers
"Je l’interroge ensuite sur la visite en Europe, que certains médias ont décrit comme une ‘alliance entre l’extrême-droite israélienne et l’extrême-droite européenne…’ Tout a commencé par une visite en Israël de parlementaires de plusieurs pays européens, en décembre 2010. A l’époque, le dirigeant du Vlaams Belang flamand, Filip Dewinter, avait été applaudi à la Knesset en déclarant notamment qu'Israël menait « notre lutte contre les fondamentalistes islamistes et contre le terrorisme » et que « nous devons unir nos forces pour combattre l'islamisme ici et chez nous ». La récente visite en Europe s’inscrit donc dans la suite de ce voyage en Israël des parlementaires européens. Y ont pris part, outre David Haivri, le professeur Hillel Weiss et le rabbin Chalom Wolpe, qui dirige le mouvement « Eretz Israël Chelanou » (« Eretz Israël nous appartient »). Je demande à David s’il n’est pas dommage que les parlementaires européens participant à ces rencontres soient tous à la droite de la droite… Il m’explique que ce sont les parlementaires européens qui ont initié ces rencontres, en raison de l’emprise grandissante de l’islam en Europe.
Les partis qu’ils représentent sont certes, à l’instar du Vlaams Belang flamand (ex Vlaams Block), situés à l’extrême droite, ce qui contraint Haivri et ses collègues à « vérifier » attentivement qu’il ne s’agit pas de partis antisémites… Mais, d’un autre côté, tous les partis politiques européens sont touchés par l’antisémitisme et la haine d’Israël. Récemment encore, le député druze Ayoub Kara (Likoud) s’est rendu à Anvers sur l’invitation de Filip Dewinter, ce qui a suscité l’émotion de certains médias juifs locaux. Ces rapprochements entre certains éléments de la droite israélienne et de la droite radicale européenne sont symptomatiques de l’évolution de la situation politique, tant en Europe qu’en Israël. Alors que les partis politiques européens mainstream ont tous sur Israël un discours assez convenu et prudent, il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre des déclarations « sionistes » fracassantes de la part de représentants de partis politiques très à droite, qui ont actuellement le vent en poupe (tel le Vlaams Belang, devenu le 2e parti politique flamand).
Dans ce contexte, l’objectif du Bureau de liaison de Samarie est de favoriser le dialogue politique avec tous les amis d’Israël, tout en restant prudent. David Haivri me fait part de son désir de voir des parlementaires français de l’UMP se rendre en visite en Samarie, pour apprécier la situation géopolitique de leurs propres yeux. « Tous les hommes politiques qui viennent ici, participer à une visite de la région, en reviennent transformés »...
LIRE LA SUITE DANS LE DERNIER NUMERO D'ISRAEL MAGAZINE
11:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : israel; extreme-droite, de winter, samarie, juifs
13.09.2010
Max Nordau, les Juifs et la Politique, Pierre Itshak Lurçat
Réflexions sur l'anniversaire des accords d'Oslo
"Le Juif n'apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n'achètera pas un parapluie simplement parce que des nuages s'amoncellent à l'horizon : il attendra d'être trempé et d'être atteint de pneumonie..."
Max Nordau *
Dans des pages inédites en français de son Autobiographie, le grand leader sioniste Jabotinsky faisait cette réflexion : les Juifs sont des gens très intelligents et capables de comprendre toute chose en profondeur, pourvu qu'elle ne concerne pas leurs intérêts nationaux en tant que Juifs... L'observation de la vie politique israélienne au cours des dernières années ne peut malheureusement que confirmer ce diagnostic : notre peuple peut se flatter de compter une proportion exceptionnellement élevée de savants et de Prix Nobel dans tous les domaines, sauf dans celui, crucial pour notre existence, de la science politique et de l'art de diriger une nation. Même s'il existait un Prix Nobel dans cette branche, je doute que nous y excellerions autant qu'en médecine ou en physique (il existe bien, il est vrai, un Prix Nobel de la Paix, mais le simple fait qu'il ait été décerné à l'architerroriste Yasser Arafat montre qu'il ne s'agit que d'une sinistre farce....
