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05/08/2012

De Jérusalem à Saint-Malo : David Shahar et la Bretagne, Pierre Itshak Lurçat

A la mémoire de Madeleine Neige (1925-2011)

Qui a fait pénétrer le lecteur français dans l’univers enchanté de Shahar

 

David-Shahar--photo-de-Yehoshua-Glotman.JPGDavid Shahar (1926-1997) est sans doute le seul écrivain israélien dont une rue de France porte le nom : la rue David Shahar se trouve à Dinard, en Ile-et-Vilaine. Ceux qui ont eu la chance de croiser l’écrivain, en France ou en Israël, se souviennent de sa casquette de marin, éternellement vissée sur son crâne… Il ne s’agissait pas d’un simple accoutrement mais de la marque de son attachement profond pour la Bretagne, qui transparaît dans son œuvre à plusieurs endroits.

 PHOTO CI CONTRE: YEHOSHUA GLOTMAN

Shahar n’est pourtant pas le seul écrivain israélien qui ait séjourné longuement en France : de nombreux écrivains ont, depuis 1948, éprouvé une attirance pour la France, ses paysages, sa culture, sa gastronomie… Citons, parmi d’autres, les noms de Haïm Gouri, d’Amos Kenan ou de Yéhoshua Kenaz *.

 

UN ETE RUE DES PROPHETES.jpgShahar a non seulement passé de longues périodes en France – et notamment en Bretagne où habitait son amie et traductrice, Madeleine Neige – mais il est aussi devenu, grâce à cette dernière,  un auteur reconnu en France, où son œuvre publiée chez Gallimard jouit d’une notoriété presque plus grande qu’en Israël. Il rapporte à ce sujet cette anecdote : un écrivain français en visite en Israël fit un jour la réponse suivante à un journaliste, qui lui demandait s’il avait lu des auteurs israéliens :

 

« Je suis navré, je n’ai jamais rien lu qui soit écrit par un Israélien ; par contre je connais les livres de quelqu’un qui dit s’appeler David Shahar, mais c’est un Français, c’est évident ! ». Shahar considère cette anecdote comme un hommage à sa fidèle traductrice, et il parle à ce sujet d’une « sympathie évidente entre la langue hébraïque et la langue française ».

 


La Bretagne apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre de Shahar, et notamment dans sa grande fresque inachevée en sept volumes, Le Palais des Vases brisés. Gabriel Luria, le personnage principal, se réfugie au fin fond de la Bretagne pour fuir sa déception amoureuse, après la semaine passée avec Orita dans la suite nuptiale du King David à Jérusalem. Pami les autres personnages de Shahar liés à la Bretagne, citons Israël (« Sroulik ») Shoshan, qui devient pasteur calviniste en Bretagne, ou encore Léontine, la vieille Bretonne qui apprend à ses hôtes comment fabriquer du cidre…


photo_2.JPG

Ombres et lumières malouines, photo S. D.

 

La Bretagne n’est pourtant pas seulement le cadre de certains épisodes de l’œuvre de Shahar, ni même le lieu où l’écrivain lui-même s’est souvent isolé, pour échapper à l’atmosphère sans doute trop pesante de son pays natal (Albert Bensoussan se souvient avoir rencontré Shahar chez Madeleine Neige, dans les années 1970, à Dinard). Je ne pense pas non plus qu’on puisse dire, comme le fait Cyril Aslanov, que « les digressions de David Shahar sur le voyage de Gabriel Shoshan en Bretagne  ou sur la maison natale de Jean Calvin à Noyon sont surtout la manifestation d’une volonté d’imiter le modèle proustien en le transposant dans l’atmosphère orientale de Jérusalem… »

 

AGENT-DE-SA-MAJESTE.gifCar en réalité, si Shahar a pu être justement comparé à Proust, il n’a pas cherché délibérément à imiter celui-ci, qu’il a découvert sur le tard. (Il semble que la première à avoir fait ce rapprochement soit Jacqueline Piatier dans son article « David Shahar, un Proust oriental» publié dans le Monde des Livres, le 14 avril 1978, à l’occasion de la parution du premier volume du Palais des Vases brisés chez Gallimard.  La consécration de Shahar en France, qui est étroitement liée à l’œuvre de sa traductrice, Madeleine Neige, aboutira à l’attribution du Prix Médicis étranger, en 1981, pour Le jour de la comtesse, avec cinq voix contre trois à Oriana Fallaci et une à Anthony Burgess).

 

Bien plus qu’un simple décor, la Bretagne apparaît comme un thème important dans l’œuvre de Shahar, qui s’est beaucoup intéressé à la mystique. Tout comme la mystique juive, élément récurrent du Palais des Vases brisés auquel elle donne son titre **, la mystique druidique a également séduit Shahar, esprit libre et éclectique qui se passionnait pour l’histoire, mais aussi pour la poésie et pour le mystère de l’existence humaine en général...

 

DINARD.jpg

Crépuscule sur Dinard

Notes

 

* Voir notre article « Les écrivains israéliens et la France, un amour partagé, Israël Magazine, juin 2011.

 

** Voir à ce sujet « Conversation », dans Trois contes de Jérusalem, Périple 1984, page 190 et s.

 

Commentaires

N OUBLIEZ PAS L ANCETRE.... MAX JACOB

Écrit par : BEHAR | 06/08/2012

J'en ai marre de ces juifs renegats epaules par des "goyottes"

Écrit par : ginette | 13/08/2012

Ginette vous êtes xénophobe ,c est malheureux de parler comme vs et c est inadmissible .reflechissez à vos propos brigitte

Écrit par : Fitouchi | 15/08/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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