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05.02.2012

Jabotinsky, les Juifs sépharades et la civilisation occidentale

La ridicule polémique déclenchée dans le landerneau politique parisien par les propos pétris de bon sens de Claude Guéant est l'occasion pour moi de remettre en ligne cet extrait de l'Histoire de ma vie de Zeev Jabotinsky. Parmi les surprises que la lecture de ce livre révèle, l'amour de Jabotinsky pour les Juifs sépharades, qui transparaît dans les lignes publiées ci-dessous. On notera au passage le caractère politiquement très incorrect des propos de Jabotinsky sur la civilisation occidentale, à une époque où le concept de "multiculturalisme" et le relativisme culturel n'existaient pas encore... P.I.L.

 

Jabotinsky.jpg"Si la transmigration des âmes existe et si – avant de renaître – on m'autorise de là-haut à choisir un peuple et une race, je répondrai : « All right, Israël, mais sépharade ». Je m'étais pris d'amour pour les sépharades, et peut-être précisément pour les qualités qui leur valent les sarcasmes de leurs frères ashkénazes : leur « superficialité » m'est de beaucoup préférable à notre profondeur inefficace ; j'apprécie leur inertie plus que notre tendance à courir après la moindre chimère ; des générations de torpeur intellectuelle et politique ont préservé leur fraîcheur spirituelle ; et pour ce qui concerne la richesse culturelle – j'hésite pour savoir ce qui rapprochera plus l'homme du seuil de la civilisation occidentale (car il n'y en a pas d'autre – la civilisation et l'Occident – c'est une seule et même chose) – une livre d'éducation française et italienne ou une tonne de mystique russe. A Salonique, à Alexandrie, au Caire, vous trouverez une intelligentsia juive de la même trempe qu'à Varsovie ou à Riga ; et en Italie, bien supérieure à celle de Paris et de Vienne. J'accepte de reconnaître leur grand et unique défaut : dans le domaine de l'action sioniste (même si l'idée nationale est relativement plus répandue chez eux que chez nous), il n'y a pas encore dans leur cœur un appétit de conquête, pas « d'ambition », mais cela aussi viendra en son temps...

... Je remplis évidemment mes obligations de « correspondant particulier ». Je vérifiai l'impression faite en « Orient » par la Turquie, et ses dernières démarches, et je constatai qu'elle était nulle. Bien entendu, il n'y avait aucun sens à interroger à ce sujet les gouvernants eux-mêmes. Le natif de ces pays est un grand diplomate (au sens « classique », sur lequel je devrai revenir, au sujet de mon entrevue avec Delcassé) et en particulier – lorsqu'il a peur. J'adoptai un comportement plus simple – j'interrogeai les commerçants juifs sépharades locaux : ils sont eux aussi des habitants du pays de longue date, mais ils sont plus perspicaces et plus sincères ; et le Juif, pour peu que cela ne concerne pas ses intérêts en tant que Juif, est capable de pénétrer véritablement en profondeur les choses et de voir loin. Il connaît très bien l'état d'esprit des Arabes : même si on lui raconte des histoires, il est capable de comprendre à quel endroit on simule et ce qu'on lui cache. Presque tous ces Juifs sépharades – commerçants, avocats, journalistes, de Tanger jusqu'à Tunis – me firent la même réponse, et l'histoire prouva qu'ils avaient raison :

 

Jabotinsky_gallery2_big.jpg

 

- Un appel à la guerre sainte ? – Absurde. Il est même ridicule de se poser la question de l'impression que cela fait. C'est seulement chez vous, les Européens naïfs, que l'on croit encore à cela, comme si l'on pouvait en Orient, au nom d'une solidarité musulmane, soulever les foules et les inciter à prendre des risques sérieux. Les Turcs eux-mêmes n'y croient pas : cela fait bien cent ans que l'Europe a frappé les Turcs et leur a pris leurs meilleures terres, les unes après les autres, et durant toute cette période aucun État musulman n'a levé le petit doigt en faveur du Sultan, alors même qu'il est surnommé le Calife des Croyants. Les Allemands, naïfs eux aussi, comme tous les autres peuples d'Europe, ont voulu influer sur les Turcs, pour qu'ils tentent à nouveau leur chance. En vain. Pas un seul homme ne viendra ici à l'aide des Turcs".

