01.05.2012
Une lettre de Jabotinsky au rav Milikovski, grand-père de Nétanyahou, Pierre Itshak Lurçat
Le document qu’on lira ci-dessous – inédit en français – est un témoignage exceptionnel. Outre son intérêt historique général, pour l’histoire du Yishouv et du mouvement sioniste, il permet de comprendre une des énigmes de l’historiographie 1 du parti sioniste révisionniste de Jabotinsky : l’alliance conclue entre le Hatsohar et le parti sioniste religieux Mizrahi, qui suscita une vive opposition parmi les partisans les plus fidèles de Jabotinsky, sionistes laïcs convaincus, opposés à toute alliance avec les représentants de la tradition juive…
Je publie ici la traduction en français de ce document, en guise de modeste hommage au grand historien, spécialiste du judaïsme espagnol médiéval, Bentsion Nétanyahou, qui a été conduit hier à sa dernière demeure à Jérusalem, à l’âge de 102 ans, et dont le destinataire de la lettre ci-dessous, le rav Nathan Milikovski 2, était le père. Il n’est pas anodin que ce soit précisément le grand-père de l’actuel Premier ministre d’Israël qui ait joué le rôle d’intermédiaire entre Jabotinsky, fondateur du mouvement sioniste révisionniste (ancêtre du Likoud actuel) et le rav Kook, père spirituel du courant sioniste religieux. J’ajoute que l’on comprend mieux l’attitude actuelle de Nétanyahou face à l’Iran quand on connaît la vie et l’œuvre de son père, Bentsion Nétanyahou z.l. P.I.L.

Londres, le 22 juin 1934,
Au Rav Milikovski, Jérusalem
Monsieur et cher ami,
Que vous dire ? J’ai vu hier qu’on vous accuse d’être le principal instigateur de la protestation des rabbins 3. Vous ne pouvez pas estimer vous-même la valeur de cette action… Outre son rôle décisif pour faire triompher la justice dans l’affaire Stavsky, elle aura des conséquences profondes et essentielles sur l’orientation politique et spirituelle du public hébreu en Eretz-Israël et en diaspora. Un exemple : j’ai déjà reçu plusieurs lettres demandant que je propose, lors de notre prochain Congrès mondial, une motion spéciale concernant les rapports entre l’Hatsohar [N.d.T. Organisation sioniste révisionniste] et la tradition religieuse.
20:54 Publié dans Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nétanyahou, jabotinsky, rabbin kook
30.04.2012
Bentsion Nétanyahou (1909-2012) : Historien, militant sioniste et… père de Premier ministre, Pierre Itshak Lurçat
Bentsion Nétanyahou, qui vient de décéder à l'âge de 102 ans, n'était pas seulement le père du Premier ministre Binyamin Nétanyaou: c'était aussi un historien renommé et un militant sioniste, proche du fondateur du parti sioniste révisionniste, Vladimir Zeev Jabotinsky. Je mets en ligne le portrait que j'avais dressé de lui il y a 3 ans dans ISRAEL MAGAZINE. P.I.L
Bentsion Nétanyahou, père de l'actuel Premier ministre d'Israël, qui fêtera l'an prochain ses 100 ans, est toujours valide et alerte. Historien réputé, il a l'esprit vif et des opinions tranchées. Quelle influence a-t-il exercé sur son fils Benjamin ? Que pense-t-il des hommes politiques israéliens actuels, lui qui a bien connu Ben Gourion et Jabotinsky ? Portrait d'un intellectuel engagé.
Bentsion Nétanyahou n'est pas à proprement parler un homme politique, même s'il a connu de près plusieurs figures de proue du mouvement sioniste – au premier rang desquelles il faut citer Zeev Jabotinsky – et s'il a pris une part importante aux activités du mouvement sioniste jabotinskien, en Israël et surtout aux États-Unis, où il a passé une grande partie de sa vie. Bentsion Nétanyahou est surtout un historien de renommée internationale, spécialiste du judaïsme espagnol au Moyen-Age. Son parcours intellectuel, intéressant à plusieurs titres, permet aussi de comprendre dans quel environnement a grandi l'actuel Premier ministre d'Israël.
