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01.12.2011

Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, par Misha Uzan

Je reproduis la recension par Misha Uzan de l'Histoire de ma vie de Jabotinsky.

http://francisinfo.wordpress.com/

Vladimir Zeev Jabotinski, Histoire de ma vie, Paris : Les Provinciales, 2011, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat

 

Vladimir Zeev Jabotinski. Histoire de ma vie

 Par Misha Uzan

 « Un vieillard qui disparaît, c’est comme une bibliothèque qui brûle». Cette célèbre phrase de l’écrivain malien Amadou Hampaté Ba mériterait d’être complétée : ” Lire les Mémoires ou l’autobiographie d’un grand homme, c’est comme fouiller dans sa bibliothèque personnelle”.

C’est particulièrement vrai avec Histoire de ma vie, de Vladimir Zeev Jabotinsky. On ne peut que remercier Pierre Itshak Lurçat et les éditions Les Provinciales, d’avoir traduit et édité l’autobiographie de l’initiateur du sionisme révisionniste, grand personnage du mouvement sioniste, et grand homme du XXe siècle.

On ne peut qu’admirer l’œuvre d’un visionnaire et prophète, un homme politique droit et sincère, traducteur de grandes œuvres, écrivain à la plume belle et puissante, polyglotte redoutable.

 

Vladimir Ze'ev Jabotinsky

 

Ce n’est pas l’homme politique, le théoricien ni même l’écrivain que nous raconte Jabotinsky dans ses pages, c’est l’homme qu’il a été. Avec une sincérité étonnante, n’hésitant pas à confesser ses erreurs, ses oublis, ses imprécisions, confessant ses défauts, il nous livre ses sentiments, ses pensées, ses amitiés. Depuis sa naissance à Odessa, les phrases de sa mère, son éducation, ses lectures, jusqu’après la première guerre mondiale, on suit Jabotinski presque partout en Europe : en Russie sa “patrie matérielle”, en Italie “sa patrie spirituelle”, en Suisse, en Pologne, en France ou en Eretz Israël. On découvre un Jabotinski tour à tour et tout en même temps journaliste, étudiant, responsable et activiste politique puis penseur, auteur. Avec lui on croise quelques grands hommes de son époque : Herzl bien sûr qu’il n’a pu voir qu’une seule fois, mais aussi Weizmann, les deux Syrkin (Nahum et Bahman), Yehouda Gordon, et de nombreux leaders, auteurs et professeurs européens de l’époque, dont la plupart sont aujourd’hui inconnus. En s’arrêtant brusquement aux environs de 1920, Jabotinski nous parle beaucoup de l’Europe, un peu du sionisme, et pas tant que ça d’Israël.  Mais on apprend beaucoup en sa compagnie. Pas seulement sur lui-même. On découvre aussi de nombreuses péripéties ou petits détails, trop nombreux pour tous les citer mais dont on perçoit parfois l’influence, plus quatre vingt ans plus tard. A titre d’exemple, Jabotinsky indique comment nul ne l’a pris au sérieux, y compris dans le camp sioniste, lorsqu’il a mentionné sa volonté de faire de l’hébreu la première langue d’enseignement juif en diaspora[1]. Si elle avait été plus appliquée, une telle mesure aurait évité bien des soucis à des millions d’immigrants en Israël, jusqu’à aujourd’hui. Là encore Jabotinski était visionnaire.

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24.11.2011

Deux beaux romans sur le Retour – de la téchouva à l’alyah, par Pierre Itshak Lurçat

 

AMANDIER.jpgLe titre du beau roman de Yéochoua Sultan, Comme l’amandier en hiver, intrigue le lecteur. La couverture du livre – autoédité par l’auteur (yeochouasultan91@gmail.com) – est illustrée par deux photographies : au recto, des amandiers en fleurs, au verso, une forêt aux couleurs automnales. Ces deux images représentent les deux facettes ou plutôt les deux extrémités du parcours relaté dans le livre, qui raconte un voyage initiatique, de la banlieue parisienne aux monts de Judée. C’est donc le récit d’un retour, ou plutôt du Retour, celui que de nombreux Juifs nés dans des familles éloignées de la tradition ont vécu et ont accompli, certains allant, comme Sultan, jusqu’au bout de ce parcours en faisant leur alyah.

