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06/07/2012

"Juifs, apprenez à tirer!" Jabotinsky et les débuts de l'autodéfense juive, de Kichinev à Jérusalem (1)

Jabotinsky, autodéfense, ToulouseDans l'extrait de son autobiographie * qu'on lira ci-dessous, le fondateur de la Légion juive et du Betar relate les débuts de l'autodéfense juive en Russie, au moment du pogrome de Kichinev. Les mots fameux du grand dirigeant sioniste - "Juifs, apprenez à tirer!" - n'ont rien perdu de leur actualité, alors que nos frères Juifs en France découvrent ou redécouvrent tragiquement la précarité consubstantielle à l'existence juive en diaspora. P.I.L

 NB Je donnerai une conférence mardi soir au centre communautaire francophone de Jérusalem sur le thème 'Que reste-t-il aujourd'hui du sionisme de Jabotinsky?'

Kichinev

 Le début de mon activité sioniste est lié à deux choses : l'opéra italien et l'idée d'autodéfense.

  Nous avons toujours eu, à la saison d'hiver, un opéra italien au théâtre municipal. Cet hiver-là, nous pûmes entendre chanter Armanda Degli Abati, l'amie de mon camarade Lebdnitsev, qui se rendait chaque soir au théâtre pour l'écouter. Un soir, à l'entracte, je le croisai dans le couloir accompagné d'un homme élégant, arborant une moustache noire et affichant des manières occidentales, que j'avais déjà vu plusieurs fois, toujours assis à la même place, à la deuxième rangée. Lebdnitsev nous présenta l'un à l'autre : ce monsieur était l'envoyé spécial d'un journal professionnel de Milan, consacré à la musique et au chant...


 Je savais déjà qu'il était juif – « Signore Saltzmann ». Il était évident qu'il l'était. À présent il me proposa de l'appeler Salomon Davidovitch ; me révéla que son travail de « correspondant » du journal italien n'était qu'un divertissement et que son métier principal était le négoce, comme tous les Juifs ; et il me raconta qu'il était sioniste.

 Nous nous rencontrâmes encore plusieurs fois au théâtre, il me montra ses articles dans le journal italien, mais nous ne parlâmes d'aucun autre sujet.

Entre-temps, l'époque de Pessa'h approchait, Pessa'h de l'an 1903. J'avais entendu de certaines de mes connaissances des propos inquiétants : on disait que dans la ville, dans les environs et dans toute la région, il y avait un risque de troubles antijuifs, chose qui ne s'était pas produite depuis au moins vingt ans. L'un prétendait que ces rumeurs n'avaient aucun fondement et que la police ne le permettrait jamais ; l'autre affirmait que c'était précisément la police qui allait organiser ces émeutes ; un troisième proposait qu'une délégation de notables de la communauté se rende chez le gouverneur de la ville – affirmations toutes aussi bizarres les unes que les autres, auxquelles nous n'étions pas habitués.

Jabotinsky, autodéfense, ToulouseAssis à ma table de travail, j'écrivis une dizaine de lettres adressées à dix responsables communautaires juifs, que je ne connaissais pas, pour la plupart : je leur proposai d'organiser l'autodéfense.

Ils ne me répondirent pas ; mais au bout d'une semaine, un de mes amis d'enfance se rendit chez moi, un autodidacte qui avait des relations et des contacts au sein de mouvements de toutes sortes, et il me dit : - Untel m'a montré ta lettre – en toute confidentialité, bien entendu. Pourquoi lui as-tu écrit ? Tout d'abord, ceux à qui tu t'adresses, précisément, n'oseront rien faire et ne bougeront pas ; et deuxièmement, et c'est le plus important – il y a déjà un groupe d'autodéfense. Viens avec moi.


 Nous nous rendîmes à Moldavanka, et là, dans une grande pièce vide qui ressemblait à un bureau de commerce, je trouvai quelques jeunes – parmi lesquels Israël Trivouch, mon ami depuis lors, qui finit par devenir mon collègue à la direction du Hatzohar [1]. J'ai oublié les noms des autres, et c'est dommage : car il s'agissait, pour autant que je sache, de la première tentative de mettre sur pied un groupe d'autodéfense organisé en Russie, avant même qu'éclate le pogrome de Kichinev. Nous travaillâmes efficacement : nous réunîmes des fonds – environ cinq cents roubles, si ma mémoire est bonne, somme considérable à nos yeux ; Revirger, qui possédait un magasin d'armes, nous donna une vingtaine de pistolets en cadeau, et nous vendit le reste à bas prix – pour la plupart à crédit, sans espoir de paiement. Notre magasin d'armes était situé dans le même bureau : des pistolets, des barres de fer, des couteaux de cuisine et des couteaux de boucher. Jour et nuit, deux personnes étaient de garde dans le bureau ; chaque jeune, muni d'un papier signé par un des membres du « conseil de direction », entrait et recevait sa part. Dans la deuxième pièce du bureau se trouvait l'hectographe, sur lequel nous imprimions des tracts en russe et en yiddish : leur contenu était d'une extrême simplicité – deux articles du code pénal, affirmant explicitement que celui qui tue dans un geste d'autodéfense est exempté de toute peine, accompagnés de quelques mots d'encouragement à la jeunesse juive, pour qu'elle ne se laisse pas mener à l'abattoir. A SUIVRE...



[1] Organisation sioniste révisionniste fondée par Jabotinsky en 1925.

Extrait de Vladimir JABOTINSKY, HISTOIRE DE MA VIE, traduit de l'hébreu et présenté par P. Itshak Lurçat

(C) Editions Les Provinciales 2012

* EN VENTE DANS LES BONNES LIBRAIRIES ET SUR AMAZON

 

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