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05.02.2012

Jabotinsky, les Juifs sépharades et la civilisation occidentale

La ridicule polémique déclenchée dans le landerneau politique parisien par les propos pétris de bon sens de Claude Guéant est l'occasion pour moi de remettre en ligne cet extrait de l'Histoire de ma vie de Zeev Jabotinsky. Parmi les surprises que la lecture de ce livre révèle, l'amour de Jabotinsky pour les Juifs sépharades, qui transparaît dans les lignes publiées ci-dessous. On notera au passage le caractère politiquement très incorrect des propos de Jabotinsky sur la civilisation occidentale, à une époque où le concept de "multiculturalisme" et le relativisme culturel n'existaient pas encore... P.I.L.

 

Jabotinsky.jpg"Si la transmigration des âmes existe et si – avant de renaître – on m'autorise de là-haut à choisir un peuple et une race, je répondrai : « All right, Israël, mais sépharade ». Je m'étais pris d'amour pour les sépharades, et peut-être précisément pour les qualités qui leur valent les sarcasmes de leurs frères ashkénazes : leur « superficialité » m'est de beaucoup préférable à notre profondeur inefficace ; j'apprécie leur inertie plus que notre tendance à courir après la moindre chimère ; des générations de torpeur intellectuelle et politique ont préservé leur fraîcheur spirituelle ; et pour ce qui concerne la richesse culturelle – j'hésite pour savoir ce qui rapprochera plus l'homme du seuil de la civilisation occidentale (car il n'y en a pas d'autre – la civilisation et l'Occident – c'est une seule et même chose) – une livre d'éducation française et italienne ou une tonne de mystique russe. A Salonique, à Alexandrie, au Caire, vous trouverez une intelligentsia juive de la même trempe qu'à Varsovie ou à Riga ; et en Italie, bien supérieure à celle de Paris et de Vienne. J'accepte de reconnaître leur grand et unique défaut : dans le domaine de l'action sioniste (même si l'idée nationale est relativement plus répandue chez eux que chez nous), il n'y a pas encore dans leur cœur un appétit de conquête, pas « d'ambition », mais cela aussi viendra en son temps...

... Je remplis évidemment mes obligations de « correspondant particulier ». Je vérifiai l'impression faite en « Orient » par la Turquie, et ses dernières démarches, et je constatai qu'elle était nulle. Bien entendu, il n'y avait aucun sens à interroger à ce sujet les gouvernants eux-mêmes. Le natif de ces pays est un grand diplomate (au sens « classique », sur lequel je devrai revenir, au sujet de mon entrevue avec Delcassé) et en particulier – lorsqu'il a peur. J'adoptai un comportement plus simple – j'interrogeai les commerçants juifs sépharades locaux : ils sont eux aussi des habitants du pays de longue date, mais ils sont plus perspicaces et plus sincères ; et le Juif, pour peu que cela ne concerne pas ses intérêts en tant que Juif, est capable de pénétrer véritablement en profondeur les choses et de voir loin. Il connaît très bien l'état d'esprit des Arabes : même si on lui raconte des histoires, il est capable de comprendre à quel endroit on simule et ce qu'on lui cache. Presque tous ces Juifs sépharades – commerçants, avocats, journalistes, de Tanger jusqu'à Tunis – me firent la même réponse, et l'histoire prouva qu'ils avaient raison :

 

Jabotinsky_gallery2_big.jpg

 

- Un appel à la guerre sainte ? – Absurde. Il est même ridicule de se poser la question de l'impression que cela fait. C'est seulement chez vous, les Européens naïfs, que l'on croit encore à cela, comme si l'on pouvait en Orient, au nom d'une solidarité musulmane, soulever les foules et les inciter à prendre des risques sérieux. Les Turcs eux-mêmes n'y croient pas : cela fait bien cent ans que l'Europe a frappé les Turcs et leur a pris leurs meilleures terres, les unes après les autres, et durant toute cette période aucun État musulman n'a levé le petit doigt en faveur du Sultan, alors même qu'il est surnommé le Calife des Croyants. Les Allemands, naïfs eux aussi, comme tous les autres peuples d'Europe, ont voulu influer sur les Turcs, pour qu'ils tentent à nouveau leur chance. En vain. Pas un seul homme ne viendra ici à l'aide des Turcs".

Extrait de Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat

NB J'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI.

01.02.2012

« Mourir ou conquérir la montagne » : Vladimir Zeev Jabotinsky, un Mensch et un visionnaire.

Je reproduis la belle recension de Jocelyne Sajovic sur le site FRANCE-ISRAEL.

+ j'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI. P.I.L.

jabotinsky-livre.jpgHistoire de ma vie – Vladimir Zeev Jabotinsky

Je l'attendais depuis longtemps, très longtemps cet ouvrage : "Histoire de ma vie" de Vladimir Zeev Jabotinsky, traduit en français par Pierre Lurçat, aux Editions Les Provinciales.

