14.12.2011
Haggi Ben Artsi : "Retrouver l'esprit d'héroïsme de Hannoukah", Pierre Itshak Lurçat
Le Dr Haggi Ben Artsi, frère de Sarah Nétanyahou bien connu pour son opposition virulente aux compromis de Bibi, m'avait accordé cette interview il y a tout juste deux ans pour ISRAEL MAGAZINE. Elle n'a rien perdu de son actualité... P.I.L
J'ai rencontré pour la première fois le Dr Haggi Ben Artsi lors de la veillée de Hochana Rabba (dernier jour de Souccot) organisée par l'association Almagor, qui défend les familles des victimes du terrorisme et s'oppose à la libération de terroristes *. J'avais souvent entendu parler de lui, comme d'un éducateur hors-pair et comme d'un militant. Mais aux yeux du grand public, Ben Artsi est surtout connu comme étant le beau-frère du Premier Ministre : il est en effet le frère de Sarah Nétanyahou. Haggi Ben Artsi a accepté, en exclusivité pour Israël Magazine, de dire tout ce qu'il pense, au sujet des négociations en vue de libérer Gilad Shalit, de l'attidude de l'Europe envers Israël et, bien entendu, de son célèbre beau-frère.
Le Dr Ben Artsi enseigne la Bible et l'histoire juive à l'université Bar Ilan. Nous nous rencontrons au collège d'enseignement supérieur Lifchitz à Jérusalem, où il donne des cours aux élèves enseignants. Il m'accueille avec quelques mots de français, souvenir de ses études au lycée, juste avant la guerre des Six Jours, qui ont pris fin brutalement après le fameux discours du général De Gaulle sur le "peuple sûr de lui et dominateur", lorsque le professeur de français de Ben Artsi a déclaré qu'il interrompait ses cours, en signe de protestation. Cette anecdote donne le ton de notre entretien : Ben Artsi est un homme érudit qui ne mâche pas ses mots et qui ne manque pas d'humour. Il est né en 1950 et a grandi à Tivon, près de Haïfa. Il a étudié à la yechiva et a combattu lors de la guerre de Kippour.
Ben Artsi n'aime pas trop parler de lui, ni de sa famille, préférant entrer dans le vif du sujet : l'affaire Gilad Shalit et son action pour empêcher la libération de centaines de terroristes, qui risque de causer des dizaines d'attentats et des centaines de victimes... Il se sent investi d'une mission personnelle à ce sujet, comme il l'a expliqué le soir d'Hochana Rabba, lors de la veillée d'Almagor qui se tenait en face de la résidence du Premier Ministre. Ben Artsi a interpellé à de nombreuses reprises Bibi sur ce sujet, allant jusqu'à organiser tout seul une contre-manifestation devant son bureau à Jérusalem ! Je lui demande pourquoi ce sujet lui tient tellement à cœur, et en quoi il considère que Bibi a trahi ses convictions politiques à cet égard.
10:28 Publié dans Fetes juives, Heroisme juif, Judaisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hannoukah, bibi
07.12.2011
Le naufrage idéologique de L’Arche et ce qu’il révèle sur l’état du judaïsme de France, Pierre Itshak Lurçat
Le décès de Roger Ascot, survenu juste après l’annonce de la reparution de l’Arche, le « mensuel du judaïsme français », avait quelque chose de symbolique qui n’a pas échappé à plusieurs observateurs. La « fin d’une époque », ou peut-être la fin d’une certaine manière d’être Juif en France ? Pour ma part, j’y ai vu surtout la fin d’un certain judaïsme de gauche 1 relativement ouvert et tolérant que Roger Ascot incarnait à mes yeux, et qui a largement laissé la place à l’arrogance et à l’aveuglement des « intellectuels juifs de gauche » médiatiques, dont l’exemple le plus réussi – jusqu’à la caricature – est évidemment l’inénarrable BHL…
Lorsque nous avions appris que L’Arche interrompait sa parution, il y a quelques mois, j’ai éprouvé comme beaucoup un sentiment de tristesse. En tant que journaliste tout d’abord, car je sais combien il est difficile de faire vivre un magazine. En tant que lecteur aussi, car je me suis souvenu du temps où j’étais abonné de L’Arche, à l’époque déjà lointaine de Roger Ascot. Je faisais alors partie des « sionistes du dimanche » qui trouvaient dans ce magazine des informations, un lien ténu avec le judaïsme et une tribune pour envoyer des lettres de lecteurs…
Bien des années plus tard, vivant à Jérusalem, j’ai retrouvé L’Arche, celle de Meir Weintrater, avec un visage différent : toujours la même tendance politique générale, mais plus engagée, dans le combat contre l’islamisme notamment, grâce aux articles publiés avec l’aide de MEMRI. L’annonce d’une « nouvelle Arche » dirigée par un collaborateur de la Règle du Jeu, la revue très parisienne de Bernard-Henry Lévy, le philosophe-guerrier-conseiller du prince, pouvait laisser craindre le pire… Et c’est bien le pire qui s’est produit !