 

Ce livre est construit comme un roman et non comme une autobiographie, et le lecteur est agréablement surpris en découvrant un style romanesque à la fois simple et authentique, qui rappelle celui de romans juifs déjà oubliés, comme ceux de Roger Ikor (Les eaux mêlées).IKOR.jpg

Yeochua Sultan écrit bien et il sait camper ses personnages – Olivier, son héros, ses parents et ses camarades du lycée. Il y a même dans le livre des descriptions de paysages, chose que le roman contemporain a presque délaissé, tellement les écrivains actuels sont focalisés sur les personnages et sur leurs propres impressions.

Comme l’amandier en hiver se déroule presque entièrement à Flessy, petite ville de la grande banlieue où vit le héros et où il étudie. L’auteur réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’un lycée français dans les années 1980, au moment de la guerre du Liban qui est celui du retour de l’antisémitisme. C’est précisément une banale discussion entre élèves qui va faire comprendre au personnage principal que son judaïsme n’est pas une chose anodine et qui va le conduire petit à petit à s’interroger sur son identité, interrogation qui le mènera à redécouvrir le judaïsme puis Israël.

 

DSCN3419.JPGLa force de ce roman est de parvenir à faire vivre au lecteur le cheminement – à la fois intellectuel et spirituel – du héros, et à lui permettre de s’identifier à lui. Beaucoup de Juifs ont connu des parcours similaires à celui d’Olivier Nizard, mais très peu de romanciers ont su raconter le Retour. C’est le talent de l’auteur de relever cette gageure, de manière simple et sans fioriture. Son livre est sous-titré « Un imprévisible retour », et de fait, la trame du livre réside dans ce caractère imprévisible du parcours du héros, ramené presque malgré lui à son peuple et à sa Torah, qui finit par comprendre que sa place est en Israël, sur la terre de nos ancêtres. Ce roman plein de fraîcheur fera sans doute plus que beaucoup de discours pour convaincre beaucoup de Juifs égarés, en France et ailleurs, que leur place est ici, en Israël !

 

Sur un thème très similaire, Laure Guetta publie De l’appel au retour (autoédité, laure.guetta@gmail.com). Ce roman bien écrit et émouvant relate le retour d’un couple de jeunes Juifs parisiens, Line et Franc. La première partie décrit leur retour à la pratique des mitsvot, et notamment au respect des lois de pureté familiale, à la suite des difficultés qu’ils rencontrent pour avoir un enfant. Dans la deuxième partie, ils se rendent en vacances en Israël et comprennent, après un périple à travers le pays, que l’alyah est l’aboutissement de leur cheminement spirituel.

 

Ces deux livres ont en commun une grande sincérité, des qualités d’écriture et aussi quelques défauts inhérents à l’autoédition. Ils souffrent de quelques longueurs, même s’ils ne sont jamais ennuyeux. Laure Guetta est plus convaincante à mon avis dans la seconde partie de son roman. Tous les deux ont écrit des livres forts qui montrent, de manière romancée et non didactique, que l’accomplissement de la vie juive authentique ne peut être trouvé que sur la terre d’Israël. Deux beaux romans qui ne laisseront aucun lecteur indifférent !

 

Comme l’amandier en hiver de Yéochoua Sultan et  De l’appel au retour de Laure Guetta.

 

Les deux livres sont vendus dans la sympathique librairie française Kohav, rue Mekor Haïm à Jérusalem. http://www.kodeshlibrary.com/

 

17.11.2011

"Si je veux vivre, je dois renaître" - Jabotinsky et la renaissance nationale du peuple Juif, par Stéphanie Dassa

Je reproduis ci-dessous la belle recension que Stéphanie Dassa consacre à L'Histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky, sur le site du CRIF, ce matin. Je saisis cette occasion pour exprimer à Richard Prasquier mon appréciation pour la publication de cet article, malgré les divergences politiques que je n'ai jamais cachées avec l'institution qu'il dirige. ריטשארד פּראַסקוויער איז אַ מענשאַ (pour mes amis qui ne lisent pas le yiddish: c'est comme de l'hébreu avec les voyelles en plus!)  P.I.L.

