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14.11.2011

Guy Millière à Jérusalem : une bouffée d’oxygène et d’intelligence, par P.I Lurçat

Devant une salle comble, dans le quartier de Baka à Jérusalem, Guy Millière a exposé avec brio et intelligence la situation actuelle du monde – le Moyen-Orient, l’Europe, les États-Unis et Israël – avec réalisme et sans concession mais aussi avec optimisme et foi dans l’avenir. C’est une bouffée d’air frais et d’intelligence que nous a offerte cet intellectuel inclassable qui se définit lui-même comme un « dissident »… P.I.L

 

guy_milliere_bon.jpgJe n’avais jamais rencontré Guy Millière. Je connaissais bien entendu ses écrits et notamment ses articles dans Israël Magazine auquel nous collaborons tous les deux, mais je n’avais jamais assisté à ses conférences. C’est chose faite depuis hier, grâce au P’tit Hebdo dont le dynamique rédacteur en chef a beaucoup œuvré pour faire connaître Guy Millière du public francophone en Israël. La soirée a commencé par une introduction musicale du jeune quatuor Tsion, qui a joué des morceaux de Vivaldi, de Mozart et de Gershwin notamment, choix éclectique qui constituait une bonne entrée en matière à la conférence de Millière. Celui-ci est en effet un intellectuel original aux facettes multiples, écrivain prolifique, éditorialiste à la Mena, à Israël Magazine et à UPJF.ORG*, enseignant et auteur de nombreux livres portant notamment sur les États-Unis où il passe une grande partie de son temps.

 

Le sujet de la conférence était « Israël, l’Amérique, la recomposition islamique du Proche-Orient : perspectives pour 2012 », et Guy Millière a réussi à aborder les différents aspects de ce thème dans un délai relativement court, s’exprimant avec conviction devant un public avide de comprendre. Critiquant sans ménagement la politique étrangère de Nicolas Sarkozy et de son « conseiller » Bernard-Henri Lévy, Millière a fait le lien entre la désastreuse intervention occidentale en Libye et la politique étrangère d’Obama, qui favorise délibérément l’islamisme conquérant et les régimes dictatoriaux et autocratiques dans le monde entier. « Obama a permis à l’Iran d’Ahmadinejad de gagner du temps », explique-t-il en mentionnant le récent rapport de l’AIEA.

 

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Pourtant, il demeure optimiste concernant l’évolution interne aux États-Unis, où une majorité des Américains, lassés de l’humiliation qu’ils ressentent depuis l’élection d’Obama, vont probablement porter au pouvoir un candidat républicain en 2012. Guy Millière est beaucoup plus pessimiste concernant l’avenir de l’Europe, dont il considère qu’elle est en train de sortir de l’histoire, affaiblie par l’effondrement de l’Euro et par une démographie vieillissante que compense, en France uniquement, la vitalité de la population musulmane.

 

PODHORETZ.jpg« N’attendez rien de l’Europe », lance Millière au public, avant de se lancer dans un vibrant éloge du dynamisme d’Israël, de son économie et de sa capacité d’invention. Interrogé sur le vote juif aux États-Unis, il explique – en citant l’ancien rédacteur en chef de la revue Commentary Norman Podhoretz (photo ci-contre) – qu’une majorité des Juifs américains ne sont plus vraiment juifs, mais adeptes de cette nouvelle « religion » qu’est l’idéologie liberal… Quand un membre de l’assistance lui demande pour qui voter aux prochaines élections françaises, Millière répond sans hésiter qu’il s’abstiendra, ne voulant pas donner sa voix à Sarkozy, ni voter pour une idéologie socialiste dont il connaît tous les dangers. Quant à Marine Le Pen, il déclare sans ambages qu’elle n’a pas rompu avec le Front national de son père et demeure anti-américaine et économiquement à gauche du PS (analyse confirmée par la récente interview que MLP avait donnée à Israël Magazine).

 

Interrogé au sujet des médias français, Guy Millière relate comment certains collègues lui confient sans aucune honte ne pas dire ce qu’ils pensent, pour continuer d’être invités sur les plateaux de télévision et vendre leurs livres… Millière a adopté une attitude différente, ce qui explique qu’on ne le voit pas souvent à la télévision française, sauf dans l’émission de Frédéric Taddeï. Comme le lui avait dit, en plaisantant à moitié, un dissident soviétique, « nous avons de la chance en URSS, nous avons une seule Pravda, tandis que vous en avez plusieurs », relate Millière, faisant allusion à la presse française qui recopie unanimement les dépêches mensongères de l’AFP… Et il conclut en citant son prochain livre autobiographique (en anglais), au titre éloquent : « Dissident »

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Au total c’est un Guy Millière à la fois lucide, caustique et passionné que le public francophone de Jérusalem a pu rencontrer : un ami d’Israël véritable (non Juif, est-il besoin de le rappeler), dont l’analyse tranchée et sans concession ne laisse personne indifférent. Son discours dissident est une véritable bouffée d’oxygène et d’intelligence, au milieu du concert de la désinformation et de la propagande des médias nationaux français.

