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17/11/2015

Le terrifiant secret : La guerre de l’islam radical contre l’Occident et l’information étouffée, Pierre Lurçat

le-terrifiant-secret-la-solution-finale-et-l-information-etouffee-de-walter-laqueur-900060066_ML.jpgDans un livre paru en France en 1981 consacré à l’historiographie de la Shoah (1), l’historien américain Walter Laqueur abordait, parmi d’autres sujets essentiels, celui de savoir à quel moment et comment a été connue l’existence de la “Solution finale”. Une des questions troublantes qu’il posait est celle de comprendre pourquoi la Shoah était un “terrifiant secret” : beaucoup savaient qu’elle était en train de se dérouler mais refusaient, chacun pour ses raisons spécifiques, à la fois psychologiques et politiques, d’assumer ce savoir.

 

La même question peut être posée aujourd’hui face à la guerre que l’islam radical (2) a déclarée à l’Occident en général et à la France en particulier. Pourquoi cette guerre est-elle demeurée dans une large mesure un secret terrifiant, que beaucoup préfèrent taire ou ne pas voir? Cette question se pose, en premier lieu, concernant les responsables politiques français, qui étaient informés que d’autres attentats se préparaient mais n’ont pas voulu alerter l’opinion publique. Elle se pose également à l’égard des services de renseignement et de lutte antiterroriste français, qui savaient pertinemment que des attentats massifs risquaient de se produire, mais dont les mises en garde n’ont pas été écoutées, ou n’ont pas été suivies d’effet.


Elle se pose enfin concernant les médias français, dont plusieurs ont titré, au lendemain des attentats du 13 novembre : “Maintenant c’est la guerre”, comme si cette guerre avait commencé la veille et pas depuis plusieurs années… A de nombreux égards, les médias ont joué un rôle inverse de celui qu’ils doivent remplir : ils ont anesthésié le public au lieu de l’informer, ont voulu l’endormir au lieu de le réveiller, pour des raisons idéologiques. On donnera un seul exemple, caricatural : celui de cet article paru quelques semaines avant les attentats dans Libération, expliquant doctement qu’Allahou Akbar n’était pas un cri de guerre, mais ce que “les musulmans murmurent à l’oreille des nouveaux-nés” (3). Ce dernier exemple illustre le double refus des politiques, des médias et d’une partie de la population française face à la guerre déclarée à la France par l’islam radical : refus d’écouter et refus de comprendre.


Le refus d’écouter le discours de l’islam radical

 

Le refus d’écouter est la première cause de la “surprise” affichée par certains médias français au lendemain du 13 novembre, alors que “l’inscription était sur le mur”, pour reprendre l’expression parlante de la prophétie de Daniel. Depuis des années, de nombreux auteurs, y compris l’auteur de ces lignes, ont publié des dizaines de livres sur le sujet de l’islam radical, de son expansion et de la guerre qu’il mène contre l’Occident. Trop souvent, ils ont été empêchés de parler sur les grands médias, passés sous silence, quand ils n’ont pas été calomniés ou accusés “d’islamophobie”.

 

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Le fameux tableau de Rembrandt, Le festin de Balthazar, avec l'inscription sur le mur

tirée du livre de Daniel

Le discours de l’islam radical est aujourd’hui facilement accessible et décryptable en Occident et en France, notamment grâce au travail de l’institut MEMRI, qui traduit quotidiennement les médias du Moyen-Orient et “comble ainsi le fossé linguistique” entre l’Orient et l’Occident (4). MEMRI a traduit des dizaines d’articles et de communiqués de l’Etat islamique, contenant des menaces explicites contre la France, qui ont été mis gracieusement à la disposition des médias français (5). Malgré cela, le discours de l’islam radical demeure dans une large mesure minimisé, passé sous silence, voire totalement occulté par les médias français, y compris depuis janvier 2015.


Ce refus d’écouter a des causes multiples, dont certaines peuvent être comparées à celles du refus d’écouter les discours d’Hitler dans les années 1930. Face au mal radical, les individus et les démocraties préfèrent souvent adopter la politique de l’autruche, mettre la tête dans le sable et ne pas entendre les menaces de guerre, comme si le refus d’écouter pouvait retarder la guerre, ou l’empêcher d’avoir lieu… Le refus d’écouter est aussi un refus de savoir, car on peut écouter sans comprendre, et on peut “savoir sans savoir”, comme les Alliés “savaient” que la Solution finale était en cours dès 1942, mais ont refusé de tenir compte de ce savoir et d’agir en conséquence.

