22/11/2011
Irène Némirovsky : commémorer une Juive antisémite ? - Pierre Itshak Lurçat
A l'occasion de la parution en poche des oeuvres complètes d'Irène Némirovky, je remets en ligne cet article paru il y a un an. P.I.L
"Il était petit, maigrichon, grelé, roux, clignait à tout moment ses yeux minuscules et roux eux aussi, avait le nez long et courbe et n'arrêtait pas de tousser". Cette description du Juif par Tourgueniev, dans son récit du même nom, m'est revenue en mémoire en lisant sous la plume de Myriam Anissimov comment Irène Némirovsky avait appris la technique romanesque chez l'écrivain russe. Elle a repris de son illustre aîné la manière de camper ses personnages, qu'elle créait et faisait vivre avec des précisions innombrables, avant même d'entamer l'écriture de son roman. Hélas, cet amour du détail et ce perfectionnisme psychologique n'ont pas leur pendant lorsqu'il est question des Juifs qui, sous sa plume, comme sous celle de son maître, demeurent des personnages falots, superficiels et caricaturaux, toujours détestables et moralement abjects, mais dénués de toute consistante ou de profondeur.
La polémique sur l'antisémitisme d'Irène Némirovsky vient de rebondir avec l'ouverture d'une exposition consacrée par le Mémorial de la Shoah à l'écrivain, dont la Suite française a connu un succès posthume inattendu, après son sauvetage miraculeux et sa parution en 2004. La vraie question n'est sans doute pas de savoir si Irène Némirovsky était antisémite (elle ne s'en cache pas du tout), que de comprendre quels étaient les ressorts de son attitude négative envers les Juifs. "Décrivant l'ascension sociale des Juifs", écrit M. Anissimov, "elle fait siens toutes sortes de préjugés antisémites… Sous sa plume surgissent des portraits de Juifs, dépeints dans les termes les plus cruels et péjoratifs, qu'elle contemple avec une sorte d'horreur fascinée…" Il s'agit donc d'un antisémitisme de plume, que Némirovsky a hérité de ses maîtres russes et qui va lui permettre de se faire une place dans le paysage littéraire de la France de la fin des années 1920 et du début des années 1930.
Les gros sabots russes de Tourgueniev
Olivier Philipponnat, biographe de Némirovsky (qui est aussi le commissaire scientifique de l'exposition du Mémorial) a certes raison d'observer qu'on ne peut juger Némirovsky à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui. Il faut, pour comprendre son personnage et son attitude envers ses origines, tenter de se replacer dans la France de l'entre-deux guerres, où l'antisémitisme faisait partie de la culture, à un point tel que les écrivains juifs eux-mêmes n'en étaient pas exempts, comme le fait remarquer Anissimov, citant Proust et Romain Gary. Toute la différence entre Proust et Némirovsky, c'est que même lorsque l'auteur de la Recherche du temps perdu attribue à Swann des stéréotypes, il le fait avec subtilité. Chez Némirovsky, point de finesse proustienne, mais la brutalité et les gros sabots russes d'Ivan Tourgueniev…
21:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : shoah, nemirovsky, juifs, antisemitisme
19/09/2011
Les deux visages du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas
Docteur Mazen et Mister Abbas :
[Article paru en janvier 2011 qui reste d'actualité...]
Quand Alain Finkielkraut se disait "impressionné par la sincérité du leader palestinien Mahmoud Abbas" et par sa "culture de la paix", lors de la récente visite de celui-ci en France, il ne faisait que reprendre un poncif véhiculé par les médias occidentaux depuis de nombreuses années. On peut bien entendu déplorer qu'un intellectuel comme Finkielkraut ne fasse pas preuve d'un minimum d'esprit critique, mais il faut dire à sa décharge qu'il est loin d'être le seul… Récemment encore, on a ainsi pu entendre l'écrivain et Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel expliquer, sur les ondes d'une radio juive parisienne, que Mahmoud Abbas incarnait "l'aile modérée" palestinienne, avec laquelle Israël pouvait parvenir à la paix. Et même un spécialiste de géopolitique averti comme Frédéric Encel répète doctement, depuis plusieurs années, qu'Abbas est un "dirigeant courageux" qui a choisi la voix des négociations…. Mais, derrière ce langage convenu et ces clichés, quelle est la réalité ?
