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03/04/2012

Après Toulouse : ne pas se tromper de cible, Pierre Itshak Lurçat

 

« Après Toulouse, les médias français ont-ils diabolisé Israël ? » Cette question autour de laquelle débattront plusieurs journalistes francophones ce soir, à Jérusalem, est une question importante qui mérite d’être posée. Mais une autre question, bien plus lourde d’enjeux, risque de ne pas être abordée dans ce débat – tout comme elle est le plus souvent occultée dans les nombreuses réactions qui se sont fait entendre au sein de la communauté juive en France depuis le terrible attentat contre l’école Ozar Hatorah – celle de l’islam en France.

 

Il ne fait aucun doute que les médias ont diabolisé Israël, avant l’attentat et qu’ils portent une lourde responsabilité dans l’atmosphère empoisonnée qui entoure aujourd’hui les Juifs et Israël en France. Cela n’est pas nouveau, et je me souviens avoir participé avec le regretté Haim Azses à un séminaire de hasbara, à l’époque de la première Intifada (1988-1991) – période durant laquelle peu de gens se préoccupaient encore de ce sujet important, y compris parmi les grandes associations juives en France.

 

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Photo © Irena Elster

 

 Plus tard, nous avons créé, avec des militants de nombreuses associations de toutes tendances, y compris ceux de la Ligue de Défense juive parisienne, le « Prix de la Désinformation » (en 2001) qui fut décerné successivement à Sara Daniel (Nouvel Observateur) pour un reportage sur des « viols » imaginaires attribués à des soldats israéliens, au journal Libération pour ses caricatures antisémites d’Ariel Sharon, à l’AFP pour l’ensemble de son œuvre, et enfin à France 2 et Charles Enderlin pour l’affaire Al-Dura (bien avant que Philippe Karsenty ne s’en empare, avec talent et persévérance).

 


Je suis donc le dernier à minimiser l’importance du combat contre la désinformation dans les médias français et je me réjouis de voir que ce sujet est aujourd’hui partagé par tous au sein de la communauté juive de France – à l’exception d’une poignée d’alterjuifs comme Théo Klein ou de journalistes qui soutiennent leurs amis comme Claude Askolovitch…

 

Toutefois, prétendre que les médias français seraient responsables ou complices de la tuerie de Toulouse est à mon avis une erreur d’appréciation, qui risque d’occulter les coupables véritables et d’esquiver les vraies questions. On peut même se demander si l’empressement à dénoncer aujourd’hui la responsabilité des médias n’est pas un moyen facile pour détourner l’attention de Juifs de France des vraies questions, que posent l’islamisation de la société française et la prolifération des émules du Djihad qui, à l’instar de Mohammed Merah, sont prêts à tuer des Juifs pour aller au paradis d’Allah…

 

Cette question troublante a été renforcée par l’image des dirigeants de la communauté juive de France, main dans la main avec les dirigeants de la  communauté musulmane, au lendemain des attentats, comme pour dire « nous sommes tous des victimes »… Or, s’il est indéniable que des musulmans figuraient parmi les victimes, il est tout aussi indéniable que le tueur était musulman et qu’on ne peut exonérer l’islam de France, sans qu’il procède à un examen de conscience et à un indispensable nettoyage dans ses rangs.

 

Lorsque le président du CRIF (dont j’ai déjà dit l’estime que j’avais pour lui à titre personnel) affirme qu’il « est hors de question de faire l’amalgame entre l’islam, une religion parmi d’autres sur le territoire français, et des expressions terroristes qui sont un danger pour notre république », il commet une erreur manifeste d’appréciation et une faute politique. Erreur d’appréciation, car il est évident que le tueur a agi au nom de l’islam, qui n’est malheureusement pas une religion « parmi d’autres », puisque c’est celle au nom de laquelle on tue des Juifs en France aujourd’hui… Comme l’a déclaré le patron des Renseignements intérieurs français, M. Squarcini, « Mohammed Merah s’est radicalisé en lisant le Coran… » On ne saurait mieux dire !

 

Cette erreur d’appréciation tient évidemment à des motifs politiques, car le CRIF et les autres institutions juives obéissent en l’occurrence aux consignes données par le pouvoir français pour sauvegarder à tout prix l’illusion de « paix civile » et de la « concorde entre les deux communautés », illusion qui sous-tend l’édifice idéologique de la société multiculturelle dans laquelle les Juifs et les musulmans sont régulièrement convoqués ensemble et mis sur un pied d’équilibre – au mépris de l’histoire de France – pour mieux chanter les louanges de la République, même lorsque les Juifs sont victimes et que l’assassin est musulman…

 

Je ne jette pourtant pas la pierre aux dirigeants de la communauté juive, qui ont la tâche difficile de remplir leurs fonctions en cette période troublée, et qui se raccrochent contre vents et marées à l’illusion républicaine, perpétuant ainsi la politique de « l’Alliance royale »*, au risque de se couper du peuple de France… On aimerait cependant qu’ils fassent parfois preuve de plus de courage pour désigner nos vrais ennemis et pour montrer aux Juifs de France la seule direction qui leur offre encore un avenir – celle de Jérusalem.

 

N.B. Un colloque sur les questions cruciales de l’islamisation et de l’avenir des Juifs de France aura lieu très bientôt au Centre Communautaire Sioniste Kyriat Hana David de Jérusalem. Plus amples renseigements à venir.

* Sur ce concept voir le livre de Yosef Hayim Yerushalmi -Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs

PS Une amie parisienne attire mon attention sur un article récent de R. Prasquier, contenant des propos non équivoques sur l'islamisme, l'UOIF et les Frères musulmans. Dont acte.

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