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Roni Daniel, le "Monsieur Tsahal" de la télévision israélienne, par Pierre Itshak Lurçat

Roni Daniel, TsahalNB J'avais interviewé Roni Daniel en juillet 2010 dans le cadre de ma rubrique "Rencontres israéliennes" dans ISRAEL MAGAZINE. Relisant cette interview aujourd'hui, je constate qu'elle demeure toujours actuelle... Extraits. P.I.L

 

En Israël, pays où la guerre fait pour ainsi dire partie de la vie quotidienne depuis 60 ans, le travail d'un commentateur militaire ne s'arrête pas à la fin des hostilités… Menaces de guerre, commissions d'enquête sur la dernière guerre, nouvelles armes ou problèmes de budget : tous ces sujets, et bien d'autres, constituent le pain quotidien d'un journaliste spécialiste des affaires militaires. Le visage de baroudeur de Roni Daniel, commentateur militaire de la deuxième chaîne de télévision israélienne depuis 1994, est connu de tous les téléspectateurs du pays. Il m'a donné rendez-vous au café situé en bas de l'immeuble de Tel-Aviv où se trouve son bureau. Le commentateur de la 2e chaîne, qui donne rarement des interviews, s'est confié en exclusivité à Israël Magazine.

 

D'entrée de jeu, je lui demande comment il est devenu correspondant militaire. Il m'explique qu'il a commencé sa carrière de journaliste il y a presque 40 ans, en tant que correspondant chargé des questions d'agriculture et de circulation à Kol Israël… Mais très vite – à l'occasion de la Guerre du Kippour – il a abandonné les chats écrasés pour se consacrer à sa passion : l'armée. Roni Daniel est en effet un soldat avant d'être un journaliste : il a servi dans le bataillon 906 du Na'hal, s'est battu sur le front égyptien pendant la guerre des Six Jours, a été blessé et est revenu au combat. En 1973, il était le premier correspondant militaire qui a gravi le mont Hermon, sous le feu des canons syriens. "J'ai fait toutes les guerres [depuis 1967]… Cela m'a rendu résistant", me confie-t-il avec la franchise d'un soldat. Comme beaucoup de téléspectateurs, j'ai gardé à l'esprit les images de la guerre contre le Hamas à Gaza, l'an dernier, quand Roni Daniel poursuivait son reportage, imperturbable, malgré l'alerte aux missiles, et quand il courait entre les balles du Hamas ("Je ne baisse jamais la tête face à l'ennemi", me dira-t-il au cours de notre entretien).

 

Roni Daniel, TsahalAprès cette entrée en matière, nous abordons les sujets d'actualité. Quatre ans après la deuxième guerre du Liban, quel bilan en tire-t-il ? "Une occasion manquée", me répond-il sans hésiter. "Nous avions la possibilité de frapper fort le Hezbollah, et nous l'avons manquée en grande partie". Il ne pense pas que le problème principal de cette guerre était le manque d'entraînement ou les carences logistiques – deux thèmes qui avaient été beaucoup débattus à l'époque – mais celui, plus fondamental, de la "Conceptia". Ce mot est entré dans le vocabulaire politique israélien après la guerre de Kippour, quand le pays s'est interrogé sur les raisons de la surprise d'octobre 1973. Au Liban, en 2006, comme à l'époque de Kippour, le haut-commandement de l'armée et l'échelon politique étaient prisonniers de leurs conceptions et, surtout, n'avaient pas défini précisément les objectifs de la guerre.

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Notre armée est-elle aujourd'hui plus forte qu'il y a 20 ou 30 ans ? Roni Daniel s'étonne de voir la jeune génération de soldats s'engager en masse dans des unités combattantes, malgré tout ce que l'on raconte sur l'individualisme et sur la baisse de motivation… "Tsahal est beaucoup plus moderne qu'à mon époque". Mais il ne faut pas pour autant négliger le fait que les armées arabes se sont elles aussi perfectionnées, et que l'écart stratégique diminue d'année en année. Autrefois, nous avions des F-15 et des F-16 et les Syriens avaient des Mig soviétiques. Aujourd'hui, nos ennemis ont les mêmes avions que nous. Je lui demande ce qu'il pense de "Kipat Barzel", le système de protection antimissile qui est sur le point de devenir opérationnel. "C'est important", convient-il. "Mais malheur à nous si nous croyons que cela nous sauvera… Je refuse de voir des enfants juifs aller à l'école sous la menace des missiles !" s'exclame-t-il. "Nous devons être plus agressifs [contre le Hamas], pour lui couper l'envie de nous tirer dessus. La meilleure défense, c'est l'attaque", conclut-il, citant un proverbe qui a longtemps servi de devise à Tsahal.