Bentsion est né à Varsovie, en Pologne, en 1909. Son père, Nathan Mileikovski, était un écrivain et militant sioniste. En 1921, la famille émigre en Eretz-Israël, où Bentsion fréquente les cercles sionistes révisionnistes et se lie notamment avec Abba Ahimeir (dirigeant du mouvement nationaliste "Brith ha-Byrionim"). Bentsion étudie à l'université hébraïque de Jérusalem, où son professeur est le fameux Joseph Klausner. Par la suite, il se rend à New-York, où il devient le secrétaire particulier du dirigeant sioniste Zeev Jabotinsky. Après le décès de Jabotinsky, en 1940, Nétanyahou poursuit ses activités sionistes aux États-Unis. Il se marie en 1944 avec Tsilla, qui lui donnera trois fils : Yonatan (le légendaire "Yoni", tombé à Entebbé en 1976), Benjamin et Ido. Bentsion reprend également ses études d'histoire, consacrant son doctorat au philosophe juif Isaac Abravanel.
07:58 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2012
Rezso Kastner, "Le juif qui négocia avec les nazis" : un film à ne pas manquer, Pierre Itshak Lurçat
Dans le cadre des programmations du Yom Ha-Shoah vé Haguévoura, la deuxième chaîne de télévision israélienne diffusait hier soir le film de Gaylen Ross, « Killing Kastner », qui sort ces jours-ci en salle en France. Ce documentaire aborde une affaire qui défraya la chronique en Israël dans les années 1950, et pose des questions importantes sur les rapports entre l’Etat juif, le mouvement sioniste et la Shoah.
Le film de Ross, disons-le d’emblée, est passionnant et captivant, tant par l’intensité des témoignages recueillis que par la manière dont il est réalisé, comme un véritable thriller. Il dresse un portrait fascinant de Kastner, jeune journaliste juif hongrois qui négocia, au péril de sa vie, avec le Troisième Reich et sauva des centaines de Juifs hongrois de la déportation et de la mort.
Attaqué avec virulence par Malchiel Grunwald, Katsner se défendit lors d’un procès retentissant qui fut, bien avant le procès Eichmann, le premier débat public sur la Shoah dans le jeune Etat d’Israël. Au terme de dix-sept mois de procédure, le juge Binyamin Halevi conclut que Kastner – qui s’était transformé de plaignant en accusé au cours du procès – avait « vendu son âme au diable », scellant ainsi, de l’avis de certains, le sort de ce dernier, qui tomba sous les balles de Zeev Eckstein en mars 1957.
Au-delà des révélations et des questions que soulève le film (et notamment celle du rôle obscur d’Eckstein, qui se dit victime d’une manipulation de la part du Shin-Beth, le service de sécurité intérieure, ce qui évoque immanquablement d’autres crimes politiques en Israël…), le documentaire pose la question essentielle de savoir qui est un héros, dans l’Etat juif de l’époque et aujourd’hui.
Qui est un héros ?
« Israël préfère les héros morts, comme Hanna Senesh (jeune femme parachutée en Hongrie qui finit tragiquement), aux héros vivants comme Kastner », affirme en substance la petite-fille de celui-ci, qui est une des principales protagonistes du film. Cette accusation rejoint celle, souvent entendue – y compris dans la bouche d’universitaires et d’historiens israéliens – selon laquelle l’Etat juif aurait oublié et méprisé les Juifs d’Europe, victimes et survivants de la Shoah, préférant exalter le « mythe » des combattants du ghetto de Varsovie, à des fins politiques et pédagogiques.
16:01 Publié dans Heroisme juif, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kastner, shoah