12:55 Publié dans Judaisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : l'arche, fsju, roger ascot, jcall, bhl
24.11.2011
Deux beaux romans sur le Retour – de la téchouva à l’alyah, par Pierre Itshak Lurçat
Le titre du beau roman de Yéochoua Sultan, Comme l’amandier en hiver, intrigue le lecteur. La couverture du livre – autoédité par l’auteur (yeochouasultan91@gmail.com) – est illustrée par deux photographies : au recto, des amandiers en fleurs, au verso, une forêt aux couleurs automnales. Ces deux images représentent les deux facettes ou plutôt les deux extrémités du parcours relaté dans le livre, qui raconte un voyage initiatique, de la banlieue parisienne aux monts de Judée. C’est donc le récit d’un retour, ou plutôt du Retour, celui que de nombreux Juifs nés dans des familles éloignées de la tradition ont vécu et ont accompli, certains allant, comme Sultan, jusqu’au bout de ce parcours en faisant leur alyah.
Ce livre est construit comme un roman et non comme une autobiographie, et le lecteur est agréablement surpris en découvrant un style romanesque à la fois simple et authentique, qui rappelle celui de romans juifs déjà oubliés, comme ceux de Roger Ikor (Les eaux mêlées).
Yeochua Sultan écrit bien et il sait camper ses personnages – Olivier, son héros, ses parents et ses camarades du lycée. Il y a même dans le livre des descriptions de paysages, chose que le roman contemporain a presque délaissé, tellement les écrivains actuels sont focalisés sur les personnages et sur leurs propres impressions.
Comme l’amandier en hiver se déroule presque entièrement à Flessy, petite ville de la grande banlieue où vit le héros et où il étudie. L’auteur réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’un lycée français dans les années 1980, au moment de la guerre du Liban qui est celui du retour de l’antisémitisme. C’est précisément une banale discussion entre élèves qui va faire comprendre au personnage principal que son judaïsme n’est pas une chose anodine et qui va le conduire petit à petit à s’interroger sur son identité, interrogation qui le mènera à redécouvrir le judaïsme puis Israël.
La force de ce roman est de parvenir à faire vivre au lecteur le cheminement – à la fois intellectuel et spirituel – du héros, et à lui permettre de s’identifier à lui. Beaucoup de Juifs ont connu des parcours similaires à celui d’Olivier Nizard, mais très peu de romanciers ont su raconter le Retour. C’est le talent de l’auteur de relever cette gageure, de manière simple et sans fioriture. Son livre est sous-titré « Un imprévisible retour », et de fait, la trame du livre réside dans ce caractère imprévisible du parcours du héros, ramené presque malgré lui à son peuple et à sa Torah, qui finit par comprendre que sa place est en Israël, sur la terre de nos ancêtres. Ce roman plein de fraîcheur fera sans doute plus que beaucoup de discours pour convaincre beaucoup de Juifs égarés, en France et ailleurs, que leur place est ici, en Israël !