Extrait de Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat

NB J'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI.

11.01.2012

Le jour où la droite israélienne prendra le pouvoir… Pierre Itshak Lurçat

 

AVEC YARIV LEVIN.JPGJ’ai rencontré ce matin à la Knesset le député Likoud Yariv Levin [photo ci-contre de Sarah Lurçat]. A 43 ans, il n’est pas seulement un des « jeunes loups » du parti de Bibi Nétanyahou et un des éléments les plus brillants et les plus prometteurs de la droite israélienne, mais il incarne aussi et surtout la volonté d’une nouvelle génération de « donner enfin le pouvoir » à la droite israélienne, trente-cinq ans après que Menahem Begin ait gagné les élections…

 

Yariv Levin est, par sa mère, le rejeton d’une famille qui s’est illustrée pendant la période de la Tékouma (renaissance) et de la Guerre d’Indépendance : les parents de sa mère faisaient partie de l'Irgoun et l’oncle de celle-ci, Eliaou Lenkin, était le commandant de l’Altalena, le fameux bateau affrété par l’Irgoun qui fut bombardé, avec sa précieuse cargaison d’armes et des dizaines de Juifs à  bord – dont plusieurs survivants de la Shoah – sur l’ordre du commandant du Palma’h, un certain Itshak Rabin…

 

ALTALENA.jpg


 

Le contenu – passionnant – de mon entretien avec Yariv Levin doit paraître dans la prochaine livraison d’Israël Magazine et je ne vais pas en dévoiler ici la teneur. Je dirai seulement que le thème essentiel de notre conversation était la question, cruciale, de savoir pourquoi la droite ne dirige pas encore Israël, trente-cinq ans après le « Maapa’h » (renversement) de 1977, et comment faire pour remédier à cette situation.

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07.01.2012

Les ‘Haredim, la Shoah et le discours politique en Israël - Pierre Itshak Lurçat

« Nous devons organiser une pétition massive et exiger la révision des procès de Nuremberg et la réhabilitation des [nazis] qui y ont été condamnés à mort et pendus, parce qu’ils ont tous agi conformément aux ordres explicites de leurs supérieurs légitimes »

 

(Y. Leibowitz, Ha’aretz 28/10/1956)

 

ENFANT JUIF.jpgLa vague d’indignation suscitée par la photo scandaleuse d’un enfant ‘harédi arborant une étoile jaune et levant les bras, dans une posture qui rappelle la fameuse photo de l’enfant juif dans le ghetto de Varsovie, est peut-être légitime. Mais l’indignation est le degré zéro de la pensée politique, nous sommes bien placés pour le savoir, depuis qu’Israël est devenu la cible de tous les « indignés » de la planète… Aussi est-il urgent de dépasser le stade de l’indignation pour tenter de comprendre ce que signifie ce recours à un symbole fort de l’histoire juive. Je propose une hypothèse quelque peu provocatrice : l’usage de ce signe lié à la Shoah n’est pas tant une marque de repliement, ou de rejet par le monde ultra-orthodoxe de la société israélienne et de ses symboles, qu’un témoignage de l’intégration grandissante au sein de la vie politique d’Israël des Juifs ‘harédim, y compris les plus radicaux d’entre eux.

 

Une remarque préliminaire : la couverture médiatique disproportionnée donnée aux récentes affaires touchant au conflit de valeurs entre Israéliens laïcs et ultra-orthodoxes atteste d’intentions politiques suspectes. On ne peut pas faire l’économie de s’interroger sur les motivations réelles et sur les ressorts cachés derrière cette campagne médiatique, qui a commencé par des articles dans la presse américaine et par une tribune de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qui mettait en garde contre le risque de voir Israël « devenir comme l’Iran »… Preuve, si besoin était, que cette affaire purement intérieure à la société israélienne est devenue un enjeu international entre les mains d’acteurs pas forcément bien disposés envers Israël.

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03.01.2012

Edward Amiach: « La France se comporte avec Israël comme un pays colonisateur et paternaliste »

EDWARD AMIACH A ITAMAR.jpgAu lendemain du débat qui a opposé les candidats aux élections de la 8e circonscription Edward Amiach, Valérie Hoffenberg et Gil Taieb à Jérusalem, nous avons rencontré le candidat Edward Amiach pour un tour d’horizon de la situation politique française, israélienne et internationale. Entretien avec un candidat qui ne pratique pas la langue de bois.

