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bat ye'or

  • Les curieuses méthodes de Sifaoui à l’encontre de Bat Ye’Or

    lundi 27 septembre 2010, par Stéphanie Carrouges


    SIFAOUI BARBU.jpgNous verrons si le nouveau livre de Bat Ye’or (L’Europe et le spectre du califat, cf. le blog d’Ivan Rioufol du 13 sept. http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2010/09/lelysee-juge-inacceptable.html), tout en reprenant et continuant l’investigation engagée déjà dans Eurabia ne va pas, en fait, beaucoup plus loin. Mais ce qui importe d’abord c’est une question de méthode : si Mohamed Sifaoui (dans Eric Zemmour, Une supercherie française) se permet si facilement de comparer le travail d’un chercheur aussi méticuleux avec le pastiche des Protocoles des sages de Sion, n’est-ce pas le signe que quelque chose est déjà vicié dans la culture ou la civilisation que l’on « défend » ? Dans le déluge d’informations et les luttes d’influences pour la direction de l’opinion, ou même d’une toute petite portion de celle-ci, est-ce que l’esprit et le travail libres ne devraient pas garder encore quelque valeur aux yeux du public cultivé ? Y a-t-il des réalités accessibles à la recherche – laquelle ne se limite pas à compulser des pages ou des écrans d’ordinateur, mais repose avant tout sur la finesse d’esprit, la délicatesse des relations humaines, et sur l’engagement, le sérieux et le souci de la vérité de toute une vie ? Des réalités accessibles à la raison mais que l’on ne trouve pas forcément étalées en clair dans les journaux ou qui ne font encore l’objet d’aucun enseignement en faculté ? Quelle civilisation défendons-nous ? Le commerce vulgaire avec ses chaînes, son marketing, toutes sortes d’idées et de fonds publics ou secrets se passe très bien de nous, il me semble. Mais quelle civilisation défendons-nous, en fait ?

    Dans la première partie de son nouveau livre, dont des extraits commencent à circuler, Bat Ye’or, une femme en effet, comme l’a rappelé sans beaucoup d’élégance Mohamed Sifaoui, revient sur un tournant de sa propre aventure : « En décembre 2002 un article intitulé “Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d’Eurabia” s’affichait sur internet dans de nombreuses langues. Paru dans une modeste revue parisienne [L’Observatoire du monde juif] l’auteur, une inconnue du grand public, situait la politique arabe de la Communauté européenne dans un cadre précis, stratégique et coordonné, appelé le Dialogue Euro-Arabe. »

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    C’était simplement, en étudiant une masse considérable de documents institutionnels (c’est-à-dire des circulaires, des documents et des rapports tout à fait officiels émanant d’administrations et d’institutions autorisées mais souvent peu connus du public) appliquer la méthode mise au point par des siècles de culture historique en Occident pour étudier et révéler une direction de l’histoire européenne contemporaine radicalement inaperçue.

    Comment le monde des idées politiques et sociales pourrait-il jamais progresser sans une recherche approfondie et qui débouche sur une modeste prise de position ? Modeste toujours est la parole humaine devant les mécanismes puissants qu’elle s’efforce de décrire. On peut bien sûr attendre que les écrans nous dictent le minimum requis pour faire encore partie de l’espèce humaine (animal politique et doué de raison) ou le façonnent. On peut aussi compter pour cela sur tous les fonctionnaires d’État ou d’organisations internationales qualifiés, rémunérés, encadrés et donc très bien tenus. Mais ce système a-t-il besoin d’être défendu encore par nos pauvres moyens ?

    Stéphanie Carrouges

  • Rencontre avec Bat Ye'or à Jérusalem

     

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    Le dernier livre de Bat Ye'or, paru en Italie 

    La librairie Vice-Versa recevait hier Bat Ye'or pour présenter ses livres au public francophone. Dans un cadre intime et devant un auditoire restreint, l'historienne d'origine égyptienne a présenté de manière concise ses travaux et analysé la situation actuelle. "Quand j'ai commencé à travailler sur la dhimmitude" [thème de son livre Les chrétientés d'Orient entre djihad et dhimmitude], a-t-elle rappelé, "je pensais que c'était une vieille histoire... Mais quand j'ai écrit Les chrétientés... j'ai compris que c'était un problème actuel. Nous vivons déjà à l'ombre du Califat".

