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29/01/2016

Alain Finkielkraut et le nouveau « Statut des Juifs » à la télévision française

« En arrivant sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes, j’avais la peur au ventre », confie Alain Finkielkraut à Elisabeth Lévy sur RCJ, au lendemain de l’émission au cours de laquelle il a été violemment pris à partie par une militante islamiste, présentée mensongèrement comme une simple enseignante. « Pour le bien de la France, taisez-vous ! », a intimé la « prof d’anglais de Noisy-le-Sec » à l’académicien, sous le regard narquois et complaisant d’un David Pujadas, qui semble jouir de chaque instant. Au-delà du spectacle médiatique et de la recherche de l’audimat consubstantielle à la mise en scène télévisuelle, l’émission diffusée jeudi 21 janvier est emblématique en ce qu’elle révèle, une fois de plus, de l’état de la France actuelle et de la situation des Juifs en France aujourd’hui, ou plus précisément de leur nouveau statut dans les médias.

« Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable »

« Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable »

 

Finkielkraut, récemment accueilli sous la coupole de l’Académie française, s’attendait peut-être à être attaqué, et à devoir se défendre ; sans doute s’était-il préparé tant bien que mal (car il n’est jamais très à l’aise dans l’arène télévisuelle) à subir une attaque venant de l’auditoire. Mais son souci principal, comme il l’a avoué avec une certaine candeur au micro d’Elisabeth Lévy, n’était pas tant celui de se défendre, que de ne pas faire de « faux pas ». Il a ainsi parlé de sa crainte de voir « gravées pour l’éternité dans le marbre liquide d’Internet des paroles malheureuses, approximatives ou excessives » (allusion à ses propos sur l’équipe nationale de football, notamment).

Face au philosophe, craignant le faux-pas et pesant ses mots, l’organisateur de l’émission avait invité une prof de banlieue militante – Wiam Barhoumi – qui, elle, ne mâchait pas ses mots. Son intervention ressemblait plus au réquisitoire d’un procureur devant un tribunal de la Charia, qu’à une question ingénue d’une enseignante de banlieue. Usant d’une rhétorique islamo-gauchiste subversive bien rodée, elle revendiquait pour les seuls musulmans le droit de parler de l’islam (ce qui fait d’elle, objectivement, une islamiste). Ce n’est évidemment pas un hasard si elle a choisi de s’en prendre nommément à trois intellectuels Juifs, trois noms que rien ne réunit, sinon leur appartenance au peuple Juif : Zemmour, Lévy et Finkielkraut. Elle déniait donc aux non-musulmans, mais surtout aux Juifs (dhimmis parmi les dhimmis) le droit de parler et de participer au débat national français.

En avouant après l’émission son « soulagement » au micro de RCJ, de n’avoir « rien dit dont j’ai éternellement à rougir » (c’est-à-dire de n’avoir pas prononcé de paroles jugées racistes ou islamophobes, ce qui aurait « ajouté une casserole à celles que je traîne déjà », comme il l’a expliqué), Alain Finkielkraut a montré qu’il avait peut-être mal évalué la signification de son invitation à « Des Paroles et des Actes ». Car ce n’était pas seulement Finkielkraut le philosophe, ni Finkielkraut l’académicien, qui était convié à se défendre, face aux coups de boutoir d’une militante rompue à la rhétorique victimaire et agressive caractéristique du discours islamiste.

C’était aussi et surtout Finkielkraut le Juif, comme cela est apparu à plusieurs moments de l’émission, de manière très parlante et symbolique (comme lorsque Cohn-Bendit et Finkielkraut ont échangé quelques mots en hébreu sous le regard interloqué de David Pujadas). C’est Finkielkraut le Juif qui était sommé de se taire par une jeune musulmane, laquelle revendiquait le monopole de la parole sur l’islam pour les seuls musulmans.

Alain Finkielkraut a bien compris que l’antisémitisme était désormais invité en « prime time » à la télévision française, sans susciter la moindre condamnation ou réserve de la part de Pujadas. Peut-être ne s’attendait-il pas à devenir à lui seul l’incarnation du Juif sur un plateau de télévision. Il avait pourtant écrit, dans un de ses premiers livres, Le Juif imaginaire, ces mots qui résonnent aujourd’hui avec un écho prémonitoire : « Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable ».

Le Juif imaginaire qui croyait – et qui croit encore, apparemment – à la France, se retrouve ainsi incarner, contre son gré (un peu comme le capitaine Dreyfus, devenu un héros malgré lui), le Juif bien réel, en proie aux attaques verbales des nouveaux Français, ceux qui voudraient interdire de parole les non-musulmans au nom de leur conception totalitaire et impérialiste de l’Oumma.

Paradoxalement, c’est au moment même où Alain Finkielkraut atteint la consécration de sa carrière intellectuelle, en entrant à l’Académie française, et où il s’apprête à siéger parmi les « Immortels », c’est à ce moment précis qu’il éprouve le plus durement dans sa chair de mortel, la condition du Juif aujourd’hui en France et la solitude irréductible d’Israël parmi les Nations.

