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09/02/2014

En lisant la correspondance de Jabotinsky : 1937, année tumultueuse, par Pierre Itshak Lurçat

jabotinky,afrique du sud,bétar,ben gourion,georges bensoussanL’institut Jabotinsky de Tel-Aviv vient de publier, en collaboration avec la bibliothèque sioniste de l’Organisation sioniste mondiale, le 12e volume de la correspondance de Zeev Jabotinsky, qui couvre la période allant de janvier 1937 à février 1938. Ce livre est un document historique exceptionnel, qui permettra au lecteur hébraïsant de découvrir non seulement l’activité politique du grand leader sioniste, mais aussi ses relations épistolaires étendues avec de très nombreuses personnes, et ses réflexions sur toutes sortes de sujets.

Il n’est pas toujours facile de lire un recueil de lettres : souvent, les correspondances n’offrent qu’un éclairage partiel, et parfois anodin ou trivial, sur la personnalité et l’action de leur auteur. Disons d’emblée que ce n’est pas le cas de la correspondance de Jabotinsky, pour deux raisons principales. La première est que le sujet des lettres publiées est toujours en rapport avec l’activité sioniste de l’auteur, et que les préoccupations qui l’animent ne sont jamais futiles. La seconde est que Jabotinsky possède un monde intérieur tellement riche que ses réflexions, même les plus banales, sont toujours intéressantes.

Jabotinsky, écrivais-je dans la postface à la traduction de son autobiographie, a commejabotinky,afrique du sud,bétar,ben gourion,georges bensoussan Herzl, « largement sacrifié sa vie privée et familiale à la cause pour laquelle il a œuvré jusqu’à son dernier jour (son fils, Eri, s’est livré au calcul du total des rares périodes durant lesquelles ses parents ont été réunis durant leur vie…). Jabotinsky, comme Herzl, a passé des semaines et des mois entiers en déplacement autour du monde, infatigable voyageur et globe-trotter de la cause sioniste, dormant quelques heures par nuit et négligeant sa santé (la maladie de cœur à laquelle il a fini par succomber, à l’âge de soixante ans, était un secret bien gardé, y compris pour ses proches) ».

Sa correspondance est le reflet de ces déplacements perpétuels : les lettres réunies dans ce volume sont adressées à ses correspondants aux quatre coins du monde, et envoyées tantôt de Londres (centre de l’Union sioniste révisionniste depuis 1935), de Zürich, de Paris (qui a été son port d’attache entre 1924 et 1934), d’Alexandrie (où Jabotinsky se rend notamment pour rencontrer sa famille demeurant en Eretz-Israël, où il est interdit de séjour par la puissance mandataire) ou de Johannesburg, où il effectue un long séjour entre mars et juillet 1937.

 

 

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Au milieu de Betarim à Capetown



Les lettres envoyées de Johannesburg donnent une idée assez précise et détaillée du séjour de « Jabo » en Afrique du Sud, pays où est installée une importante communauté juive, qu’il a entrepris de gagner aux idées sionistes révisionnistes. Son périple sud-africain se soldera par un grand succès sur le plan politique, même si la collecte financière sera plutôt décevante.

jabotinky,afrique du sud,bétar,ben gourion,georges bensoussanLa « Nouvelle organisation sioniste » (fondée à Vienne en 1935) est implantée en Afrique du Sud et dotée d’un journal édité localement, intitulé « The 11th Hour » (Nom emprunté à un épisode des Evangiles, que Jabotinsky connaît aussi bien que la Bible hébraïque, et cite fréquemment : « Et vers la onzième heure, il sortit et en trouva d'autres qui étaient sans rien faire, et il leur dit: Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire? ») portant en exergue le slogan « Un Etat juif avec une majorité juive sur les deux rives du Jourdain ». (Ce journal deviendra par la suite le « Jewish Herald » et paraîtra jusqu’en 1986 !)

La lutte pour l’évacuation et contre le plan de partage

La « onzième heure », en 1937, est celle des Juifs d’Europe et dans le Foyer national en Eretz-Israël, à l’avenir incertain. A l’égard du judaïsme européen, Jabotinsky poursuit son combat incessant en faveur de « l’évacuation » (il a sillonné la Pologne du 8 septembre au 10 novembre 1936 pour inciter les Juifs à partir), n’hésitant pas à négocier avec les gouvernements de pays où sévit un antisémitisme virulent, comme la Roumanie, en vue de faire partir « leurs » Juifs, en les incitant à faire pression sur l’Angleterre pour qu’elle rouvre les portes d’Eretz-Israël à l’émigration juive.

 

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Jabotinsky à Varsovie (en bas à gauche, Menahem Begin)


Mais le principal combat politique auquel il se consacre en 1937 est la lutte contre le plan de partage prôné par la commission Peel. Après avoir siégé à Jérusalem et entendu une centaine de témoins (la déposition de Jabotinsky sera faite à Londres, l’interdiction de séjour en Eretz-Israël n’ayant pas été levée à cette occasion), la commission Peel publiera un rapport préconisant le partage de la Palestine mandataire en un minuscule Etat juif occupant seulement la plaine côtière et la Galilée, un Etat arabe et une partie demeurant sous contrôle britannique.

jabotinky,afrique du sud,bétar,ben gourion,georges bensoussanCe plan est presqu’unanimement rejeté, tant par les Juifs que par les Arabes. Ben Gourion est pourtant tenté de l’accepter, au nom de son fameux pragmatisme (il se montre ainsi favorable au transfert forcé des Arabes du territoire attribué aux Juifs, prôné par le rapport Peel), mais Jabotinsky, à l’instar de la majorité du Yishouv, le rejette sans hésiter. Il qualifiera sa déposition devant la commission Peel de « meilleur discours » qu’il ait jamais prononcé…  Jabotinsky rejette notamment l’idée chère à Ben Gourion d’un « Piémont juif », c’est-à-dire d’un embryon d’Etat qui pourrait s’étendre par la suite :

« On évoque le précédent bien connu du Piémont dans la libération de l’Italie. On rêve d’un Piémont juif qui serait suivi d’une Toscane et d’une Lombardie, etc. Je n’y crois pas… » Sur ce point, comme sur d’autres, le visionnaire Jabotinsky aura eu raison contre le « pragmatique » Ben Gourion… Une des rares bonnes nouvelles, au cours de cette année tumultueuse, est celle que Jabotinsky reçoit d’Italie, où l’école navale du Bétar à Civitavecchia ** fonctionne à plein régime ; formant les futurs cadres de la marine israélienne. Pour le « Rosh Bétar », déjà usé par la maladie qui va l’emporter en 1940, c’est une consolation de voir que les graines qu’il a plantées, au prix d’un labeur incessant, commencent à porter leurs fruits…

Pierre Itshak Lurçat

* La citation est tirée de M. Shattner, Histoire de la Droite israélienne (éditions Complexe 1991). Parmi ceux qui opposent le « pragmatisme » de Ben Gourion à « l’intransigeance » de Jabo, figure notamment Georges Bensoussan, qui avait invoqué en 2010 l’acceptation du plan Peel par le premier pour justifier son adhésion à l’appel de JCall. Je ne crois pas me tromper en affirmant que mon ami Bensoussan a légèrement changé d’avis depuis...

** Voir mon article, « L’école navale du Betar à Civitavecchia », paru dans Israël Magazine.

 

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 J’ai le grand plaisir d’annoncer la parution de mon nouveau livre, «Jour de Sharav à Jérusalem » (éditions L’Eléphant – Jérusalem).

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