 

Les mensonges du rapport Goldstone

 

roni daniel,tsahalNous abordons ensuite le thème de la "judiciarisation" de la guerre et des effets pernicieux du rapport Goldstone. Roni Daniel me rappelle que toutes les accusations de "crimes de guerre" alléguées par le rapport de l'ONU, se fondant largement sur des associations israéliennes d'extrême-gauche financées par le New Israel Fund *, se sont avérées erronées ou mensongères… "Nous avons vérifié toutes les accusations et un seul cas s'est révélé fondé". Mon interlocuteur dénonce l'hypocrisie de la communauté internationale et cite un général américain, affirmant que Tsahal est l'armée "la plus morale du monde". Mais ce problème ne concerne pas seulement la communauté internationale. Je lui demande ce qu'il pense de l'intervention grandissante de la Cour suprême dans les décisions opérationnelles de Tsahal, et il convient que ce n'est pas le rôle du "Bagats". "C'est une honte de voir un soldat arrêté, menottes aux poings", affirme-t-il, faisant allusion au jeune soldat du bataillon Kfir, accusé d'avoir maltraité un terroriste. De fait, il est plus difficile d'être soldat aujourd'hui, car nos soldats sont exposés à la fois au feu de l'ennemi et aux recours en justice diligentés par des ennemis de l'intérieur ou de l'extérieur.

 

Que pense-t-il des médias et de leur attitude à l'égard de Tsahal ? Sont-ils trop critiques, ou au contraire trop complaisants ? Roni Daniel rejette l'accusation du journaliste de Ha'aretz, Gideon Lévy – connu pour ses opinions extrémistes – qui pense que les médias israéliens se comportent comme les porte-parole de Tsahal. Je lui demande s'il estime que l'affaire du Marmara était un échec pour les Renseignements militaires. Son jugement est nuancé. "Les Renseignements ne sont pas un chien d'aveugle", me répond-il en usant d'une métaphore. Malgré tous nos efforts, nous ne savons pas où est détenu Guilad Shalit jusqu'à ce jour. A ce sujet, Daniel estime que le journal Ma'ariv est sorti de son rôle, en s'engageant massivement dans la campagne pour exiger du gouvernement israélien qu'il fasse tout pour obtenir la libération du jeune soldat. "L'Etat ne doit absolument pas capituler face aux exigences d'une organisation terroriste". Le risque le plus grand à ses yeux est celui de voir les dirigeants du Hamas – libérés par Israël dans le cadre d'un futur échange avec Shalit – renverser le gouvernement d'Abou Mazen et transformer la Judée-Samarie en Hamastan, comme à Gaza.

 

roni daniel,tsahalNous évoquons ensuite l'évolution sociologique de Tsahal et l'émergence d'une génération de jeunes officiers portent la kippa. "C'est une jeunesse extraordinaire !". Roni Daniel ne serait pas étonné de voir un jour un chef d'état-major portant la kippa. Il rencontre souvent les jeunes Juifs de Judée-Samarie – notamment lors des évacuations d'avants-postes par Tsahal – et il éprouve de l'admiration pour leur engagement sioniste. Je ne résiste pas à l'envie de lui demander ce qu'il pense des frictions entre le ministre de la Défense et le chef d'état-major. Ce phénomène n'a rien de nouveau. Roni Daniel estime pourtant que la combinaison Barak – Ashkénazi est bonne et il regrette que les relations entre les deux hommes ne soient pas meilleures. En conclusion, nous abordons le sujet brûlant de la menace iranienne. "L'année qui vient sera compliquée", me déclare-t-il. "Nous approchons du point de non-retour…" Mais l'Iran n'est pas la seule menace pour Israël aujourd'hui. Il évoque, pêle-mêle, l'Egypte, qui risque de connaître des bouleversements après la disparition annoncée de Moubarak, la Syrie, et l'Autorité palestinienne, qui pourrait déclarer unilatéralement son indépendance… "Nous avons choisi un quartier peu fréquentable pour nous installer", affirme Roni Daniel, en forme de boutade. L'enfant juif né à Bagdad, devenu officier de Tsahal et un des commentateurs militaires les plus écoutés du pays, sait bien de quoi il parle.

 

* Voir notre article, "Les origines israéliennes du rapport Goldstone", Ashdod Aujourd'hui.

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