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islam - Page 4

  • Islamisme, le discours de la haine

    Le sermon télévisé de l'ouléma Al-Naggar : Un exemple de discours islamiste contemporain - Pierre I. Lurçat

    (Article repris du site du C.A.P.E.)

    Le sermon de l'ouléma Zaghloul Al-Naggar, diffusé le 6 janvier 2009 par la chaîne égyptienne Al-Rahma (et traduit en français par l'institut MEMRI) est un exemple frappant du discours islamiste contemporain. Sa thématique constitue, nous allons le voir, une incitation virulente à la haine des Juifs et d'Israël. Le CRIF a d'ailleurs saisi le C.S.A (1) , cette chaîne égyptienne étant diffusée par le fournisseur d'accès français Eutelsat.

    1) Principaux thèmes du sermon

    - Le thème du complot

    Ce thème – récurrent dans le discours islamiste contemporain, notamment depuis Sayyid Qutb – se fonde à la fois sur l'antijudaïsme traditionnel du Coran et sur la théorie du complot moderne, importée de l'antisémitisme occidental (2). Selon Al-Naggar, "l'Occident a voulu se venger de sa défaite lors des Croisades ; il a donc rassemblé ses communautés juives dispersées – le rebut de la terre et la poubelle des nations  - pour les installer au cœur du monde arabe".

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    - L'origine des Juifs actuels
    Le second thème du sermon est celui de l'origine des Juifs actuels, qui sont selon Al-Naggar les descendants des Khazars, convertis au 10e siècle. "La plupart des personnes de confession juive aujourd'hui", explique-t-il, "sont d'origine khazare. Elles viennent des races mongoles tatares, qui n'ont rien à voir avec la région arabe [sic] ni avec Jacob, Abraham et Moïse. C'est pourquoi la revendication juive portant sur cette terre est sans aucun fondement".

    Cet argument polémique pseudo-historique est très souvent employé dans le discours arabe et islamiste pour s'opposer au sionisme, et on le retrouve même sous la plume d'un historien israélien antisioniste contemporain, Shlomo Sand, dont le dernier livre est devenu un outil de propagande contre Israël en Occident (3).

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    Shlomo Sand

    Dans le reste de son sermon, Al-Naggar développe le thème du djihad, "seule solution pour régler le problème", car "avec les Juifs, on n'arrive à rien au moyen d'accords et de relations diplomatiques... Ce sont des démons à forme humaine".

    2) Qui est Zaghloul Al-Naggar.

    Il est intéressant de se pencher sur la formation et les activités de l'auteur de ce sermon radical. On constate en effet qu'il s'agit d'un islamiste formé en Occident, géologue de profession, qui s'enorgueillit d'être membre de nombreuses associations professionnelles, y compris l'Association américaine pour le développement de la Science !

    Né en Egypte en 1933, Al-Naggar a étudié à l'université du Caire, puis à l'université du Pays de Galles, où il a obtenu un doctorat en géologie. Il fait aussi partie des membres fondateurs de la Banque Al-Taqwa, impliquée dans le financement d'Al-Qaida. Il a donné des conférences dans plusieurs universités occidentales, et a même été "Visiting lecturer" à l'université de Californie.

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    Al-Naggar



    En conclusion, nous voyons que l'ouléma Al-Naggar, loin d'être un illuminé, est un islamiste occidentalisé, dont le discours virulent contre Israël, contre les Etats-Unis et contre les Juifs va de pair avec une formation scientifique acquise en Occident. Cet islamiste radical mêle à une apparence de rationalité occidentale les thèmes antijuifs les plus délirants, et c'est ce mélange explosif qui le rend tellement dangereux.

    Notes
    1. Dans sa réponse au CRIF, Michel Boyon, Président du CSA, indique qu’il va procéder à un "contrôle approfondi du contenu diffusé par cette chaîne".
    2. Voir notamment les travaux de Pierre-André Taguieff, présentés de manière synthétique dans L'imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne, Mille et une nuits 2006.
    3. Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008. Je renvoie à mon analyse de ce livre, « Déconstruire le peuple juif: le négationnisme "soft" du "nouvel historien Shlomo Sand », publié sur le site de l'UPJF.