Pour avoir lu de nombreux extraits de ses écrits, lorsque j'étais adolescente dans mon mouvement de jeunesse, le Bétar, je n'avais pas encore lu "Histoire de ma vie", pour la simple raison qu'il n'avait jamais été traduit en français. C'est aujourd'hui chose faite, même s'il m'a fallu attendre près de 30 ans... Le plaisir n'en est que plus intense.

A la lecture de ce livre, de nombreux souvenirs de jeunesse remontent à la surface. Je n'oublierai pas les chansons que nous chantions à la gloire de "Jabo", comme nous l'appelions alors, et de Trumpeldor. Je n'oublierai pas non plus son nom de plume "Altalena", nom qui fut donné en 1948 au bateau de l'Irgoun qui apportait des armes au Yichouv pour combattre les Anglais et qui fut coulé sous l'ordre de D. Ben Gourion.

Impossible d'oublier, celui qui laissa en chacun de nous une trace indélébile pour ses actions et ses discours poignants, coulant en droite ligne de son maître Jabotinsky, je veux parler de Monsieur Menahem Begin. C'est l'éducation idéologique de Jabotinsky qui forgea des hommes tels que Menahem Begin, celui qui réussit à faire la paix avec l'Egypte, qui mena "l'Opération Babylone" sur le site nucléaire Osirak en 1981, celui-là même qui devant les incessantes condamnations à l'ONU s'écria à la face du monde : "Je préfère être un juif antipathique mais vivant, qu'un juif sympathique mais mort".

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24.01.2012

"Dans la ville du massacre" : Le pogrome de Kichinev sous la plume des écrivains

Je dédie cet article inédit à la mémoire des victimes du pogrome d'Itamar, membres de la famille Fogel, dont nous marquerons demain la hazkara. P.I.L

pogrom_kishinev1.jpgOn connaît bien le rôle généralement attribué à l'affaire Dreyfus dans la genèse de la doctrine de Théodor Herzl, le fondateur du sionisme politique. Neuf ans après la rédaction de l'État juif, en 1903 – un an avant le décès du "Visionnaire de l'État" – un autre événement va secouer les consciences juives et avoir des répercussions considérables sur l'histoire juive. A Kichinev, en Bessarabie, un pogrome terrible se déroule pendant trois jours de suite, faisant plusieurs centaines de victimes, morts et blessés. Plus encore que l'ampleur du drame, c'est son impact sur plusieurs écrivains juifs – et notamment H. N. Bialik et Jabotinsky – qui va donner à cet événement une importance majeure.

 

 

« Les émeutes anti-juives de Kichinev, Bessarabie, sont pires que ce que le censeur autorisera de publier. Il y a eu un plan bien préparé pour le massacre général des Juifs, le lendemain de la Pâque russe. La foule était conduite par des prêtres et le cri général, "Tuons les Juifs", s'élevait dans toute la ville. Les Juifs furent pris totalement par surprise et massacrés comme des moutons. Le nombre de morts s'éleva à 120 et les blessés à environ 500. Les scènes d'horreur pendant le massacre furent indescriptibles. Les bébés furent littéralement déchiquetés par la foule frénétique et assoiffée de sang. La police locale ne fit aucune tentative pour arrêter le règne de la terreur. Au coucher du soleil, des piles de cadavres et de blessés jonchaient les rues. Ceux qui purent échapper au massacre se sont sauvés, et la ville est maintenant pratiquement vidée de ses Juifs ».

Cette description publiée dans le New York Times fin avril 1904 donne une idée de l'horreur du pogrome de Kichinev. Il ne s'agit certes pas du premier pogrome en Russie : les premières émeutes antijuives remontent à l'année 1881, date à laquelle le mot entre dans le vocabulaire politique moderne. Mais alors que les violences des années 1880 ont laissé de marbre l'intelligentsia russe et l'opinion occidentale, le pogrome de Kichinev va par contre susciter une vague de réprobation internationale. Des manifestations se tiennent ainsi à Paris, Londres et New-York. Les gouvernements occidentaux protestent officiellement contre la passivité de la police du Tsar, qui a laissé faire les pogromistes pendant trois jours.

 

 

bialik_1.jpgPourtant, ce ne sont pas les journalistes et les diplomates qui vont transformer Kichinev en événement marquant et en tournant de l'histoire juive, mais bien les écrivains. Au lendemain du pogrome, plusieurs écrivains russes publient ainsi des articles virulents, parmi lesquels Maxime Gorki et Léon Tolstoï. Ce dernier écrit notamment que "le crime de Kichinev est la conséquence directe de la propagande mensongère du gouvernement russe".

Mais c'est un autre écrivain, juif, qui va immortaliser l'événement dans un poème dont la force touchera les consciences et bouleversera les lecteurs. Haïm Nahman Bialik (PHOTO CI-CONTRE), âgé de trente ans, est envoyé sur les lieux du pogrome par la Commission historique de la communauté juive d'Odessa, pour y interviewer des survivants. Il en reviendra avec un de ses plus fameux poèmes, Dans la ville du massacre.

