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27/03/2014

Rencontres israéliennes : Moshé Feiglin, député du Likoud : « L’Etat d’Israël pourrait être un véritable pays de cocagne ! » Par Pierre Itshak Lurçat

PAPA FEIGLIN.jpgAu mur du bureau du député Moshé Feiglin est affichée une citation de l’essayiste américain Ralph W. Emerson : « Good Men Must not Obey the Law too well » (« Les hommes justes ne doivent pas obéir trop bien aux lois »). Au-delà de son intérêt philosophique, cette citation est un clin d’œil du député Feiglin, ancien militant et fondateur du mouvement « Zo Artsenou » (« C’est notre terre »), qui s’est illustré pendant la période des Accords d’Oslo, en lançant une vaste campagne de désobéissance civile qui avait été largement suivie à l’époque. Ayant moi-même participé aux manifestations de « Zo Artsenou » il y a une quinzaine d’années, je mesure le chemin parcouru depuis lors par Moshé Feiglin.

Notre entretien est retardé par un débat en session plénière consacré à la situation des Juifs en Ukraine, que je suis en direct sur l’écran de télévision de son bureau, aux côtés de ma fille Sarah, qui travaille en tant que guide à la Knesset et étudie la politique et la communication. Feiglin profite de son intervention sur la situation en Ukraine – qu’il qualifie de « sommet de l’iceberg » - pour aborder celle des Juifs de France. Il se dit persuadé que l’Etat d’Israël doit se préparer à accueillir un million de nouveaux émigrants au cours de la prochaine décennie. Le débat fini, Moshé Feiglin nous rejoint dans son bureau. Nous évoquons tout d’abord la figure de Lily Sherwood, militante de « Zo Artsénou » disparue il y a tout juste un an, avant d’entrer dans le vif du sujet.

P.I.Lurçat : Vingt ans après la signature des accords d’Olso, sommes-nous enfin sortis du piège mortel d’Oslo, ou bien toujours dedans ?

Moshé Feiglin : Il est évident que nous sommes toujours dans le piège d’Oslo… Mais le public israélien sait aujourd’hui qu’Oslo était une erreur.

P.I.L. A l’époque d’Oslo, il y avait un slogan qui disait qu’il faut « juger les criminels d’Oslo ». Est-ce encore d’actualité ?

M. Feiglin : L’expression « criminels d’Oslo » n’est plus pertinente aujourd’hui. Car le plus grand criminel n’est plus criminel lorsqu’il parvient à entraîner le peuple derrière lui ! La décision était mauvaise, mais elle a été suivie par le peuple.

 

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P.I.L. Comment expliquez-vous que Binyamin Nétanyahou, qui était parmi les opposants les plus virulents aux accords d’Oslo, ne soit pas parvenu depuis lors à changer l’ordre du jour national ?

M. Feiglin : Parce qu’il n’avait pas d’autre objectif… Pour changer la direction, il faut avoir un autre but ! Ce n’est pas le problème de « Bibi » seulement, mais celui de la droite israélienne tout entière ! Je n’ai rien de personnel contre Bibi, pas même contre Ariel Sharon ! (Lorsque Feiglin est entré au sein du Likoud, en s’opposant à Nétanyahou, les rapports entre les deux hommes n’étaient pas très bons, pour employer une litote, mais bien de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain depuis lors et Feiglin a établi des rapports plus cordiaux avec son rival P.I.L).

P.I.L. Et c’est encore ainsi que vous définiriez votre fonction au sein du Likoud, fixer un objectif différent ?

M. Feiglin : Pas seulement au sein du Likoud, mais du pays !

P.I.L. Vous reprendriez à votre compte la fameuse expression utilisée par de nombreux dirigeants politiques israéliens, « ce qu’on voit d’ici, on ne le voit pas de là-bas ? »

M. Feiglin : Je vois d’ici (à la Knesset) exactement ce que je voyais de là-bas ! La seule chose qui a changé, c’est peut-être le style, parce que j’ai mûri, mais mon analyse de la réalité demeure en tout point identique.

P.I.L. Que pensez-vous du processus de négociation mené entre Israël et les Palestiniens ?

M. Feiglin : Le simple fait que ces négociations se déroulent nous cause un préjudice, car nous menons des négociations qui portent sur notre maison ! Cela porte atteinte à la légitimité de notre présence sur toute notre terre... Et l’expérience montre que ces négociations ont toujours conduit à l’amplification du terrorisme arabe et à la perte de parties de notre patrie historique…

Vingt ans après le début du processus d’Oslo, notre situation s’est dégradée : à l’époque tout le monde nous reconnaissait et presque personne ne reconnaissait l’OLP… Aujourd’hui nous avons reconnu officiellement l’existence du « peuple palestinien », alors qu’ils ne nous reconnaissent toujours pas ! Tout cela est la conséquence de ces négociations. C’est la raison pour laquelle je suis le seul député à la Knesset qui me suis opposé publiquement à la tenue des négociations….