 

 

Israël7 : Un premier débat public vous a opposé aux candidats Valérie Hoffenberg et Gil Taieb à Jérusalem, il y a 15 jours. Les candidats  Daphna Poznanski et Philippe Karsenty, de leur côté, ont refusé de participer au débat, arguant de divers prétextes. Que vous a inspiré cette attitude ?

Edward Amiach : C’est une forme de lâcheté intellectuelle. La candidate de gauche a affirmé que cela ne serait pas un débat d’idées… Mais on aurait justement aimé la voir exposer ses idées. J’aurais aimé en particulier l’interroger sur l’orientation actuelle du Parti socialiste, avec la mainmise communautariste grandissante des Musulmans en France… Aurait-elle abordé les positions du PS sur le « Printemps arabe », c’est-à-dire l’islamisation grandissante des pays arabes ? Aurait-elle parlé des problèmes économiques rencontrés par les pays européens ? Daphna Poznanski aurait-elle montré clairement que le PS qu’elle représente n’est plus du tout celui auquel pensent ses amis en Israël ? La situation actuelle du PS concernant Israël est en effet dans la droite ligne de ce qu’avait préconisé Pascal Boniface il y a quelques années [N.d.R. Pascal Boniface avait recommandé dans une note interne au PS de se rapprocher des Musulmans et de tirer un trait sur l’électorat juif de France].

 

amiach photo officielle.png

Quant à l’autre candidat, il est regrettable qu’il ait cru bon de justifier son absence en traitant le médiateur [Jacques Benillouche] de « gauchiste » il y a quelques semaines, et plus tard de « sympathisant lepéniste » ! J’ai le sentiment que c’est un homme qui refuse les débats, qui sait se présenter de manière avantageuse mais n’a pas de véritable programme politique… La seule chose que l’on sait de lui c’est son rôle dans l’affaire Al-Dura…

Israël7 : Quelle est votre réaction au sujet de la libération du terroriste franco-palestinien Salah Hamouri et de ses déclarations, dans lesquelles il se glorifie de sa participation au projet d’attentat contre le grand rabbin Ovadia Yossef ?

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29.12.2011

Prêts à tout pour taper sur le CRIF, par Victor Perez

portrait_richard_prasquier.jpgThierry Reboud, dans un article publié sur les sites ‘’bien pensants’’ que sont Médiapart et Rue89, a décidé de s’en prendre aux Juifs à travers le président du Crif Richard Prasquier. L’écrit en question, publié les 21 et 22 décembre, intitulé « Prasquier (CRIF) n'en rate pas une » (1) et « Prasquier et Hamouri : le Crif n'en rate pas une » (2) est fort instructif en ce sens car il rappelle indirectement, de façon subliminale au ‘’bon’’ quidam, lecteur de ces sites, que la communauté juive est soit mal représentée, soit est complice de la ‘’félonie’’ de l’association par ses prises de positions inconsidérées. (Les commentaires des internautes sur Médiapart sont édifiants à ce sujet).

 

En fait de quoi s’agit-il ?

 

Dans un éditorial intitulé « Salah Hamouri et Gilad Shalit » (3), Richard Prasquier avait repris comme introduction un extrait de la dépêche de l’agence Reuters informant sur les premières déclarations de Salah Hamouri à sa libération : « Ovadia Yosef mérite la mort ». Un éditorial rapidement repris, nous dira au passage Thierry Reboud, « sur de nombreux sites de soutien inconditionnel à la politique israélienne (juif.org, israel7.com, guysen.com, etc.) ». Presse indubitablement ‘’propagandiste’’, à le croire, car diffusant des termes attribués à tort, selon l’auteur, au ‘’palestinien’’ libéré.

 

Pour en démonter la réalité il cite à l’appui la dépêche de Reuters en date du mardi 20 décembre « Libre, le Franco-Palestinien Salah Hamouri reste inflexible » (4) où ne figurent point, effectivement, ces ‘’vœux’’ de bonne année 2012 pour le rabbin.