 

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05.01.2012

Redécouverte d'un des héros du sionisme: Vladimir Zeev Jabotinsky

Je reproduis la belle recension de Nicolas Touboul dans le dernier numéro du Jerusalem Post en français. P.I.L.

L'histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky, éditions Les Provinciales
http://www.lesprovinciales.fr/

 

jabotinski1903-jeune.jpg« Justice rendue. Redécouverte d'un des héros du sionisme relégué au second plan de l'histoire d'Israël et réduit à une étiquette inadaptée de fasciste» Par Nicolas Touboul, Jerusalem Post


« Vladimir Zeev Jabotinsky est l'inconnu des pères fondateurs du sionisme. Certes, la plupart des villes d'Israël ont au moins une rue à son nom. Mais la figure proéminente du sionisme révisionniste, chronologiquement située entre Herzl et Ben Gourion, reste finalement à l'ombre de ces deux figures tutélaires. Une éclipse aussi due aux appellations de "fasciste" : il est vrai qu'écrire un livre intitulé Jeunes, apprenez à tirer ! n'est pas le meilleur moyen de passer pour un humaniste. Mais ce n'est qu'une raison de plus pour redécouvrir le personnage, en commençant par son autobiographie Histoire de ma vie. Une "histoire" qui dissipe tout d'abord quelques mythes au sujet de Jabotinsky. Notamment sur le fascisme justement : si l'homme était un nationaliste intransigeant, il est conceptuellement erroné́ de rattacher au mouvement mussolinien un homme auteur de ces lignes : "Je déteste à un point extrême, de manière organique, d'une haine qui échappe à toute justification, à la rationalité́ et à la réalité́ même, toute idée montrant une différence de valeur entre un homme et son prochain. [...] tout homme est un roi."
    
Un fascisme qu'il critique d'ailleurs explicitement à la mention de son séjour de jeunesse à Rome : faisant l'éloge du libéralisme politique régnant dans le débat public local de ces premières années du XXe siècle, Jabotinsky l'oppose "à ce culte de la discipline qui s'exprima ensuite dans le fascisme", dont il tente ensuite de retracer les sources dans l'histoire italienne contemporaine. Individualiste et libéral donc, Jabotinsky, se méfiant des utopies, qualifie non sans ironie la sienne de "pan-basilisme".

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01.12.2011

Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, par Misha Uzan

Je reproduis la recension par Misha Uzan de l'Histoire de ma vie de Jabotinsky.

http://francisinfo.wordpress.com/

Vladimir Zeev Jabotinski, Histoire de ma vie, Paris : Les Provinciales, 2011, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat

 

Vladimir Zeev Jabotinski. Histoire de ma vie

 Par Misha Uzan

 « Un vieillard qui disparaît, c’est comme une bibliothèque qui brûle». Cette célèbre phrase de l’écrivain malien Amadou Hampaté Ba mériterait d’être complétée : ” Lire les Mémoires ou l’autobiographie d’un grand homme, c’est comme fouiller dans sa bibliothèque personnelle”.

C’est particulièrement vrai avec Histoire de ma vie, de Vladimir Zeev Jabotinsky. On ne peut que remercier Pierre Itshak Lurçat et les éditions Les Provinciales, d’avoir traduit et édité l’autobiographie de l’initiateur du sionisme révisionniste, grand personnage du mouvement sioniste, et grand homme du XXe siècle.

On ne peut qu’admirer l’œuvre d’un visionnaire et prophète, un homme politique droit et sincère, traducteur de grandes œuvres, écrivain à la plume belle et puissante, polyglotte redoutable.

 

Vladimir Ze'ev Jabotinsky

 

Ce n’est pas l’homme politique, le théoricien ni même l’écrivain que nous raconte Jabotinsky dans ses pages, c’est l’homme qu’il a été. Avec une sincérité étonnante, n’hésitant pas à confesser ses erreurs, ses oublis, ses imprécisions, confessant ses défauts, il nous livre ses sentiments, ses pensées, ses amitiés. Depuis sa naissance à Odessa, les phrases de sa mère, son éducation, ses lectures, jusqu’après la première guerre mondiale, on suit Jabotinski presque partout en Europe : en Russie sa “patrie matérielle”, en Italie “sa patrie spirituelle”, en Suisse, en Pologne, en France ou en Eretz Israël. On découvre un Jabotinski tour à tour et tout en même temps journaliste, étudiant, responsable et activiste politique puis penseur, auteur. Avec lui on croise quelques grands hommes de son époque : Herzl bien sûr qu’il n’a pu voir qu’une seule fois, mais aussi Weizmann, les deux Syrkin (Nahum et Bahman), Yehouda Gordon, et de nombreux leaders, auteurs et professeurs européens de l’époque, dont la plupart sont aujourd’hui inconnus. En s’arrêtant brusquement aux environs de 1920, Jabotinski nous parle beaucoup de l’Europe, un peu du sionisme, et pas tant que ça d’Israël.  Mais on apprend beaucoup en sa compagnie. Pas seulement sur lui-même. On découvre aussi de nombreuses péripéties ou petits détails, trop nombreux pour tous les citer mais dont on perçoit parfois l’influence, plus quatre vingt ans plus tard. A titre d’exemple, Jabotinsky indique comment nul ne l’a pris au sérieux, y compris dans le camp sioniste, lorsqu’il a mentionné sa volonté de faire de l’hébreu la première langue d’enseignement juif en diaspora[1]. Si elle avait été plus appliquée, une telle mesure aurait évité bien des soucis à des millions d’immigrants en Israël, jusqu’à aujourd’hui. Là encore Jabotinski était visionnaire.

