08/03/2013
Découvrir ou redécouvrir... Rachel Blaustein, dite RAHEL (1890-1931)
Je dédie cette page à la mémoire de Lily (Rahel) Sherwood (1927-2013), infatigable militante de la cause juive, qui s'est éteinte à Jérusalem cette semaine (lire son portrait en fin d'article). יהיה זכרה ברוך
J'envie le lecteur qui ne connaît pas encore Rachel Blaustein et qui va découvrir, grâce aux éditions Arfuyen et au traducteur et poète poitevin Bernard Grasset, une des voix poétiques les plus originales et les plus émouvantes de la littérature israélienne moderne... P.I.L
Présentation des éditions Arfuyen:
Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Son œuvre se compose de trois recueils dont le troisième est paru juste après sa mort : Saphiah (Regain), Minégéd (De loin) et Nébo.
Rachel Blaustein est née en 1890 à Saratov, au bord de la Volga, au sein de terres boisées et enneigées. Elle est d’une famille très nombreuse. Commerçant aisé, son père est un homme juste attaché à la tradition. Sa mère, fille de rabbin, est en relation avec des hommes d’esprit très connus, comme Tolstoï.
Rachel écrit ses premiers poèmes en russe à quinze ans. Avec sa sœur Suzanne, elle projette un voyage en Terre Sainte avec l’intention de revenir en Russie. Mais en 1909, c’est le départ et bientôt s’efface le désir de retour. Rachel décide de se mettre au travail agricole dans la ferme-école de Kinnéret afin de «jouer une mélodie avec la bêche et tracer un dessin sur la terre».
Appelée en 1913 à se perfectionner en agronomie, elle part pour l’université de Toulouse, en France. Lorsque éclate la première guerre mondiale, Rachel regagne la Russie où elle vit dans le plus grand dénuement.
11:38 Publié dans hebreu, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26/08/2012
Le fil invisible, entre Günter Grass et David Grossman, Pierre Itshak Lurçat
Dans son roman Le livre de la grammaire intérieure, David Grossman décrit un enfant qui refuse de grandir et veut échapper à tout prix à la folie du monde des adultes, au point de se suicider. Ce thème est similaire à celui du Tambour, œuvre maîtresse du romancier allemand Günter Grass. Il n'y a apparemment aucune signification politique dans cet emprunt littéraire, mais il nous dit quelque chose sur les références culturelles du romancier israélien, dont l’œuvre - très appréciée dans son pays - l’est au moins au tant en Europe, où il fait partie du « triumvirat » des écrivains israéliens (Amos Oz, A.B. Yéhoshua et Grossman) les plus cités et reconnus.
Une chose relie pourtant les deux écrivains « engagés », à travers cet emprunt littéraire : dans le Tambour, le jeune Oskar refuse de grandir dans l’Allemagne nazie. Dans le Livre de la grammaire intérieure, Aaron veut échapper au monde israélien de la période de la Guerre des Six Jours. Dans les deux cas, l’écrivain exalte la pureté et l’innocence du monde des enfants, opposée à la folie meurtrière des adultes, nazis dans le premier cas, Israéliens dans le second.

Le Tambour, film de Volker Schlöndorff tiré du roman de G. Grass
Cette symétrie m’est revenue à l’esprit en suivant la polémique déclenchée par les propos scandaleux de l’écrivain allemand – dont j’avais aimé, autrefois, l’adaptation cinématographique de son grand roman. Quand Günter Grass accuse Israël de « menacer la paix mondiale » et de vouloir « l’éradication du peuple iranien », il recourt au procédé de l’inversion, consistant à accuser Israël des crimes de ses ennemis, procédé devenu très courant dans la vulgate politique européenne, ces dernières décennies, au moins depuis la Première Guerre du Liban (quand Beyrouth assiégée par les soldats de Tsahal était devenue Varsovie, aux yeux d’une certaine presse)…
Les condamnations presque unanimes des propos de Grass tiennent sans doute largement au fait que l’écrivain avait dévoilé publiquement, il y a quelques années, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse, devenant de ce fait indéfendable.
15:00 Publié dans Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gunter grass; david grossman
05/08/2012
De Jérusalem à Saint-Malo : David Shahar et la Bretagne, Pierre Itshak Lurçat
A la mémoire de Madeleine Neige (1925-2011)
Qui a fait pénétrer le lecteur français dans l’univers enchanté de Shahar
David Shahar (1926-1997) est sans doute le seul écrivain israélien dont une rue de France porte le nom : la rue David Shahar se trouve à Dinard, en Ile-et-Vilaine. Ceux qui ont eu la chance de croiser l’écrivain, en France ou en Israël, se souviennent de sa casquette de marin, éternellement vissée sur son crâne… Il ne s’agissait pas d’un simple accoutrement mais de la marque de son attachement profond pour la Bretagne, qui transparaît dans son œuvre à plusieurs endroits.
PHOTO CI CONTRE: YEHOSHUA GLOTMAN
Shahar n’est pourtant pas le seul écrivain israélien qui ait séjourné longuement en France : de nombreux écrivains ont, depuis 1948, éprouvé une attirance pour la France, ses paysages, sa culture, sa gastronomie… Citons, parmi d’autres, les noms de Haïm Gouri, d’Amos Kenan ou de Yéhoshua Kenaz *.
Shahar a non seulement passé de longues périodes en France – et notamment en Bretagne où habitait son amie et traductrice, Madeleine Neige – mais il est aussi devenu, grâce à cette dernière, un auteur reconnu en France, où son œuvre publiée chez Gallimard jouit d’une notoriété presque plus grande qu’en Israël. Il rapporte à ce sujet cette anecdote : un écrivain français en visite en Israël fit un jour la réponse suivante à un journaliste, qui lui demandait s’il avait lu des auteurs israéliens :
« Je suis navré, je n’ai jamais rien lu qui soit écrit par un Israélien ; par contre je connais les livres de quelqu’un qui dit s’appeler David Shahar, mais c’est un Français, c’est évident ! ». Shahar considère cette anecdote comme un hommage à sa fidèle traductrice, et il parle à ce sujet d’une « sympathie évidente entre la langue hébraïque et la langue française ».
21:11 Publié dans Livre, Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : david shahar, bretagne, litterature israelienne