 

De surcroît, il reprend à son compte le communiqué du comité de soutien (5) à Salah Hamouri, qui assure n’avoir « jamais dit ni pensé cela. Il (Salah) a fait d’ailleurs une mise au point immédiatement en ce sens. Mais non seulement lui, mais les journalistes de l’agence Reuters qui l’ont interviewé, démentent aussi, enregistrement à l’appui, les propos attribués à Salah ».

 

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22.11.2011

Irène Némirovsky : commémorer une Juive antisémite ? - Pierre Itshak Lurçat

A l'occasion de la parution en poche des oeuvres complètes d'Irène Némirovky, je remets en ligne cet article paru il y a un an. P.I.L

 

"Il était petit, maigrichon, grelé, roux, clignait à tout moment ses yeux minuscules et roux eux aussi, avait le nez long et courbe et n'arrêtait pas de tousser". Cette description du Juif par Tourgueniev, dans son récit du même nom, m'est revenue en mémoire en lisant sous la plume de Myriam Anissimov comment Irène Némirovsky avait appris la technique romanesque chez l'écrivain russe. Elle a repris de son illustre aîné la manière de camper ses personnages, qu'elle créait et faisait vivre avec des précisions innombrables, avant même d'entamer l'écriture de son roman. Hélas, cet amour du détail et ce perfectionnisme psychologique n'ont pas leur pendant lorsqu'il est question des Juifs qui, sous sa plume, comme sous celle de son maître, demeurent des personnages falots, superficiels et caricaturaux, toujours détestables et moralement abjects, mais dénués de toute consistante ou de profondeur.

 

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La polémique sur l'antisémitisme d'Irène Némirovsky vient de rebondir avec l'ouverture d'une exposition consacrée par le Mémorial de la Shoah à l'écrivain, dont la Suite française a connu un succès posthume inattendu, après son sauvetage miraculeux et sa parution en 2004. La vraie question n'est sans doute pas de savoir si Irène Némirovsky était antisémite (elle ne s'en cache pas du tout), que de comprendre quels étaient les ressorts de son attitude négative envers les Juifs. "Décrivant l'ascension sociale des Juifs", écrit M. Anissimov, "elle fait siens toutes sortes de préjugés antisémites… Sous sa plume surgissent des portraits de Juifs, dépeints dans les termes les plus cruels et péjoratifs, qu'elle contemple avec une sorte d'horreur fascinée…" Il s'agit donc d'un antisémitisme de plume, que Némirovsky a hérité de ses maîtres russes et qui va lui permettre de se faire une place dans le paysage littéraire de la France de la fin des années 1920 et du début des années 1930.

 

Les gros sabots russes de Tourgueniev

 

Olivier Philipponnat, biographe de Némirovsky (qui est aussi le commissaire scientifique de l'exposition du Mémorial) a certes raison d'observer qu'on ne peut juger Némirovsky à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui. Il faut, pour comprendre son personnage et son attitude envers ses origines, tenter de se replacer dans la France de l'entre-deux guerres, où l'antisémitisme faisait partie de la culture, à un point tel que les écrivains juifs eux-mêmes n'en étaient pas exempts, comme le fait remarquer Anissimov, citant Proust et Romain Gary. Toute la différence entre Proust et Némirovsky, c'est que même lorsque l'auteur de la Recherche du temps perdu attribue à Swann des stéréotypes, il le fait avec subtilité. Chez Némirovsky, point de finesse proustienne, mais la brutalité et les gros sabots russes d'Ivan Tourgueniev…

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17.11.2011

"Si je veux vivre, je dois renaître" - Jabotinsky et la renaissance nationale du peuple Juif, par Stéphanie Dassa

Je reproduis ci-dessous la belle recension que Stéphanie Dassa consacre à L'Histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky, sur le site du CRIF, ce matin. Je saisis cette occasion pour exprimer à Richard Prasquier mon appréciation pour la publication de cet article, malgré les divergences politiques que je n'ai jamais cachées avec l'institution qu'il dirige. ריטשארד פּראַסקוויער איז אַ מענשאַ (pour mes amis qui ne lisent pas le yiddish: c'est comme de l'hébreu avec les voyelles en plus!)  P.I.L.