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25.10.2011

Inédite en français: parution de l'Histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky

 

14323074343574253358.jpgNé à Odessa en 1880 et mort dans l’État de New-York en 1940, Vladimir Zeev Jabotinsky est une des figures les plus marquantes de l’histoire du peuple Juif au vingtième siècle. Écrivain, journaliste et dirigeant sioniste, il occupe une place de choix parmi les fondateurs de l’État d’Israël, aux côtés de Théodor Herzl et de David Ben Gourion. Père spirituel de la droite israélienne, il est le créateur de l’Organisation sioniste révisionniste et du mouvement de jeunesse sioniste Betar.

 

Mais cet enfant terrible du sionisme russe est avant tout un écrivain et un journaliste talentueux et un orateur exceptionnel. Son autobiographie nous entraîne aux quatre coins du monde, de l’Afrique du Nord aux États-Unis et à la Palestine mandataire (Eretz-Israël) et de l’Italie à la Turquie et aux pays baltes. Son regard lucide et sa plume acérée nous font redécouvrir des événements mal connus ou oubliés, comme le pogrome de Kichinev, les Congrès sionistes ou la première Guerre mondiale, qu’il couvre en tant que correspondant militaire.

 

A l’encontre des nombreuses caricatures qui ont défiguré son personnage, le lecteur découvre un Jabotinsky plein de sensibilité et de curiosité, qui lui fait partager ses réflexions et son cheminement intellectuel et politique avec une grande sincérité, sans jamais se soucier de l’image qu’il donne ou de la postérité. On retrouve dans les pages de son autobiographie les qualités de journaliste et d’écrivain qui ont fait comparer Jabotinsky aux plus grands noms de la littérature russe. Qu’il décrive son enfance à Odessa, ses débuts dans la politique ou sa rencontre avec des dirigeants juifs (Herzl, Weizmann) ou des hommes politiques (Delcassé, Herbert Samuel), il ne se départit jamais de son regard plein de justesse, lucide sans être cruel, affectueux sans tomber dans le pathos, et toujours empli d’une profonde humanité.

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Un des épisodes les plus marquants de sa vie est la création de la Légion juive, premier embryon d’armée juive à l’époque contemporaine, au sein de laquelle Jabotinsky participe à la conquête de la Palestine par le général Allenby. Le sang versé par les soldats juifs – à Gallipoli notamment – et le prestige acquis sur les champs de bataille contribueront grandement à l’octroi de la Déclaration Balfour. A cet égard, Jabotinsky aura joué un rôle essentiel dans l’épopée sioniste : il a compris, avant les autres, que le retour de la nation juive sur la scène de l’histoire mondiale ne pouvait se faire que dans le tumulte de la guerre.

 

Malgré la récente parution en France de ses deux romans (Les Cinq et Samson), Jabotinsky demeure mal connu du public francophone. La présente autobiographie permettra au lecteur de découvrir un personnage attachant et hors du commun, et de comprendre la genèse d’un mouvement qui a joué et joue encore un rôle important dans la vie politique israélienne (Bentsion Nétanyaou, qui fut le secrétaire particulier de Jabotinsky, est le père de l’actuel Premier ministre d’Israël).

 

Présentation de l’éditeur (les Provinciales) :

Traducteur de Baudelaire et de Poe, journaliste talentueux, orateur redoutable, homme d’action, Jabotinsky (1880-1940)  est, avec Herzl, l’un des principaux théoriciens  politiques du Sionisme. Fondateur de la Légion juive et du Parti sioniste révisionniste, il est l’inspirateur décisif de la politique de défense d’Israël : « le mur de fer ».

 

jabotinski1903En plus de son génie de la narration et de l’observation des hommes, de sa compréhension  à long terme des événements, il révèle dans cette autobiographie une sensibilité et une justesse qui imposent le respect et laissent deviner ce qu’il appelle « ma vie véritable, c’est-à-dire ma vie intérieure. »  C’est le récit d’une aventure de la volonté.

