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01/02/2012

« Mourir ou conquérir la montagne » : Vladimir Zeev Jabotinsky, un Mensch et un visionnaire.

Je reproduis la belle recension de Jocelyne Chochana sur le site FRANCE-ISRAEL.

+ j'ai été interviewé par Dror Even Sapir dans son excellente émission littéraire Point Virgule sur GUYSEN TV; voir ICI. P.I.L.

jabotinsky-livre.jpgHistoire de ma vie – Vladimir Zeev Jabotinsky

Je l'attendais depuis longtemps, très longtemps cet ouvrage : "Histoire de ma vie" de Vladimir Zeev Jabotinsky, traduit en français par Pierre Lurçat, aux Editions Les Provinciales.

Pour avoir lu de nombreux extraits de ses écrits, lorsque j'étais adolescente dans mon mouvement de jeunesse, le Bétar, je n'avais pas encore lu "Histoire de ma vie", pour la simple raison qu'il n'avait jamais été traduit en français. C'est aujourd'hui chose faite, même s'il m'a fallu attendre près de 30 ans... Le plaisir n'en est que plus intense.

A la lecture de ce livre, de nombreux souvenirs de jeunesse remontent à la surface. Je n'oublierai pas les chansons que nous chantions à la gloire de "Jabo", comme nous l'appelions alors, et de Trumpeldor. Je n'oublierai pas non plus son nom de plume "Altalena", nom qui fut donné en 1948 au bateau de l'Irgoun qui apportait des armes au Yichouv pour combattre les Anglais et qui fut coulé sous l'ordre de D. Ben Gourion.

Impossible d'oublier, celui qui laissa en chacun de nous une trace indélébile pour ses actions et ses discours poignants, coulant en droite ligne de son maître Jabotinsky, je veux parler de Monsieur Menahem Begin. C'est l'éducation idéologique de Jabotinsky qui forgea des hommes tels que Menahem Begin, celui qui réussit à faire la paix avec l'Egypte, qui mena "l'Opération Babylone" sur le site nucléaire Osirak en 1981, celui-là même qui devant les incessantes condamnations à l'ONU s'écria à la face du monde : "Je préfère être un juif antipathique mais vivant, qu'un juif sympathique mais mort".


Zeev Jabotinsky fait partie de ces hommes rares qui possèdent de nombreuses capacités intellectuelles, associées à une intelligence exceptionnelle. Il naît en 1880 à Odessa en Ukraine. Il est issu d'une famille juive observante mais n'est pas attiré par le monde religieux et préfère partir étudier en Europe occidentale. Il fait des études de droit, mais c'est surtout en écrivant des articles pour la presse russophone et la presse Yiddish qu'il se fait connaître. Il est passionné de littérature et d'art et c'est en Italie qu'il s'épanouit intellectuellement.

Mais c'est aussi une période troublée pour le peuple juif, qui depuis de nombreuses années subit des pogroms, comme celui de Kichinev (Russie) en 1903. Ce dernier soulève, à travers le monde juif, de nombreuses réactions idéologiques nouvelles. Certains intellectuels préconisent l'assimilation totale afin de ne plus entendre parler du problème juif, d'autres au contraire invoquent la création d'un mouvement d'auto-défense et pourquoi pas la création d'un État juif... "quelque part".... qui assurerait la sécurité de chacun. Ces sujets sont abordés lors des Congrès sionistes, créés sous l'impulsion de Théodor Herzl qui a fondé l'"Organisation Sioniste". Le premier congrès sioniste avait eu lieu en août 1897 à Bâle (Suisse).


jabotinskyZeev Jabotinsky n'avait pas besoin d'appartenir à un mouvement en particulier. Il était sioniste dans l'âme. Cette idéologie faisait partie de lui-même. C'est ainsi qu'il raconte dans ses mémoires :

"A mon retour à Odessa, le Signore Saltzmann vint me trouver et me dit : "Je suis venu vous voir au nom de mon association sioniste, du nom de "Eretz-Israël". Nous avons décidé de vous proposer de vous rendre au Congrès sioniste en tant que délégué de notre association.

-  Mais je suis totalement ignorant des affaires du mouvement sioniste ![ Vous apprendrez !