Un négationniste Premier ministre de la 'Palestine' ?
A la veille de la constitution du gouvernement palestinien dirigé par Mahmoud Abbas, en mars 2003, le docteur Rafael Medoff, spécialiste de l'histoire de la Shoah, publiait un article intitulé "Un négationniste Premier ministre de la 'Palestine' ?" Il y rappelait des faits bien connus (mais peu souvent mentionnés) concernant la formation universitaire de Mahmoud Abbas. Celui-ci a en effet achevé un doctorat à l'université Patrice Lumumba de Moscou, en 1982, portant sur le sujet "La connexion entre les nazis et les dirigeants sionistes, 1933-1945". Dans cette thèse, Abbas soutenait l'idée d'une collusion entre le sionisme et le nazisme et d'une responsabilité conjointe des sionistes et des nazis dans la Shoah.
Mais Abbas ne s'arrêtait pas là… Il contestait également le nombre de 6 millions de victimes juives de la Shoah, en citant notamment les travaux de "l'historien" Robert Faurisson ! Dans ces circonstances, on comprend pourquoi le docteur Medoff concluait son article de 2003 par ces mots : "Si Abbas est promu au poste de Premier ministre de l'Autorité palestinienne, la communauté internationale tout entière sera confrontée à la question de savoir si Abbas mérite d'être traité différemment de Tudjman, de Haider et de Le Pen". >>>
08:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mahmoud abbas, palestiniens, antisemitisme, terrorisme, negationnisme
01/01/2010
Djihad et haine des Juifs - Le lien troublant entre islamisme et nazisme
Quel est le lien entre le nationalisme arabe – et palestinien en particulier – , le nazisme et l'idéologie du djihad, qui connaît un regain d'intensité depuis le 11 septembre 2001 ? La réponse à cette question se trouve dans un livre important du chercheur Matthias Küntzel [photo ci-contre], qui vient d'être traduit en français. Professeur à l'université de Hambourg et chercheur à l'université hébraïque de Jérusalem, Küntzel étudie depuis de nombreuses années l'antisémitisme et ses formes contemporaines, et les liens historiques entre l'islamisme et le nazisme. Il y a quelques années, une conférence qu'il devait donner dans une université anglaise fut annulée au dernier moment, car son intitulé comportait l'expression "antisémitisme islamique", qui fut jugée offensante pour les musulmans...
Un sujet tabou en Europe aujourd'hui
Le thème des recherches de Küntzel est en effet un sujet tabou en Europe aujourd'hui, et c'est un pan totalement occulté de l'histoire du vingtième siècle que son livre révèle au lecteur francophone : celui du "lien troublant entre islamisme et nazisme", qui se trouve "à la racine du terrorisme international", comme l'explique le sous-titre du livre. Ayant moi-même écrit sur le sujet de l'islamisme, j'ai pu constater combien la littérature en français était pauvre sur ce sujet, et combien les livres existants – y compris les meilleurs – étaient marqués par une vision politiquement correcte de l'histoire récente. Ainsi, le chercheur Gilles Kepel, qui dirige la chaire Moyen-Orient à l'école des sciences politiques et a consacré plusieurs ouvrages éclairants à l'islam contemporain, occulte souvent le discours antijuif des principaux idéologues des Frères musulmans, au point d'omettre dans sa bibliographie de Sayid Qutb le fameux opuscule "Notre combat contre les Juifs" (dont le titre rappelle celui du Mein Kampf d'Hitler).
