06/02/2013
Quel droit pour l'Etat d'Israël ? Hommage au juge Menahem Elon, Itshak Lurçat
NB Je remets en ligne cet article en hommage au juge Menahem Elon dont on vient d'apprendre le décès, parashat Mishpatim, tout un symbole... יהיה זכרו ברוך.
Réflexions sur le système juridique israélien à l'occasion de la Parashat Mishpatim, Itshak Lurçat
"Vé-élé ha-Mishpatim..." Le "vav" par lequel commence notre Parasha renferme un des problèmes les plus cruciaux qui divise la société israélienne aujourd'hui : celui du fondement du droit et par là même, du caractère – juif ou occidental – du système juridique israélien. Commentant ces mots qui introduisent la parashat Mishpatim, Rachi explique en effet que ce vav implique un ajout à ce qui précède, ce dont il déduit que le droit civil, tout comme les Dix Commandements lus précédemment, a été proclamé au Sinaï. "Et pourquoi les lois civiles font-elles immédiatement suite à celles relatives à l'autel ? Pour te dire que tu devras installer le Sanhédrin près du Sanctuaire..." Ce qui veut dire, en d'autres termes, que le droit positif est d'origine transcendante, tout comme la morale, et que la Cour suprême d'Israël devrait siéger près du Temple reconstruit. Programme révolutionnaire ! Encore faudrait-il qu'elle applique le droit d'Israël, et pas le "Droit israélien"... C'est l'objet de ces réflexions inspirées par la Parashat Mishaptim.
Droit hébraïque et langue hébraïque
Dans son ouvrage monumental, Le droit hébraïque * (Hamishpat Ha'Ivri), le juge Menahem Elon compare le destin qu'a connu le droit hébraïque à l'époque contemporaine et celui de la langue hébraïque. Cette dernière, on le sait, a été ressuscitée et est redevenue une langue parlée, en grande partie grâce à l'action d'Eliezer Ben Yehouda, pionnier de la renaissance de l'hébreu, qui consacra toute sa vie à cette tâche titanesque.
Le droit hébraïque, de son côté, ne connut pas le même sort. Alors même que de nombreux penseurs, juristes et rabbins étaient convaincus que l'Etat d'Israël allait adopter comme système juridique le droit juif bimillénaire, l'histoire leur donna tort. Au lendemain de la Déclaration d'Indépendance du 14 mai 1948, une Ordonnance sur les pouvoirs publics et le droit fut promulguée, affirmant le principe de "continuité du droit" en vertu duquel le droit en vigueur en Palestine mandataire, à la veille de la création de l'Etat, continuait de s'appliquer. SUITE CI-DESSOUS....
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07:57 Publié dans hebreu, Judaisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : droit juif, israel, menahem elon
16/11/2012
Opération « Amoud Anan » : colonne de nuée ou pilier de défense ? Itshak Lurçat
Au troisième jour de l’opération militaire lancée par Tsahal pour rétablir la sécurité des habitants du sud (et du centre ?) d’Israël, il est intéressant de revenir sur un aspect apparemment accessoire, mais en réalité essentiel de cette nouvelle guerre qui vient de commencer entre les soldats de Tsahal et les terroristes du Hamas : son nom. Les médias internationaux ont adopté la traduction anglaise « Pillar of Defence » - en français « Pilier de défense » - pour rendre l’expression hébraïque « Amoud Anan », tirée de la Bible. En réalité, עמוד ענן désigne la « colonne de nuée » qui accompagnait les Bné Israël dans le désert pendant le jour, et qui était remplacée par une « colonne de feu » la nuit (Exode, chapitre 13, 21-22).
« ויהוה הלך לפניהם יומם בעמוד ענן לנחתם הדרך ולילה בעמוד אש להאיר להם ללכת יומם ולילה »
Plus qu’une simple question de traduction, il s’agit de comprendre la signification véritable des événements que nous vivons et de les interpréter à la lumière de notre histoire nationale relatée dans la Bible, dont nous vivons aujourd’hui les dernières péripéties… Dans une interview au site d’information en ligne Ynet, l’ancien grand-rabbin de Tsahal, Avihaï Rontsky, explique que ce nom a été choisi à dessein et avec beaucoup d’intelligence par l’état-major de l’armée.
11:04 Publié dans Heroisme juif, Judaisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09/11/2012
Le rabbin et le philosophe, par Itshak Lurçat
En souvenir de mon père, "guerrier de la connaissance", parti dans le Monde de Vérité le 14/10/2012, parashat Noa'h.
יהיה זכרו ברוך!
Le rabbin Harlap avait-il, oui ou non, lu Nietzsche dans sa jeunesse ? Cette question bizarre et presque saugrenue, il se l’était posée pour la première fois en lisant un article consacré à la vie et à l’œuvre du grand kabbaliste de Jérusalem, décédé soixante ans auparavant, dont on venait de célébrer le Yahrzeit. Lorsqu’il avait appris que le Rav n’avait pas seulement étudié le Talmud, la loi juive et les textes ésotériques, qu’il connaissait sur le bout des doigts – au point qu’on le disait capable de réciter une page de Guémara après avoir enfoncé une aiguille dans un volume pris au hasard – mais qu’il avait aussi lu dans ses jeunes années les œuvres du philosophe allemand, il avait tout d’abord été intrigué et plutôt amusé.
Cet article iconoclaste avait d’ailleurs soulevé quelques protestations et un démenti avait même été publié dans un journal sioniste religieux, émanant d’un groupe de rabbins, scandalisés à l’idée que leur maître ait pu lire des livres profanes, écrits qui plus est par un philosophe allemand, dont certains avaient avancé la responsabilité dans la genèse du nazisme ! (C’était entièrement faux, évidemment, car Nietzsche abhorrait tout antisémitisme et avait une grande affection pour le peuple Juif). Au-delà de l’aspect polémique, sa curiosité avait un motif personnel : lui-même avait en effet été autrefois un lecteur assidu du philosophe, dont il avait déchiffré tant bien que mal plusieurs textes dans l’original.
Il se souvenait de l’émotion ressentie lorsqu’il avait déniché dans une librairie de
Tel-Aviv, par une chaude journée estivale, les éditions originales du Gai Savoir et d’Ecce Homo, imprimées en caractères gothiques presque indéchiffrables, que le libraire avait sans doute rachetées pour une poignée de shekels aux enfants d’un de ces nombreux « Allemands de confession mosaïque », réfugiés en Palestine au début des années 1930. A l’époque, il furetait dans les librairies d’occasion à Tel-Aviv en touriste, tout comme il le faisait à Paris, sur les quais de la Seine et il était à mille lieues d’imaginer qu’il se retrouverait quelques années plus tard à Jérusalem, avec femme et enfants !
11:46 Publié dans Judaisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nietzsche, rav harlap, jérusalem












