15.03.2012
De la compassion à l’égard des Juifs de la Shoah à la rage contre les Juifs de Tsahal
Vladimir Zeev Jabotinsky redécouvert, par Fabrice Hadjadj
Fondateur de la Légion juive et inventeur de la dimension militaire du sionisme, Jabotinsky a cristallisé la haine de nombreux ennemis du peuple Juif et celle de ses adversaires au sein du mouvement sioniste. Dans cette recension parue dans la revue Artpress, F. Hadjadj s'interroge sur les raisons de l'amour pour le Juif transi, concomitant à la haine pour le Juif qui se défend. Question on ne peut plus actuelle... P.I.L.
Le grand scandale, quand il pleut des cordes, c’est un Juif avec un parapluie. Une kippa, à la rigueur, éventuellement un sympathique shtreimel, mais son parapluie sous l’orage serait tout à fait hors de saison. C’est ce qu’explique Max Nordau à Vladimir Jabotinsky en 1915, alors que ce dernier lui explique la nécessité de l’autodéfense contre les pogromes et l’urgence de constituer une Légion Juive pour combattre auprès des Anglais contre les Turcs et « élargir les frontières de l’Europe jusqu’à l’Euphrate » : « Ce sont, mon jeune ami, des paroles logiques ; or la logique est la sagesse des Grecs, que notre peuple abhorre. Le Juif n’apprend pas par des raisonnements rationnels, il apprend par les catastrophes. Il n’achètera pas un parapluie “simplement” parce que les nuages s’amoncellent à l’horizon, il attendra d’être trempé et atteint de pneumonie… »
Le Juif qui se laisse tremper sous la pluie battante, cette image est devenue encore plus forte après la Shoah. N’a-t-il pas été définitivement campé comme la pure victime emblématique de toutes les victimes ? C’est ainsi qu’on l’admire depuis nos salons au coin du feu : désarmé, transi, sans mur ni parapluie… Et c’est ainsi que notre philosémitisme se métamorphose en antisémitisme. Certes, nous ne voulons plus le contraindre à se convertir en masse au christianisme ; mais nous aimerions bien le forcer à être toujours christique, ne tirant jamais le glaive, offrant à l’ennemi une gorge d’agneau. Imaginez un seul instant que la « pure victime » ait l’audace de prendre les armes et de se protéger contre l’orage, cela ne colle plus du tout. Imaginez que cet écrasé des nations cherche à défendre une terre (promise) – alors que nous sommes aux temps où chacun mène une vie virtuelle et prétend n’habiter nulle part que derrière son écran – quelle arrogance ! quelle infâme régression vers les bas instincts territoriaux ! Et voilà comment notre compassion à l’égard des Juifs de la Shoah se change en rage contre les Juifs de Tsahal. Voilà comment notre amour pour les hassidim du pacifiste Martin Buber devient haine envers les soldats du militariste Jabotinsky…
08:30 Publié dans Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jabotinsky, juifs, betar
05.02.2012
Jabotinsky, les Juifs sépharades et la civilisation occidentale
La ridicule polémique déclenchée dans le landerneau politique parisien par les propos pétris de bon sens de Claude Guéant est l'occasion pour moi de remettre en ligne cet extrait de l'Histoire de ma vie de Zeev Jabotinsky. Parmi les surprises que la lecture de ce livre révèle, l'amour de Jabotinsky pour les Juifs sépharades, qui transparaît dans les lignes publiées ci-dessous. On notera au passage le caractère politiquement très incorrect des propos de Jabotinsky sur la civilisation occidentale, à une époque où le concept de "multiculturalisme" et le relativisme culturel n'existaient pas encore... P.I.L.
"Si la transmigration des âmes existe et si – avant de renaître – on m'autorise de là-haut à choisir un peuple et une race, je répondrai : « All right, Israël, mais sépharade ». Je m'étais pris d'amour pour les sépharades, et peut-être précisément pour les qualités qui leur valent les sarcasmes de leurs frères ashkénazes : leur « superficialité » m'est de beaucoup préférable à notre profondeur inefficace ; j'apprécie leur inertie plus que notre tendance à courir après la moindre chimère ; des générations de torpeur intellectuelle et politique ont préservé leur fraîcheur spirituelle ; et pour ce qui concerne la richesse culturelle – j'hésite pour savoir ce qui rapprochera plus l'homme du seuil de la civilisation occidentale (car il n'y en a pas d'autre – la civilisation et l'Occident – c'est une seule et même chose) – une livre d'éducation française et italienne ou une tonne de mystique russe. A Salonique, à Alexandrie, au Caire, vous trouverez une intelligentsia juive de la même trempe qu'à Varsovie ou à Riga ; et en Italie, bien supérieure à celle de Paris et de Vienne. J'accepte de reconnaître leur grand et unique défaut : dans le domaine de l'action sioniste (même si l'idée nationale est relativement plus répandue chez eux que chez nous), il n'y a pas encore dans leur cœur un appétit de conquête, pas « d'ambition », mais cela aussi viendra en son temps...
