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05.02.2012

Jabotinsky, les Juifs sépharades et la civilisation occidentale

La ridicule polémique déclenchée dans le landerneau politique parisien par les propos pétris de bon sens de Claude Guéant est l'occasion pour moi de remettre en ligne cet extrait de l'Histoire de ma vie de Zeev Jabotinsky. Parmi les surprises que la lecture de ce livre révèle, l'amour de Jabotinsky pour les Juifs sépharades, qui transparaît dans les lignes publiées ci-dessous. On notera au passage le caractère politiquement très incorrect des propos de Jabotinsky sur la civilisation occidentale, à une époque où le concept de "multiculturalisme" et le relativisme culturel n'existaient pas encore... P.I.L.

 

Jabotinsky.jpg"Si la transmigration des âmes existe et si – avant de renaître – on m'autorise de là-haut à choisir un peuple et une race, je répondrai : « All right, Israël, mais sépharade ». Je m'étais pris d'amour pour les sépharades, et peut-être précisément pour les qualités qui leur valent les sarcasmes de leurs frères ashkénazes : leur « superficialité » m'est de beaucoup préférable à notre profondeur inefficace ; j'apprécie leur inertie plus que notre tendance à courir après la moindre chimère ; des générations de torpeur intellectuelle et politique ont préservé leur fraîcheur spirituelle ; et pour ce qui concerne la richesse culturelle – j'hésite pour savoir ce qui rapprochera plus l'homme du seuil de la civilisation occidentale (car il n'y en a pas d'autre – la civilisation et l'Occident – c'est une seule et même chose) – une livre d'éducation française et italienne ou une tonne de mystique russe. A Salonique, à Alexandrie, au Caire, vous trouverez une intelligentsia juive de la même trempe qu'à Varsovie ou à Riga ; et en Italie, bien supérieure à celle de Paris et de Vienne. J'accepte de reconnaître leur grand et unique défaut : dans le domaine de l'action sioniste (même si l'idée nationale est relativement plus répandue chez eux que chez nous), il n'y a pas encore dans leur cœur un appétit de conquête, pas « d'ambition », mais cela aussi viendra en son temps...

... Je remplis évidemment mes obligations de « correspondant particulier ». Je vérifiai l'impression faite en « Orient » par la Turquie, et ses dernières démarches, et je constatai qu'elle était nulle. Bien entendu, il n'y avait aucun sens à interroger à ce sujet les gouvernants eux-mêmes. Le natif de ces pays est un grand diplomate (au sens « classique », sur lequel je devrai revenir, au sujet de mon entrevue avec Delcassé) et en particulier – lorsqu'il a peur. J'adoptai un comportement plus simple – j'interrogeai les commerçants juifs sépharades locaux : ils sont eux aussi des habitants du pays de longue date, mais ils sont plus perspicaces et plus sincères ; et le Juif, pour peu que cela ne concerne pas ses intérêts en tant que Juif, est capable de pénétrer véritablement en profondeur les choses et de voir loin. Il connaît très bien l'état d'esprit des Arabes : même si on lui raconte des histoires, il est capable de comprendre à quel endroit on simule et ce qu'on lui cache. Presque tous ces Juifs sépharades – commerçants, avocats, journalistes, de Tanger jusqu'à Tunis – me firent la même réponse, et l'histoire prouva qu'ils avaient raison :

 

Jabotinsky_gallery2_big.jpg

 

- Un appel à la guerre sainte ? – Absurde. Il est même ridicule de se poser la question de l'impression que cela fait. C'est seulement chez vous, les Européens naïfs, que l'on croit encore à cela, comme si l'on pouvait en Orient, au nom d'une solidarité musulmane, soulever les foules et les inciter à prendre des risques sérieux. Les Turcs eux-mêmes n'y croient pas : cela fait bien cent ans que l'Europe a frappé les Turcs et leur a pris leurs meilleures terres, les unes après les autres, et durant toute cette période aucun État musulman n'a levé le petit doigt en faveur du Sultan, alors même qu'il est surnommé le Calife des Croyants. Les Allemands, naïfs eux aussi, comme tous les autres peuples d'Europe, ont voulu influer sur les Turcs, pour qu'ils tentent à nouveau leur chance. En vain. Pas un seul homme ne viendra ici à l'aide des Turcs".

Extrait de Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat

NB J'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI.

