Je reproduis la recension par Misha Uzan de l'Histoire de ma vie de Jabotinsky.
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Vladimir Zeev Jabotinski, Histoire de ma vie, Paris : Les Provinciales, 2011, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat
Vladimir Zeev Jabotinski. Histoire de ma vie
Par Misha Uzan
« Un vieillard qui disparaît, c’est comme une bibliothèque qui brûle». Cette célèbre phrase de l’écrivain malien Amadou Hampaté Ba mériterait d’être complétée : ” Lire les Mémoires ou l’autobiographie d’un grand homme, c’est comme fouiller dans sa bibliothèque personnelle”.
C’est particulièrement vrai avec Histoire de ma vie, de Vladimir Zeev Jabotinsky. On ne peut que remercier Pierre Itshak Lurçat et les éditions Les Provinciales, d’avoir traduit et édité l’autobiographie de l’initiateur du sionisme révisionniste, grand personnage du mouvement sioniste, et grand homme du XXe siècle.
On ne peut qu’admirer l’œuvre d’un visionnaire et prophète, un homme politique droit et sincère, traducteur de grandes œuvres, écrivain à la plume belle et puissante, polyglotte redoutable.
Vladimir Ze'ev Jabotinsky
Ce n’est pas l’homme politique, le théoricien ni même l’écrivain que nous raconte Jabotinsky dans ses pages, c’est l’homme qu’il a été. Avec une sincérité étonnante, n’hésitant pas à confesser ses erreurs, ses oublis, ses imprécisions, confessant ses défauts, il nous livre ses sentiments, ses pensées, ses amitiés. Depuis sa naissance à Odessa, les phrases de sa mère, son éducation, ses lectures, jusqu’après la première guerre mondiale, on suit Jabotinski presque partout en Europe : en Russie sa “patrie matérielle”, en Italie “sa patrie spirituelle”, en Suisse, en Pologne, en France ou en Eretz Israël. On découvre un Jabotinski tour à tour et tout en même temps journaliste, étudiant, responsable et activiste politique puis penseur, auteur. Avec lui on croise quelques grands hommes de son époque : Herzl bien sûr qu’il n’a pu voir qu’une seule fois, mais aussi Weizmann, les deux Syrkin (Nahum et Bahman), Yehouda Gordon, et de nombreux leaders, auteurs et professeurs européens de l’époque, dont la plupart sont aujourd’hui inconnus. En s’arrêtant brusquement aux environs de 1920, Jabotinski nous parle beaucoup de l’Europe, un peu du sionisme, et pas tant que ça d’Israël. Mais on apprend beaucoup en sa compagnie. Pas seulement sur lui-même. On découvre aussi de nombreuses péripéties ou petits détails, trop nombreux pour tous les citer mais dont on perçoit parfois l’influence, plus quatre vingt ans plus tard. A titre d’exemple, Jabotinsky indique comment nul ne l’a pris au sérieux, y compris dans le camp sioniste, lorsqu’il a mentionné sa volonté de faire de l’hébreu la première langue d’enseignement juif en diaspora[1]. Si elle avait été plus appliquée, une telle mesure aurait évité bien des soucis à des millions d’immigrants en Israël, jusqu’à aujourd’hui. Là encore Jabotinski était visionnaire.