J'acceptai. On m'invita à la réunion de l'association.... Que pensais-je du programme d'El-Arish... Saltzmann avait eu le temps de m'expliquer, deux jours avant la réunion, qu'on nous proposait de peupler cette région se trouvant en Égypte, à la frontière d'Eretz-Israël, et qu'une délégation sioniste y avait été envoyée pour visiter la région. .... Mon vote dépendra de la réaction des membres du Congrès. Si je vois qu'il n'y a pas de danger de scission au sein de l'organisation sioniste, je voterai pour le plan ; et si je vois que le mouvement risque de se scinder sur cette question – cela sera un signe qu'il ne peut y avoir de sionisme sinon à Sion, et alors je lèverai la main contre El-Arish". Je fus élu, et je me rendis à Bâle au sixième Congrès ; et c'est à ce moment que débute un nouveau chapitre de ma vie".

Le sixième Congrès sioniste se tient en 1903. Ce fut un congrès important car durant ses travaux, Theodor Herzl proposa l'Ouganda (alors sous mandat britannique) comme terre d'asile pour tous les Juifs du monde. Ce fut aussi le dernier Congrès auquel prit part Herzl qui meurt en 1904.

Voici ce que dit Jabotinsky à ce sujet : "Le sixième Congrès fut en effet le dernier du vivant de Herzl – et sans doute le premier du sionisme adulte. L'examen de passage à cet égard porte un nom fameux : Ouganda. Je fis partie de la minorité qui vota contre l'Ouganda, et avec les autres délégués qui votèrent "non", je sortis de la salle... Herzl me fit l'impression d'un géant – le mot n'est pas exagéré, il n'y a pas d'autre description qui convienne, un géant ; et je ne me prosterne pas facilement devant quelqu'un.

jabotinsky

 De manière générale, de toute ma vie je n'ai pas le souvenir d'une personne qui "m'impressionnât" de quelque manière, ni avant Herzl ni après ; à ce moment seulement j'eus le sentiment de me trouver devant l'élu du destin, prophète et dirigeant de grand talent, derrière lequel il valait la peine d'errer et de s'égarer. Jusqu'à ce jour, il me semble entendre sa voix résonner à mes oreilles, lorsqu'il fit le serment devant nous tous, "Si jamais je t'oublie Jérusalem...". Je crus à son serment, tous y crurent. Mais je votai contre lui, et je ne sais pas pourquoi : "Comme cela", ce même "comme cela" qui vaut mieux que mille explications".

Zeev Jabotinsky se trouve à plusieurs carrefours et moment décisifs de la vie du judaïsme et du sionisme mondial. Comme nous venons de le voir, il participe à l'un des Congrès sionistes les plus importants, alors que le monde connaît un antisémitisme virulent en Europe, et que des intellectuels juifs préconisent diverses solutions afin d'éradiquer cette souffrance juive... Son métier de journaliste l'amène à voyager beaucoup, tout comme Herzl, qui couvrit l'affaire Dreyfus en France pour son journal autrichien, Die Neue Freie Presse. Le lecteur vibre en même temps que l'auteur, nous partageons ces instants cruciaux qui voient poindre à l'horizon un terrible danger et une seule solution : l'établissement d'un foyer national juif sur la seule et unique terre d'Israël.

Seuls des visionnaires, comme l'étaient T. Herzl et Z. Jabotinsky, peuvent mesurer l'importance d'une telle décision et d'une telle idéologie qu'est le sionisme. C'est une véritable révolution dans le monde juif, et à tous les niveaux. Jabotinsky est convaincu que le peuple juif doit tout d'abord se construire et constituer une véritable société avec les structures d'État adéquates. La priorité, à ses yeux, est l'établissement d'une armée d'auto-défense. C'est en Égypte que cette entreprise voit le jour. Pas exactement comme l'espérait Jabotinsky. "Le Général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Egypte : "... la loi nous interdit d'accepter des soldats étrangers au sein de l'armée britannique. Je ne peux vous proposer que cela : nous allons constituer avec ces jeunes hommes un corps de muletiers – unité de transport à dos de mule – et nous les enverront sur un autre front ; contre la Turquie, évidemment. Je ne peux rien faire de plus".

jabotinskyJoseph Trumpeldor accepte malgré tout la proposition des muletiers de Sion (ZMC), mais Jabotinsky ne s'y résigne pas et déclare : "Je pars. Si le général Maxwell accepte de fonder un bataillon juif véritable, un bataillon de soldats, alors je reviendrai ; sinon je trouverai d'autres commandants qui accepteront". Mais il avoua plus tard que "Trumpeldor avait raison. Six cent muletiers ont inauguré petit à petit une nouvelle période dans le développement des opportunités sioniste".