Sur un thème très similaire, Laure Guetta publie De l’appel au retour (autoédité, laure.guetta@gmail.com). Ce roman bien écrit et émouvant relate le retour d’un couple de jeunes Juifs parisiens, Line et Franc. La première partie décrit leur retour à la pratique des mitsvot, et notamment au respect des lois de pureté familiale, à la suite des difficultés qu’ils rencontrent pour avoir un enfant. Dans la deuxième partie, ils se rendent en vacances en Israël et comprennent, après un périple à travers le pays, que l’alyah est l’aboutissement de leur cheminement spirituel.
Ces deux livres ont en commun une grande sincérité, des qualités d’écriture et aussi quelques défauts inhérents à l’autoédition. Ils souffrent de quelques longueurs, même s’ils ne sont jamais ennuyeux. Laure Guetta est plus convaincante à mon avis dans la seconde partie de son roman. Tous les deux ont écrit des livres forts qui montrent, de manière romancée et non didactique, que l’accomplissement de la vie juive authentique ne peut être trouvé que sur la terre d’Israël. Deux beaux romans qui ne laisseront aucun lecteur indifférent !
Comme l’amandier en hiver de Yéochoua Sultan et De l’appel au retour de Laure Guetta.
Les deux livres sont vendus dans la sympathique librairie française Kohav, rue Mekor Haïm à Jérusalem. http://www.kodeshlibrary.com/
13:06 Publié dans Fetes juives, hebreu, Judaisme, Livre, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2011
LES FRÈRES RETROUVÉS De l’hostilité chrétienne à l’égard des juifs à la reconnaissance de la vocation d’Israël
Recension à paraître dans la livraison de septembre-octobre de la revue Sens, de l’Amitié Judéo chrétienne.
Dans un précédent livre, Chrétiens et juifs depuis Vatican II. État des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique (Éditions Docteur angélique, Avignon, 2009) 1, Menahem Macina avait analysé, d’un point de vue théologique et spirituel, la “nouvelle attitude” de l’Église catholique envers les Juifs après Vatican II et la déclaration conciliaire Nostra Ætate, attitude que l’on a appelée “un nouveau regard”. Et, pour poser la question de l’interprétation à donner au retour du peuple juif sur sa terre, il comparait longuement les conceptions que les uns et les autres se font de l’eschatologie et de l’établissement du Royaume de Dieu sur terre. Dans ce nouveau livre, il revient quelque peu en arrière avant de proposer, pour orienter la réflexion de l’Église, un nouvel examen de la situation issue de Nostra Ætate et du retour des Juifs en Eretz Israël.
Il “revient en arrière”, puisqu’il entreprend d’abord d’étudier “l’attitude ecclésiale antécédente”, ou, pour le dire autrement, ce que Jules Isaac avait appelé “l’enseignement du mépris”. C’est donc “à un long et pénible survol” de ce que l’Église a pensé et dit des Juifs et du Judaïsme pendant des siècles qu’est consacrée la première partie de l’ouvrage. On y trouvera un exposé non pas directement historique mais essentiellement thématique, articulé en trois parties : d’abord une présentation de “la polémique antijudaïque, des origines à l’aube du XXème siècle” (pp. 25-52) où sont rappelées les accusations émises à l’encontre des Juifs “déicides, maudits, damnés, etc.”, et où sont analysés les stéréotypes classiques du rejet et de la “perfidie juive” qui ont pendant si longtemps orienté la position des théologiens. De bons auteurs, comme le Père P. Démann, La catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible (Cahiers Sioniens, 1952), ou F. Lovsky, Antisémitisme et mystère d’Israël (Albin Michel, 1955) et L’antisémitisme chrétien (Cerf, 1970), lui servent de point de départ, non pour présenter une synthèse sur la question mais pour établir une anthologie de textes qu’il est – il faut l’avouer – quelque peu pénible de lire aujourd’hui, tant ils sont haineux. On se demande d’ailleurs comment des hommes de foi ont pu, pendant des siècles, avec bonne conscience et une entière certitude, répéter de telles erreurs.