Depuis le jour fatidique où Itshak Rabin a serré la main d'Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche, Israël a mis le doigt dans un engrenage fatal, qui s'est traduit par une litanie d'accords politiques ne valant pas le papier sur lequel ils étaient signés, accompagnée d'un cortège d'attentats, de sang et de larmes. L'aspect le plus tragique du "processus d'Oslo" est qu'il a créé un paradigme mensonger ("les territoires contre la paix") dont nous ne sommes pas sortis à ce jour, aucun dirigeant israélien, de gauche comme de droite (sauf peut-être Avigdor Lieberman) n'ayant eu le courage de dire "Stop ! Nous n'avons aucun territoire à donner, ni même à échanger contre une paix illusoire et hypothétique !"
Les accords d'Oslo, 13 septembre 1993 : un paradigme mensonger
Le paroxysme de la stupidité et de l'aveuglement a été atteint il y a cinq ans, avec le "retrait unilatéral" de Gaza dont le génial architecte, Ariel Sharon, nous avait promis qu'il apporterait le calme et redorerait le blason d'Israël sur la scène internationale... C'est tout le contraire qui s'est produit. Ce qui n'empêche pas aujourd'hui notre ministre de la Défense, Ehoud Barak, de poursuivre sa guerre contre les habitants juifs de Judée-Samarie et de préparer un nouveau retrait, qui aurait pour conséquence de transformer la rive Ouest du Jourdain en un nouvel Etat arabe palestinien "judenrein", lequel deviendrait rapidement un second Hamastan.
Apprendre des catastrophes
Rencontrant Jabotinsky à Madrid pendant la Première Guerre mondiale, Nordau lui fit cette réflexion : les Juifs n'apprennent pas par des raisonnements rationnels, mais uniquement par des catastrophes. L'expérience amère des quinze dernières années montre pourtant que Max Nordau se trompait : les Juifs n'apprennent même pas par les catastrophes! Nos dirigeants actuels ne sont pas capables de tirer les leçons de leurs échecs catastrophiques – depuis Oslo jusqu'à Goush Katif – et d'empêcher la répétition des malheurs qui nous frappent, les mêmes causes produisant immanquablement les mêmes effets. Pourquoi ?
Les raisons de cette situation tragique sont multiples : corruption politique et morale, pressions étrangères et intérieures (par le biais d'organismes comme le New Israel Fund), trahison des élites intellectuelles... Une autre raison, plus fondamentale, tient sans doute au manque d'expérience politique des Juifs : pendant les siècles de la galout, nous avons eu des Juifs conseillers des Princes, ministres et dirigeants de communautés, souvent fort intelligents et parfois brillants. Mais aucun Juif n'a eu la lourde responsabilité de veiller au destin de l'ensemble du peuple d'Israël, celui-ci étant dispersé et privé de direction politique. Aujourd'hui, alors que nous avons retrouvé notre Indépendance nationale après deux mille ans d'exil, notre plus grand problème est de trouver des dirigeants à la hauteur des tâches immenses qui leur incombent. Des dirigeants qui sachent assumer leurs responsabilités sans se bercer d'illusions et sans promettre vainement la paix et la sécurité, mais en faisant tout leur possible pour veiller aux destinées du Klal Israël.
* Citation extraite de l'Autobiographie de Jabotinsky, en cours de traduction en français.
[Article paru dans Jérusalem Aujourd'hui, publication du groupe ISRAEL MAGAZINE]
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13:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nordau, sionisme, juifs, politique, oslo
24.08.2010
ISLAMISATION - Et les associations juives, quand se réveillent-elles ?
EXCELLENT ARTICLE DE RIPOSTE LAIQUE QUI POSE UNE QUESTION IMPORTANTE. J'y avais apporté des éléments de réponse dans mon article "Les Juifs pro-minarets", publié au lendemain de la votation suisse, critiquée par le grand-rabbin Bernheim. J'y écrivais notamment les lignes suivantes, qui n'ont malheureusement rien perdu de leur actualité... PIL
"L'attitude du rabbin Bernheim est d'autant plus incongrue qu'il incarne au plus haut point la survivance de cette idéologie aujourd'hui désuète – dans ce qu'elle a de plus démodé mais aussi de meilleur – que fut le franco-judaïsme. Or rien n'est plus contraire à l'esprit du franco-judaïsme que l'idée selon laquelle les religions pourraient s'exhiber en public – comme le font les Musulmans à Paris tous les vendredis, transformant des rues entières en mosquées – et causer des nuisances, sonores ou autres, à leurs concitoyens par l'appel public à la prière du haut des minarets.