Le ZMC avait été crée en avril 1915 et fut dissout en mai 1916. Le ZMC fut l'embryon de la Légion Juive, qui prit part à la conquête d'Eretz-Israël.

Comme le dit le proverbe "nul n'est prophète en son pays", Z. Jabotinsky n'eut pas l'accueil escompté lors de son retour à Odessa, comme il le relate : "Après douze années d'activité nationale, je finissais comme au milieu du désert". C'était un incompris car trop en avance sur son temps. Il pressentait déjà de grandes catastrophes pour le peuple juif. Si celui-ci ne se structurait pas autour d'une armée d'auto-défense, ce seraient encore d'autres pogroms et peut-être des massacres plus atroces auxquels devait s'attendre le peuple juif.

Dans sa propre ville il était vu comme un traître et un destructeur : "La Légion juive était une chose naturelle et même banale dans une guerre qui devait, ou qui pouvait décider du sort de la terre juive, et pour avoir commis ce péché, voyez quelle colère et quel tonnerre j'avais déclenchés". Dans ce moment de désespoir, Zeev Jabotinsky demanda alors conseil à sa mère, qui elle aussi avait dû subir des remarques désobligeantes d'un dirigeant sioniste russe qui lui lança : " Votre fils devrait être pendu". Le seul conseil qu'elle donna à Z. son fils fut alors celui-ci : "Si tu es certain d'avoir raison, alors ne cède pas".

 

betar_lion.jpgLe récit de "L'histoire de ma vie" s'arrête en 1920. Le traducteur complète son ouvrage par le récit de la vie de Jabotinsky de 1919 à 1940 (année de sa mort). On apprend alors, notamment, que Z. Jabotinsky sera emprisonné à la prison d'Acco, après les émeutes à Jérusalem. C'est à Riga qu'il créera le mouvement de Jeunesse Brith Trumpeldor (Betar) en 1923. Le mouvement atteint les 80 000 membres à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Il rédigea le chant du Betar en 1932 : "Hébreu, dans la misère même, tu es Prince – Que tu sois esclave ou vagabond – Tu naquis fils de Roi [...] – Mourir ou conquérir la montagne – Yodefet, Massada, Betar".

Tout son combat fut orienté vers le sauvetage du peuple juif, qu'il nomme "la liquidation de l'exil". Il encourage l'immigration illégale en Eretz-Israël. Il exhorte les Juifs de Pologne à fuir et s'adresse à eux dès 1938 en ces termes : "Je vois un spectacle terrible ; il ne reste que peu de temps pour s'échapper. Je sais bien que vous ne pouvez le voir, préoccupés par vos soucis quotidiens. Ecoutez cependant mes paroles, en cette heure ultime : au nom de Dieu ! Que chacun sauve sa vie, tant que cela est encore possible, car il ne reste plus beaucoup de temps !"

Z. Jabotinsky était vraiment un grand visionnaire. Alors qu'aujourd'hui nous assistons aux revendications sociales en Israël, il est opportun de se souvenir qu’il avait développé un concept économique et social articulé autour des "5 M" à savoir la nourriture, le logement, les soins médicaux, l'éducation et l'habillement (ces mots commencent tous par la lettre M en hébreu).

Zeev Jabotinsky décède d'une crise cardiaque en 1940 aux Etats-Unis. Ce n'est qu'en 1964 que son corps fut rapatrié en Israël, comme il l'avait souhaité. David Ben Gourion, l'ennemi juré de Jabotinsky depuis le congrès sioniste de 1935, avait toujours refusé le transfert de son corps. Il fallut attendre l'élection du Premier ministre Levi Eshkol pour qu'enfin Zeev Jabotinsky et son épouse puissent retrouver la terre de leurs ancêtres. Ils reposent depuis sur le Mont Herzl.

 

Jocelyne CHOCHANA©

Images :

http://www.terredisrael.com/Jabotinsky.php

 

12:22 Publié dans Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jabotinsky

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