 

« Je déteste à un point extrême, de manière organique, d’une haine qui échappe à toute justification, à la rationalité et à la réalité même, toute idée montrant une différence de valeur

entre un homme et son prochain. Cela ne relève  peut-être pas de la démocratie mais de son contraire : je crois que tout homme est un roi. »

Traducteur de BAUDELAIRE et de POE,

Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, éditions les Provinciales.


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http://www.lesprovinciales.fr/

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24.05.2011

Jabotinsky et le rav Kook

[Un rabbin ignorant du sionisme a prononcé récemment des propos insultants pour le Roch Betar, Jabotinsky, à l’occasion de Yom Ha’atsmaout. Je publie ici la traduction de quelques lignes écrites par Jabotinsky au sujet du rav Kook, avant même de le rencontrer, qui donnent une idée de l’attitude de Jabo envers le judaïsme. P.I.L.]

Jabotinsky_gallery1_big.jpg« Dans notre bataillon juif il y avait un jeune officier qui faisait partie de l’aumônerie – le ‘révérend Falk’, surnommé le « Padre », qui était le rabbin du bataillon 1. C’était un homme bon et courageux. Je me souviens d’une nuit dans les monts d’Ephraim 2, quand les Turcs nous bombardaient de leurs canons sans relâche : Falk nous rejoignit dans les tranchées. Il passa toute la nuit au milieu des soldats. La conséquence de son geste fut empreinte à la fois de naïveté et de sentimentalisme : le lendemain matin, lorsque les bombardements prirent fin, un soldat vint lui parler au nom du bataillon tout entier et lui dit : « Sir, en voyant de quelle étoffe est notre rabbin, nous avons décidé que dans notre unité, on ne fumerait plus le chabbat ».

C’est de la bouche de ce même rabbin Falk que j’entendis pour la première fois le nom du rabbin Abraham Itshak Hacohen Kook. Le rav Kook demeurait alors à Londres, et Falk était un de ses élèves. Il est difficile de décrire la relation entre le rabbin Falk et le rav Kook : dévouement ou estime sont des mots trop faibles. Il parlait du rav Kook non seulement comme d’un maître, mais comme d’un guide et d’un saint. Pendant des heures, il m’exposait la vision du monde religieuse et morale du rav Kook.

 

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A mon grand regret je suis un ignorant complet en Torah, et je suis incapable de restituer toutes les paroles du rabbin Falk ; pourtant, même pour un ignorant, ses paroles ne me laissèrent pas indifférent. Pour la première fois dans ma vie spirituelle je découvris cette sphère ancienne, et pourtant nouvelle pour moi, qui cherche une réponse à nos problèmes les plus profonds et les plus complexes, précisément dans les pages de nos textes sacrés ; sphère qui expose à une signification première magique, cachée dans un verset ou dans un récit haggadique, même le plus ‘banal’ en apparence, et qui trace une ligne directrice pour notre conception des phénomènes modernes, touchant à l’individu et la société, à la morale et au monde matériel. Et même quelqu’un qui n’avait jamais rencontré le rav Kook ne pouvait pas ne pas ressentir que, derrière tout cela, il y avait une figure humaine exceptionnelle, de grande valeur ; un homme qui évoluait dans un monde particulier d’idées élevées et nobles, un homme qui édifiait sa vie quotidienne en vertu de commandements éternels et qui voyait dans chaque phénomène le plus minuscule le reflet de mystères pleins de merveilles, et l’ombre de la Chékhinah [présence divine]…

Extrait du beau livre de Simha Raz, Malakhim Ki-Bné Adam, Harav Avraham Itshak Hacohen Kook, éd. Kol Mevasser 1993.

Notes

1. Le rabbin Leib Isaac Falk (désigné tantôt le « révérend », tantôt le « Padre »), se lia d’amitié avec Jabotinsky et devint président honoraire du mouvement sioniste révisionniste à Sydney (Australie).

2. Cet épisode se déroule pendant la Première Guerre mondiale, lors de la conquête de la Palestine par les troupes du général Allenby. Jabotinsky, fondateur de la Légion juive, prit part aux combats de l’été 1918. Les Monts d’Ephraim sont situés en Samarie, au nord de Jérusalem.

