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Antisemitisme - Page 6

  • Prague 1951 : dans l'ombre du procès Slansky, Par Liliane Lurçat

    prague,1951,slanskyJ'ai eu la chance, ou la malchance, de me trouver souvent au mauvais endroit et au pire des moments : on appelle cela les hasards de la  vie. Cela m'a permis de voir des choses qui ont déterminé ma vie, sans comprendre, sur le moment, la signification de ce que je vivais, dont la portée m'échappait totalement et pour longtemps encore.

    J'étais jeune, étudiante en psychologie, mère d'un petit Olivier âgé de 17 mois, épouse d'un étudiant en philosophie. Sans un sous, nous étions en quête de travail. On nous proposa alors d'aller à Prague.

    On devait déménager le siège du Conseil Mondial de la Paix dans cette ville. Ce mouvement d'obédience communiste, se trouvait jusque-là à Paris.

    A l'époque, comme beaucoup d'étudiants un peu paumés dans la Sorbonne, je m'étais inscrite au parti communiste qui recrutait parmi les étudiants. Le parti communiste se glorifiait d'être le « parti des fusillés » pendant la résistance.

     

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    J'étais candide, sans méfiance, fâcheux défaut bien connu de ma mère qui me disait : « reste assise sur ton c... il ne t'arrivera rien » (ça sonne mieux en Yiddish).

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    Si j'avais obéi, ma vie aurait été sûrement différente et je ne raconterais pas mes mésaventures tchèques.

    La fédération de Paris du Parti communiste Français nous demanda de remplir une biographie. Parmi les questions : « Avez-vous voyagé ? » j'ai répondu : « mon dernier voyage date de mes quatre ans, nous sommes retournés en Palestine en 1932, mais mon père s’est retrouvé au chômage et nous avons dû rentrer en France »

    « Bête et disciplinée » selon la formule de mon amie Rachel, j'ai rempli ma « bio » en rajoutant ce qui n'était pas demandé et qui constituait une bombe à retardement, le nom de mon frère Ménahem officier de l'armée d'Israël.


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  • « Mauvaise nuit au Monde » : Souvenirs d’une octogénaire, par Liliane Lurçat

     «Les jeux de fiction sont des jeux de réalité» (H.Wallon)

     

    liliane lurçatSans me vanter, je peux dire que j'ai été convoquée à la Gestapo, rue Lauriston en 1943, j'avais 15 ans et j'en suis ressortie. Indemne.

     

    Ce qui n'a pas empêché qu'on soit arrêtés, ma mère, mon jeune frère et moi, le 21 Janvier 1944, emmenés en autobus vers Drancy, comme 300 Palestiniens (seuls les juifs à l'époque étaient des Palestiniens) résidant à Paris, et dans les mêmes autobus que ceux utilisés en 1942 pour la même direction, Drancy.

     

    Nous en sommes ressortis le 21 Mars 1944, indemnes, mais affamés. Sans transition, nous avons pris le train pour Vittel, camp de prisonniers de guerre des différents pays belligérants, où mon père, arrêté en 1940 dès l'entrée des Allemands en France, nous attendait. Nous en sommes revenus en Octobre 1944, dans des camions conduits par des soldats. Nous étions toujours vivants, mais transformés. Adieu l'adolescence.

     

    A l’hôtel Lutetia où l'on accueillait tous les retours de camps, on nous a triés avec les quelques déportés en tenus rayée, sortis des camps de la mort, d'une maigreur effrayante.

     

    Pourquoi rappeler tout cela? Quels sont ceux qui vivent encore, ayant connu ces temps-là? Ces temps qui ne s'oublient jamais quand on les a vécus.

     

     Je n'insisterai pas sur les décennies marquées par des événements violents, qui ont abouti à la Cinquième République. Je suis à présent la dernière des miens à être encore sur Terre, en 2013. Avec une belle descendance qui m'est restée proche.

     

    De l'époque lointaine de mon enfance, dans le 5ème arrondissement de Paris, période bénie de la vie, où j'ai passé mes vingt premières années, j'ai gardé la mémoire vive des lieux et des ambiances de cet arrondissement.

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    PHOTO : LE FIGARO (C)

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  • Le violon de David Gritz, par Pierre Itshak Lurçat

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    Le destin existe-t-il ? Le nom de David Gritz m'était revenu en mémoire, alors que je descendais la rue Hillel avec mon ami Reuven, qui me parlait d'un jeune étudiant français, grièvement blessé dans l'attentat de la cafétéria de l'université hébraïque où David avait trouvé la mort. C'était en août 2002, en pleine Intifada, à l'époque où les autobus explosaient au centre de Jérusalem et de Tel-Aviv presque chaque semaine. Une véritable guerre se déroulait dans les rues, les cafés et les marchés des grandes villes d'Israël, guerre encore plus terrible que les précédentes, car pour la première fois depuis 1948, elle touchait presqu'exclusivement les civils – hommes, femmes et enfants – placés en première ligne face aux terroristes kamikazes.

     

    Nous avions quitté le pays pour une année sabbatique en France et nous trouvions à Paris, lorsque la nouvelle de l'attentat de la cafétéria se répandit comme une traînee de poudre dans la communauté juive, suscitant une vague d'émotion sans précédent en plein mois d'août. Beaucoup de gens qui, comme nous, ne connaissaient pas David Gritz, s'étaient rendus spontanément à son enterrement, au cimetière du Montparnasse, et nos craintes de voir les parents du défunt presque seuls s'étaient avérées infondées : une foule considérable les entourait, amis, lointaines connaissances ou personnes qui, comme nous, avaient voulu rendre un ultime hommage à ce jeune homme qu'ils n'avaient jamais rencontré.

     

    A la tristesse de circonstance s'ajoutait le sentiment d'une perte injuste et d'une douleur insondable. Les parents de David, drapés dans leur deuil comme les personnages d'une tragédie antique, avaient réussi à conserver une dignité exemplaire. Les regardant de loin, debout devant la tombe ouverte de leur fils unique, je repensais à d'autres scènes terribles dont Israël avait été le témoin ces dernières années. La “famille des endeuillés” – expression typiquement israélienne qui n'existe, à ma connaissance, dans aucun autre pays du monde – s'élargissait chaque semaine aux parents d'une nouvelle victime du terrorisme. Combien d'enfants avaient été enterrés par leurs parents, combien de frères, de fils, de petits-fils avaient été conduits à leur dernière demeure au cours de ces années sanglantes ?

     

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