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Interview - Page 2

  • "Nietzsche l'Hébreu": rencontre avec le professeur Yakov Golomb, Pierre Itshak Lurçat

    Nietzsche, Juifs, sionismeQue pensait Nietzsche des Juifs ? Quelle fut l'influence du grand philosophe allemand sur plusieurs éminents penseurs et hommes de lettres, qui jouèrent un rôle décisif dans l'évolution culturelle et politique du judaïsme européen, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ? En quoi le sionisme politique est-il redevable à la pensée de Nietzsche ? La réponse à ces questions – qui peuvent paraître saugrenues au lecteur non averti – se trouve dans le dernier livre que vient de publier en Israël le professeur Jacob Golomb, "Nietzsche l'Hébreu". Ce livre n'est pas réservé aux seuls spécialistes de la philosophie, car son thème véritable, très actuel, est au cœur du combat pour l'identité culturelle de l'Etat juif : à savoir, la "transmutation des valeurs" opérée par les penseurs qui furent à l'origine de la création du sionisme politique. Rencontre avec un Juif nietzschéen.

     

    Jacob Golomb me reçoit dans son appartement du quartier de Beit Hakerem, à Jérusalem. Dans sa bibliothèque très fournie, les écrits de Nietzsche côtoient ceux des penseurs sionistes et des grands philosophes européens. Golomb enseigne la philosophie à l'université hébraïque de Jérusalem, et il est devenu au fil des ans un spécialiste de Nietzsche, auquel il a consacré plusieurs ouvrages. Il a aussi édité ou traduit en hébreu de nombreux classiques de la philosophie européenne, comme Rousseau, Husserl, Sartre ou Lévinas. Golomb est né à Wroclav, en Pologne, en 1947, de parents rescapés de la Shoah qui avaient tous deux perdu toute leur famille. Il fait partie de ces enfants qu'une chercheuse israélienne a qualifiés de "bougies du souvenir" (ner zikaron) : enfants nés après la Shoah de parents qui avaient perdu tous leurs proches et ont voulu reconstruire leur vie, en fondant une nouvelle famille.

     

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    Yaakov Golomb

     

    Mais Jacob Golomb préfère ne pas s'étendre sur ce sujet, pour entrer dans le vif du thème de notre entretien : son dernier livre, Nietzsche l'hébreu. Ce livre est le fruit d'une recherche approfondie, fondée notamment sur une bibliographie exhaustive de tous les livres et articles écrits en hébreu concernant le philosophe allemand, depuis 1892 (année de la parution du premier article sur Nietzsche, écrit par Micha Yosef Berditchevski) et jusqu'à nos jours. On constate que l'intérêt pour Nietzsche n'a pas faibli depuis cette époque lointaine, comme l'atteste le fait que la récente re-traduction en hébreu d'Humain, trop humain se soit vendue à 30 000 exemplaires. A la question de savoir ce qui justifie cet engouement pour le penseur allemand, Golomb me répond sans hésiter que la société israélienne se trouve, aujourd'hui encore, en plein processus de recherche d'identité, et que le thème de l'identité et de l'authenticité est précisément au cœur de l'œuvre nietzschéenne.

     


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  • Edward Amiach: « La France se comporte avec Israël comme un pays colonisateur et paternaliste »

    EDWARD AMIACH A ITAMAR.jpgAu lendemain du débat qui a opposé les candidats aux élections de la 8e circonscription Edward Amiach, Valérie Hoffenberg et Gil Taieb à Jérusalem, nous avons rencontré le candidat Edward Amiach pour un tour d’horizon de la situation politique française, israélienne et internationale. Entretien avec un candidat qui ne pratique pas la langue de bois.

     

     

    Israël7 : Un premier débat public vous a opposé aux candidats Valérie Hoffenberg et Gil Taieb à Jérusalem, il y a 15 jours. Les candidats  Daphna Poznanski et Philippe Karsenty, de leur côté, ont refusé de participer au débat, arguant de divers prétextes. Que vous a inspiré cette attitude ?

    Edward Amiach : C’est une forme de lâcheté intellectuelle. La candidate de gauche a affirmé que cela ne serait pas un débat d’idées… Mais on aurait justement aimé la voir exposer ses idées. J’aurais aimé en particulier l’interroger sur l’orientation actuelle du Parti socialiste, avec la mainmise communautariste grandissante des Musulmans en France… Aurait-elle abordé les positions du PS sur le « Printemps arabe », c’est-à-dire l’islamisation grandissante des pays arabes ? Aurait-elle parlé des problèmes économiques rencontrés par les pays européens ? Daphna Poznanski aurait-elle montré clairement que le PS qu’elle représente n’est plus du tout celui auquel pensent ses amis en Israël ? La situation actuelle du PS concernant Israël est en effet dans la droite ligne de ce qu’avait préconisé Pascal Boniface il y a quelques années [N.d.R. Pascal Boniface avait recommandé dans une note interne au PS de se rapprocher des Musulmans et de tirer un trait sur l’électorat juif de France].