Pierre Itshak Lurçat

 

* L'UPJF a été la première organisation juive à recevoir et promouvoir Guy Millière en France. Son dernier livre paru est « Comment le peuple palestinien fut inventé », éditions David Reinharc.

 

09.11.2011

De l'affaire Arlosoroff à l'assassinat de Rabin: le crime et son exploitation politique

rabin SS.jpgUne ligne directe relie l'affaire Arlosoroff en 1936 à l'assassinat de Rabin, soixante ans plus tard. Dans les deux cas, un crime non élucidé a été exploité politiquement par la gauche sioniste pour déligitimer le camp opposé, celui de Jabotinsky en 1936 et celui de Netanyaou en 1995.

Je publie ci-dessous un extrait de la postface à L'Histoire de ma vie de Jabotinsky, dans lequel j'évoque l'affaire Arlosoroff et ses conséquences. P.I.L

 

La montée en puissance du mouvement révisionniste et l’affaire Arlosoroff

 

Entre 1925 et 1929, le nombre de représentants du mouvement révisionniste élus au Congrès sioniste passe de 4 à 21. Cette progression s’accélère encore entre 1929 et 1931, date à laquelle le parti de Jabotinsky devient le 3e parti au 17e Congrès sioniste avec 52 élus. Cette évolution est liée aux événements dramatiques qui se déroulent en Eretz-Israël, connus sous le nom d’« événements de 1929 » : à savoir le terrible pogrome de Hébron – qui fait 67 victimes et met provisoirement fin à la présence juive millénaire dans la « Cité des Patriarches » – et la publication du nouveau Livre Blanc (dit de Passfield) en 1930...

 

Dans le même temps, la montée en puissance du mouvement révisionniste, tant en Europe de l’Est qu’en Eretz-Israël, s’accompagne d’une rivalité grandissante et d’une hostilité de plus en plus marquée de la part des factions sionistes de gauche. L’affrontement politique prend ainsi souvent la forme de conflits violents en Israël, où les militants révisionnistes font face à l’antagonisme des syndicats ouvriers de la gauche sioniste, qui entend préserver son monopole et interdire l’accès au travail aux « Betarim ». Mais cette hostilité grandissante va atteindre des proportions encore inégalées lors de l’affaire Arlosoroff.

 

ARLOSOROFF.JPGCette affaire, qui a secoué le Yichouv tout entier dans les années 1930 et n’a jamais été totalement élucidée, a en effet coupé court à l’ascension fulgurante du mouvement révisionniste en Pologne – son principal bastion en Europe – et en Eretz-Israël et a constitué un coup dur pour Jabotinsky et pour ses disciples. Haïm Arlosoroff, directeur du département politique de l’Agence juive et étoile montante du mouvement travailliste, est assassiné le 16 juin 1933 sur une plage de Tel-Aviv. Dès le lendemain, une campagne sans précédent est lancée dans la presse juive, en Israël comme en diaspora, accusant le Betar et le Hatzohar d’avoir été les instigateurs du crime. Avraham Stavsky, Tsvi Rozenblatt et Abba Ahimeir, tous trois militants révisionnistes, sont arrêtés et accusés de complicité d’assassinat.

 

D’emblée, Jabotinsky est convaincu qu’il s’agit d’une fausse accusation lancée dans un but politique et il consacre de nombreux articles à l’affaire, comparant Stavsky et ses compagnons à Mendel Beilis (Juif ukrainien accusé d'avoir commis un crime rituel en 1911). Mais il se démène aussi pour assurer la défense des accusés devant la justice. Au milieu des appels à la haine et à la guerre fratricide, Jabotinsky – comme le fera son successeur Menahem Begin lors de l’affaire de l’Altalena – lance un appel au calme et au « cessez-le-feu ». Il rencontre à plusieurs reprises son rival, David Ben Gourion, à Londres, ce qui aboutira à un accord entre les deux dirigeants qui ne sera jamais mis en application, car le leader de la gauche sioniste sera désavoué par son propre camp.

 

kook2.jpgEn Eretz-Israël, de nombreuses personnalités – au premier rang desquelles le grand-rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook – prennent la défense des accusés, et l’opinion publique évolue en leur faveur, surtout après les aveux d’un jeune Arabe, Abdul Madjid. Les trois accusés sont finalement innocentés l’un après l’autre par le tribunal. Mais cet épilogue judiciaire ne met pas fin à la polémique, qui continuera d’agiter et de diviser le Yichouv pendant longtemps. L’affaire Arlosoroff aura coûté beaucoup de temps et d’efforts à Jabotinsky, sans toutefois le détourner de son objectif principal, au début des années 1930 : unir le peuple juif dans la lutte politique contre l’Allemagne nazie, notamment par l’appel au boycott des produits allemands et par une pétition internationale adressée aux autorités britanniques, qui réunira 600 000 signatures.