     Bat Ye'or (Photo de Paul Landau)

    BAT YEOR (PHOTO Paul Landau).jpgBat Ye'or expose ensuite le thème de son dernier livre, paru en Italie, intitulé "Vers le califat universel, comment l'Europe est devenue complice de l'expansionnisme musulman" (éditions Lindau). Ce livre porte essentiellement sur l'OCI (Organisation de la Conférence islamique) et sur son projet politique, que Bat Ye'or désigne comme étant l'instauration du "Califat universel". Parmi les objectifs déclarés de l'OCI, figure celui de transférer son siège de Djedda, en Arabie saoudite, où il se trouve actuellement, à Al-Quds (Jérusalem). L'OCI a aussi pour but de construire l'Oumma universelle, tout d'abord "dans les cœurs et les esprits" des populations musulmanes en Occident, puis – dans une seconde étape – en tant que réalité politique. Enfin, elle vise à proclamer le "message universel de l'islam" [par la da'wa, c'est-à-dire la propagande et le prosélytisme] et à éradiquer l'islamophobie, c.-à-d. à interdire toute critique de l'islam, et à obliger les Occidntaux à reconnaître les "Droits culturels" des Musulmans en Occident. Derrière cette expression ambigue se cache en fait l'objectif d'islamiser l'Occident, et notamment l'Europe, au moyen de l'instauration de la charia (1). Bat Ye'or conclut son intervention en affirmant que la dhimmitude est le problème essentiel du XXIe siècle.

     

    Après cet exposé bref mais intense, Bat Ye'or répond aux questions du public. Elle rappelle le rôle essentiel et néfaste de la France dans l'instauration du "dialogue euro-arabe", euphémisme désignant en fait l'alignement de la politique étrangère des Etats européens sur celle de la ligue arabe, dans le cadre du processus qu'elle a décrit dans son livre capital, Eurabia. Elle évoque aussi des souvenirs personnels, comme ses relations avec la journaliste italienne Oriana Fallaci, qui s'est nourrie des travaux de Bat Ye'or, ou ses rencontres en Italie avec Magdi Allam (que j'évoquais dans ces colonnes) et avec Geert Wilders. Bat Ye'or remarque à ce sujet que l'Italie est un des rares pays d'Europe qui reste libre et qui a conservé le sens de la liberté, sans doute, observe-t-elle, en raison du combat politique qu'elle a mené pour acquérir son indépendance politique au XIX e siècle. (2).
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    En conclusion, et malgré le constat très lucide et peu encourageant qu'elle dresse de l'état de l'Europe et de l'Occident face à l'expansionnisme musulman, Bat Ye'or conserve un espoir, car, explique-t-elle "si on ne fait rien, on est pessimiste, mais si on agit, alors on demeure optimiste". Merci à Bat Ye'or pour cette leçon de courage et de clairvoyance. Merci aussi à la librairie Vice-Versa d'avoir organisé cette rencontre et souhaitons que, lors d'une de ses prochaines visites en Israël, Bat Ye'or puisse intervenir en français devant un public plus nombreux.

    Pierre Its'hak Lurçat

     

     

    Notes

    1. A ce sujet voir le compte-rendu de la conférence donnée récemment à Paris par Paul Landau, sur le sujet de "L'islamisation de l'Europe", sur le site Riposte Laïque.

    2 Il est intéressant de rappeler à ce sujet que plusieurs dirigeants sionistes ont été inspirés par l'exemple du Risorgimento, – au premier rang desquels Vladimir Zeev Jabotinsky – admirateur de Garibaldi, de Giusti et de Leopardi.

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