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Judaisme - Page 6

  • Le naufrage idéologique de L’Arche et ce qu’il révèle sur l’état du judaïsme de France, Pierre Itshak Lurçat

    L'Arche, FSJU, Roger Ascot, JCall, BHLLe décès de Roger Ascot, survenu juste après l’annonce de la reparution de l’Arche, le « mensuel du judaïsme français », avait quelque chose de symbolique qui n’a pas échappé à plusieurs observateurs. La « fin d’une époque », ou peut-être la fin d’une certaine manière d’être Juif en France ? Pour ma part, j’y ai vu surtout la fin d’un certain judaïsme de gauche 1 relativement ouvert et tolérant que Roger Ascot incarnait à mes yeux, et qui a largement laissé la place à l’arrogance et à l’aveuglement des « intellectuels juifs de gauche » médiatiques, dont l’exemple le plus réussi – jusqu’à la caricature – est évidemment l’inénarrable BHL…

     

    Lorsque nous avions appris que L’Arche interrompait sa parution, il y a quelques mois, j’ai éprouvé comme beaucoup un sentiment de tristesse. En tant que journaliste tout d’abord, car je sais combien il est difficile de faire vivre un magazine. En tant que lecteur aussi, car je me suis souvenu du temps où j’étais abonné de L’Arche, à l’époque déjà lointaine de Roger Ascot. Je faisais alors partie des « sionistes du dimanche » qui trouvaient dans ce magazine des informations, un lien ténu avec le judaïsme et une tribune pour envoyer des lettres de lecteurs…

    Bien des années plus tard, vivant à Jérusalem, j’ai retrouvé L’Arche, celle de Meir Weintrater, avec un visage différent : toujours la même tendance politique générale, mais plus engagée, dans le combat contre l’islamisme notamment, grâce aux articles publiés avec l’aide de MEMRI. L’annonce d’une « nouvelle Arche » dirigée par un collaborateur de la Règle du Jeu, la revue très parisienne de Bernard-Henry Lévy, le philosophe-guerrier-conseiller du prince, pouvait laisser craindre le pire… Et c’est bien le pire qui s’est produit !

     

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  • Deux beaux romans sur le Retour – de la téchouva à l’alyah, par Pierre Itshak Lurçat

     

    AMANDIER.jpgLe titre du beau roman de Yéochoua Sultan, Comme l’amandier en hiver, intrigue le lecteur. La couverture du livre – autoédité par l’auteur (yeochouasultan91@gmail.com) – est illustrée par deux photographies : au recto, des amandiers en fleurs, au verso, une forêt aux couleurs automnales. Ces deux images représentent les deux facettes ou plutôt les deux extrémités du parcours relaté dans le livre, qui raconte un voyage initiatique, de la banlieue parisienne aux monts de Judée. C’est donc le récit d’un retour, ou plutôt du Retour, celui que de nombreux Juifs nés dans des familles éloignées de la tradition ont vécu et ont accompli, certains allant, comme Sultan, jusqu’au bout de ce parcours en faisant leur alyah.

     

    Ce livre est construit comme un roman et non comme une autobiographie, et le lecteur est agréablement surpris en découvrant un style romanesque à la fois simple et authentique, qui rappelle celui de romans juifs déjà oubliés, comme ceux de Roger Ikor (Les eaux mêlées).IKOR.jpg

    Yeochua Sultan écrit bien et il sait camper ses personnages – Olivier, son héros, ses parents et ses camarades du lycée. Il y a même dans le livre des descriptions de paysages, chose que le roman contemporain a presque délaissé, tellement les écrivains actuels sont focalisés sur les personnages et sur leurs propres impressions.

    Comme l’amandier en hiver se déroule presque entièrement à Flessy, petite ville de la grande banlieue où vit le héros et où il étudie. L’auteur réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’un lycée français dans les années 1980, au moment de la guerre du Liban qui est celui du retour de l’antisémitisme. C’est précisément une banale discussion entre élèves qui va faire comprendre au personnage principal que son judaïsme n’est pas une chose anodine et qui va le conduire petit à petit à s’interroger sur son identité, interrogation qui le mènera à redécouvrir le judaïsme puis Israël.

     

    DSCN3419.JPGLa force de ce roman est de parvenir à faire vivre au lecteur le cheminement – à la fois intellectuel et spirituel – du héros, et à lui permettre de s’identifier à lui. Beaucoup de Juifs ont connu des parcours similaires à celui d’Olivier Nizard, mais très peu de romanciers ont su raconter le Retour. C’est le talent de l’auteur de relever cette gageure, de manière simple et sans fioriture. Son livre est sous-titré « Un imprévisible retour », et de fait, la trame du livre réside dans ce caractère imprévisible du parcours du héros, ramené presque malgré lui à son peuple et à sa Torah, qui finit par comprendre que sa place est en Israël, sur la terre de nos ancêtres. Ce roman plein de fraîcheur fera sans doute plus que beaucoup de discours pour convaincre beaucoup de Juifs égarés, en France et ailleurs, que leur place est ici, en Israël !

     

    Sur un thème très similaire, Laure Guetta publie De l’appel au retour (autoédité, laure.guetta@gmail.com). Ce roman bien écrit et émouvant relate le retour d’un couple de jeunes Juifs parisiens, Line et Franc. La première partie décrit leur retour à la pratique des mitsvot, et notamment au respect des lois de pureté familiale, à la suite des difficultés qu’ils rencontrent pour avoir un enfant. Dans la deuxième partie, ils se rendent en vacances en Israël et comprennent, après un périple à travers le pays, que l’alyah est l’aboutissement de leur cheminement spirituel.