J'ai du mal à croire que M. Bernheim, Juif érudit et Français cultivé, ignore tout cela... En rejetant le vote d'une majorité de citoyens suisses, de concert avec les élites politiques et médiatiques en France, il accrédite aussi l'idée fausse et dangereuse que les Juifs appartiendraient aux élites et seraient coupés du peuple, donnant ainsi raison à ceux qui critiquent la lutte exclusive contre l'antisémitisme d'organisations et de personnalités juives, qui restent étonnamment muettes face au racisme antiblanc et anti-occidental qui sévit aujourd'hui en France et en Europe..."
APERO REPUBLICAIN 4 SEPTEMBRE
Et les associations juives, quand se réveillent-elles ?
lundi 23 août 2010, par Salomon Edzot
Fidèle lecteur de votre journal (et parfois modeste contributeur), je me félicite de votre initiative du 4 septembre. Je trouve en effet que c’est une bonne idée, quelques semaines après votre apéro saucisson-pinard très controversé (j’étais sur les Champs-Elysées, et j’avais trouvé cela très bien) de reprendre immédiatement l’initiative, et d’avoir choisi cette date pour commémorer le 140e anniversaire de la naissance de la IIIe République. 70 ans après l’appel du 18 juin, 140 ans après la naissance du 19 juin, il ne vous reste plus qu’à trouver quelque chose, en 2011, qui marque un 210e anniversaire. Je vous souffle une idée : le concordat de 1801 !
Je redeviens sérieux, malgré tout. J’ai bien regardé les noms des associations qui appelaient à cette initiative. J’ai lu que la liste n’était pas close. Je l’espère bien, car des absences me posent problème. Et l’une d’elle particulièrement : les associations juives ! Elles ne sont pas concernées par la montée de l’islam, et par l’ampleur de son offensive contre la République laïque ? Elles n’ont pas remarqué que la montée de l’antisémitisme, en France, progressait avec le détricotage de notre République une et indivisible ? Les revendications communautaristes des musulmans, la progression du voile, y compris chez les fillettes, le débat sur la burqa, l’offensive du halal, les mosquées où on enseigne la charia, les prières dans les rues, le refus de la mixité à l’hôpital, les manifestations en faveur de Gaza où on crie "Mort aux Juifs", et où on brûle le drapeau d’Israël en le nazifiant, cela ne les fait pas sortir de leur sommeil ?
J’avais vu avec plaisir que des loges du Bnai Brith avaient invité des représentants de Riposte Laïque à plusieurs conférences. C’est fort bien, mais cela suffit-il ? C’est dans la rue qu’il faut se montrer, et les associations juives auraient tout à gagner à sortir de leur isolement, et à se joindre à cette initiative, qui défend des idéaux partagés par la majorité des Juifs qui se reconnaissent dans la République laïque, une et indivisible.
J’espère qu’au moins on verra nombre d’entre eux le 4 septembre, et que des associations juives vont se réveiller, et signer cet appel. C’est juste notre survie, et surtout celle de nos enfants, sur le territoire français, qui est en jeu...
Salomon Edzot
11:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : islam, france, juifs, crif
30.11.2008
Hébron : les dessous de l'affaire de la "Maison de la Paix"
Interview de Pierre Lurçat par Claire Dana-Picard (Aroutz 7)
Maison de la Paix à Hébron : un débat antidémocratique ?
Bet Hashalom, la Maison de la Paix, est une bâtisse de trois étages qui se trouve sur la route empruntée par les fidèles de Kiriat Arba, lorsqu'ils descendent vers Hébron pour prier à la Maarat Hamahpela, le Caveau des Patriarches. Cette maison a été achetée par des Juifs à un Arabe et plusieurs familles s'y sont installées il y a plus d'un an. Depuis quelques temps, ces familles sont menacées d'expulsion par les instances du gouvernement et la propriété de la maison est contestée. Pierre Lurçat, avocat et journaliste, nous donne des précisions sur cette affaire qui suscite beaucoup d'émotion en Israël.
Claire Dana-Picard : Cette maison a été achetée à un Arabe par des Juifs qui en sont donc devenus les propriétaires. Vous pouvez nous dire en quelques mots comment s'est passée la transaction ?