P.I.L. Etes-vous satisfait du débat qui s’est tenu sur votre initiative à la Knesset, sur le thème de la situation sur le Mont du Temple ?

M. Feiglin : Très satisfait ! C’est la première fois que la session plénière de la Knesset aborde la question de la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple.

 

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Moshé Feiglin en visite sur le Mont du Temple


P.I.L Et le public israélien partage-t-il votre opinion sur le sujet ?

M. Feiglin : Bien sûr ! Selon le sondage réalisé par la 2e chaîne de télévision, 75 pour cent du public partage mon avis. Nous voyons que le public commence à comprendre ce qui se passe… Car l’abandon de souveraineté sur le Mont du Temple s’est fait à l’insu du public.

P.I.L. C’est largement grâce à vous et au mouvement « Manhigut Yehoudit ? »

M. Feiglin : Je n’ai que 51 ans… Si je deviens Premier ministre…

P.I.L. C’est toujours votre objectif ?

M. Feiglin : Je vous l’ai dit, je n’ai pas changé d’idées à cet égard !

P.I.L. Et si vous êtes un jour élu Premier ministre, quelle sera votre première décision ?

M. Feiglin : Ma première décision sera d’appliquer la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple ! Ensuite, il y a tellement de problèmes à résoudre… A mon avis l’Etat d’Israël pourrait aujourd’hui être un des pays les plus riches du monde, dans lequel chaque jeune couple pourrait accéder facilement à la propriété…

P.I.L Et pourquoi ce n’est pas le cas ?

M. Feiglin : Nous en revenons toujours à la même question : nous avons perdu la direction et l’objectif ! Le pouvoir est devenu un objectif en soi…

P.I.L Ce n’est pas déprimant de siéger à la Knesset ?

M. Feiglin : Si, très ! Le public a l’impression d’être exploité par ceux qui ont le pouvoir, et c’est vrai ! Tout cela doit changer… Les vieilles élites doivent laisser la place. Il faut accomplir une véritable révolution en faveur du peuple ! Comme disait Lincoln (dans son fameux discours de Gettysburg, P.I.L.), « Un gouvernement du peuple, pour le peuple ! » Il ne manque que le mot « juif »…

Qui dirige aujourd’hui notre pays ? Ce sont les hauts-fonctionnaires, les juges... Je vais vous donner un exemple : actuellement, 200 personnes en Israël reçoivent une « pension budgétaire » de 80 000 shekels par mois (alors que les allocations familiales s’élèvent à 200 shekels). Et ces 200 personnes font presque toutes partie du système judiciaire…

Elles trouvent des justifications légales à cette corruption ! Il n’y a pas de corruption plus grande que celle-là… Lorsque le gouvernement nous demande, à la Knesset, de diminuer les allocations familiales de 200 shekels, avec lesquelles des familles nourrissent leurs dix enfants, personne ne nous raconte qu’en haut, il y a des allocations pour millionnaires !

P.I.L. La corruption n’est-t-elle pas un problème crucial, peut-être plus grave que les problèmes politiques ? N’est-ce pas la racine de tous nos problèmes ?

M. Feiglin : Nous souffrons d’un problème de corruption, de criminalité. Il n’y a pas aujourd’hui une entreprise florissante qui ne paie pas de « protection » ! C’est incroyable… La plupart des entreprises préfèrent payer des frais de « protection » aux organisations criminelles, plutôt que de payer les primes d’assurance !

Il y a aujourd’hui une réalité juridique dans laquelle un véritable « shadow government » (gouvernement de l’ombre) dirige les citoyens… Vous comprenez ce qui se passe ici ? Vous savez quel pourcentage de l’économie est absorbé par ce système ? Tout cela est la conséquence du fait que le gouvernement n’est pas capable de gouverner véritablement, car il manque de la force spirituelle nécessaire...

Nous pourrions avoir aujourd’hui un « Etat Sababa » (« pays de cocagne »), dans lequel tout le monde vivrait bien ! Savez-vous quel pourcentage du budget de l’Etat est dépensé chaque année pour les accords d’Oslo, (transféré aux Palestiniens, sous différents postes ; électricité gratuite, reversements d’impôts…) ? 10,6 pour cent du budget de l’Etat ! Chaque mois, des camions Brinks transportent 86 millions de shekels à Gaza…

P.I.L L’Etat d’Israël transfère de l’argent à Gaza, au Hamas ?