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  • L’APOCALYPSE DANS L’ISLAM, J.P. FILIU

    La dimension apocalyptique est un aspect de l’islam peu connu du grand public, et même des spécialistes. Il s’agit pourtant d’un élément essentiel du réveil de l’islam contemporain, omniprésent dans le discours islamiste, tant dans les mouvements sunnites – du Hamas à Al-Qaida – que dans l’islam chiite, représenté aujourd’hui par Hassan Nasrallah et Mahmoud Ahmadinejad. Le livre de l’historien et arabisant Jean-Pierre Filiu, L’apocalypse dans l’islam, est le premier ouvrage en français sur le sujet. Il montre comment l’apocalyptisme, présent dans le texte même du Coran, dans les hadith et dans l’islam médiéval, réapparaît à l’époque contemporaine, à travers une littérature populaire diffusée dans tout le monde musulman, qui puise dans la tradition tout en y intégrant des apports extérieurs, européens notamment.

     

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    La première partie du livre, intitulée « Vrais et faux messies de l’islam », retrace les origines des thématiques apocalyptiques dans le Coran, ainsi que dans l’histoire et dans les textes musulmans. Au concept chrétien d’apocalypse correspond dans l’islam celui de la « fin des temps », âkher al-zamân. Dès la première sourate du Coran, Allah est désigné comme « maître du jour du Jugement », qui doit juger tous les hommes au moment de la Résurrection. Le texte coranique abonde en descriptions des différents cataclysmes annonciateurs de la fin des temps. Cette thématique est ensuite reprise par les hadith (citations attribuées au prophète), qui s’attachent à décrire les signes annonciateurs de « l’Heure ». L’auteur passe en revue les grands maîtres de l’apocalypse médiévale, dont les plus fameux sont Ibn Arabi et Ibn Khaldoun.

     

    La deuxième – et la plus longue – partie du livre, étudie la littérature apocalyptique contemporaine, à partir de l’année 1979, qui marque l’entrée dans le XV e siècle de l’islam. Celui-ci s’ouvre par un triple choc : révolution chiite en Iran, soulèvement messianique à la Mecque et invasion soviétique en Afghanistan. Les trois décennies qui suivent voient un développement formidable de la littérature musulmane apocalyptique. L’auteur a constitué son propre fonds d’ouvrages de ce genre bien particulier, au cours de séjours aux quatre coins du monde musulman, d’Aman à Damas et de Riyad à Kuala Lumpur. Son livre est illustré par des couvertures de livres, publiés principalement au Caire, dont les dessins aux couleurs vives évoquent plus des romans de gare que des ouvrages religieux… J.-P. Filiu prévient d’emblée le lecteur qu’il ne faut pas réduire la volumineuse production littéraire apocalyptique à une sous-culture populaire sans intérêt conceptuel, mais qu’il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse, en exagérant l’importance politique de ces imprécations messianiques.

     

                Toute la question est en effet de savoir si cette littérature demeure un phénomène marginal, comparable aux livres sur Nostradamus en Occident, ou bien si elle parvient à se traduire dans la réalité politique des pays musulmans. La réponse de l’auteur est mitigée : à certains moments, les croyances apocalyptiques déclenchent des phénomènes de masse et des mouvements messianiques violents, comme le soulèvement de la Mecque en 1979, ou « l’armée du Mahdi » en Irak, qui sont presque toujours écrasés dans le sang. La plupart du temps cependant, il semble que les écrits apocalyptiques restent confinés aux croyances populaires, sans se traduire dans la réalité politique. Depuis quelques années pourtant, on assiste à une emprise grandissante des croyances apocalyptiques musulmanes, surtout dans le monde chiite : en Iran et au Liban principalement. En Iran – où la révolution khomeyniste a longtemps évité toute référence apocalyptique – l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad a changé la donne, celui-ci multipliant les déclarations publiques sur l’imminence du « retour de l’Iman caché ». Intervenant devant l’Assemblée générale des Nations Unies en 2005, Ahmadinejad affirma être nimbé d’un halo de lumière, qui signifiait selon lui le soutien du Mahdi à sa politique internationale… Au Liban, la victoire du Hezbollah chiite contre Israël, en 2006, est interprétée par certains auteurs comme un signe annonciateur de « l’Heure ».

     

                Un des aspects les plus intéressant du livre est de montrer la grande diversité de la littérature apocalyptique contemporaine, qui emprunte généreusement aux auteurs chrétiens et aussi aux textes antisémites, comme les Protocoles des Sages de Sion. J.-P. Filiu montre le rôle charnière du 11 septembre dans le développement comparé des apocalypses évangélistes et islamiques, que tout oppose, excepté leur antisémitisme obsessionnel. Au total, l’apocalyptisme musulman contemporain constitue une construction idéologique hétérogène, qui emprunte au corpus des textes de l’islam, tout en étant en rupture avec 14 siècles de tradition islamique. Même si la majorité des musulmans ne croient pas aux divagations millénaristes, celles-ci ne peuvent être négligées, car la fin du monde est un « sujet sérieux, surtout pour ceux qui s’y préparent ».

