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30/03/2012

"Juifs, apprenez à tirer!" Jabotinsky et les débuts de l'autodéfense juive, de Kichinev à Jérusalem (2)

Extrait de la postface de l'autobiographie * du fondateur de la Légion juive et du Betar relatant les débuts de l'autodéfense juive à Jérusalem, au moment des pemières émeutes arabes. Les mots fameux du grand dirigeant sioniste - "Juifs, apprenez à tirer!" - n'ont rien perdu de leur actualité, alors que nos frères Juifs en France découvrent ou redécouvrent tragiquement la précarité consubstantielle à l'existence juive en diaspora. P.I.L

Autodéfense à Jérusalem et emprisonnement à Saint-Jean d’Acre

 

La situation en Eretz-Israël est lourde de menaces et Jabotinsky entrevoit clairement le risque que font courir au Yichouv les bandes armées arabes, contre lesquelles ni l’armée anglaise, ni ses supplétifs indiens ne lèveront le petit doigt. Quand le juge Brandeis visite le pays, en juillet 1919, « Jabo » le met ainsi en garde contre les risques d’émeutes : « Nous autres, Juifs russes, sentons l’odeur du sang de loin, comme des chiens de chasse… ». La suite des événements va confirmer son pressentiment.

 

 

 

 

autodefense

Sur la tombe de Trumpeldor


Dès 1919, Jabotinsky organise l’autodéfense à Jérusalem, au sein de la Haganah et il entraîne les recrues sur le mont des Oliviers, au vu et au su des Anglais. Mais c’est dans le nord du pays qu’ont lieu les premières escarmouches, lorsque des bandes arabes attaquent les localités juives de Haute-Galilée. Trumpeldor et plusieurs de ses camarades trouvent la mort en défendant Tel-Haï, épisode héroïque qui entrera dans la légende sioniste. Un mois plus tard, les émeutes se propagent à Jérusalem, à l’occasion de la procession de ‘Nabi Samuel’. Les cris de « Itba’h al-Yahoud » (« égorgez les Juifs ») laissent de marbre les troupes anglaises. Jabotinsky prend alors en main la défense de la ville. En réaction, il est arrêté et incarcéré par les autorités britanniques, ce qui suscite une vague de protestation sans précédent au sein du Yichouv. Au cours de son procès, il se transforme d’accusé en accusateur, dénonçant l’hypocrisie des Anglais et leur passivité face aux pogromistes arabes. Le 19 avril 1920, il est condamné à 15 ans de travaux forcés. En signe de protestation, le Yichouv décrète la grève générale et le parti de la gauche sioniste, A’hdout Haavoda, appelle à inscrire le nom de Jabotinsky sur les bulletins de vote.

 


 

 

autodefense[...] A Riga, il est chaleureusement accueilli par les membres de l’association étudiante des « Hasmonéens », qui vont constituer le noyau du Betar. Le groupe d’étudiants dirigé par Aharon Propes est soulevé d’enthousiasme par le portrait de Trumpeldor, le héros de Tel-Haï, que Jabotinsky dresse devant eux et ils décident sur le champ d’adopter le nom de « Brith Trumpeldor » (Alliance Trumpeldor) ou, selon l’acronyme hébraïque, Betar. Comptant 9 000 membres en 1929, le mouvement de jeunesse va rapidement essaimer et décupler ses effectifs, atteignant 18 000 membres en 1930 et 80 000 à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. La philosophie du Betar est résumée dans le Chir Betar (« Chant du Betar »), rédigé par Jabotinsky en 1932 : « Hébreu, dans la misère même, tu es Prince – Que tu sois esclave ou vagabond – Tu naquis fils de Roi […] – Mourir ou conquérir la montagne – Yodefet, Massada, Betar ».

 

Relatant, quelques années plus tard, la création du Betar (qu’il considèrera jusqu’à son dernier jour comme le joyau de la couronne du mouvement révisionniste), Jabo explique qu’il y voit « un élément de la future Légion juive qui verra le jour en Eretz-Israël ». De fait, le Betar est un mouvement sioniste « militariste », soumis à une discipline stricte et marqué par l’idée du cérémonial, dans laquelle Jabotinsky voit une nécessité impétueuse. « Toutes les nations ont besoin d’un cérémonial, mais il faut être aveugle pour ne pas voir que, de toutes les nations, ce sont les Juifs qui en ont le plus besoin », écrit-il dans le Haynt de Varsovie, en 1929.

 

autodefenseCe militarisme, souvent reproché à Jabotinsky, n’est pourtant pas l’expression d’un amour romantique pour l’uniforme, ni même d’une supposée sympathie pour le fascisme (accusation infondée que l’on retrouve jusqu’à aujourd’hui chez les adversaires de Jabo et chez les ennemis du sionisme) – car l’Italie qu’il admire est celle de Garibaldi et de Mazzini et non celle de Mussolini – mais il est la conclusion logique de sa compréhension de la nécessité pour les jeunes Juifs de son époque d’« apprendre à tirer » (titre d’un de ses articles les plus fameux).

 

 

Extrait de Vladimir JABOTINSKY, HISTOIRE DE MA VIE, traduit de l'hébreu et présenté par P. Itshak Lurçat

 

(C) Editions Les Provinciales 2012

* EN VENTE DANS LES BONNES LIBRAIRIES ET SUR AMAZON

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