M. Feiglin : A Gaza, oui ! Nous parlons de 86 millions… 1,6 milliard de shekels de dettes à la Compagnie d’électricité ont été effacés. Nous avons calculé combien ont coûté les accords d’Oslo… Cela équivaut à un trillion de shekels ! Vous savez combien cela représente ? Un livre avec un trillion de pages aurait une épaisseur plus large que l’atmosphère !

P.I.L On ne peut pas mettre un terme à cela ?

M. Feiglin : Nous vivons dans le « Nouveau Moyen-Orient » de Shimon Pérès…

Moshé Feiglin m’expose à présent ses conceptions originales sur le débat brûlant qui agite actuellement la société israélienne autour de la question de la conscription pour tous.

« Je suis favorable à une armée de métier. Nous n’avons pas besoin d’enrôler des milliers de jeunes ‘harédim… Tout ce qui manque à Tsahal, c’est la décision de vaincre ! Sans parler des gaspillages énormes au sein de l’armée et du ministère de la Défense…  

Pour finir cet entretien passionnant, je demande à Moshé Feiglin s’il est vrai que sa famille est liée au mouvement Habad. Son deuxième prénom, Zalman, est celui du fondateur de la branche du hassidisme Habad. Sa famille est arrivée en Israël avec la première alyah, à la fin du 19e siècle, en provenance de Russie blanche.

Avant de me séparer de lui, je souhaite à Moshé Feiglin que notre prochain entretien ait lieu dans le cabinet du Premier ministre…

 

© P.I. Lurçat et UPJF.ORG. Entretien réalisé avec l’aide de Sarah Yachdav.

 

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NB Ma collaboration à Israël Magazine a pris fin après six ans de loyaux services. Vous retrouverez ma rubrique "Rencontres israéliennes" sur mon blog et dans d'autres journaux francophones israéliens. P.I.L. 

 

 

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Lurçat n’est pas un portraitiste phraseur. C’est l’amour du peuple juif qui le porte et il est contagieux. La Ville Sainte qui le fascine abrite ses émotions et offre un écrin à ces histoires. « A Jérusalem, qu’on le veuille ou non, on est porté vers le haut » confie Lurçat. La magnifique photo de Marc Israël Sellem en couverture du livre prend alors tout son sens. Ces destins qui traversent ces pages sont comme les cordes de cette harpe, tendus vers le ciel, qui vibrent en harmonie, traversés par un impératif d’élévation. 

(Kathie Kriegel, Jérusalem Post – édition française)

Ce recueil de nouvelles ne cesse d’éveiller en moi des souvenirs ; il en sera sans doute ainsi avec tous ses lecteurs. Ce livre est précieux : les souvenirs s’y donnent la main ; ceux de l’auteur aident ceux du lecteur qui le remercie. Une discrète insistance entre une femme et une ville structure plusieurs de ces nouvelles.

Je me sens décidément toujours plus chez moi dans ce recueil de nouvelles précises comme des gravures en taille-douce. .. L’un des mérites de ces pages est de vous rendre intimes des êtres que vous n’avez pas connus. Ce livre est d’une saveur douce-amère, agridulce dirait l’Espagnol.

(Olivier Ypsilantis, Zakhor-Online)

Une véritable petite musique dans ce recueil... Merci à vous pour ces moments et états d'âme partagés.

(Francine B.)


La plus merveilleuse ville du monde ne suffit pas à inspirer un auteur, et le talent de ce dernier est décelable dès la première page.

(Isabelle, Paris)

Un petit régal…

(Brigitte C. professeur de lettres, Jérusalem)

 

 

19:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : feiglin, likoud

Commentaires

Compliments !

Écrit par : Marcoroz | 28/03/2014

Qu'un député du Likoud affiche une citation d'Emerson est bon signe. Emerson est un philosophe qui donne une magnifique énergie. J'ai lu il y a peu son petit livre intitulé "Nature" et j'en suis sorti exalté comme après un bon verre de Malaga. Nos n'avons pas en Europe de philosophe aussi joyeux.

Écrit par : olivier | 29/03/2014

Merci Olivier pour cette référence qui me donne envie de lire ce livre!

Écrit par : itsik | 30/03/2014

J'ai lu ce livre dans la collection "Penguin" mais en faisant une petite recherche, je l'ai trouvé en PDF dans son intégralité :
sunsetridgemsbiology.wikispaces.com/.../Nature+Eme...‎

Écrit par : olivier | 30/03/2014

Les commentaires sont fermés.

 
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