31.08.2010

La rencontre Jabotinsky – Delcassé, 1915

Une occasion manquée pour la France au Proche-Orient

 

Jabotinsky.jpgLa diplomatie française au Proche-Orient est souvent, on le sait bien, faite de gesticulations sans grande portée. Pourtant, la France aurait pu jouer un rôle plus important dans notre région, à l'époque décisive de la Première Guerre mondiale, si seulement elle avait su saisir sa chance historique... En 1915, le mouvement sioniste cherchait un allié en Europe. La rencontre entre Vladimir Jabotinsky et Théophile Delcassé fut pour la France – comme le relate le dirigeant sioniste ci-dessous, une occasion manquée. Si le ministre français des Affaires étrangères de l'époque avait été plus intelligent, la face du monde aurait sans doute été changée… Le récit que fait Jabotinsky, avec son acuité et sa modestie coutumières, apporte un éclairage inédit sur une période essentielle dans la formation du Moyen-Orient contemporain. P.I.Lurçat

 

"Hervé me présenta au ministre des Affaires étrangères – le grand et célèbre Delcassé. Comme il n'est plus de ce monde, je ne souhaite pas dire des choses qui porteraient atteinte à sa mémoire, mais je ne veux pas non plus dissimuler mes impressions. Cette conversation m'a révélé pour la première fois un secret, qui s'est confirmé plusieurs fois par la suite lors de mes rencontres avec les grands de ce monde : chez les peuples bienheureux, qui ont un pays, des frontières et un gouvernement, il n'est pas besoin d'être un génie pour atteindre le sommet de l'échelon politique. Mais cela est autrement plus difficile chez nous, au sein du mouvement sioniste...

 

Par ailleurs, ce Delcassé était resté fidèle à l'ancienne école "classique" de la diplomatie : celle des adeptes du secret et du mystère, dont Talleyrand a résumé la doctrine dans une formule immortelle – "la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée". Et peut-être cette doctrine avait quelque fondement dans le passé : mais en 1915, cet usage était déjà considéré comme infantile, et chacun sait que les meilleurs diplomates le tournaient en ridicule et se paraient, au contraire, d'un masque de sincérité artificielle. Mais la France, à cette époque, croyait encore à Racine et à Corneille...

 

Je ne voudrais pas exagérer le rôle que je jouai alors, rôle qui fut sans aucun doute de peu de valeur ; mais je suis absolument certain que ce matin-là, la France perdit, par la faute de ce même Delcassé, une chance qui, à ses propres yeux, n'était pas du tout dénuée de valeur. Je veux parler non seulement de la possibilité de créer une légion hébraïque dans le cadre de son armée, mais d'une chose encore bien plus importante. Avant ma visite, j'avais consulté le Dr Weizmann, qui était venu à Paris passer quelques jours. Il avait déjà entamé alors les négociations avec les hommes politiques de Londres, et il était déjà certain de leur sympathie. Le plus grand obstacle qu'il rencontra était leur crainte d'offenser le gouvernement français, s'ils osaient accomplir une démarche concernant l'avenir de la Terre Sainte. A cette époque, en effet, la tradition internationale remontant aux générations antérieures n'avait pas encore été enterrée, qui reconnaissait à la France un droit sur le littoral "syrien", de manière il est vrai peu claire et sans formulation précise. Weizmann souhaitait se rendre compte si, oui ou non, le gouvernement français avait une position précise quant à nos revendications, positive ou négative. Si elle était positive – alors nous serions contraints de mener les négociations sur deux fronts ; si non – alors nous concentrerions notre action diplomatique à Londres, en tentant de renforcer dans le cœur du public local la sympathie naturelle pour le rêve sioniste, et peut-être – et c'était le pas décisif – éveiller en Angleterre aussi 'l'appétit" en les habituant au son du slogan "British Palestine" et à l'idée d'une offensive militaire en Orient.

[SUITE]

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31.08.2009

Herzl, Jabotinsky et la révolution sioniste, Itshak P. Lurçat

"A Goyisher Kop" ?

 

 

Le "goyisher kop" de Jabotinsky, et sans doute aussi de Herzl, désigne peut-être cette capacité à s'abstraire du fatalisme juif atavique pour doter le peuple Juif des isntruments politiques nécessaires à la prise en main de son destin. En ce sens, il n'est pas fortuit que ce soit précisément des hommes comme Herzl ou Jabotinsky, assimilés en apparence, mais profondément Juifs dans le tréfonds de leur âme, qui aient consacré leur vie – jusqu'à leur dernier souffle, littéralement, tous deux ayant été enlevés prématurément à leur peuple – à la renaissance nationale juive et à l'édification de l'Etat d'Israël.

 

220px-Zeev_Jabotinsky.jpgDans son livre "L'histoire de la Légion juive", Jabotinsky relate cette anecdote que lui avait racontée Nahum Sokolov. En vacances en Suisse, ce dernier rencontra un Lord écossais, auquel il fit état de sa participation au Congrès sioniste."Ah oui?", lui dit l'Ecossais, "c'est intéressant, mon frère aussi fait partie de ce mouvement..." Intrigué, Sokolov le pressa de questions, et finit par comprendre que le Lord écossais confondait le sionisme et le végétérianisme... Aux yeux des non-Juifs, conclut Jabotinsky, sionisme et végétérianisme, en 1901, étaient des choses similaires, c'est-à-dire d'innocentes utopies sans portée pratique sur les affaires du monde. Pour que le sionisme existe sur la scène mondiale, il fallait qu'il devienne une puissance militaire. C'est cette conclusion qui amena le leader sioniste révisionniste à œuvrer sans relâche pour constituer la Légion juive, première force armée juive depuis l'époque des Maccabées, qui combattit dans les rangs de l'armée anglaise en Palestine pendant la Première Guerre mondiale et joua un rôle décisif dans la proclamation de la Déclaration Balfour.