Les deuxième et troisième chapitres de cette première partie, en se focalisant sur le XIXème et le XXème siècles, étudient d’abord “Les juifs vus par les papes et la presse catholique entre 1870 et 1938” (pp. 53-67), puis le passage “De l’anti-judaïsme chrétien traditionnel au silence face à l’antisémitisme d’État” (pp. 68-138). Il s’agit de montrer la continuité d’une pensée, que l’on retrouve enseignée par le magistère de l’Église, mais qui emprunte aussi les canaux de communication moderne que sont les journaux catholiques, dont surtout la Civiltà Cattolica (la revue des Jésuites de Rome, qui joue le rôle de publication officieuse du Vatican) et, en France, Le Pèlerin et La Croix des Assomptionnistes. Il s’agit aussi d’examiner l’attitude du Vatican et de l’Église de France face au nazisme, à la montée de l’antisémitisme et à l’extermination des Juifs ; l’examen est, ici, nécessairement succinct, mais suffisamment substantiel, et s’appuie, entre autres, sur un article publié en allemand en 2003 par le professeur Martin Rhonheimer, professeur de philosophie à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome et prêtre de l’Opus Dei.
De ce premier examen, l’auteur tire deux conclusions (pp. 138-139) : d’abord que tous les textes cités et les attitudes rappelées « illustrent à quel point les mentalités chrétiennes d’alors étaient imprégnées d’un antijudaïsme viscéral ou, à tout le moins, de la théorie de la substitution » ; ensuite que « le besoin urgent d’une réforme de l’enseignement chrétien sur les juifs » se faisait déjà sentir à l’époque, et se traduisait par diverses initiatives, qui sont l’objet de la deuxième partie.
12:05 Publié dans Judaisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : judaisme, christianisme
02.07.2010
Judaïsme ou psychanalyse : Deux conceptions de l'homme radicalement opposées
Esquisser une critique juive de la psychanalyse n'est pas une chose aisée. Non pas que les arguments fassent défaut : ils sont multiples, nous le verrons. Mais le succès rencontré par la psychanalyse au sein du public juif occidental et de nombreuses autres raisons font que judaïsme et psychanalyse semblent aujourd'hui inextricablement liés. On ne compte plus les livres consacrés au judaïsme de Freud, aux rapports de Lacan et du judaïsme ou aux "sources talmudiques de la psychanalyse" [sic]… Le fait que Freud n'ait jamais étudié le Talmud est un argument irrecevable aux yeux de ses nombreux admirateurs car la psychanalyse, comme toute idéologie, se moque bien du réel. Freud était-il le fondateur d'une nouvelle religion, ou d'une vulgaire secte qui a réussi ? Etait-il un charlatan (selon le mot fameux de Nabokov), un Juif fidèle, ou au contraire un apostat ? Nous préférons esquiver ici ces questions polémiques pour nous concentrer sur celle, plus essentielle, des rapports véritables entre judaïsme et psychanalyse.
Le judaïsme est une "religion d'adultes". Cette formule d'Emmanuel Lévinas nous fait entrer de plain-pied dans ce qui sépare la Tradition juive de la psychanalyse. La première, en effet, vise à élever l'homme, c'est-à-dire à l'éduquer et à lui permettre de se surpasser, de surmonter ses défauts et ses faiblesses pour se perfectionner. L'homme, dans le judaïsme, est un être intermédiaire qui tient à la fois de l'animal et de l'ange. Comme le premier, il est soumis à ses instincts. Mais il est toujours capable de leur échapper car, comme le second, il est créé à l'image de D.ieu. La Kabbale compare l'homme à un arbre : "Se dressant verticalement, l'arbre regarde vers les cieux ; l'homme, 'debout devant D.ieu', 'lève les yeux vers les hauteurs' (Psaumes) *. A cette conception verticale de l'homme s'oppose celle de l'homme couché sur le divan.
12:58 Publié dans Judaisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : judaisme, psychanalyse, freud antisemite