Pierre Lurçat : Toute la transaction a été filmée, et on voit le vendeur qui reçoit l'argent des acheteurs. Cela rappelle un peu la transaction d'Avraham Avinou (le patriarche), qui a été relatée dans la Paracha que nous avons lue la semaine dernière (lorsqu'il a acheté la Maarat Hamahpela). Cette transaction a été parfaitement documentée, à dessein bien évidemment, en pensant qu'un jour, il y aurait certainement des contestations comme c'est souvent le cas dans cette région d'Israël. Par ailleurs, il est important de préciser que l'argent qui a permis de financer cette acquisition n'est pas n'importe quel argent. C'est l'argent d'un Juif américain, qui n'est pas un riche millionnaire comme ceux qui soudoient bien souvent, malheureusement, nos hommes politiques ces derniers temps. Il s'agit d'un donateur qui a "cassé sa tirelire", qui a utilisé toutes les économies de sa retraite parce que son grand-père faisait partie de ces Juifs de Hébron qui avaient été massacrés en 1929 lors du tristement célèbre pogrom.
CDP : Et c'est une maison qui a coûté cher, je crois qu'elle a coûté un million de dollars, n'est-ce pas ?
PL : Oui. L'argent a été payé, il n'y a aucune contestation possible sur le paiement et il n'y a aucun vice juridique. Ce qui est en jeu, ce n'est pas tellement la légalité de la transaction. C'est bien au-delà de cela : c'est le droit des Juifs à habiter et à acheter des maisons à Hébron.
CDP : Il est peut-être important de souligner que le vendeur arabe est passé par un intermédiaire jordanien : pourquoi toutes ces précautions, pourquoi a-t-il tenu à garder l'anonymat ?
PL : Parce que – on le sait, même si les médias israéliens et les autres médias ne le rappellent jamais - la peine de mort est infligée par l'Autorité palestinienne et dans beaucoup d'autres pays arabes à toute personne qui vend un bien à un Juif. Il y a des lois antisémites, qui ressemblent à celles de l'Allemagne nazie, qui sont en vigueur tout près de chez nous en Jordanie et même dans l'Autorité palestinienne. Et cela, évidemment, les médias ne le rappellent pas assez. C'est cela, à mon avis, le vrai scandale. C'est contre cela que devrait s'élever la Cour suprême et le pouvoir israélien s'ils avaient un semblant de logique et de justice dans leur attitude.
CDP : Revenons maintenant à la vente de la maison. Dans le cas présent, pourquoi le titre de propriété a-t-il été contesté ? Et s'il s'agit d'une affaire judiciaire, comment se fait-il que le gouvernement y soit mêlé ? En quoi cette affaire le concerne ?
PL : A priori, elle ne le concerne pas du tout. Dans un Etat de droit, ce sont les tribunaux qui doivent trancher sur ce genre de litiges, si litige il y avait. Mais en fait, on s'aperçoit en grattant un peu à la surface que ce n'est pas du tout un problème de propriété et de justice; il s'agit d'un problème politique. On le voit bien d'ailleurs puisque c'est la Cour suprême qui s'en mêle alors que normalement, la compétence pour ce genre de litiges incombe aux tribunaux de première instance et de grande instance. Et là, tout d'un coup, c'est la Cour suprême qui s'en mêle parce que c'est Hébron, parce que c'est la ville symbole, symbole de notre attachement et de notre présence en Eretz Israël. Pour une certaine frange de l'establishment politique et juridique en Israël, elle est une ville détestée et considérée comme une ville arabe, comme l'écrivait ce matin (lundi) Nadav Shragaï dans le quotidien Haaretz. Pour eux, Hébron est la ville des Arabes alors que nous savons que c'est la ville des Patriarches, c'est la ville qui est le symbole même de notre présence ici (en Israël) avant même Jérusalem. C'était la première capitale du royaume de David.

CDP : Est-ce que cela veut dire qu'il y a une crise sérieuse dans le système juridique israélien ?
PL : Oui, vous avez raison. Si on veut vraiment comprendre les dessous de cette affaire, on est obligé finalement de se poser la question suivante : comment en est-on arrivé là ? Comment a-t-on aujourd'hui un système judiciaire, dans un Etat qui se dit démocratique, qui est capable de prendre une telle décision. Parce qu'il y a un déni de droit qui est évident pour toute personne quelque peu objective. Je pense que tout le monde s'aperçoit qu'il y a un déni de droit fondamental. Et si on veut comprendre, à mon avis, les motivations profondes, on est obligé de se demander au nom de quoi cette décision est prise par la Cour suprême (Bagatz) et au nom de quoi elle est appliquée d'une certaine manière, tout à fait extrémiste, par le procureur de l'Etat et par le ministre de la Défense Ehoud Barak qui considère que c'est la priorité alors qu'on sait par ailleurs qu'il est incapable de mettre fin aux tirs de Kassam. Comme si la priorité aujourd'hui, pour le gouvernement israélien, était d'empêcher une famille juive de vivre dans une maison à Hébron.