www.crif.org

Lectures
 

Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat
17/11/11 - - : Crif

 

jabotinski1903.jpgAu lieu d’entrer par une porte entrebâillée, je préfère frapper ou marteler jusqu’à ce qu’elle s’ouvre en grand. C’est très mal, je le sais, mais c’est ainsi. Ka’ha, c’est ainsi : un mot hébreu qui coupe court à tout louvoiement… Vladimir Zeev Jabotinsky  n’est ni un homme oblique, ni un homme résigné. Son « c’est ainsi » est avant tout une réponse audacieuse tant à la victoire qu’à l’adversité « car toutes deux sont trompeuses ».  Nous accueillons la traduction de son autobiographie avec une joie non dissimulée tant elle nous manquait et plus encore aux rayons des libraires hexagonaux riches d’ouvrages scandaleux sur le sionisme, « cette insulte ». (1)

 
« Si je veux vivre, je dois renaître ; je suis âgé de trente-quatre ans, ma jeunesse et la moitié de mon âge mûr sont déjà passés depuis longtemps, et je les ai tous deux gaspillés. Je ne sais pas ce que j’aurais fait, si le monde entier ne s’était pas renversé et ne m’avait projeté sur des chemins que je n’avais pas imaginés : peut-être serais-je monté en Eretz-Israël, peut-être aurais-je fui à Rome, peut-être aurais-je créé un parti, mais cet été là éclata la guerre mondiale».
 
Deux éléments cardinaux dans cette citation de Zeev Jabotinsky replacent l’histoire au cœur de l’action politique : la volonté et la force irrésistible des évènements.
 
La volonté en premier chef ; « Si je veux vivre, je dois renaître » définition intime et lapidaire de ce qu’est le cœur du sionisme, c'est-à-dire une renaissance qui le différencie radicalement de l’assimilation par l’acquisition des droits nationaux, préalable pourtant nécessaire à l’invention d’une nation. C’est ce fossé que Delcassé (2) ne parvenait pas à combler par l’intelligence de la raison lorsqu’il répondit agacé à la question de Jabotinsky sur l’influence favorable que la France pourrait exercer en faveur de « l’idée sioniste » : « Est-ce que tout ce qu’a fait la France pour les Israélites n’est pas suffisant ? ». Au-delà du non étouffé contenu dans cette réponse se dessine au scalpel la ligne de démarcation entre l’émancipation et le projet national.

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06.11.2011

"Bist a Ferd" - Jabotinsky, Trumpeldor et le corps des "Muletiers de Sion"

COUVERTURE JABO.jpgDans l'extrait qu'on lira ci-dessous de l'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, qui vient de paraître en France, le dirigeant sioniste relate l'entrevue dramatique avec le général Maxwell qui va conduire à la création du "Corps des muletiers de Sion", premier embryon d'armée juive à l'époque moderne. P.I.L

 

De son cabinet, nous nous rendîmes chez le général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Égypte. Nous fûmes introduits par Kattaoui Pasha, vieil Espagnol sympathique, un des meilleurs dirigeants de la communauté juive en Égypte. Nous contraignîmes le pauvre Trumpeldor à accrocher à sa poitrine toutes ses décorations – les quatre Croix de Saint Georges russes, dont deux en or. Le commandant, qui savait déjà qui il était, regarda sa poitrine, puis sa manche gauche et demanda : - Port Arthur ?

 

Mais sa réponse à notre proposition nous déçut cruellement :

– Je n'ai pas entendu parler d'une offensive contre la « Palestine », je doute qu'il y ait une telle offensive, et la loi nous interdit d'accepter des soldats étrangers au sein de l'armée britannique. Je ne peux vous proposer que cela : nous allons constituer avec ces jeunes hommes un corps de muletiers – unité de transport à dos de mule – et nous les enverrons sur un autre front ; contre la Turquie, évidemment. Je ne peux rien faire de plus.

