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liliane lurçat - Page 4

  • En souvenir d’Henri Wallon, par Liliane Lurçat

    liliane lurçat,henri wallon,psychologie"J'ai travaillé avec Henri Wallon pendant 11 ans, de décembre 1951 à décembre 1962, jusqu'à la veille de sa mort. J'avais 23 ans quand il m'a engagée, il en avait 72. Il était retraité, mis à la retraite d'office.

    Au cours de ces onze années de collaboration, j'ai travaillé sur ses recherches, et il m'a permis de commencer les miennes.

    A l'approche de sa mort, Henri Wallon  se désespérait du sort de la psychologie : « La psychologie française entre dans un tunnel » disait-il ; il ne s'était pas trompé.

    J'ai essayé de rester fidèle à sa manière de travailler, tout au long de ma vie professionnelle et au-delà. J'ai souvent lu et relu ses publications. Je n'ai jamais oublié mon vieux patron de recherches.


    A présent, c'est ma vie qui s'achève, longue, bousculée, traversée par des catastrophes, des drames subis et vécus. Ma vie se termine, ma discipline est entrée dans un tunnel, un cul de sac sans issue.

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    Henri Wallon, pour son quatre-vingtième anniversaire, entouré d'Hélène Gratiot-Alphandéry, Irène Lézine, Germaine Bernyer, Lucette Merlette, et Liliane Lurçat (à droite)

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  • J'ai progressivement cessé d'être française, sans m'en rendre compte, par Liliane Lurçat

    liliane lurçat,gustave le bon,franceAvant même que l'évidence d'une substitution massive de la population par des gens qui voulaient la place ne s'impose à moi, j'ai compris que mon statut n'était plus le même.

    Durant de longues années je me suis sentie de gauche et française . Cela ne me posait aucun problème. Il m'a fallu atteindre un âge avancé pour penser la France, penser le fait d'être français, en m'en sentant extérieure, en vivant l'exclusion. 

    Depuis le putch gaulliste et l'instauration d'un pouvoir présidentiel, ce n'était plus la France de la troisième république, celle qui m'a élevée dans son école maternelle et primaire, et qui a fait de moi un enfant comme les autres, imprégné des valeurs de la République et de la morale de l'école, celle qui savait instruire et se faire respecter. Je ne savais pas penser le monde, certes, mais j'aimais l'école.

    Longtemps j'ai cru encore être d'ici, mais c'est devenu de moins en moins vrai.`C'est ici, mais ce n'est plus ici'. Ceux qui cèdent leur place deviennent insidieusement des déplacés dans ce qu'ils croient être encore leur pays. Ce pays continue de ressembler à ce qu'il fut mais il n'est plus. Les progrès techniques , les modifications du mode de vie, masquent la nature du changement mais ne peuvent pas l'empêcher.

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    "Ma naissance à Jérusalem choquait..."


    J'ai d'abord senti que je n'étais plus française par un effet d'exclusion : ma naissance à Jérusalem choquait et déplaisait dans les bureaux de vote. Je n'ai plus voté.

     

    Puis j'ai senti la même chose par le sentiment que je n'avais pas changé, mais que la France n'était plus le pays dont je m'étais imprégnée tout au long de ma vie, depuis mon arrivée en 1929, à l'âge d'un an et demi.

     

    J'étais en pleine lecture du livre de Gustave Le Bon, La Psychologie du socialisme, paru en 1905. J'avais apprécié sa « Psychologie des foules «  quand j'analysais les effets de la télévision sur les jeunes enfants.

     

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  • Prague 1951 : dans l'ombre du procès Slansky, Par Liliane Lurçat

    prague,1951,slanskyJ'ai eu la chance, ou la malchance, de me trouver souvent au mauvais endroit et au pire des moments : on appelle cela les hasards de la  vie. Cela m'a permis de voir des choses qui ont déterminé ma vie, sans comprendre, sur le moment, la signification de ce que je vivais, dont la portée m'échappait totalement et pour longtemps encore.

    J'étais jeune, étudiante en psychologie, mère d'un petit Olivier âgé de 17 mois, épouse d'un étudiant en philosophie. Sans un sous, nous étions en quête de travail. On nous proposa alors d'aller à Prague.

    On devait déménager le siège du Conseil Mondial de la Paix dans cette ville. Ce mouvement d'obédience communiste, se trouvait jusque-là à Paris.

    A l'époque, comme beaucoup d'étudiants un peu paumés dans la Sorbonne, je m'étais inscrite au parti communiste qui recrutait parmi les étudiants. Le parti communiste se glorifiait d'être le « parti des fusillés » pendant la résistance.

     

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    J'étais candide, sans méfiance, fâcheux défaut bien connu de ma mère qui me disait : « reste assise sur ton c... il ne t'arrivera rien » (ça sonne mieux en Yiddish).

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    Si j'avais obéi, ma vie aurait été sûrement différente et je ne raconterais pas mes mésaventures tchèques.

    La fédération de Paris du Parti communiste Français nous demanda de remplir une biographie. Parmi les questions : « Avez-vous voyagé ? » j'ai répondu : « mon dernier voyage date de mes quatre ans, nous sommes retournés en Palestine en 1932, mais mon père s’est retrouvé au chômage et nous avons dû rentrer en France »

    « Bête et disciplinée » selon la formule de mon amie Rachel, j'ai rempli ma « bio » en rajoutant ce qui n'était pas demandé et qui constituait une bombe à retardement, le nom de mon frère Ménahem officier de l'armée d'Israël.


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