     

    Ces deux livres ont en commun une grande sincérité, des qualités d’écriture et aussi quelques défauts inhérents à l’autoédition. Ils souffrent de quelques longueurs, même s’ils ne sont jamais ennuyeux. Laure Guetta est plus convaincante à mon avis dans la seconde partie de son roman. Tous les deux ont écrit des livres forts qui montrent, de manière romancée et non didactique, que l’accomplissement de la vie juive authentique ne peut être trouvé que sur la terre d’Israël. Deux beaux romans qui ne laisseront aucun lecteur indifférent !

     

    Comme l’amandier en hiver de Yéochoua Sultan et  De l’appel au retour de Laure Guetta.

     

    Les deux livres sont vendus dans la sympathique librairie française Kohav, rue Mekor Haïm à Jérusalem. http://www.kodeshlibrary.com/

     

  • LES FRÈRES RETROUVÉS De l’hostilité chrétienne à l’égard des juifs à la reconnaissance de la vocation d’Israël

    MACINA.jpgRecension à paraître dans la livraison de septembre-octobre de la revue Sens, de l’Amitié Judéo chrétienne.

     

    Dans un précédent livre, Chrétiens et juifs depuis Vatican II. État des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique (Éditions Docteur angélique, Avignon, 2009) 1, Menahem Macina avait analysé, d’un point de vue théologique et spirituel, la “nouvelle attitude” de l’Église catholique envers les Juifs après Vatican II et la déclaration conciliaire Nostra Ætate, attitude que l’on a appelée “un nouveau regard”. Et, pour poser la question de l’interprétation à donner au retour du peuple juif sur sa terre, il comparait longuement les conceptions que les uns et les autres se font de l’eschatologie et de l’établissement du Royaume de Dieu sur terre. Dans ce nouveau livre, il revient quelque peu en arrière avant de proposer, pour orienter la réflexion de l’Église, un nouvel examen de la situation issue de Nostra Ætate et du retour des Juifs en Eretz Israël.

     

    Il “revient en arrière”, puisqu’il entreprend d’abord d’étudier “l’attitude ecclésiale antécédente”, ou, pour le dire autrement, ce que Jules Isaac avait appelé “l’enseignement du mépris”. C’est donc “à un long et pénible survol” de ce que l’Église a pensé et dit des Juifs et du Judaïsme pendant des siècles qu’est consacrée la première partie de l’ouvrage. On y trouvera un exposé non pas directement historique mais essentiellement thématique, articulé en trois parties : d’abord une présentation de “la polémique antijudaïque, des origines à l’aube du XXème siècle” (pp. 25-52) où sont rappelées les accusations émises à l’encontre des Juifs “déicides, maudits, damnés, etc.”, et où sont analysés les stéréotypes classiques du rejet et de la “perfidie juive” qui ont pendant si longtemps orienté la position des théologiens. De bons auteurs, comme le Père P. Démann, La catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible (Cahiers Sioniens, 1952), ou F. Lovsky, Antisémitisme et mystère d’Israël (Albin Michel, 1955) et L’antisémitisme chrétien (Cerf, 1970), lui servent de point de départ, non pour présenter une synthèse sur la question mais pour établir une anthologie de textes qu’il est – il faut l’avouer – quelque peu pénible de lire aujourd’hui, tant ils sont haineux. On se demande d’ailleurs comment des hommes de foi ont pu, pendant des siècles, avec bonne conscience et une entière certitude, répéter de telles erreurs.

     

    Les deuxième et troisième chapitres de cette première partie, en se focalisant sur le XIXème et le XXème siècles, étudient d’abord “Les juifs vus par les papes et la presse catholique entre 1870 et 1938” (pp. 53-67), puis le passage “De l’anti-judaïsme chrétien traditionnel au silence face à l’antisémitisme d’État” (pp. 68-138). Il s’agit de montrer la continuité d’une pensée, que l’on retrouve enseignée par le magistère de l’Église, mais qui emprunte aussi les canaux de communication moderne que sont les journaux catholiques, dont surtout la Civiltà Cattolica (la revue des Jésuites de Rome, qui joue le rôle de publication officieuse du Vatican) et, en France, Le Pèlerin et La Croix des Assomptionnistes. Il s’agit aussi d’examiner l’attitude du Vatican et de l’Église de France face au nazisme, à la montée de l’antisémitisme et à l’extermination des Juifs ; l’examen est, ici, nécessairement succinct, mais suffisamment substantiel, et s’appuie, entre autres, sur un article publié en allemand en 2003 par le professeur Martin Rhonheimer, professeur de philosophie à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome et prêtre de l’Opus Dei.

    De ce premier examen, l’auteur tire deux conclusions (pp. 138-139) : d’abord que tous les textes cités et les attitudes rappelées « illustrent à quel point les mentalités chrétiennes d’alors étaient imprégnées d’un antijudaïsme viscéral ou, à tout le moins, de la théorie de la substitution » ; ensuite que « le besoin urgent d’une réforme de l’enseignement chrétien sur les juifs » se faisait déjà sentir à l’époque, et se traduisait par diverses initiatives, qui sont l’objet de la deuxième partie.

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