www.crif.org

Lectures
 

Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat
17/11/11 - - : Crif

 

jabotinski1903.jpgAu lieu d’entrer par une porte entrebâillée, je préfère frapper ou marteler jusqu’à ce qu’elle s’ouvre en grand. C’est très mal, je le sais, mais c’est ainsi. Ka’ha, c’est ainsi : un mot hébreu qui coupe court à tout louvoiement… Vladimir Zeev Jabotinsky  n’est ni un homme oblique, ni un homme résigné. Son « c’est ainsi » est avant tout une réponse audacieuse tant à la victoire qu’à l’adversité « car toutes deux sont trompeuses ».  Nous accueillons la traduction de son autobiographie avec une joie non dissimulée tant elle nous manquait et plus encore aux rayons des libraires hexagonaux riches d’ouvrages scandaleux sur le sionisme, « cette insulte ». (1)

 
« Si je veux vivre, je dois renaître ; je suis âgé de trente-quatre ans, ma jeunesse et la moitié de mon âge mûr sont déjà passés depuis longtemps, et je les ai tous deux gaspillés. Je ne sais pas ce que j’aurais fait, si le monde entier ne s’était pas renversé et ne m’avait projeté sur des chemins que je n’avais pas imaginés : peut-être serais-je monté en Eretz-Israël, peut-être aurais-je fui à Rome, peut-être aurais-je créé un parti, mais cet été là éclata la guerre mondiale».
 
Deux éléments cardinaux dans cette citation de Zeev Jabotinsky replacent l’histoire au cœur de l’action politique : la volonté et la force irrésistible des évènements.
 
La volonté en premier chef ; « Si je veux vivre, je dois renaître » définition intime et lapidaire de ce qu’est le cœur du sionisme, c'est-à-dire une renaissance qui le différencie radicalement de l’assimilation par l’acquisition des droits nationaux, préalable pourtant nécessaire à l’invention d’une nation. C’est ce fossé que Delcassé (2) ne parvenait pas à combler par l’intelligence de la raison lorsqu’il répondit agacé à la question de Jabotinsky sur l’influence favorable que la France pourrait exercer en faveur de « l’idée sioniste » : « Est-ce que tout ce qu’a fait la France pour les Israélites n’est pas suffisant ? ». Au-delà du non étouffé contenu dans cette réponse se dessine au scalpel la ligne de démarcation entre l’émancipation et le projet national.

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14.11.2011

Guy Millière à Jérusalem : une bouffée d’oxygène et d’intelligence, par P.I Lurçat

Devant une salle comble, dans le quartier de Baka à Jérusalem, Guy Millière a exposé avec brio et intelligence la situation actuelle du monde – le Moyen-Orient, l’Europe, les États-Unis et Israël – avec réalisme et sans concession mais aussi avec optimisme et foi dans l’avenir. C’est une bouffée d’air frais et d’intelligence que nous a offerte cet intellectuel inclassable qui se définit lui-même comme un « dissident »… P.I.L

 

guy_milliere_bon.jpgJe n’avais jamais rencontré Guy Millière. Je connaissais bien entendu ses écrits et notamment ses articles dans Israël Magazine auquel nous collaborons tous les deux, mais je n’avais jamais assisté à ses conférences. C’est chose faite depuis hier, grâce au P’tit Hebdo dont le dynamique rédacteur en chef a beaucoup œuvré pour faire connaître Guy Millière du public francophone en Israël. La soirée a commencé par une introduction musicale du jeune quatuor Tsion, qui a joué des morceaux de Vivaldi, de Mozart et de Gershwin notamment, choix éclectique qui constituait une bonne entrée en matière à la conférence de Millière. Celui-ci est en effet un intellectuel original aux facettes multiples, écrivain prolifique, éditorialiste à la Mena, à Israël Magazine et à UPJF.ORG*, enseignant et auteur de nombreux livres portant notamment sur les États-Unis où il passe une grande partie de son temps.

 

Le sujet de la conférence était « Israël, l’Amérique, la recomposition islamique du Proche-Orient : perspectives pour 2012 », et Guy Millière a réussi à aborder les différents aspects de ce thème dans un délai relativement court, s’exprimant avec conviction devant un public avide de comprendre. Critiquant sans ménagement la politique étrangère de Nicolas Sarkozy et de son « conseiller » Bernard-Henri Lévy, Millière a fait le lien entre la désastreuse intervention occidentale en Libye et la politique étrangère d’Obama, qui favorise délibérément l’islamisme conquérant et les régimes dictatoriaux et autocratiques dans le monde entier. « Obama a permis à l’Iran d’Ahmadinejad de gagner du temps », explique-t-il en mentionnant le récent rapport de l’AIEA.

