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jerusalem - Page 3

  • « Hannah Arendt », de Margarethe von Trotta : un film ambitieux et captivant, par Pierre Itshak Lurçat

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    A ma mère, grande lectrice d'Hannah Arendt

    Adapter au cinéma la controverse fameuse suscitée par la couverture du procès Eichmann par Hannah Arendt : projet ambitieux et non dénué de risque, que la réalisatrice allemande Margarethe von Trotta, dont le film vient de sortir en Israël (à l’occasion du Jour du souvenir de la Shoah et de l’Héroïsme) et sortira en France le 24 avril a entrepris avec audace. Le résultat est un film intéressant et même captivant, servi par une interprétation talentueuse (en particulier celle de Barbara Sukowa, qui avait déjà incarné Rosa Luxembourg en 1986 et qui joue le rôle principal avec beaucoup de conviction).

    Von Trotta a fait une œuvre de fiction qui colle assez étroitement à la réalité : concernant le procès Eichmann tout d’abord, dont on voit des images d’archives saisissantes (sans doute l’élément le plus intense du film) ; et concernant la vie d’Hannah Arendt ensuite. Les personnages principaux du film sont ceux de la vie d’Arendt : son second mari, Heinrich Blücher, son amie américaine Mary Mc Carthy, le philosophe Hans Jonas… Quelques écarts avec la réalité (ainsi le fameux reproche fait à Arendt de manquer d’« amour pour Israël » est attribué à Kurt Blumenfeld, alors qu’il fut formulé par Gershom Scholem), ne parviennent pas à remettre en cause la fidélité du récit.

    Le nœud du film est la controverse déclenchée par les articles publiés par Arendt dans le New Yorker, après avoir assisté à plusieurs audiences du procès Eichmann. Il est évidemment difficile de rendre compte au cinéma d’une controverse dont les tenants et aboutissants sont complexes, et Margarethe Von Trotte s’en sort assez bien, même si sa sympathie penche visiblement plus pour la philosophe juive allemande que pour ses contradicteurs israéliens et juifs américains…

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  • Le rabbin et le philosophe, par Itshak Lurçat

    En souvenir de mon père, "guerrier de la connaissance", parti dans le Monde de Vérité le 14/10/2012, parashat Noa'h.                                                                            

                                                                                                                     יהיה זכרו ברוך!

    rav hralap.jpgLe rabbin Harlap avait-il, oui ou non, lu Nietzsche dans sa jeunesse ? Cette question bizarre et presque saugrenue,  il se l’était posée pour la première fois en lisant un article consacré à la vie et à l’œuvre du grand kabbaliste de Jérusalem, décédé soixante ans auparavant, dont on venait de célébrer le Yahrzeit. Lorsqu’il avait appris que le Rav n’avait pas seulement étudié le Talmud, la loi juive et les textes ésotériques, qu’il connaissait sur le bout des doigts – au point qu’on le disait capable de réciter une page de Guémara après avoir enfoncé une aiguille dans un volume pris au hasard – mais qu’il avait aussi lu dans ses jeunes années les œuvres du philosophe allemand, il avait tout d’abord été intrigué et plutôt amusé.

    Cet article iconoclaste avait d’ailleurs soulevé quelques protestations et un démenti avait même été publié dans un journal sioniste religieux, émanant d’un groupe de rabbins, scandalisés à l’idée que leur maître ait pu lire des livres profanes, écrits qui plus est par un philosophe allemand, dont certains avaient avancé la responsabilité dans la genèse du nazisme ! (C’était entièrement faux, évidemment, car Nietzsche abhorrait tout antisémitisme et avait une grande affection pour le peuple Juif). Au-delà de l’aspect polémique, sa curiosité avait un motif personnel : lui-même avait en effet été autrefois un lecteur assidu du philosophe, dont il avait déchiffré tant bien que mal plusieurs textes dans l’original.

    Il se souvenait de l’émotion ressentie lorsqu’il avait déniché dans une librairie denietzsche,rav harlap,jérusalem Tel-Aviv, par une chaude journée estivale, les éditions originales du Gai Savoir et d’Ecce Homo, imprimées en caractères gothiques presque indéchiffrables, que le libraire avait sans doute rachetées pour une poignée de shekels aux enfants d’un de ces nombreux « Allemands de confession mosaïque », réfugiés en Palestine au début des années 1930. A l’époque, il furetait dans les librairies d’occasion à Tel-Aviv en touriste, tout comme il le faisait à Paris, sur les quais de la Seine et il était à mille lieues d’imaginer qu’il se retrouverait quelques années plus tard à Jérusalem, avec femme et enfants !


     

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     J’ai le grand plaisir d’annoncer la parution de mon nouveau livre, « Jour de Sharav à Jérusalem » (éditions L’Eléphant – Jérusalem).

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    COMMENT TROUVER LE LIVRE

    - Sur Amazon

    - A la librairie Kohav de Jérusalem (bientôt en rayon)

    - En envoyant un chèque de 16 euros ou de 75 NIS (port compris) à P. Lurçat, Shalom Yehuda 16/16 Jérusalem, ISRAEL 93395

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  • Le violon de David Gritz, par Pierre Itshak Lurçat

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    Le destin existe-t-il ? Le nom de David Gritz m'était revenu en mémoire, alors que je descendais la rue Hillel avec mon ami Reuven, qui me parlait d'un jeune étudiant français, grièvement blessé dans l'attentat de la cafétéria de l'université hébraïque où David avait trouvé la mort. C'était en août 2002, en pleine Intifada, à l'époque où les autobus explosaient au centre de Jérusalem et de Tel-Aviv presque chaque semaine. Une véritable guerre se déroulait dans les rues, les cafés et les marchés des grandes villes d'Israël, guerre encore plus terrible que les précédentes, car pour la première fois depuis 1948, elle touchait presqu'exclusivement les civils – hommes, femmes et enfants – placés en première ligne face aux terroristes kamikazes.

     

    Nous avions quitté le pays pour une année sabbatique en France et nous trouvions à Paris, lorsque la nouvelle de l'attentat de la cafétéria se répandit comme une traînee de poudre dans la communauté juive, suscitant une vague d'émotion sans précédent en plein mois d'août. Beaucoup de gens qui, comme nous, ne connaissaient pas David Gritz, s'étaient rendus spontanément à son enterrement, au cimetière du Montparnasse, et nos craintes de voir les parents du défunt presque seuls s'étaient avérées infondées : une foule considérable les entourait, amis, lointaines connaissances ou personnes qui, comme nous, avaient voulu rendre un ultime hommage à ce jeune homme qu'ils n'avaient jamais rencontré.

     

    A la tristesse de circonstance s'ajoutait le sentiment d'une perte injuste et d'une douleur insondable. Les parents de David, drapés dans leur deuil comme les personnages d'une tragédie antique, avaient réussi à conserver une dignité exemplaire. Les regardant de loin, debout devant la tombe ouverte de leur fils unique, je repensais à d'autres scènes terribles dont Israël avait été le témoin ces dernières années. La “famille des endeuillés” – expression typiquement israélienne qui n'existe, à ma connaissance, dans aucun autre pays du monde – s'élargissait chaque semaine aux parents d'une nouvelle victime du terrorisme. Combien d'enfants avaient été enterrés par leurs parents, combien de frères, de fils, de petits-fils avaient été conduits à leur dernière demeure au cours de ces années sanglantes ?

     

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