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24/01/2012

"Dans la ville du massacre" : Le pogrome de Kichinev sous la plume des écrivains

Je dédie cet article inédit à la mémoire des victimes du pogrome d'Itamar, membres de la famille Fogel, dont nous marquerons demain la hazkara. P.I.L

pogrom_kishinev1.jpgOn connaît bien le rôle généralement attribué à l'affaire Dreyfus dans la genèse de la doctrine de Théodor Herzl, le fondateur du sionisme politique. Neuf ans après la rédaction de l'État juif, en 1903 – un an avant le décès du "Visionnaire de l'État" – un autre événement va secouer les consciences juives et avoir des répercussions considérables sur l'histoire juive. A Kichinev, en Bessarabie, un pogrome terrible se déroule pendant trois jours de suite, faisant plusieurs centaines de victimes, morts et blessés. Plus encore que l'ampleur du drame, c'est son impact sur plusieurs écrivains juifs – et notamment H. N. Bialik et Jabotinsky – qui va donner à cet événement une importance majeure.

 

 

« Les émeutes anti-juives de Kichinev, Bessarabie, sont pires que ce que le censeur autorisera de publier. Il y a eu un plan bien préparé pour le massacre général des Juifs, le lendemain de la Pâque russe. La foule était conduite par des prêtres et le cri général, "Tuons les Juifs", s'élevait dans toute la ville. Les Juifs furent pris totalement par surprise et massacrés comme des moutons. Le nombre de morts s'éleva à 120 et les blessés à environ 500. Les scènes d'horreur pendant le massacre furent indescriptibles. Les bébés furent littéralement déchiquetés par la foule frénétique et assoiffée de sang. La police locale ne fit aucune tentative pour arrêter le règne de la terreur. Au coucher du soleil, des piles de cadavres et de blessés jonchaient les rues. Ceux qui purent échapper au massacre se sont sauvés, et la ville est maintenant pratiquement vidée de ses Juifs ».

Cette description publiée dans le New York Times fin avril 1904 donne une idée de l'horreur du pogrome de Kichinev. Il ne s'agit certes pas du premier pogrome en Russie : les premières émeutes antijuives remontent à l'année 1881, date à laquelle le mot entre dans le vocabulaire politique moderne. Mais alors que les violences des années 1880 ont laissé de marbre l'intelligentsia russe et l'opinion occidentale, le pogrome de Kichinev va par contre susciter une vague de réprobation internationale. Des manifestations se tiennent ainsi à Paris, Londres et New-York. Les gouvernements occidentaux protestent officiellement contre la passivité de la police du Tsar, qui a laissé faire les pogromistes pendant trois jours.

 

 

bialik_1.jpgPourtant, ce ne sont pas les journalistes et les diplomates qui vont transformer Kichinev en événement marquant et en tournant de l'histoire juive, mais bien les écrivains. Au lendemain du pogrome, plusieurs écrivains russes publient ainsi des articles virulents, parmi lesquels Maxime Gorki et Léon Tolstoï. Ce dernier écrit notamment que "le crime de Kichinev est la conséquence directe de la propagande mensongère du gouvernement russe".

Mais c'est un autre écrivain, juif, qui va immortaliser l'événement dans un poème dont la force touchera les consciences et bouleversera les lecteurs. Haïm Nahman Bialik (PHOTO CI-CONTRE), âgé de trente ans, est envoyé sur les lieux du pogrome par la Commission historique de la communauté juive d'Odessa, pour y interviewer des survivants. Il en reviendra avec un de ses plus fameux poèmes, Dans la ville du massacre.

 

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16/01/2012

Une visite en Eretz-Israël en 1909 - par Vladimir Jabotinsky

Extrait de L'Histoire de ma vie, de Jabotinsky, parue récemment aux éditions les Provinciales

telaviv-founding1.jpgDe Salonique, je me rendis par la mer en Eretz-Israël. Il est inutile, dans un livre qui sera publié à Tel-Aviv, de décrire le Yichouv juif tel qu'il était en l'an 5669 [1909] ; je me contenterai de rappeler certains détails, sans doute oubliés, et dont certains étonneront peut-être, en raison de la différence considérable entre le passé et le présent. À Jaffa, je logeai dans la maison de Dizengoff, mon ami d'Odessa ; sa femme se rendait tous les matins à la pompe et tournait la roue de ses mains fines, un rire joyeux sur son noble visage ; et son mari m'invita à faire une promenade sur les dunes, au nord de Jaffa, et me dit : - nous avons acheté cette parcelle, et nous y construirons un faubourg juif, si Dieu le veut, et au milieu du faubourg nous construirons un immeuble pour le lycée – c'est-à-dire, si nous trouvons quelqu'un qui apporte l'argent.