 

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Pourtant, il demeure optimiste concernant l’évolution interne aux États-Unis, où une majorité des Américains, lassés de l’humiliation qu’ils ressentent depuis l’élection d’Obama, vont probablement porter au pouvoir un candidat républicain en 2012. Guy Millière est beaucoup plus pessimiste concernant l’avenir de l’Europe, dont il considère qu’elle est en train de sortir de l’histoire, affaiblie par l’effondrement de l’Euro et par une démographie vieillissante que compense, en France uniquement, la vitalité de la population musulmane.

 

PODHORETZ.jpg« N’attendez rien de l’Europe », lance Millière au public, avant de se lancer dans un vibrant éloge du dynamisme d’Israël, de son économie et de sa capacité d’invention. Interrogé sur le vote juif aux États-Unis, il explique – en citant l’ancien rédacteur en chef de la revue Commentary Norman Podhoretz (photo ci-contre) – qu’une majorité des Juifs américains ne sont plus vraiment juifs, mais adeptes de cette nouvelle « religion » qu’est l’idéologie liberal… Quand un membre de l’assistance lui demande pour qui voter aux prochaines élections françaises, Millière répond sans hésiter qu’il s’abstiendra, ne voulant pas donner sa voix à Sarkozy, ni voter pour une idéologie socialiste dont il connaît tous les dangers. Quant à Marine Le Pen, il déclare sans ambages qu’elle n’a pas rompu avec le Front national de son père et demeure anti-américaine et économiquement à gauche du PS (analyse confirmée par la récente interview que MLP avait donnée à Israël Magazine).

 

Interrogé au sujet des médias français, Guy Millière relate comment certains collègues lui confient sans aucune honte ne pas dire ce qu’ils pensent, pour continuer d’être invités sur les plateaux de télévision et vendre leurs livres… Millière a adopté une attitude différente, ce qui explique qu’on ne le voit pas souvent à la télévision française, sauf dans l’émission de Frédéric Taddeï. Comme le lui avait dit, en plaisantant à moitié, un dissident soviétique, « nous avons de la chance en URSS, nous avons une seule Pravda, tandis que vous en avez plusieurs », relate Millière, faisant allusion à la presse française qui recopie unanimement les dépêches mensongères de l’AFP… Et il conclut en citant son prochain livre autobiographique (en anglais), au titre éloquent : « Dissident »

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Au total c’est un Guy Millière à la fois lucide, caustique et passionné que le public francophone de Jérusalem a pu rencontrer : un ami d’Israël véritable (non Juif, est-il besoin de le rappeler), dont l’analyse tranchée et sans concession ne laisse personne indifférent. Son discours dissident est une véritable bouffée d’oxygène et d’intelligence, au milieu du concert de la désinformation et de la propagande des médias nationaux français.

Pierre Itshak Lurçat

 

* L'UPJF a été la première organisation juive à recevoir et promouvoir Guy Millière en France. Son dernier livre paru est « Comment le peuple palestinien fut inventé », éditions David Reinharc.

 

09.11.2011

De l'affaire Arlosoroff à l'assassinat de Rabin: le crime et son exploitation politique

rabin SS.jpgUne ligne directe relie l'affaire Arlosoroff en 1936 à l'assassinat de Rabin, soixante ans plus tard. Dans les deux cas, un crime non élucidé a été exploité politiquement par la gauche sioniste pour déligitimer le camp opposé, celui de Jabotinsky en 1936 et celui de Netanyaou en 1995.

Je publie ci-dessous un extrait de la postface à L'Histoire de ma vie de Jabotinsky, dans lequel j'évoque l'affaire Arlosoroff et ses conséquences. P.I.L

 

La montée en puissance du mouvement révisionniste et l’affaire Arlosoroff

 

Entre 1925 et 1929, le nombre de représentants du mouvement révisionniste élus au Congrès sioniste passe de 4 à 21. Cette progression s’accélère encore entre 1929 et 1931, date à laquelle le parti de Jabotinsky devient le 3e parti au 17e Congrès sioniste avec 52 élus. Cette évolution est liée aux événements dramatiques qui se déroulent en Eretz-Israël, connus sous le nom d’« événements de 1929 » : à savoir le terrible pogrome de Hébron – qui fait 67 victimes et met provisoirement fin à la présence juive millénaire dans la « Cité des Patriarches » – et la publication du nouveau Livre Blanc (dit de Passfield) en 1930...