 

C’est dans ce contexte que l’Exécutif sioniste décide d’imposer la discipline à tous les délégués, en interdisant toute activité politique autonome, en avril 1935. Jabo comprend alors que le moment qu’il a longtemps retardé est arrivé et qu’il n’a pas d’autre solution que de quitter définitivement l’Organisation sioniste. Après un vote positif des membres du Hatzohar, la « Nouvelle Organisation sioniste » (N.O.S.) est fondée lors du Congrès de Vienne, en septembre 1935. Le mouvement sioniste révisionniste se trouve alors à son apogée, comme en atteste le nombre des électeurs du Congrès (713 000, contre 635 000 au 19e Congrès sioniste la même année).

(Extrait de L'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, éditions les provinciales 2011)

 

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06.11.2011

"Bist a Ferd" - Jabotinsky, Trumpeldor et le corps des "Muletiers de Sion"

COUVERTURE JABO.jpgDans l'extrait qu'on lira ci-dessous de l'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, qui vient de paraître en France, le dirigeant sioniste relate l'entrevue dramatique avec le général Maxwell qui va conduire à la création du "Corps des muletiers de Sion", premier embryon d'armée juive à l'époque moderne. P.I.L

 

De son cabinet, nous nous rendîmes chez le général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Égypte. Nous fûmes introduits par Kattaoui Pasha, vieil Espagnol sympathique, un des meilleurs dirigeants de la communauté juive en Égypte. Nous contraignîmes le pauvre Trumpeldor à accrocher à sa poitrine toutes ses décorations – les quatre Croix de Saint Georges russes, dont deux en or. Le commandant, qui savait déjà qui il était, regarda sa poitrine, puis sa manche gauche et demanda : - Port Arthur ?

 

Mais sa réponse à notre proposition nous déçut cruellement :

– Je n'ai pas entendu parler d'une offensive contre la « Palestine », je doute qu'il y ait une telle offensive, et la loi nous interdit d'accepter des soldats étrangers au sein de l'armée britannique. Je ne peux vous proposer que cela : nous allons constituer avec ces jeunes hommes un corps de muletiers – unité de transport à dos de mule – et nous les enverrons sur un autre front ; contre la Turquie, évidemment. Je ne peux rien faire de plus.

 

Jabotinsky.jpg

Nous passâmes cette nuit-là à l'hôtel, dans la chambre de Glouskin, à discuter jusqu'au matin pour savoir que faire. Nous autres, les civils, pensions qu'il fallait répondre : non merci. L'expression française « corps de muletiers » résonnait à nos oreilles presque comme une insulte : était-ce convenable – la renaissance nationale, le sionisme, le premier bataillon depuis l'époque antique de l'exil – et des « mules » ? Des « bourricots », comme on les appelait en Israël ? – Et deuxièmement : « Un autre front ; contre la Turquie, évidemment, mais ailleurs » – qu'est-ce que cela signifiait ? Et qu'avions-nous à faire d'un autre front, quel qu'il soit ? À quel front pensait le général ? La première tentative pour conquérir Gallipoli par des tirs de la marine s'était déjà soldée par un échec retentissant ; on murmurait qu'une deuxième offensive se préparait, cette fois-ci en débarquant des soldats sur la péninsule, et qui savait si cela était possible. Mais une chose était claire : la « Palestine » – pas question. Il fallait donc rejeter son offre.

 

Jabotinsky_gallery2_big.jpgSeul Trumpeldor ne se rangea pas à notre avis.

 

- Abordons les choses comme des soldats, - nous dit-il. N'exagérez pas la différence entre le métier des armes et celui du transport. Ce sont tous deux des métiers de soldats, indispensables, et le danger couru, dans la plupart des cas, est le même dans les deux. J'ai tendance à penser que la raison de votre refus est précisément le mot : « mules », - et je trouve cela, excusez-moi, puéril.

 

- « Des mules ! » – répondit quelqu'un – comme des ânes ! Cela ressemble à un sobriquet, surtout en yiddish.

 

- Mais en yiddish, - rétorqua Trumpeldor, - « cheval » aussi est un sobriquet : « Bist a ferd » (tu es un cheval) ; et pourtant, si on nous avait proposé un corps de cavaliers, vous auriez certainement accepté cette proposition avec respect. Chez les Français, il n'y a pas pire insulte que le mot chameau, et pourtant il existe des corps de chameliers dans l'armée française et aussi dans l’armée anglaise, et le service dans ces unités est considéré comme une grande distinction. Bêtises, messieurs.

- Et que dites-vous de « l'autre front ? »

 

- Cela non plus n'est pas important, si nous considérons les choses en tant que soldats. Pour libérer Eretz-Israël il faut, avant tout, vaincre les Turcs ; quant à savoir s'il vaut mieux les vaincre par le Nord ou par le Sud, c'est une question de « comment » et non pas une question essentielle. Dans une telle guerre, tous les fronts mènent à Sion.

 

Nous ne prîmes aucune décision ce soir-là ; quant à moi, après la réunion, je dis à Trumpeldor:

 

- Vous avez peut-être raison, mais je ne me joindrai pas à un tel bataillon.

 

- Et moi je m'y joindrai peut-être, me répondit-il.

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Jabotinsky, Histoire de ma vie, traduit de l'hébreu par Pierre I. Lurçat, éditions les Provinciales 2011. En vente dans les bonnes librairies ou sur le site de l'éditeur.

 

 
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