02.02.2012

"Nietzsche l'Hébreu": rencontre avec le professeur Yakov Golomb, Pierre Itshak Lurçat

Nietzsche, Juifs, sionismeQue pensait Nietzsche des Juifs ? Quelle fut l'influence du grand philosophe allemand sur plusieurs éminents penseurs et hommes de lettres, qui jouèrent un rôle décisif dans l'évolution culturelle et politique du judaïsme européen, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ? En quoi le sionisme politique est-il redevable à la pensée de Nietzsche ? La réponse à ces questions – qui peuvent paraître saugrenues au lecteur non averti – se trouve dans le dernier livre que vient de publier en Israël le professeur Jacob Golomb, "Nietzsche l'Hébreu". Ce livre n'est pas réservé aux seuls spécialistes de la philosophie, car son thème véritable, très actuel, est au cœur du combat pour l'identité culturelle de l'Etat juif : à savoir, la "transmutation des valeurs" opérée par les penseurs qui furent à l'origine de la création du sionisme politique. Rencontre avec un Juif nietzschéen.

 

Jacob Golomb me reçoit dans son appartement du quartier de Beit Hakerem, à Jérusalem. Dans sa bibliothèque très fournie, les écrits de Nietzsche côtoient ceux des penseurs sionistes et des grands philosophes européens. Golomb enseigne la philosophie à l'université hébraïque de Jérusalem, et il est devenu au fil des ans un spécialiste de Nietzsche, auquel il a consacré plusieurs ouvrages. Il a aussi édité ou traduit en hébreu de nombreux classiques de la philosophie européenne, comme Rousseau, Husserl, Sartre ou Lévinas. Golomb est né à Wroclav, en Pologne, en 1947, de parents rescapés de la Shoah qui avaient tous deux perdu toute leur famille. Il fait partie de ces enfants qu'une chercheuse israélienne a qualifiés de "bougies du souvenir" (ner zikaron) : enfants nés après la Shoah de parents qui avaient perdu tous leurs proches et ont voulu reconstruire leur vie, en fondant une nouvelle famille.

 

nietzsche,juifs,sionisme

Yaakov Golomb

 

Mais Jacob Golomb préfère ne pas s'étendre sur ce sujet, pour entrer dans le vif du thème de notre entretien : son dernier livre, Nietzsche l'hébreu. Ce livre est le fruit d'une recherche approfondie, fondée notamment sur une bibliographie exhaustive de tous les livres et articles écrits en hébreu concernant le philosophe allemand, depuis 1892 (année de la parution du premier article sur Nietzsche, écrit par Micha Yosef Berditchevski) et jusqu'à nos jours. On constate que l'intérêt pour Nietzsche n'a pas faibli depuis cette époque lointaine, comme l'atteste le fait que la récente re-traduction en hébreu d'Humain, trop humain se soit vendue à 30 000 exemplaires. A la question de savoir ce qui justifie cet engouement pour le penseur allemand, Golomb me répond sans hésiter que la société israélienne se trouve, aujourd'hui encore, en plein processus de recherche d'identité, et que le thème de l'identité et de l'authenticité est précisément au cœur de l'œuvre nietzschéenne.

 


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01.02.2012

« Mourir ou conquérir la montagne » : Vladimir Zeev Jabotinsky, un Mensch et un visionnaire.

Je reproduis la belle recension de Jocelyne Sajovic sur le site FRANCE-ISRAEL.

+ j'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI. P.I.L.

jabotinsky-livre.jpgHistoire de ma vie – Vladimir Zeev Jabotinsky

Je l'attendais depuis longtemps, très longtemps cet ouvrage : "Histoire de ma vie" de Vladimir Zeev Jabotinsky, traduit en français par Pierre Lurçat, aux Editions Les Provinciales.

Pour avoir lu de nombreux extraits de ses écrits, lorsque j'étais adolescente dans mon mouvement de jeunesse, le Bétar, je n'avais pas encore lu "Histoire de ma vie", pour la simple raison qu'il n'avait jamais été traduit en français. C'est aujourd'hui chose faite, même s'il m'a fallu attendre près de 30 ans... Le plaisir n'en est que plus intense.

A la lecture de ce livre, de nombreux souvenirs de jeunesse remontent à la surface. Je n'oublierai pas les chansons que nous chantions à la gloire de "Jabo", comme nous l'appelions alors, et de Trumpeldor. Je n'oublierai pas non plus son nom de plume "Altalena", nom qui fut donné en 1948 au bateau de l'Irgoun qui apportait des armes au Yichouv pour combattre les Anglais et qui fut coulé sous l'ordre de D. Ben Gourion.

Impossible d'oublier, celui qui laissa en chacun de nous une trace indélébile pour ses actions et ses discours poignants, coulant en droite ligne de son maître Jabotinsky, je veux parler de Monsieur Menahem Begin. C'est l'éducation idéologique de Jabotinsky qui forgea des hommes tels que Menahem Begin, celui qui réussit à faire la paix avec l'Egypte, qui mena "l'Opération Babylone" sur le site nucléaire Osirak en 1981, celui-là même qui devant les incessantes condamnations à l'ONU s'écria à la face du monde : "Je préfère être un juif antipathique mais vivant, qu'un juif sympathique mais mort".

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