... Je remplis évidemment mes obligations de « correspondant particulier ». Je vérifiai l'impression faite en « Orient » par la Turquie, et ses dernières démarches, et je constatai qu'elle était nulle. Bien entendu, il n'y avait aucun sens à interroger à ce sujet les gouvernants eux-mêmes. Le natif de ces pays est un grand diplomate (au sens « classique », sur lequel je devrai revenir, au sujet de mon entrevue avec Delcassé) et en particulier – lorsqu'il a peur. J'adoptai un comportement plus simple – j'interrogeai les commerçants juifs sépharades locaux : ils sont eux aussi des habitants du pays de longue date, mais ils sont plus perspicaces et plus sincères ; et le Juif, pour peu que cela ne concerne pas ses intérêts en tant que Juif, est capable de pénétrer véritablement en profondeur les choses et de voir loin. Il connaît très bien l'état d'esprit des Arabes : même si on lui raconte des histoires, il est capable de comprendre à quel endroit on simule et ce qu'on lui cache. Presque tous ces Juifs sépharades – commerçants, avocats, journalistes, de Tanger jusqu'à Tunis – me firent la même réponse, et l'histoire prouva qu'ils avaient raison :
- Un appel à la guerre sainte ? – Absurde. Il est même ridicule de se poser la question de l'impression que cela fait. C'est seulement chez vous, les Européens naïfs, que l'on croit encore à cela, comme si l'on pouvait en Orient, au nom d'une solidarité musulmane, soulever les foules et les inciter à prendre des risques sérieux. Les Turcs eux-mêmes n'y croient pas : cela fait bien cent ans que l'Europe a frappé les Turcs et leur a pris leurs meilleures terres, les unes après les autres, et durant toute cette période aucun État musulman n'a levé le petit doigt en faveur du Sultan, alors même qu'il est surnommé le Calife des Croyants. Les Allemands, naïfs eux aussi, comme tous les autres peuples d'Europe, ont voulu influer sur les Turcs, pour qu'ils tentent à nouveau leur chance. En vain. Pas un seul homme ne viendra ici à l'aide des Turcs".
Extrait de Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat
NB J'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI.
12:14 Publié dans Histoire, Jabotinsky, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : claude guéant, jabotinsky, civilisation occidentale
01.02.2012
« Mourir ou conquérir la montagne » : Vladimir Zeev Jabotinsky, un Mensch et un visionnaire.
Je reproduis la belle recension de Jocelyne Sajovic sur le site FRANCE-ISRAEL.
+ j'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI. P.I.L.
Histoire de ma vie – Vladimir Zeev Jabotinsky
Je l'attendais depuis longtemps, très longtemps cet ouvrage : "Histoire de ma vie" de Vladimir Zeev Jabotinsky, traduit en français par Pierre Lurçat, aux Editions Les Provinciales.
Pour avoir lu de nombreux extraits de ses écrits, lorsque j'étais adolescente dans mon mouvement de jeunesse, le Bétar, je n'avais pas encore lu "Histoire de ma vie", pour la simple raison qu'il n'avait jamais été traduit en français. C'est aujourd'hui chose faite, même s'il m'a fallu attendre près de 30 ans... Le plaisir n'en est que plus intense.
A la lecture de ce livre, de nombreux souvenirs de jeunesse remontent à la surface. Je n'oublierai pas les chansons que nous chantions à la gloire de "Jabo", comme nous l'appelions alors, et de Trumpeldor. Je n'oublierai pas non plus son nom de plume "Altalena", nom qui fut donné en 1948 au bateau de l'Irgoun qui apportait des armes au Yichouv pour combattre les Anglais et qui fut coulé sous l'ordre de D. Ben Gourion.
Impossible d'oublier, celui qui laissa en chacun de nous une trace indélébile pour ses actions et ses discours poignants, coulant en droite ligne de son maître Jabotinsky, je veux parler de Monsieur Menahem Begin. C'est l'éducation idéologique de Jabotinsky qui forgea des hommes tels que Menahem Begin, celui qui réussit à faire la paix avec l'Egypte, qui mena "l'Opération Babylone" sur le site nucléaire Osirak en 1981, celui-là même qui devant les incessantes condamnations à l'ONU s'écria à la face du monde : "Je préfère être un juif antipathique mais vivant, qu'un juif sympathique mais mort".
12:22 Publié dans Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jabotinsky