 

Jabotinsky.jpg

Nous passâmes cette nuit-là à l'hôtel, dans la chambre de Glouskin, à discuter jusqu'au matin pour savoir que faire. Nous autres, les civils, pensions qu'il fallait répondre : non merci. L'expression française « corps de muletiers » résonnait à nos oreilles presque comme une insulte : était-ce convenable – la renaissance nationale, le sionisme, le premier bataillon depuis l'époque antique de l'exil – et des « mules » ? Des « bourricots », comme on les appelait en Israël ? – Et deuxièmement : « Un autre front ; contre la Turquie, évidemment, mais ailleurs » – qu'est-ce que cela signifiait ? Et qu'avions-nous à faire d'un autre front, quel qu'il soit ? À quel front pensait le général ? La première tentative pour conquérir Gallipoli par des tirs de la marine s'était déjà soldée par un échec retentissant ; on murmurait qu'une deuxième offensive se préparait, cette fois-ci en débarquant des soldats sur la péninsule, et qui savait si cela était possible. Mais une chose était claire : la « Palestine » – pas question. Il fallait donc rejeter son offre.

 

Jabotinsky_gallery2_big.jpgSeul Trumpeldor ne se rangea pas à notre avis.

 

- Abordons les choses comme des soldats, - nous dit-il. N'exagérez pas la différence entre le métier des armes et celui du transport. Ce sont tous deux des métiers de soldats, indispensables, et le danger couru, dans la plupart des cas, est le même dans les deux. J'ai tendance à penser que la raison de votre refus est précisément le mot : « mules », - et je trouve cela, excusez-moi, puéril.

 

- « Des mules ! » – répondit quelqu'un – comme des ânes ! Cela ressemble à un sobriquet, surtout en yiddish.

 

- Mais en yiddish, - rétorqua Trumpeldor, - « cheval » aussi est un sobriquet : « Bist a ferd » (tu es un cheval) ; et pourtant, si on nous avait proposé un corps de cavaliers, vous auriez certainement accepté cette proposition avec respect. Chez les Français, il n'y a pas pire insulte que le mot chameau, et pourtant il existe des corps de chameliers dans l'armée française et aussi dans l’armée anglaise, et le service dans ces unités est considéré comme une grande distinction. Bêtises, messieurs.

- Et que dites-vous de « l'autre front ? »

 

- Cela non plus n'est pas important, si nous considérons les choses en tant que soldats. Pour libérer Eretz-Israël il faut, avant tout, vaincre les Turcs ; quant à savoir s'il vaut mieux les vaincre par le Nord ou par le Sud, c'est une question de « comment » et non pas une question essentielle. Dans une telle guerre, tous les fronts mènent à Sion.

 

Nous ne prîmes aucune décision ce soir-là ; quant à moi, après la réunion, je dis à Trumpeldor:

 

- Vous avez peut-être raison, mais je ne me joindrai pas à un tel bataillon.

 

- Et moi je m'y joindrai peut-être, me répondit-il.

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Jabotinsky, Histoire de ma vie, traduit de l'hébreu par Pierre I. Lurçat, éditions les Provinciales 2011. En vente dans les bonnes librairies ou sur le site de l'éditeur.

 

14.01.2011

Avigdor Lieberman et les Feinschmecker : de la cuisine à la politique

Une étincelle d'hébreu

 

Après une interruption, je reprends cette rubrique avec un sujet tiré de l'actualité : celui des mots de l'hébreu provenant de l'allemand ou du yiddish. Notre ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a illustré cette semaine ce phénomène linguistique en s'en prenant aux "Feinshmecker" du Likoud… De quoi s'agit-il ?

 

Avigdor-Lieberman-5.jpgLittéralement, Feinshmecker signifie en allemand un gourmet ou un gastronome. En yiddish toutefois, le mot a pris un sens différent, péjoratif : il désigne quelqu'un qui se flatte d'être très raffiné tout en méprisant le vulgum pecus, et qui ignore volontairement la réalité qui l'entoure, triviale à ses yeux… On peut le rapprocher de l'expression beaucoup plus couramment employée, יפה נפש yaffé néfech, les "belles âmes", souvent utilisée pour désigner les membres de la gauche ou de l'extrême-gauche israélienne par leurs adversaires. C'est dans ce sens que Lieberman, avec sa verve habituelle, a qualifié de Feinshmecker les députés du Likoud qui, à l'instar de Benny Begin, ont voté contre la proposition de loi initiée par le parti Israel Beitenou, visant à enquêter sur le financement des organisations israéliennes de défense des "Droits de l'homme" [lesquelles défendent en fait les droits du Hamas, avec l'argent des contribuables de l'UE]...

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