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23/02/2014

1937 - Une dame d'oeuvres juive par Liliane Lurçat

Paris_V_rue_Frédéric-Sauton_reductwk.jpgC'était avant la guerre, nous habitions rue Frédéric Sauton dans un quartier où beaucoup de juifs habitaient, réfugiés de Pologne pour la plupart, fuyant les pogromes.

Nous sommes arrivés en France en 1929. Mes parents, haloutzim chassés par les anglais, mon frère Menahem et moi. Mon jeune frère Sami est né à Paris  en 1932

Mes parents étaient pauvres  parmi les plus pauvres. Ils épargnaient à la caisse d'Epargne de quoi retourner un jour en Palestine (argent qui avait fondu à la fin de la guerre)

Mon père, manoeuvre industriel, travaillait 6 longues journées par semaine à l'usine. Il dormait le dimanche complètement éreinté.

Il portait une ceinture herniaire pour contenir ses hernies. Son travail consistait à soulever
et à ranger d'énormes tiges de métal.

Ma mère s'était improvisée marchande ambulante. Elle se procurait la marchandise  chez des grossistes juifs du Sentier et la revendait sur le marché de la Porte d'Italie.

Elle partait , le soir, vers de lointaines banlieues  où logeaient des anarchistes italiens, son gros baluchon sur le bras

 

 

Une dame juive fortunée, médecin  aux  idées  modernes  passait nous voir à la maison et nous exhortait à retourner en Palestine. Elle me trouva un jour assise dans l'escalier, attendant le retour de mes parents, mon cartable à côté de moi.

Elle m'entraîna à la boulangerie  et me fit choisir mon goûter : un gros oeuf en chocolat
C'était à Pâques . J'étais assise dans l'escalier au retour de mon père, le gros oeuf sur les genoux, vite rangé pour une consommation plus raisonnable

A la fin de la guerre, cette dame revint nous voir. Désespérée et désenchantée  après les grands massacres, elle nous dit : nous sommes sur terre pour accomplir notre cycle. Mes parents ont dit, plus raisonnables qu'elle: on a survécu, il nous reste seulement la vie, "nor mit un leben".

 

LILIANE LURCAT.jpg

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NB : J'évoque la figure de mes grands parents maternels dans plusieurs chapitres de mon livre "Jour de Sharav à Jérusalem", récemment paru aux éditions L'Eléphant. P.I.L.

21/02/2014

Ukraine, par Liliane Lurçat

Résurgence soudaine de l'Ukraine
brutale et sanguinaire
Ukraine où tant des miens périrent
dans les révolutions et les guerres

Voir ces déchaînements, la fureur, les morts
évoque tant de souffrances anciennes

Les pires antisémites, disait ma mère
mon père le savait dans sa chair
et par la mort des siens.

voir à la télévision tant de déchaînements
servis bien saignants
tant de violence et de haine:
mort donnée, mort recherchée,
haine des autres,  haine de soi.

Tout cela montré avec complaisance:
déferlements sadiques
déferlements masochistes
mort donnée , mort recherchée

Quel enfer dévore ces âmes angoissées
qui se  donnent en offrande à la mort
comme à une divinité.

 

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Pogromes en Russie


18/02/2014

Toutes les musiques de Jour de Sharav à Jérusalem, de Pierre I. Lurçat

COUVERTURE.jpgAvec son livre si poétique, Pierre Itshak Lurçat nous offre toute une palette de couleurs d’émotions. Parfois, c’est la musique que l’on entend presque tant sa présence revient comme une nostalgie lancinante de ses années de jeunesse, mais aussi comme la résonance de son intégration en Israël.

 

Dans ce très beau recueil de nouvelles, plusieurs amours transparaissent au fil des pages. Outre l’amour de la ville de Jérusalem et de celui d’Israël, l’auteur partage avec le lecteur celui de la musique, qu’il offre à ses sens comme une œuvre impressionniste, par touches successives.  Même les cordes du pont sur la photo de Marc Israël Sellem peuvent nous faire penser à des cordes à piano.

 

Différentes musiques traversent les récits de Pierre Lurçat. La musique classique ouvre à l’auteur le chemin de la mémoire de ses émotions de jeunesse, tandis que les chansons modernes d’Israël accompagnent sa vie sur la Terre d’Israël. Enfin, d’autres musiques savent consoler, rendre joyeux ou apaiser l’âme des différents personnages de ces  nouvelles.

 

jour de sharav à jérusalem,pierre lurçatL’auteur espère rompre avec son passé en renonçant à écouter de la musique classique. Il abandonne le piano, oublie même les vers appris par cœur à Paris, Automne malade ou le pont Mirabeau d’Apollinaire et les œuvres des compositeurs de musique classique, allemands ou russes.

Mais la musique a le pouvoir de raviver les souvenirs et les absences. Bien après son installation en Israël, dans « Chopin à Jérusalem », à l’écoute de la « grande valse brillante » il se demande où sont « passés ses rêves de jeunesse ».  Au son d’un impromptu de Schubert, il retrouve ses souvenirs, en particulier celui de son professeur de piano, Mme Chargorovski.  Les notes d’une valse de Chopin lui font éprouver « un sentiment de bonheur » ou retrouver de lointains souvenirs, comme à l’écoute d’une sonate de Beethoven (dans « Jour de Sharav » et dans « Célébrations d’automne »).

 

MATISSE.jpg


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