 

  

 

 

L'idée de créer une armée juive était pourtant, au moment où elle germa dans l'esprit de Jabotinsky, une idée révolutionnaire ; sans doute tout aussi révolutionnaire qu'était l'idée d'un Etat juif lorsqu'elle fut formulée par le "Visionnaire de l'Etat", Binyamin Zeev Herzl. Cette idée s'imposa à Jabotinsky en 1914, alors qu'il se trouvait à Bordeaux – où le gouvernement français avait été transféré en raison de la guerre – en tant que correspondant du journal russe Russkiya Vyedomosty (Le Moniteur russe). Lisant sur une affiche que la Turquie avait rejoint le camp des Puissances centrales et entamé des opérations militaires, Jabotinsky en conclut que le moment était venu pour les Juifs de constituer un régiment qui prendrait part à la guerre et à la conquête de la Palestine, laquelle ne manquerait pas d'être arrachée par l'Angleterre des mains de l'Empire ottoman.

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Pour parvenir à cette conclusion, explique Jabotinsky, il n'était pas nécessaire de se livrer à de savants calculs... "Cette idée, précise-t-il, est une idée tout à fait normale, qui serait venue, dans de telles circonstances, à l'esprit de toute personne normale. Et je revendique le titre de personne tout à fait normale. Dans le parler juif populaire, on emploie souvent à cet égard l'expression de goyisher kop ; et si cela est vrai, alors c'est grave pour nous". L'expression yiddish populaire "goyisher kop" (littéralement, "une cervelle de goy") avait évidemment, il ne faut pas s'en cacher, quelque chose de péjoratif... Mais dans la bouche de Jabotinsky, c'était au contraire un qualificatif positif, comme le lecteur le comprend dans la suite de son récit.  En effet, aux yeux du jeune dirigeant sioniste, les Juifs manquaient de sens commun, surtout lorsqu'il était question de politique. Cette idée était partagée par Max Nordau, que Jabotinsky rencontra peu de temps après à Madrid, où il se trouvait alors (il avait été banni de France par les autorités, en tant que citoyen hongrois).

 

Ben_Gourion.jpgAlors que Jabotinsky s'étonnait devant Nordau de l'attirance que nourrissaient certains Juifs pour la Turquie (on se souvient que David Ben Gourion et d'autres hommes politiques sionistes avaient fondé de grands espoirs sur la révolution des Jeunes Turcs, Ben Gourion ayant même appris le Turc et entamé des études de droit à l'université d'Istanbul), et qu'il lui démontrait l'inanité d'une telle politique, Max Nordau lui répondit par ces mots qui firent une profonde impression sur Jabotinsky : "Ceci, mon jeune ami, est certes logique ; mais la logique est une science grecque, et les Juifs n'y comprennent rien. Les Juifs n'apprennent pas par le raisonnement, mais seulement par les catastrophes. Ils n'achètent pas de parapluie parce qu'ils ont vu des nuages dans le ciel ; ils attendent plutot d'être trempés et d'avoir la pneumonie pour se décider".

 

Photo : Ben Gourion en Turquie

 

Le colonel Petterson, qui dirigea la Légion juive, aborde dans sa préface au livre L'Histoire de la légion juive, le thème du "goyisher kop" de Jabotinsky, expliquant que ce dernier veut dire par cette expression que sa mentalité était dénuée des idiosyncrasies de l'esprit juif, marqué par des siècles de galout. Mais, en tant que chrétien, Petterson rejette l'idée que son ami Jabotinsky aurait eu une "cervelle de non Juif". En effet, explique-t-il, "Son intellect, sa grande érudition, ses capacités linguistiques exceptionnelles et l'éclat d'intelligence marquant chacun des mots qu'il prononçait ou écrivait, tout cela n'était pas 'goy', mais bien Juif". Or, poursuit Petterson, "il a fallu des générations d'érudits et de rabbins, de souffrance juive et d'idéalisme juif pour produire un Vladimir Jabotinsky".