CDP : Finalement, quelle a été exactement la décision de la Cour suprême ?
PL : La Cour suprême a dit que tant que la question de la propriété n'était pas tranchée, les Juifs n'avaient pas le droit d'habiter dans cette maison. Donc, elle laissait la porte ouverte à une expulsion sans dire qu'il fallait les expulser immédiatement : cela, c'est une interprétation faite par Ehoud Barak et par d'autres personnes au gouvernement et auprès du Procureur de l'Etat.
Mais déjà, en soi, cette décision était à mon avis gravissime. Et on est amené à s'interroger sur la nature même du système judiciaire en Israël. Pendant de nombreuses années, pendant plusieurs décennies, en fait depuis la révolution constitutionnelle du juge Aaron Barak, on pensait qu'il y avait cette notion d'Etat juif et démocratique, tout à fait problématique d'ailleurs, mais qui constituait malgré tout un semblant de consensus, de pacte social sur lequel pouvait s'édifier et vivre la démocratie israélienne. D'abord, on s'est aperçu que l'Etat juif et démocratique n'était pas juif, le juge Barak l'a dit lui-même. Il a dit que l'Etat juif, c'était ce que lui et les membres de "l'élite éclairée" considéraient comme juif. Ce sont ses propres termes et c'est lui qui parlait d'une "'élite éclairée", qui se considérait comme le représentant de "l'élite éclairée". Donc, on s'est aperçu que l'Etat juif et démocratique n'était pas juif, et aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il n'est même pas démocratique. Les juges n'ont même pas l'élément fondamental du Tsedek, de la justice, qui est à la base de tout système de droit démocratique.
CDP : En fait, cela semble être devenu un débat politique entre la gauche et la droite.
PL : A mon avis, il transcende le clivage entre la gauche et la droite. Il s'agit pour moi d'un débat politique entre les tenants d'une véritable démocratie et les tenants de ce que le politologue Jacob Talmon a appelé il y a déjà assez longtemps la démocratie totalitaire, c'est-à-dire le pouvoir accaparé par une petite élite qui est prête à employer tous les moyens pour faire triompher sa conception du Droit et sa conception de ce que doit être l'Etat d'Israël.
CDP : On a la nette impression que tout est fait pour tenter de prouver que les militants de droite sont des gens violents, qui ne respectent pas la loi. Comment faire, dans ce cas, pour ne pas céder aux provocations ?
PL : Je pense qu'il y a toujours ces provocations et des actes qui sont montés en épingle par les médias et on peut souvent suspecter qu'ils sont le fait de provocateurs du Shin Bet. On l'a déjà vu par le passé. La majorité des habitants juifs de Hébron sont pacifiques comme tous les Juifs de Judée–Samarie et on essaie de les présenter aux yeux du public et de l'opinion internationale comme des gens violents, comme des délinquants, alors que la violence, en fait, est de l'autre côté. La violence, c'est celle d'un pouvoir illégitime qui voudrait expulser les gens de leur maison, comme l'ont bien compris un certain nombre de commentateurs et les Juifs de Hébron eux-mêmes qui ont dit : "Si on ne peut pas habiter cette maison, acheter cette maison, cela veut dire que les Juifs n'ont plus le droit d'habiter à Hébron". C'est gravissime d'en arriver à cette situation, dans l'Etat juif souverain revenu sur sa terre.
CDP : Vous avez certainement entendu qu'il y a un grand mouvement de solidarité qui vient d'être lancé pour que cette maison ne soit pas évacuée. Vous croyez qu'on arrivera à éviter une confrontation ?
PL : Je l'espère, bien entendu. J'espère que la mobilisation du public juif israélien va arriver à faire reculer le pouvoir dans cette démarche totalement antidémocratique et quasiment totalitaire, consistant à vouloir interdire aux Juifs d'habiter Hébron qui était la première capitale de l'Etat juif.
19:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : hébron, juifs, politique israelienne
