     

    Pierre Lurçat

    Recension parue dans Politique Internationale ©

  • Le fils d’un dirigeant du Hamas, converti au christianisme, interviewé dans Haaretz et sur Fox News

    C’est le journal Haaretz qui avait le premier publié l’information : le fils d’un important dirigeant du Hamas en Judée Samarie, Massab Yousef, s’est converti au christianisme et vit désormais aux Etats-Unis. Dans une longue interview au journaliste Avi Issaharof, Yousef parle de sa famille, de son enfance, de son séjour en prison, de la cruauté des membres du Hamas et de la corruption de ses dirigeants, et de sa conversion. Quinze jours plus tard, Massab Yousef donne une interview à la télévision américaine Fox News, où il parle à visage découvert.

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    Les médias francophones n’ont pratiquement pas parlé de cette conversion spectaculaire, à l’exception d’un court article sur Aroutz 7. C’est pourquoi nous donnons ci-dessous des extraits plus conséquents de la longue interview au supplément d’Haaretz.


    Massab Yousef, aujourd’hui âgé de 30 ans, a grandi dans une famille très pratiquante. Son père, le sheikh Hassan Yousef, est un des principaux dirigeants du mouvement islamiste palestinien, le Hamas, en Judée Samarie (Cisjordanie).

    La corruption du Hamas

    « En 1996, alors que j’étais âgé de 18 ans, j’ai été arrêté par Tsahal, car j’étais à la tête de l’association islamique de mon lycée, qui était liée au Hamas. Au cours de 16 mois de détention en prison, j’ai découvert le visage véritable du Hamas. C’est une organisation fondamentalement mauvaise. C’est à la prison de Megiddo que j’ai découvert la vérité sur le Hamas. Ses dirigeants bénéficiaient d’un traitement de faveur, plus de nourriture et de visites. Ces gens n’ont pas de morale, mais ils ne sont pas idiots comme ceux du Fatah, qui volent ouvertement et dont la corruption est visible au grand jour… Les dirigeants du Hamas reçoivent de l’argent par des voies détournées, le placent dans des lieux secrets et mènent aux yeux de tous une vie modeste… »

    Les tortures
    « Il suffit qu’ils soupçonnent quelqu’un de donner des informations au Shin Beth [les services de sécurité israéliens] pour qu’ils lui fassent subir des tortures cruelles : ils lui brûlent du plastique sur le corps, lui mettent des allumettes enflammées entre les orteils, lui rasent la tête pour l’humilier… »

    Massab et Israël
    Massab Yousef raconte au journaliste de Haaretz qu’il aime écouter la musique israélienne, surtout Eyal Golan. Mais son chanteur préféré est… Leonard Cohen ! De son exil californien, Massab a la nostalgie de sa famille, de ses frères et soeurs, et de sa ville palestinienne, mais aussi d’Israël, dont il a appris à apprécier la culture et la liberté : « donne le bonjour à Israël, qui me manque », lance-t-il au journaliste de Haaretz.

    Le Hamas, l’islam et la paix
    « Vous autres, les Juifs, devez savoir que jamais, au grand jamais, vous ne ferez la paix avec le Hamas. L’islam, en tant qu’idéologie qui lui sert de guide, ne leur permet pas de conclure un accord de paix avec les Juifs. La tradition [musulmane] enseigne que le prophète Mahomet a combattu les Juifs, aussi ils doivent poursuivre le combat jusqu’à la mort… Du point de vue du Hamas, la paix avec Israël est contraire à la sharia et au Coran, car les Juifs n’ont pas le droit de rester en Palestine ».

    Le retrait israélien de Gaza
    Pour Massab Yousef, tout signe israélien de faiblesse encourage le Hamas et les Palestiniens à poursuivre leur combat et notamment les attentats-suicides. « Les failles dans votre capacité de résistance nous ont encouragé et ont prouvé que les attentats-suicides étaient une arme efficace. Le plan de retrait d’Ariel Sharon [de Gaza] était une grande victoire, découlant de nos opérations. Une des meilleures preuves à nos yeux de la crise de la société israélienne découlant des attentats suicides était le phénomène de l’insoumission dans Tsahal… C’est pourquoi nous avons poursuivi les attentats… la seule chose qui a mis fin [provisoirement] aux attentats était la riposte de Tsahal contre les chefs du Hamas.

    Traduction de l’hébreu et intertitres, Pierre I. Lurçat

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