 

Dans le même temps, la montée en puissance du mouvement révisionniste, tant en Europe de l’Est qu’en Eretz-Israël, s’accompagne d’une rivalité grandissante et d’une hostilité de plus en plus marquée de la part des factions sionistes de gauche. L’affrontement politique prend ainsi souvent la forme de conflits violents en Israël, où les militants révisionnistes font face à l’antagonisme des syndicats ouvriers de la gauche sioniste, qui entend préserver son monopole et interdire l’accès au travail aux « Betarim ». Mais cette hostilité grandissante va atteindre des proportions encore inégalées lors de l’affaire Arlosoroff.

 

ARLOSOROFF.JPGCette affaire, qui a secoué le Yichouv tout entier dans les années 1930 et n’a jamais été totalement élucidée, a en effet coupé court à l’ascension fulgurante du mouvement révisionniste en Pologne – son principal bastion en Europe – et en Eretz-Israël et a constitué un coup dur pour Jabotinsky et pour ses disciples. Haïm Arlosoroff, directeur du département politique de l’Agence juive et étoile montante du mouvement travailliste, est assassiné le 16 juin 1933 sur une plage de Tel-Aviv. Dès le lendemain, une campagne sans précédent est lancée dans la presse juive, en Israël comme en diaspora, accusant le Betar et le Hatzohar d’avoir été les instigateurs du crime. Avraham Stavsky, Tsvi Rozenblatt et Abba Ahimeir, tous trois militants révisionnistes, sont arrêtés et accusés de complicité d’assassinat.

 

D’emblée, Jabotinsky est convaincu qu’il s’agit d’une fausse accusation lancée dans un but politique et il consacre de nombreux articles à l’affaire, comparant Stavsky et ses compagnons à Mendel Beilis (Juif ukrainien accusé d'avoir commis un crime rituel en 1911). Mais il se démène aussi pour assurer la défense des accusés devant la justice. Au milieu des appels à la haine et à la guerre fratricide, Jabotinsky – comme le fera son successeur Menahem Begin lors de l’affaire de l’Altalena – lance un appel au calme et au « cessez-le-feu ». Il rencontre à plusieurs reprises son rival, David Ben Gourion, à Londres, ce qui aboutira à un accord entre les deux dirigeants qui ne sera jamais mis en application, car le leader de la gauche sioniste sera désavoué par son propre camp.

 

kook2.jpgEn Eretz-Israël, de nombreuses personnalités – au premier rang desquelles le grand-rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook – prennent la défense des accusés, et l’opinion publique évolue en leur faveur, surtout après les aveux d’un jeune Arabe, Abdul Madjid. Les trois accusés sont finalement innocentés l’un après l’autre par le tribunal. Mais cet épilogue judiciaire ne met pas fin à la polémique, qui continuera d’agiter et de diviser le Yichouv pendant longtemps. L’affaire Arlosoroff aura coûté beaucoup de temps et d’efforts à Jabotinsky, sans toutefois le détourner de son objectif principal, au début des années 1930 : unir le peuple juif dans la lutte politique contre l’Allemagne nazie, notamment par l’appel au boycott des produits allemands et par une pétition internationale adressée aux autorités britanniques, qui réunira 600 000 signatures.

 

C’est dans ce contexte que l’Exécutif sioniste décide d’imposer la discipline à tous les délégués, en interdisant toute activité politique autonome, en avril 1935. Jabo comprend alors que le moment qu’il a longtemps retardé est arrivé et qu’il n’a pas d’autre solution que de quitter définitivement l’Organisation sioniste. Après un vote positif des membres du Hatzohar, la « Nouvelle Organisation sioniste » (N.O.S.) est fondée lors du Congrès de Vienne, en septembre 1935. Le mouvement sioniste révisionniste se trouve alors à son apogée, comme en atteste le nombre des électeurs du Congrès (713 000, contre 635 000 au 19e Congrès sioniste la même année).