 

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Dans les moshavot, je rencontrai des petites équipes d'ouvriers : ils me reçurent comme un frère et me demandèrent de leur raconter ce qui se passait dans le monde, dans mon pauvre hébreu. Ecoutant ce qui se passait en Turquie, ils répondirent, à tout propos ; - Qu'est-ce que cela peut faire ? Cela n'a pas d'importance, la question essentielle est de savoir pourquoi il n'y a pas d'alyah en provenance de Russie ? –

D23-062_wh.jpgJe montai vers la Galilée ; des groupes de travailleurs m'accompagnèrent de moshava en moshava, cherchant du travail, et la plupart portaient un fusil en bandoulière et une ceinture remplie de cartouches. En chemin, nous croisâmes souvent un garde juif à cheval, lui aussi armé d'un fusil. « Qu'arrivera-t-il si tu rencontres un gendarme du gouvernement ? » – « Il me dira : Shalom, 'Hawadja ». À Misra, au pied du mont Thabor, j'entrai dans la maison de l'instituteur, jeune homme robuste, large d'épaules, qui me raconta : « Avant-hier, je me rendais à cheval à Sejera, je croisai en chemin un Arabe, lui aussi à cheval ; il arrêta sa monture et me demanda d'allumer sa cigarette, avec celle que j'avais dans la bouche : c'est la manière de procéder habituelle des voleurs de grand chemin dans notre région – son intention était de m'agripper soudainement et c'en était fini de moi. Je sortis mon pistolet, plantai ma cigarette dans le canon et lui tendis : « Allume ! » Il me raconta aussi qu'une semaine seulement auparavant, la « guerre » avait pris fin dans leur région : deux tribus bédouines s'affrontaient, pendant près de deux mois, il y eut des blessés et des morts.

 

jabotinski1903.jpg


À Tibériade, je tentai de m'adresser en hébreu au fils de l'aubergiste, un garçon de quatorze ans, élève de la yeshiva aschkénaze, qui me répondit en yiddish. « Tu ne connais pas la langue sacrée ? » Il baissa la tête et m'expliqua : « Le rabbin a dit, qui parle en hébreu ? Les Juifs apostats parlent en hébreu ». Et du haut du mont Thabor je vis un désert sauvage, c'était la vallée de Jezréel.



 commander Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky,
texte traduit de l’hébreu et présenté par Pierre Itshak Lurçat.

11/01/2012

Le jour où la droite israélienne prendra le pouvoir… Pierre Itshak Lurçat

 

AVEC YARIV LEVIN.JPGJ’ai rencontré ce matin à la Knesset le député Likoud Yariv Levin [photo ci-contre de Sarah Lurçat]. A 43 ans, il n’est pas seulement un des « jeunes loups » du parti de Bibi Nétanyahou et un des éléments les plus brillants et les plus prometteurs de la droite israélienne, mais il incarne aussi et surtout la volonté d’une nouvelle génération de « donner enfin le pouvoir » à la droite israélienne, trente-cinq ans après que Menahem Begin ait gagné les élections…

 

Yariv Levin est, par sa mère, le rejeton d’une famille qui s’est illustrée pendant la période de la Tékouma (renaissance) et de la Guerre d’Indépendance : les parents de sa mère faisaient partie de l'Irgoun et l’oncle de celle-ci, Eliaou Lenkin, était le commandant de l’Altalena, le fameux bateau affrété par l’Irgoun qui fut bombardé, avec sa précieuse cargaison d’armes et des dizaines de Juifs à  bord – dont plusieurs survivants de la Shoah – sur l’ordre du commandant du Palma’h, un certain Itshak Rabin…

 

ALTALENA.jpg


 

Le contenu – passionnant – de mon entretien avec Yariv Levin doit paraître dans la prochaine livraison d’Israël Magazine et je ne vais pas en dévoiler ici la teneur. Je dirai seulement que le thème essentiel de notre conversation était la question, cruciale, de savoir pourquoi la droite ne dirige pas encore Israël, trente-cinq ans après le « Maapa’h » (renversement) de 1977, et comment faire pour remédier à cette situation.

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