     

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    Quant à l’autre candidat, il est regrettable qu’il ait cru bon de justifier son absence en traitant le médiateur [Jacques Benillouche] de « gauchiste » il y a quelques semaines, et plus tard de « sympathisant lepéniste » ! J’ai le sentiment que c’est un homme qui refuse les débats, qui sait se présenter de manière avantageuse mais n’a pas de véritable programme politique… La seule chose que l’on sait de lui c’est son rôle dans l’affaire Al-Dura…

    Israël7 : Quelle est votre réaction au sujet de la libération du terroriste franco-palestinien Salah Hamouri et de ses déclarations, dans lesquelles il se glorifie de sa participation au projet d’attentat contre le grand rabbin Ovadia Yossef ?

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  • Zeruya Shalev, à la recherche de l’âme humaine

    Zeruya Shalev m’a donné rendez-vous dans un café de Rehavia, le quartier de Jérusalem où elle habite, et aussi celui où elle a été victime, le 29 janvier 2004, d’un attentat meurtrier. Ce jour-là, un terroriste palestinien s’est fait exploser dans le bus no.19, alors qu’il remontait la rue Azza. Dix personnes ont été tuées dans l’attentat. Zeruya Shalev, elle, a été « seulement » blessée… Elle a relaté dans un texte publié en France cet attentat :

     

    « tout à coup j’ai entendu un grand boum, mais plus que d’entendre l’explosion je l’ai ressentie dans mon corps, un souffle d’une extrême violence, comme si un immense pied s’était tendu du haut du ciel pour me donner un coup, me soulever dans les airs telle une poupée de chiffon et me projeter sur le trottoir… »

     

    Dans le même texte, elle expliquait son refus de parler de politique dans ses romans, et dans ses interviews aux médias étrangers, même après avoir été blessée dans cet attentat. Elle parlait de son « entêtement à ignorer la violence de la réalité extérieure, à continuer d’écrire des romans qui tournent autour de la réalité intérieure, qui examinent l’âme humaine, universelle, qui parlent de la guerre des sexes et non de la guerre des peuples… »

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    Zeruya SHALEV (Photo P.LURCAT)

    Zeruya Shalev est née en 1959 au kibboutz Kinneret (celui de la poétesse Rahel). Elle a grandi à Bet Berl, près de Kfar Saba, avant de venir étudier la Bible à l’université de Jérusalem. Sa famille compte plusieurs écrivains, et elle a baigné dans une atmosphère où l’écrit et la littérature étaient valorisés au plus haut point. « J’ai commencé à écrire à l’âge de 6 ans, et mes parents me lisaient la Bible, mais aussi les grands classiques : l’Odyssée, Gogol, Kafka… ». Son père, Mordehai Shalev, est un critique littéraire renommé. Son oncle est le poète Itshak Shalev et son cousin l’écrivain Meir Shalev. Elle est mariée avec l’écrivain Eyal Megged, fils de l’écrivain Aharon Megged.

     

    Avec tous ces écrivains dans la famille, il n’est pas étonnant que Zeruya ait elle aussi la « bosse de l’écrivain »… Sa carrière a pourtant débuté relativement tard. Elle a longtemps écrit de la poésie, avant de se tourner vers la prose et de publier son premier roman, à l’âge de 34 ans. Ses trois romans suivants, Vie amoureuse, Mari et Femme et Théra ont rencontré un grand succès, tant en Israël qu’à l’étranger, où elle est devenue l’auteur israélien le plus lu, en Europe notamment. Zeruya Shalev travaille comme éditrice chez Keter, un des trois grands éditeurs israéliens. Pendant longtemps, elle pensait qu’il était impossible de vivre du métier d’écrivain, jusqu’à ce que la chance lui sourie. Mais le succès ne lui est pas monté à la tête : Zeruya Shalev est restée simple et c’est avec sincérité et naturel qu’elle répond a mes questions.

    P. L. Le succès n’est-il pas dangereux ? Vous n’êtes plus seulement écrivain, vous êtes aussi devenue un auteur dont la réussite constitue un enjeu économique pour votre éditeur et vos agents ?

