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03/07/2013

Jabotinsky, prophète de la « Révolution sociale » biblique en Israël ? Pierre Itshak Lurçat

Figure-6-Zeev-Jabotinsky-200x300.jpgUn aspect oublié de la pensée du Roch Betar

S’il est un domaine dans lequel l’Etat d’Israël et le sionisme ont, pour l’instant, échoué, ce n’est pas comme l’affirment les tenants du faux messianisme de « La Paix Maintenant », celui des relations entre Israël et le monde arabe… Car l’instauration de relations pacifiques avec nos voisins ne dépend pas des sacrifices faits par Israël sur l’autel du « processus de paix ».

Non, le domaine où le sionisme a véritablement échoué est tout autre : il peut se résumer dans cette information terrible qui a été publiée cette semaine ; 860 000 enfants israéliens vivent en-dessous du seuil de pauvreté ! On peut bien entendu, comme beaucoup de commentateurs plus ou moins sincères, se « consoler » en regardant la moitié pleine du verre : Israël est un pays développé dont la croissance dépasse celle de biens d’autres Etats occidentaux et dont la situation économique est meilleure que celle de pays plus riches et plus anciens… Mais aucun de ces arguments ne peut effacer cette réalité dérangeante : l’Etat juif est aujourd’hui le pays de l’OCDE où les écarts entre riches et pauvres sont les plus grands.

herzl.jpgAinsi, loin de créer un Etat qui serait un modèle de justice sociale, le mouvement sioniste a abouti à un Etat qui est aujourd'hui un des plus inégalitaires du monde occidental... Contrairement à une idée reçue, l’idéal social inhérent au mouvement sioniste n’était pas l’apanage des partis sionistes socialistes de différentes tendances. Il était en réalité partagé par de nombreux courants sionistes, et notamment par le sionisme religieux et aussi par le fondateur même du sionisme politique, Theodor Herzl. Mais le penseur sioniste qui a développé les idées économiques et sociales les plus originales dans ce domaine est, peu de gens le savent, le « Roch Betar », Vladimir Zeev Jabotinsky.

Jabotinsky avait passé ses années de jeunesse en Italie (sa « patrie spirituelle ») et il étudia à Rome, où il fut exposé aux conceptions socialistes, notamment par le biais de son professeur Antonio Labriola, comme il le relate dans son autobiographie : 

Toutes mes conceptions relatives aux problèmes nationaux, de l'État et de la société se sont forgées au cours de ces années, sous l'influence italienne ; c'est là-bas que j'ai appris à aimer l'architecture, la sculpture et la peinture... À l'université, mes maîtres étaient Antonio Labriola et Enrico Feri. J'ai conservé la croyance en la justesse du régime socialiste, qu'ils ont semée dans mon cœur, comme quelque chose allant de soi, jusqu'à ce qu'elle soit détruite de fond en comble par l'expérience rouge en Russie.

 

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Rome au début des années 1900



Vaguement séduit par les idées socialistes et pacifistes dans sa jeunesse, il en reviendra très vite pour élaborer sa doctrine sioniste marquée par le concept de ‘Hadness (« un seul drapeau »), qu’il oppose au Sha’atnez (mélange proscrit par la Bible) que représente à ses yeux le sionisme socialiste.

jabotinsky,israel,sionisme,pauvrete,popper-lynkeusAu lendemain de la grande crise économique de 1929, Jabotinsky a développé sa pensée sociale d’inspiration biblique dans de nombreux articles, parmi lesquels les Eléments de philosophie sociale biblique (publié en yiddish en 1933) et surtout L’idée du Yovel (publié en russe en 1930). Dans ce dernier article, il oppose la vision biblique d’une révolution sociale permanente, ou plutôt cyclique – illustrée par la conception du Jubilé – à l’idée de révolution messianique définitive incarnée par la pensée socialiste. « La différence principale entre la révolution biblique et la révolution socialiste, écrit-il, est que cette dernière aura lieu  ‘une fois pour toutes’, tandis que la révolution du Yovel doit par définition se reproduire à intervalles réguliers ».

Dans ses Eléments de philosophie sociale biblique, Jabotinsky explique que « la Bible hébraïque ne contient pas seulement le principe de la protestation sociale, mais aussi un système, un schéma de reconstruction sociale. Bien entendu, cela ne s’exprime pas de manière systématique, sous forme d’un programme comportant un article 1 et un article 2, car les ‘articles’ sont dispersés entre les différents textes ; mais si on prend la peine de les réunir, on obtient un véritable programme. Ce programme est certes succinct et n’entre pas dans les détails : mais à mon avis, c’est un programme excellent, le plus concret et le plus juste, pour parvenir à la reconstruction sociale, très éloigné à la fois de la sauvagerie débridée de la concurrence anarchique et de l’esclavage inhérent à tous les systèmes socialistes ».

Une troisième voie entre le « capitalisme sauvage » et « l’esclavage socialiste »

452px-Josef_Popper-Lynkeus_1917.jpgPour développer ses conceptions sociales et économiques originales, incarnant une troisième voie entre le « capitalisme sauvage » et « l’esclavage socialiste », Jabotinsky n’a pas seulement lu et étudié la Bible, mais il s’est également intéressé à un penseur aujourd’hui largement méconnu, Josef Popper-Lynkeus *, juif viennois précurseur des conceptions sociales modernes comme le revenu minimal et le « droit à l’alimentation ».

Popper-Lynkeus avait développé l'idée - révolutionnaire en son temps - que l'Etat devait veiller aux besoins fondamentaux des citoyens : nourriture, habillement et logement. Jabotinsky reprendra cette idée et y ajoutera deux éléments : l'éducation et les soins médicaux (ce sont les fameux "5 mems" - en hébreu ces mots commencent tous par la lettre "mem").

Dans son livre publié en 1912, Die allgemeine Nährpflicht als Lösung der sozialen Frage (« Le droit à l'alimentation comme solution à la question sociale »), Popper-Lynkeus énonce un principe que Jabotinsky rapproche de l’idée biblique de la « Péa » (« bordure du champ »), qui doit être laissée aux pauvres.

Mais, insiste Jabotinsky, « il ne s’agit pas de ‘tsedaka’, mais d’un commandement positif, d’une loi, c’est-à-dire d’un impôt imposé aux membres de la classe des propriétaires en faveur de ceux qui sont dénués de biens. Cette loi renferme une idée extraordinaire, dont la Bible est là encore la source d’inspiration première, tout comme pour le Chabbat, car la ‘Péa’ est inconnue des conceptions sociales tant romaine que grecque ».

On mesure en lisant ces lignes combien Jabotinsky, le fondateur de la Légion juive et le père de la conception de défense d’Israël, était imprégné des idées sociales de la Bible et combien il aspirait à faire de l’Etat juif  - à la fondation duquel il a consacré sa vie – un modèle de justice sociale. Que dirait-il de la situation sociale en Israël aujourd’hui ? Il est sans doute préférable de ne pas répondre à cette question…

Pierre Itshak Lurçat

* Josef Popper-Lynkeus, né en 1838 à Kolin, décédé à Vienne en 1921. Le seul de ses livres qui a été traduit en français est, signe des temps, celui auquel Freud a rendu hommage : Fantaisies d’un réaliste.

NB Visionner ma conférence sur Jabotinsky filmée par Denis Kassel à Jérusalem

http://www.youtube.com/watch?v=-jvmZjiSD88

Commentaires

Amen, oui si le monde avait suivis les "LOIS" Biblique (pour le sociale, hygiène etc) le monde aurait été bien mieux

Écrit par : Dominique | 22/12/2013

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