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hebreu - Page 4

  • Deux beaux romans sur le Retour – de la téchouva à l’alyah, par Pierre Itshak Lurçat

     

    AMANDIER.jpgLe titre du beau roman de Yéochoua Sultan, Comme l’amandier en hiver, intrigue le lecteur. La couverture du livre – autoédité par l’auteur (yeochouasultan91@gmail.com) – est illustrée par deux photographies : au recto, des amandiers en fleurs, au verso, une forêt aux couleurs automnales. Ces deux images représentent les deux facettes ou plutôt les deux extrémités du parcours relaté dans le livre, qui raconte un voyage initiatique, de la banlieue parisienne aux monts de Judée. C’est donc le récit d’un retour, ou plutôt du Retour, celui que de nombreux Juifs nés dans des familles éloignées de la tradition ont vécu et ont accompli, certains allant, comme Sultan, jusqu’au bout de ce parcours en faisant leur alyah.

     

    Ce livre est construit comme un roman et non comme une autobiographie, et le lecteur est agréablement surpris en découvrant un style romanesque à la fois simple et authentique, qui rappelle celui de romans juifs déjà oubliés, comme ceux de Roger Ikor (Les eaux mêlées).IKOR.jpg

    Yeochua Sultan écrit bien et il sait camper ses personnages – Olivier, son héros, ses parents et ses camarades du lycée. Il y a même dans le livre des descriptions de paysages, chose que le roman contemporain a presque délaissé, tellement les écrivains actuels sont focalisés sur les personnages et sur leurs propres impressions.

    Comme l’amandier en hiver se déroule presque entièrement à Flessy, petite ville de la grande banlieue où vit le héros et où il étudie. L’auteur réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’un lycée français dans les années 1980, au moment de la guerre du Liban qui est celui du retour de l’antisémitisme. C’est précisément une banale discussion entre élèves qui va faire comprendre au personnage principal que son judaïsme n’est pas une chose anodine et qui va le conduire petit à petit à s’interroger sur son identité, interrogation qui le mènera à redécouvrir le judaïsme puis Israël.

     

    DSCN3419.JPGLa force de ce roman est de parvenir à faire vivre au lecteur le cheminement – à la fois intellectuel et spirituel – du héros, et à lui permettre de s’identifier à lui. Beaucoup de Juifs ont connu des parcours similaires à celui d’Olivier Nizard, mais très peu de romanciers ont su raconter le Retour. C’est le talent de l’auteur de relever cette gageure, de manière simple et sans fioriture. Son livre est sous-titré « Un imprévisible retour », et de fait, la trame du livre réside dans ce caractère imprévisible du parcours du héros, ramené presque malgré lui à son peuple et à sa Torah, qui finit par comprendre que sa place est en Israël, sur la terre de nos ancêtres. Ce roman plein de fraîcheur fera sans doute plus que beaucoup de discours pour convaincre beaucoup de Juifs égarés, en France et ailleurs, que leur place est ici, en Israël !

     

    Sur un thème très similaire, Laure Guetta publie De l’appel au retour (autoédité, laure.guetta@gmail.com). Ce roman bien écrit et émouvant relate le retour d’un couple de jeunes Juifs parisiens, Line et Franc. La première partie décrit leur retour à la pratique des mitsvot, et notamment au respect des lois de pureté familiale, à la suite des difficultés qu’ils rencontrent pour avoir un enfant. Dans la deuxième partie, ils se rendent en vacances en Israël et comprennent, après un périple à travers le pays, que l’alyah est l’aboutissement de leur cheminement spirituel.

     

    Ces deux livres ont en commun une grande sincérité, des qualités d’écriture et aussi quelques défauts inhérents à l’autoédition. Ils souffrent de quelques longueurs, même s’ils ne sont jamais ennuyeux. Laure Guetta est plus convaincante à mon avis dans la seconde partie de son roman. Tous les deux ont écrit des livres forts qui montrent, de manière romancée et non didactique, que l’accomplissement de la vie juive authentique ne peut être trouvé que sur la terre d’Israël. Deux beaux romans qui ne laisseront aucun lecteur indifférent !

     

    Comme l’amandier en hiver de Yéochoua Sultan et  De l’appel au retour de Laure Guetta.