 

Au-delà de leur caractère anecdotique ou plaisant, ces propos renferment quelque chose de profond, et de très actuel, concernant le thème tellement important des capacités politiques du peuple juif. Le débat autour du "goyisher kop" de Jabotinsky rejoint celui sur la personnalité et les aptitudes politiques du fondateur du sionisme, Théodor Herzl. Souvent présenté comme un Juif totalement assimilé, voire hostile à la tradition juive, ce dernier était en réalité, comme l'a bien montré un ouvrage récent 1, un Juif fier qui avait subi l'influence de son grand-père, Shimon Leibl, lui-même en contact avec plusieurs rabbins proto-sionistes. Mais on trouve indubitablement, chez Herzl comme chez Jabotinsky, des qualités d'homme d'Etat et d'analyse politique qui ne sont pas spécifiquement juives, et qui doivent grandement à leurs activités de journalistes et d'hommes de plume (Herzl, on le sait, était dramaturge et il avait conçu tout l'agencement du premier Congrès sioniste comme une véritable pièce de théatre).herzl2.jpg

 

Le "goyisher kop" de Jabotinsky, et sans doute aussi de Herzl, désigne peut-être cette capacité à s'abstraire du fatalisme juif atavique pour doter le peuple Juif des isntruments politiques nécessaires à la prise en main de son destin. En ce sens, il n'est pas fortuit que ce soit précisément des hommes comme Herzl ou Jabotinsky, assimilés en apparence, mais profondément Juifs dans le tréfonds de leur âme, qui aient consacré leur vie – jusqu'à leur dernier souffle, littéralement, tous deux ayant été enlevés prématurément à leur peuple – à la renaissance nationale juive et à l'édification de l'Etat d'Israël.

Itshak Lurçat

 

1. Georges Weisz, Herzl, une nouvelle lecture, L'Harmattan 2006.

[Article paru dans Le Jerusalem Post]

 

 

 

 

 

30.07.2009

Ticha Bé'Av 1938 – Appel de Zeev Jabotinsky aux Juifs de Pologne

458472-5.jpgDès 1936, Jabotinsky avait lancé un appel pressant aux Juifs d'Europe, pour qu'ils quittent leurs pays et fuient la catastrophe imminente. Plusieurs écrivains et penseurs sionistes avaient eu le pressentiment de la Shoah et l'avaient parfois annoncée dans des termes prémonitoires 1. Mais Jabotinsky est le seul qui a fait de ce pressentiment un programme politique, auquel il a donné le nom d'évacuation. Dans le texte ci-dessous, inédit en français, le dirigeant sioniste s'adresse aux Juifs de Pologne, le jour de Ticha Bé'Av 1938, et les presse de fuir le "volcan" qui va bientôt tout dévaster... Ces quelques lignes, qu'on ne peut lire aujourd'hui sans trembler, montrent que Jabotinsky était doué, tout comme Herzl, non seulement d'une lucidité politique incomparable, mais aussi d'une capacité de comprendre et de prédire les événements quasiment prophétique. P.I.L

 

 

 

Discours prononcé à Varsovie, 9 Av 5698

 

"Depuis trois ans je m'adresse à vous, Juifs de Pologne, diadème du judaïsme dans le monde... Je vous mets en garde sans cesse, contre la catastrophe qui approche. Mes cheveux ont blanchi et j'ai vieilli, car mon cœur saigne en voyant que vous, mes chers frères et sœurs, êtes aveugles devant le volcan qui va bientôt cracher son feu destructeur...

 

Je vois un spectacle terrible ; il ne reste que peu de temps pour s'échapper. Je sais bien que vous ne pouvez le voir, préoccupés par vos soucis quotidiens. Ecoutez cependant mes paroles, en cette heure ultime : au nom de D.ieu ! Que chacun sauve sa vie, tant que cela est encore possible, et il ne reste plus beaucoup de temps !

Et je souhaite vous dire encore une chose, en ce jour de Ticha Bé'Av : ceux qui parviendront à fuir la catastrophe, auront le mérite de vivre un jour de fête et de grande allégresse juive : la renaissance et le rétablissement de l'Etat juif. Je ne sais pas si je mériterai de le voir, mais mon fils, certainement ! Je crois à cela tout comme je sais que demain matin, le soleil brillera de nouveau. Je le crois d'une foi parfaite".

 

 

 

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Notes

1. Voir sur ce sujet l'article de Joseph Nedava, "Les pères fondateurs du sionisme et la prédiction de la Shoah" [hébreu], Bein Hazon la-Hazon, Jérusalem, non daté.

2. Jabotinsky est mort en août 1940, dans un camp du Betar près de New York. Il n'a pas pu – comme il le pressentait – assister à la renaissance de l'Etat juif, et il est mort en exil, loin de la Terre promise à laquelle il avait consacré sa vie, comme Herzl et comme Moché Rabbénou. Dans son testament, il avait demandé à être inhumé en Israël, mais seulement lorsqu'un gouvernement juif y serait installé. Son souhait fut exaucé en 1964, sur ordre de Lévi Eshkol (Ben Gourion ayant refusé obstinément de faire droit aux demandes pressantes qui lui furent adressées pendant 15 ans...). Jabotinsky repose aujourd'hui à Jérusalem, sur le mont Herzl. Son fils, Eri Jabotinsky, s'installa en Israël en 1948 et y devint professeur au Technion. Il avait pris une part active au sauvetage des Juifs d'Europe, notamment au sein du "groupe Bergson".

Itshak Lurçat

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