    Z. S. Avant tout, c’est très réjouissant ! Rien n’est plus triste qu’un écrivain qui n’a pas de lecteurs. Cela me permet aussi de consacrer plus de temps à l’écriture. Les rencontres avec les lecteurs, en Israël et à l’étranger, sont une expérience extraordinaire. J’étais récemment en France, à Lyon et à Marseille. Des gens me disent que mon dernier livre a changé leur vie, ou bien qu’ils pensent qu’il avait été écrit pour eux… D’autres me racontent qu’ils ont décidé de ne pas divorcer et de tout faire pour sauver leur couple, après avoir lu mon dernier livre ! [Théra, qui relate un divorce et la tentative de refonder une nouvelle famille. PL]

    Mais je ne me laisse pas griser par le succès. L’écriture est un processus pur. Je ne pense pas à la réussite, je me contente d’écouter ma voix intérieure.

    P.L. Contrairement à la génération précédente d’écrivains, comme Amos Oz, A.B. Yehoshua ou David Grossman, vous refusez de parler de politique, dans vos livres comme dans les interviews. Pourquoi ?

     

    Z.S. Cela ne me convient pas. Mon écriture se déploie dans un territoire qui est indépendant de la politique. Je ne veux pas prendre la posture du « prophète » qui prédit l’avenir. Le rôle de l’écrivain est de montrer la complexité et l’ambivalence de la réalité, surtout à l’égard de situations qui sont aussi floues que celles de la vie familiale. Lorsque je suis à l’étranger, je m’efforce de présenter une opinion patriote mais non politique. Il est essentiel à mes yeux que les lecteurs étrangers comprennent notre vie quotidienne. Qu’ils réalisent la difficulté d’élever des enfants en Israël, et la peur du terrorisme. Ils doivent comprendre que nous aussi, nous souffrons !

    Mais Israël n’est pas seulement un pays victime des attentats terroristes. Il est aussi important de montrer un autre visage d’Israël : celui de gens qui, comme partout dans le monde, vivent, aiment, se marient et divorcent… En montrant cet aspect de notre existence quotidienne, cela permet peut-être de rapprocher les lecteurs à l’étranger, Israël devient pour eux un endroit moins étrange.

     

    P.L. En montrant la complexité des sentiments de vos personnages, vous combattez à votre manière la déshumanisation d’Israël… A ce sujet, que pensez-vous de la récente interview d’Avraham Burg, qui s’en prend au sionisme et à l’Etat d’Israël avec une virulence incroyable ?

    Z.S. Il nous a causé un préjudice énorme. Cela m’attriste et me choque. Je veux espérer qu’il s’agit d’un phénomène individuel et pas d’une tendance collective… Je voudrais relater une anecdote à ce sujet. Ma fille est soldate, elle se trouve actuellement à Sderot. Récemment elle a rencontré une famille venue de France. Elle leur a demandé s’ils préféraient la vie à Paris ou à Sderot, elle était certaine de les entendre répondre « à Paris »… Ils ont répondu sans hésiter, « à Sderot, car c’est notre pays ! ». Cela constitue à mes yeux la meilleure réponse possible à Avraham Burg, qui pense que le sionisme est mort.

     

    P.L. Vous avez étudié le « Tanah’ » (la Bible hébraïque) et cela se sent dans vos livres, qui sont pleins de motifs et de réminiscences bibliques. Est-ce que vous vous considérez comme un écrivain juif ?

    Z.S. J’écris sur des sujets universels, comme l’amour, le couple et les sentiments. Mais d’autre part, j’introduis des éléments juifs dans mes livres, et c’est important à mes yeux. Il y a toujours dans mes romans une dimension métaphorique qui renvoie à l’histoire d’Israël.

     

    P.L. Quel est le sujet du livre auquel vous travaillez actuellement ?

    Z.S. Je travaille sur un livre qui sera différent des trois précédents, qui ne fera pas partie de cette « trilogie ». Mais en écriture il n’y a pas d’expérience acquise. C’est chaque fois un combat avec moi-même et un recommencement.

     

    P.L. Est-ce que vous êtes confiante dans notre avenir sur cette terre ?

    Z.S. Je vis dans la crainte… Mais aussi dans l’espoir, car on ne peut vivre sans espoir. Je n’ai jamais envisagé de vivre ailleurs qu’ici, même après avoir été blessée dans un attentat en janvier 2004. J’espère que nous ferons preuve de suffisamment de force et d’intelligence pour pouvoir continuer de vivre ici. Souvent on me demande à l’étranger : « comment faites-vous pour écrire en Israël, avec tous les événements ? ». Ma réponse est que cette tension nous maintient éveillés… Cette vie sous tension permanente m’aide à écrire, même si je préfèrerais que nous connaissions enfin la tranquillité !

     

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