     

    Les deux livres sont vendus dans la sympathique librairie française Kohav, rue Mekor Haïm à Jérusalem. http://www.kodeshlibrary.com/

     

  • "Bist a Ferd" - Jabotinsky, Trumpeldor et le corps des "Muletiers de Sion"

    COUVERTURE JABO.jpgDans l'extrait qu'on lira ci-dessous de l'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, qui vient de paraître en France, le dirigeant sioniste relate l'entrevue dramatique avec le général Maxwell qui va conduire à la création du "Corps des muletiers de Sion", premier embryon d'armée juive à l'époque moderne. P.I.L

     

    De son cabinet, nous nous rendîmes chez le général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Égypte. Nous fûmes introduits par Kattaoui Pasha, vieil Espagnol sympathique, un des meilleurs dirigeants de la communauté juive en Égypte. Nous contraignîmes le pauvre Trumpeldor à accrocher à sa poitrine toutes ses décorations – les quatre Croix de Saint Georges russes, dont deux en or. Le commandant, qui savait déjà qui il était, regarda sa poitrine, puis sa manche gauche et demanda : - Port Arthur ?

     

    Mais sa réponse à notre proposition nous déçut cruellement :

    – Je n'ai pas entendu parler d'une offensive contre la « Palestine », je doute qu'il y ait une telle offensive, et la loi nous interdit d'accepter des soldats étrangers au sein de l'armée britannique. Je ne peux vous proposer que cela : nous allons constituer avec ces jeunes hommes un corps de muletiers – unité de transport à dos de mule – et nous les enverrons sur un autre front ; contre la Turquie, évidemment. Je ne peux rien faire de plus.

     

    Jabotinsky.jpg

    Nous passâmes cette nuit-là à l'hôtel, dans la chambre de Glouskin, à discuter jusqu'au matin pour savoir que faire. Nous autres, les civils, pensions qu'il fallait répondre : non merci. L'expression française « corps de muletiers » résonnait à nos oreilles presque comme une insulte : était-ce convenable – la renaissance nationale, le sionisme, le premier bataillon depuis l'époque antique de l'exil – et des « mules » ? Des « bourricots », comme on les appelait en Israël ? – Et deuxièmement : « Un autre front ; contre la Turquie, évidemment, mais ailleurs » – qu'est-ce que cela signifiait ? Et qu'avions-nous à faire d'un autre front, quel qu'il soit ? À quel front pensait le général ? La première tentative pour conquérir Gallipoli par des tirs de la marine s'était déjà soldée par un échec retentissant ; on murmurait qu'une deuxième offensive se préparait, cette fois-ci en débarquant des soldats sur la péninsule, et qui savait si cela était possible. Mais une chose était claire : la « Palestine » – pas question. Il fallait donc rejeter son offre.

     

    Jabotinsky_gallery2_big.jpgSeul Trumpeldor ne se rangea pas à notre avis.

     

    - Abordons les choses comme des soldats, - nous dit-il. N'exagérez pas la différence entre le métier des armes et celui du transport. Ce sont tous deux des métiers de soldats, indispensables, et le danger couru, dans la plupart des cas, est le même dans les deux. J'ai tendance à penser que la raison de votre refus est précisément le mot : « mules », - et je trouve cela, excusez-moi, puéril.

     

    - « Des mules ! » – répondit quelqu'un – comme des ânes ! Cela ressemble à un sobriquet, surtout en yiddish.

     

    - Mais en yiddish, - rétorqua Trumpeldor, - « cheval » aussi est un sobriquet : « Bist a ferd » (tu es un cheval) ; et pourtant, si on nous avait proposé un corps de cavaliers, vous auriez certainement accepté cette proposition avec respect. Chez les Français, il n'y a pas pire insulte que le mot chameau, et pourtant il existe des corps de chameliers dans l'armée française et aussi dans l’armée anglaise, et le service dans ces unités est considéré comme une grande distinction. Bêtises, messieurs.

    - Et que dites-vous de « l'autre front ? »

     

    - Cela non plus n'est pas important, si nous considérons les choses en tant que soldats. Pour libérer Eretz-Israël il faut, avant tout, vaincre les Turcs ; quant à savoir s'il vaut mieux les vaincre par le Nord ou par le Sud, c'est une question de « comment » et non pas une question essentielle. Dans une telle guerre, tous les fronts mènent à Sion.

     

    Nous ne prîmes aucune décision ce soir-là ; quant à moi, après la réunion, je dis à Trumpeldor:

     

    - Vous avez peut-être raison, mais je ne me joindrai pas à un tel bataillon.

     

    - Et moi je m'y joindrai peut-être, me répondit-il.

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    Jabotinsky, Histoire de ma vie, traduit de l'hébreu par Pierre I. Lurçat, éditions les Provinciales 2011. En vente dans les bonnes librairies ou sur le site de l'éditeur.

     

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