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31/03/2013

L’autre visage du cinéma israélien : au-delà des clichés et de la propagande, Pierre Itshak Lurçat

 

FESTIVAL ISRATIM.jpgL’ouverture cette semaine du 13e Festival du cinéma israélien à Paris et la mystérieuse affaire de l’agression du réalisateur Yariv Horowitz à Aubagne – qui ressemble à une provocation du journal Ha’aretz, lequel n’en serait pas à son coup d’essai – sont l’occasion de revenir sur un sujet rarement abordé, celui du double visage du cinéma israélien. Trop souvent en effet, les films israéliens présentés à l’étranger offrent un visage tronqué et déformé de la réalité du septième art israélien, en n’abordant que le sempiternel « conflit israélo-palestinien », de manière plus ou moins tendancieuse (c’est le cas du film de Yariv Horowitz, « Rock the Casbah », que je n’ai pas vu et sur lequel je ne me prononcerai donc pas).

Or le cinéma israélien est très différent de l’image qu’en donnent les films d’un Amos Gitaï – pour ne citer que lui – adulé en Europe mais méprisé par ses collègues et ignoré du grand public israélien.  Il est riche, novateur, original et optimiste et reflète fidèlement la vitalité et la richesse humaine de notre petit pays… Le cinéma israélien ne parle (presque) pas de guerre, d’« occupation » ou des autres leitmotive chers aux médias étrangers, qui ne connaissent notre pays qu’à travers le prisme déformant de l’idéologie palestiniste. Il parle de la vie, des gens et de l’amour… Car, contrairement à ce que croient les médias étrangers, Israël n’est pas seulement un pays en guerre, c’est un pays où il fait bon vivre ! J’invite ceux qui veulent découvrir cet autre visage du cinéma israélien (et d’Israël) à aller voir le beau film de Beni Torati, La ballade du printemps, dont j’ai récemment rendu compte dans les colonnes d’Israël Magazine. P.I.L

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"La ballade du printemps" : un film novateur, original et optimiste

Le deuxième film de Beni Torati, La ballade du printemps qui pleure (« ha-Balada shel ha-Aviv ha-bo’hé »), très remarqué dans plusieurs festivals internationaux et récompensé par quatre « Ophir » (oscars israéliens), est un film original et inclassable, servi par une excellente interprétation. Le film raconte le parcours initiatique d’un jeune musicien, Amram Mofradi (Doudou Tassa), qui tente de reconstituer le légendaire ensemble musical oriental « Turquoise », pour honorer le dernier souhait de son père mourant. Pour ce faire, il va devoir retrouver un à un les musiciens et notamment le fameux Yossef Tuila (Ouri Gabrielov), qui a été la cause d’un accident dramatique à la suite duquel il a renoncé à jouer. Cette histoire sert de prétexte à Torati pour entraîner le spectateur dans une épopée lyrique qui est aussi un hommage vibrant à un genre musical qui connaît actuellement un essor inattendu en Israël : la musique juive orientale.


 

ballad5.jpgOn peut voir dans ce film, comme dans le précédent film de Torati (Kikar Hahalomot, 2001), un manifeste en faveur de la culture orientale (en l’occurrence, la musique traditionnelle juive « mizrahi » et notamment iraquienne, à laquelle l’acteur Doudou Tassa a consacré récemment un documentaire). Les cinéphiles avertis ne manqueront pas d’y trouver également des allusions au thème des Sept Mercenaires de John Sturges (lui-même adapté des Sept Samouraï de Kurosawa), dans une sorte de « western houmous » où la musique juive orientale remplace les thèmes d’Ennio Morricone, chers à l’inventeur du western spaghetti, Sergio Léone…

On peut encore, plus simplement – c’est mon cas – apprécier la beauté des paysages de Galilée, la musique et le jeu des acteurs, notamment celui d’Ouri Gabrielov, acteur de cinéma et de télévision qui a joué dans de nombreux films américains. Mais l’élément central de cette Ballade est indéniablement la musique, et les amateurs de musique juive orientale se réjouiront tant de la bande son que de la présence d’instruments traditionnels peu souvent montrés au cinéma, comme le Oud, et d’autres moins connus. Ce film est sans doute un des plus originaux que nous a offerts le cinéma israélien ces dernières années, et il faut souhaiter qu’il soit distribué en France.

 

12:39 Publié dans CINEMA, Film | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci, Monsieur. Voilà plusieurs années que, fidèle amateur du Festival du film israélien à Paris, je découvre, année après année la richesse, la diversité des thèmes, l'économie de moyens qui, comme une potion magique me réjouissent fortement.
Je pourrais vous citer nombre de films de fiction qui m'ont enchanté ( pourquoi pensé-je à Nina Hassonot (?) qui est resté gravé dans ma mémoire comme le paradigme de ce cinéma que j'apprécie tant ? ).
Mais au-delà, combien la distribution qui est faite en France me paraît sectaire comme si, hormis le conflit israélo-palestinien ou - son titre m'échappe - ce film traitant d'une relation homo ( why not ? ) permettant le cas échéant de montrer que la société israélienne n'est pas exempte de spécificités propres à toutes les sociétés - qui en doute ? - étaient les seules finalités des distributeurs nationaux.
Certes nous eûmes La Visite de la Fanfare - pourquoi pas La Ballade du Printemps que je n'avais pu voir à Paris et que je viens de visionner à plusieurs reprises me forçant à revoir mon anglais ET mon hébreu pour en suivre la trame et en apprécier les finesses et clins d'oeil aux grands westerns d'antan.
Je partage moins le peu d'importance que votre article semble manifester à l'égard du cinéma d'Amos Gitaï - écriture si personnelle, si reconnaissable ! - mais une fois encore, merci de m'avoir permis d'être en harmonie avec votre jugement sur ce cinéma dont je ne doute pas qu'il sera - s'il ne l'est déjà - toujours davantage reconnu à sa juste valeur.
Bien cordialement,

Bernard Sberro

Écrit par : Bernard Sberro | 20/05/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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