(Extrait de L'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, éditions les provinciales 2011)

 

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25.10.2011

Inédite en français: parution de l'Histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky

 

14323074343574253358.jpgNé à Odessa en 1880 et mort dans l’État de New-York en 1940, Vladimir Zeev Jabotinsky est une des figures les plus marquantes de l’histoire du peuple Juif au vingtième siècle. Écrivain, journaliste et dirigeant sioniste, il occupe une place de choix parmi les fondateurs de l’État d’Israël, aux côtés de Théodor Herzl et de David Ben Gourion. Père spirituel de la droite israélienne, il est le créateur de l’Organisation sioniste révisionniste et du mouvement de jeunesse sioniste Betar.

 

Mais cet enfant terrible du sionisme russe est avant tout un écrivain et un journaliste talentueux et un orateur exceptionnel. Son autobiographie nous entraîne aux quatre coins du monde, de l’Afrique du Nord aux États-Unis et à la Palestine mandataire (Eretz-Israël) et de l’Italie à la Turquie et aux pays baltes. Son regard lucide et sa plume acérée nous font redécouvrir des événements mal connus ou oubliés, comme le pogrome de Kichinev, les Congrès sionistes ou la première Guerre mondiale, qu’il couvre en tant que correspondant militaire.

 

A l’encontre des nombreuses caricatures qui ont défiguré son personnage, le lecteur découvre un Jabotinsky plein de sensibilité et de curiosité, qui lui fait partager ses réflexions et son cheminement intellectuel et politique avec une grande sincérité, sans jamais se soucier de l’image qu’il donne ou de la postérité. On retrouve dans les pages de son autobiographie les qualités de journaliste et d’écrivain qui ont fait comparer Jabotinsky aux plus grands noms de la littérature russe. Qu’il décrive son enfance à Odessa, ses débuts dans la politique ou sa rencontre avec des dirigeants juifs (Herzl, Weizmann) ou des hommes politiques (Delcassé, Herbert Samuel), il ne se départit jamais de son regard plein de justesse, lucide sans être cruel, affectueux sans tomber dans le pathos, et toujours empli d’une profonde humanité.

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Un des épisodes les plus marquants de sa vie est la création de la Légion juive, premier embryon d’armée juive à l’époque contemporaine, au sein de laquelle Jabotinsky participe à la conquête de la Palestine par le général Allenby. Le sang versé par les soldats juifs – à Gallipoli notamment – et le prestige acquis sur les champs de bataille contribueront grandement à l’octroi de la Déclaration Balfour. A cet égard, Jabotinsky aura joué un rôle essentiel dans l’épopée sioniste : il a compris, avant les autres, que le retour de la nation juive sur la scène de l’histoire mondiale ne pouvait se faire que dans le tumulte de la guerre.

 

Malgré la récente parution en France de ses deux romans (Les Cinq et Samson), Jabotinsky demeure mal connu du public francophone. La présente autobiographie permettra au lecteur de découvrir un personnage attachant et hors du commun, et de comprendre la genèse d’un mouvement qui a joué et joue encore un rôle important dans la vie politique israélienne (Bentsion Nétanyaou, qui fut le secrétaire particulier de Jabotinsky, est le père de l’actuel Premier ministre d’Israël).

 

Présentation de l’éditeur (les Provinciales) :

Traducteur de Baudelaire et de Poe, journaliste talentueux, orateur redoutable, homme d’action, Jabotinsky (1880-1940)  est, avec Herzl, l’un des principaux théoriciens  politiques du Sionisme. Fondateur de la Légion juive et du Parti sioniste révisionniste, il est l’inspirateur décisif de la politique de défense d’Israël : « le mur de fer ».

 

jabotinski1903En plus de son génie de la narration et de l’observation des hommes, de sa compréhension  à long terme des événements, il révèle dans cette autobiographie une sensibilité et une justesse qui imposent le respect et laissent deviner ce qu’il appelle « ma vie véritable, c’est-à-dire ma vie intérieure. »  C’est le récit d’une aventure de la volonté.

 

« Je déteste à un point extrême, de manière organique, d’une haine qui échappe à toute justification, à la rationalité et à la réalité même, toute idée montrant une différence de valeur

entre un homme et son prochain. Cela ne relève  peut-être pas de la démocratie mais de son contraire : je crois que tout homme est un roi. »

Traducteur de BAUDELAIRE et de POE,

Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, éditions les Provinciales.


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