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24/09/2015

Littérature et politique en Israël (2) : Rencontre avec David Grossman, par Pierre Lurçat

David GrossmanLa salle du MAHJ était comble, quelques jours avant Rosh Hachana, pour accueillir l’écrivain israélien David Grossman, de passage à Paris pour présenter son dernier livre, Un cheval entre dans un bar. Quelques jours auparavant, il avait donné une longue interview au Monde des Livres, dans laquelle il parlait de ses livres, de la littérature et de ses rapports avec la politique en Israël et du thème du deuil omniprésent dans ses livres, depuis la Deuxième Guerre du Liban durant laquelle est tombé son fils Ouri.

En tant qu’Israélien, j’étais heureux de voir l’accueil réservé à Grossman, même si mes sentiments à son égard sont partagés. Il représente à mes yeux toute l’ambivalence de la littérature israélienne contemporaine, dont le succès à l’étranger n’est jamais totalement exempt de considérations politiques. Autant j’avais admiré Grossman quand il avait refusé de serrer la main du Premier ministre Ehoud Olmert, au lendemain de la guerre du Liban, autant j’avais critiqué sa prise de position contre Binyamin Nétanyahou sur la question de l’Iran et de l’arme nucléaire *.

Grossman demeurait à mes yeux le troisième écrivain de la « Sainte Trinité » avec A.B. Yehoshua et Amos Oz. Mais ce soir-là j’étais venu écouter ce qu'il avait à dire avec une oreille et un esprit exempts de tout préjugé. L’entretien était mené par la journaliste Emilie Grangeray, du Monde magazine, qui connaissant bien David Grossman, comme elle ne manqua pas de le montrer avec ostentation, tutoyant l’écrivain et s’adressant à lui tantôt en français (par l’intermédiaire de la traductrice), tantôt en hébreu.

 

david grossmanGrossman expliqua comment il avait été amené à écrire ce livre, à partir d’une idée qui l’habitait depuis plus de 25 ans, mais qu’il n’avait pu mener à son terme : celle d’un jeune garçon à qui on annonce qu’un de ses parents est mort et qui ne sait pas lequel et demeure dans l’incertitude pendant toute la durée du voyage jusqu’au cimetière. Le thème du deuil annoncé et dont le personnage cherche à retarder l’échéance est évidemment celui de son livre Une femme fuyant l’annonce, publié après la Deuxième Guerre du Liban.

 

Dix ans après la perte de son fils, le thème de la mort et du deuil demeure ainsi omniprésent dans l’œuvre de Grossman, comme si l’écrivain revenait sans cesse, par le truchement de l’écriture, à ce moment fatidique où il a perdu son fils. Dans un très beau documentaire de la télévision israélienne, diffusé quelques années après cette guerre, on voyait comment les parents des quatre soldats tués dans le même tank qu’Uri Grossman avaient voulu perpétuer, chacun à sa manière, la mémoire de leur fils. Dans le cas de Grossman, c’est évidemment par l’écriture que s’est fait le travail de mémoire.

Mais il serait réducteur de voir le livre de Grossman uniquement sous cet angle. Il aborde bien d’autres sujets, comme celui qu’il évoqua devant le public parisien des existences parallèles de ces êtres qui semblent vivre une autre vie que la leur, parce qu’ils ne sont pas à leur place dans leur métier ou dans leur couple.

 

De politique, il ne fut quasiment pas question ce soir-là, et ceux qui escomptaient entendre l’écrivain israélien critiquer la politique israélienne dans les « territoires » ou ailleurs restèrent sans doute sur leur faim… Peut-être était-ce la leçon principale de cette rencontre intéressante : au-delà des mots convenus et cent fois répétés, et de la figure esquissée par les médias européens qui adulent l’écrivain pacifiste, David Grossman apparut sous un jour différent, celui d’un écrivain tissant son œuvre dans le territoire de l’âme humaine et pas dans ceux, trop souvent occupés par le brouhaha médiatique, de la politique moyen-orientale.

Pierre Lurçat

* http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2012/04/11/le-fil-invisible-entre-gunter-grass-et-david-grossman-pierre.html

 

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20/09/2015

Le cinéma israélien de Moshé Mizrahi au musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

Moshé_Mizrahi.jpgLe musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, en collaboration avec le Cinéma South Festival, le Sapir College et les cinémathèques de Tel-Aviv et de Jérusalem, a eu l’excellente idée de rendre hommage au cinéaste israélien Moshé Mizrahi (en photo ci-contre), à travers une rétrospective qui lui est consacrée ces jours-ci (20 et 21 septembre) à Paris. Si vous n’y avez pas encore été, courez voir demain (lundi) les films programmés au MAHJ : vous (re)découvrirez non seulement de très beaux films, mais aussi un des grands cinéastes d’Israël, réalisateur de nombreux films dont plusieurs sont devenus des classiques, enseignés dans les écoles de cinéma en Israël.

On pouvait ainsi voir cet après-midi le très beau film La maison de la rue Chelouche, qui raconte l’histoire d’une famille juive égyptienne installée à Tel-Aviv dans les années 1940, à la veille de la Guerre d’Indépendance. Ce film réalisé en 1973 est l’occasion de redécouvrir les deux grandes actrices israéliennes que sont Gila Almagor (qui incarne la mère du héros) et Mihal Bat-Adam, dont c’est le deuxième rôle après celui dans Rosa je t’aime, également réalisé par Moshé Mizrahi l’année précédente.

Gila Almagor, remarquable dans ce rôle de mère courage qui élève ses quatre enfants seule après la mort de son mari, est une des plus grandes actrices israéliennes, passée par le théâtre (Habima, Cameri, etc.) avant d’entamer une carrière cinématographique. Mihal Bat-Adam, elle aussi actrice aux théâtres Habima et Cameri, a commencé sa carrière au cinéma sous l’égide de celui qui devait devenir son mari, Moshé Mizrahi. Tous deux étaient venus assister à la rétrospective au MAHJ et le public a pu échanger quelques mots avec ces deux monuments du septième art israélien.

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22:26 Publié dans CINEMA, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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