 

Pierre Lurçat © UPJF.ORG

 

http://www.upjf.org/fr/7809.html

 

 

Face au philosophe, craignant le faux-pas et pesant ses mots, l’organisateur de l’émission avait invité une prof de banlieue militante – Wiam Barhoumi – qui, elle, ne mâchait pas ses mots. Son intervention ressemblait plus au réquisitoire d’un procureur devant un tribunal de la Charia, qu’à une question ingénue d’une enseignante de banlieue. Usant d’une rhétorique islamo-gauchiste subversive bien rodée, elle revendiquait pour les seuls musulmans le droit de parler de l’islam (ce qui fait d’elle, objectivement, une islamiste). Ce n’est évidemment pas un hasard si elle a choisi de s’en prendre nommément à trois intellectuels Juifs, trois noms que rien ne réunit, sinon leur appartenance au peuple Juif : Zemmour, Lévy et Finkielkraut. Elle déniait donc aux non-musulmans, mais surtout aux Juifs (dhimmis parmi les dhimmis) le droit de parler et de participer au débat national français.

En avouant après l’émission son « soulagement » au micro de RCJ, de n’avoir « rien dit dont j’ai éternellement à rougir » (c’est-à-dire de n’avoir pas prononcé de paroles jugées racistes ou islamophobes, ce qui aurait « ajouté une casserole à celles que je traîne déjà », comme il l’a expliqué), Alain Finkielkraut a montré qu’il avait peut-être mal évalué la signification de son invitation à « Des Paroles et des Actes ». Car ce n’était pas seulement Finkielkraut le philosophe, ni Finkielkraut l’académicien, qui était convié à se défendre, face aux coups de boutoir d’une militante rompue à la rhétorique victimaire et agressive caractéristique du discours islamiste.

C’était aussi et surtout Finkielkraut le Juif, comme cela est apparu à plusieurs moments de l’émission, de manière très parlante et symbolique (comme lorsque Cohn-Bendit et Finkielkraut ont échangé quelques mots en hébreu sous le regard interloqué de David Pujadas). C’est Finkielkraut le Juif qui était sommé de se taire par une jeune musulmane, laquelle revendiquait le monopole de la parole sur l’islam pour les seuls musulmans.

Alain Finkielkraut a bien compris que l’antisémitisme était désormais invité en « prime time » à la télévision française, sans susciter la moindre condamnation ou réserve de la part de Pujadas. Peut-être ne s’attendait-il pas à devenir à lui seul l’incarnation du Juif sur un plateau de télévision. Il avait pourtant écrit, dans un de ses premiers livres, Le Juif imaginaire, ces mots qui résonnent aujourd’hui avec un écho prémonitoire : « Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable ».

Le Juif imaginaire qui croyait – et qui croit encore, apparemment – à la France, se retrouve ainsi incarner, contre son gré (un peu comme le capitaine Dreyfus, devenu un héros malgré lui), le Juif bien réel, en proie aux attaques verbales des nouveaux Français, ceux qui voudraient interdire de parole les non-musulmans au nom de leur conception totalitaire et impérialiste de l’Oumma.

Paradoxalement, c’est au moment même où Alain Finkielkraut atteint la consécration de sa carrière intellectuelle, en entrant à l’Académie française, et où il s’apprête à siéger parmi les « Immortels », c’est à ce moment précis qu’il éprouve le plus durement dans sa chair de mortel, la condition du Juif aujourd’hui en France et la solitude irréductible d’Israël parmi les Nations.

 

Pierre Lurçat © UPJF.ORG

 

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« Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable »

« Le Juif errant, c’est moi ; le détenu famélique au pyjama rayé, c’est moi ; moi le torturé de l’Inquisition, moi Dreyfus à l’île du Diable »

 

Finkielkraut, récemment accueilli sous la coupole de l’Académie française, s’attendait peut-être à être attaqué, et à devoir se défendre ; sans doute s’était-il préparé tant bien que mal (car il n’est jamais très à l’aise dans l’arène télévisuelle) à subir une attaque venant de l’auditoire. Mais son souci principal, comme il l’a avoué avec une certaine candeur au micro d’Elisabeth Lévy, n’était pas tant celui de se défendre, que de ne pas faire de « faux pas ». Il a ainsi parlé de sa crainte de voir « gravées pour l’éternité dans le marbre liquide d’Internet des paroles malheureuses, approximatives ou excessives » (allusion à ses propos sur l’équipe nationale de football, notamment).

Face au philosophe, craignant le faux-pas et pesant ses mots, l’organisateur de l’émission avait invité une prof de banlieue militante – Wiam Barhoumi – qui, elle, ne mâchait pas ses mots. Son intervention ressemblait plus au réquisitoire d’un procureur devant un tribunal de la Charia, qu’à une question ingénue d’une enseignante de banlieue. Usant d’une rhétorique islamo-gauchiste subversive bien rodée, elle revendiquait pour les seuls musulmans le droit de parler de l’islam (ce qui fait d’elle, objectivement, une islamiste). Ce n’est évidemment pas un hasard si elle a choisi de s’en prendre nommément à trois intellectuels Juifs, trois noms que rien ne réunit, sinon leur appartenance au peuple Juif : Zemmour, Lévy et Finkielkraut. Elle déniait donc aux non-musulmans, mais surtout aux Juifs (dhimmis parmi les dhimmis) le droit de parler et de participer au débat national français.

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