Si le lien entre islamisme et nazisme est un secret aussi bien caché par les auteurs français, c'est que ceux-ci présentent souvent sous un jour positif l'islamisme, considéré comme un mouvement progressiste ou tiers-mondiste (c'est la thèse des livres de François Burgat et, dans une moindre mesure, de ceux d'Olivier Roy). Récemment encore, il était difficile de trouver des ouvrages en français abordant les liens entre l'islam et l'Allemagne nazie, à l'exception du livre pionnier des journalistes Roger Faligot et Rémi Kauffer, Le croissant et la croix gammée, paru il y a près de vingt ans et jamais réédité. Le livre de Matthias Küntzel, préfacé par Pierre-André Taguieff, vient combler cette lacune (il a été traduit auparavant dans une dizaine de langues, y compris l'hébreu).
La lecture de ce livre est enrichissante, à la fois pour comprendre l'histoire et pour éclairer l'actualité la plus brûlante. L'auteur aborde, de manière synthétique et documentée, les thèmes suivants : les Frères musulmans et la Palestine, l'islamisme égyptien de Nasser à nos jours, le djihad du Hamas et le 11 septembre et Israël. La première partie montre comment le thème de la Palestine et de la lutte contre le sionisme et contre les Juifs a occupé une place essentielle dans la rhétorique des Frères musulmans, dès la création (en 1928) du mouvement islamiste égyptien, matrice des principales organisations islamistes contemporaines, du Hamas jusqu'à Al-Qaida. L'homme qui a servi de lien entre les Frères égyptiens et la Palestine n'est autre que le tristement célèbre Amin al-Husseini, le "grand Mufti" de Jérusalem, fondateur du nationalisme palestinien et ami d'Adolf Hitler.
Une haine métaphysique et rédemptrice
Loin d'être purement fortuit ou circonstanciel, le lien consubstantiel entre islamisme et nazisme s'est en effet perpétué depuis le début des années 1930 et jusqu'à nos jours. Küntzel montre comment l'antisémitisme radical occupe une place essentielle dans la doctrine politico-religieuse des Frères musulmans et de toute la mouvance islamiste issue des Frères. Il s'agit, selon l'auteur, de la clef de voûte de l'idéologie islamiste, qui se structure – tout comme le nazisme à son époque – autour de la haine des Juifs. Après avoir passé la plus grande partie de la guerre à Berlin, où il animait les émissions en arabe de la radio nazie, Al-Husseini put échapper aux procès de l'après-guerre grâce à la complicité du quai d'Orsay. Un des plus fameux disciples du mufti pronazi sera son petit-neveu, Yasser Arafat, qui fut membre des Frères musulmans et militant islamiste avant d'adopter la rhétorique du "nationalisme laïc" palestinien, pour mieux séduire la gauche et l'extrême-gauche occidentale, avec le succès que l'on sait.
L'antisémitisme radical des islamistes n'a rien à voir avec la politique israélienne, ni avec l'occupation de territoires "arabes" en 1967 : il s'agit d'une haine quasi-métaphysique, à caractère exterminationniste et rédempteur. Aux yeux de Qutb, d'Al-Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq Ramadan) ou de Ben Laden, les Juifs doivent être exterminés pour que l'islam triomphe, et cet impératif s'inscrit dans une vision eschatologique de l'ultime combat contre les Juifs, qui doit précéder l'instauration de l'islam sur toute la terre... On comprend dès lors l'inanité de toute tentative de négocier ou de trouver un modus vivendi avec les islamistes du Hamas ou d'Al-Qaida. On ne peut pas signer d'accord de paix avec les islamistes, mais tout au plus une trêve provisoire (comme celle conclue par Mahomet lorsqu'il se trouva en situation d'infériorité). Et l'islamisme – tout comme le nazisme dont il a recyclé une grande partie de l'idéologie – ne peut qu'être totalement vaincu.
Itshak LURCAT
Matthias Küntzel, Jihad et haine des Juifs, éditions L'Œuvre, Paris 2009.
(ARTICLE PARU DANS VISION D'ISRAEL)
14:16 Publié dans Antisemitisme | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : kuntzel, djihad, antisemitisme