 

Le refus de comprendre l’islam radical

 

Face à l’islam radical, le refus d’écouter traduit souvent une incapacité de comprendre, dont il est à la fois une des causes et le symptôme : on ne peut pas comprendre ce qu’on refuse d’écouter, mais on ne peut pas non plus écouter ce qu’on refuse de comprendre. Dans mon livre Pour Allah jusqu’à la mort, paru en France en 2008 (6), j’ai décrit la conversion à l’islam radical de dizaines de jeunes occidentaux, à une époque où ce phénomène encore minoritaire intéressait encore très peu les spécialistes. De rares monographies avaient été consacrées à quelques convertis fameux, comme le “Taliban américain” John Walker Lindh, mais la plupart n’étaient traités que comme des faits divers. Depuis lors, le phénomène des conversions à l’islam radical a pris une telle ampleur qu’il est mentionné presque quotidiennement par les médias, notamment avec l’enrôlement de jeunes Occidentaux, en particulier Français, dans le djihad en Syrie et dans les rangs de l’Etat islamique.

 

Beaucoup d’auteurs ayant travaillé sur le thème de l’islam radical ont eu comme moi, le sentiment de ne pas être écoutés ou compris . Ils ont été des “lanceurs d’alerte”, que le grand public n’a pas toujours pu entendre, parce que leurs voix se sont fondues dans la masse, quand elles n’ont pas été délibérément tues ou disqualifiées. Le refus de comprendre est aussi celui d’interpréter une information qui existe, parfois même de manière pléthorique : on ne compte plus aujourd’hui le nombre de livres, d’articles, de sites Internet sur le thème de l’islam radical, en français et dans d’autres langues. Toute personne qui veut s’informer peut le faire, à condition de trouver des sources fiables. Mais beaucoup de grands médias occidentaux préfèrent adopter sur le sujet un discours politiquement correct, qui obscurcit les choses au lieu de les rendre plus claires.

 

Comme l'écrit Jacques Tarnero, "Le déni idéologique du réel reste la principale cause de notre incapacité à combattre le terrorisme qu’on n’ose pas nommer islamiste" (8). Le refus de désigner l'ennemi est ainsi le premier symptome du refus de voir la guerre qui fait rage depuis longtemps. Au lieu de parler de l’islam radical, on préfère les termes plus vagues de salafisme ou de djihadisme, ou encore celui, très entendu ces derniers mois, de “radicalisation”. Ce concept trop général ne permet pas de cerner l’ennemi, ni de comprendre ses motivations (9).

Après le choc des attentats et le dur réveil à la réalité de la guerre contre l’islam radical, la priorité devrait aussi être d’accepter d’écouter ce que disent nos ennemis et de prendre au sérieux leurs menaces.

 

Pierre Lurçat

Notes

1. Le terrifiant secret, la “Solution finale” et l’information étouffée , Gallimard 1981.

2. J’emploie ici l’expression d’islam radical, traduite de l’américain (radical islam), plus claire que celles
d’islamisme ou de djihadisme.

3. http://www.liberation.fr/desintox/2015/10/10/nonallahouakbarnestpasuncrideguerre_
1400802

4. http://www.memri.fr/#4 .

5. Pour une liste récente de ces menaces,
http://www.memri.fr/2015/11/15/menacesdeleicontrelafranceetlabelgique/

6. Pour Allah jusqu’à la mort , éditions du Rocher, publié sous le nom de plume de Paul Landau.

7. Comme Alexandre Del Valle, auteur de l’ouvrage pionnier paru après le 11 septembre, Le totalitarisme
islamique à l’assaut des démocraties.

8. http:/ /www.huffingtonpost.fr/jacquestarnero/

9. Pour décrire la transformation de jeunes occidentaux en islamistes radicaux et en soldats du djihad, j’ai
employé le concept de “double conversion”, la première étant celle à l’islam, et la seconde à l’islam
radical.

 

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