27.11.2011
Passerelle des « Maghrébins »: nouvelle capitulation de Netanyahou
Je reproduis l'article de mon confrère Shraga Blum sur la nouvelle capitulation de Bibi, qui a une nouvelle fois eu peur de son ombre (attitude qui ne fait que conforter les Musulmans dans leur chantage et leurs théories du "complot juif pour détruire la mosquée"...). J'invite les lecteurs à regarder aussi l'excellent reportage de Corine Bodnev sur le Har Habayit (Mont du Temple) sur TSARFAT TV, la nouvelle télévision israélienne francophone qui monte... (à partir de la minute 18:30). Hodesh tov et que le mois de Kislev nous insuffle l'esprit des Makkabim! P.I.L.
Comme cela s’est passé à plusieurs reprises, le Premier ministre Binyamin Netanyahou a une nouvelle fois fait stopper au dernier moment les travaux indispensables à la sécurité de la «Passerelle des Maghrébins » qui relie le Kotel à l’entrée de la mosquée (photo ci-contre P.I.L) construite à la place du Temple de Jérusalem. Les équipes de travail ainsi que les machines étaient déjà sur place pour commencer les travaux mais tout a été arrêté par « ordre venu d’en haut ».
Le scénario est exactement le même a chaque épisode : l’ingénieur en chef de la Ville de Jérusalem, les responsables des Pompiers ainsi que ceux de l’Office National des Antiquités sonnent le signal d’alarme depuis un certain temps déjà sur les dangers d’effondrement de cette construction en bois et exigent sa destruction pour construire une structure solide. Immédiatement, la machine de propagande musulmane se met en branle, accusant Israël « d’atteinte à la Mosquée » et menaçant « d’embrasement du monde musulman » au cas où les juifs touchent à cette passerelle. Les autorités municipales font alors savoir qu’elles passeront outre ces menaces, premièrement parce qu’il s’agit d’une question de sécurité publique et deuxièmement parce qu’Israël est tout simplement souverain sur le Mont du Temple. Mais au dernier moment, le Premier ministre ordonne de tout arrêter « pour des raisons de sensibilité de la situation ».
Cette fois-ci, il s’agit d’avertissements venus à la fois de Jordanie et d’Egypte « sur des troubles dans le monde musulman que provoqueraient de tels travaux ». L’un des dirigeants des Frères Musulmans s’est même permis de menacer Israël à la télévision égyptienne, accusant « les sionistes de vouloir entrer en force pour saccager et profaner la mosquée Al-Aqsa ». Tout cela a suffi pour que le Premier ministre qui se fend toujours en déclarations enflammées pour Jérusalem de céder une nouvelle fois face au chantage inadmissible des usurpateurs musulmans.
Tout comme la construction juive à Jérusalem, « ce n’est jamais le bon moment » pour faire ce que n’importe quel Etat ferait, à savoir agir en vertu de sa souveraineté et de son droit. Et lorsqu’on cède sur nos droits naturels, on donne raison à ceux qui nous les contestent.
par Shraga Blum
http://www.israel7.com/2011/11/passerelle-des-%C2%AB-maghrebins-%C2%BB-nouvelle-capitulation-de-netanyahou/
22:07 Publié dans Antisemitisme, Fetes juives, Heroisme juif, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24.11.2011
Deux beaux romans sur le Retour – de la téchouva à l’alyah, par Pierre Itshak Lurçat
Le titre du beau roman de Yéochoua Sultan, Comme l’amandier en hiver, intrigue le lecteur. La couverture du livre – autoédité par l’auteur (yeochouasultan91@gmail.com) – est illustrée par deux photographies : au recto, des amandiers en fleurs, au verso, une forêt aux couleurs automnales. Ces deux images représentent les deux facettes ou plutôt les deux extrémités du parcours relaté dans le livre, qui raconte un voyage initiatique, de la banlieue parisienne aux monts de Judée. C’est donc le récit d’un retour, ou plutôt du Retour, celui que de nombreux Juifs nés dans des familles éloignées de la tradition ont vécu et ont accompli, certains allant, comme Sultan, jusqu’au bout de ce parcours en faisant leur alyah.
Ce livre est construit comme un roman et non comme une autobiographie, et le lecteur est agréablement surpris en découvrant un style romanesque à la fois simple et authentique, qui rappelle celui de romans juifs déjà oubliés, comme ceux de Roger Ikor (Les eaux mêlées).
Yeochua Sultan écrit bien et il sait camper ses personnages – Olivier, son héros, ses parents et ses camarades du lycée. Il y a même dans le livre des descriptions de paysages, chose que le roman contemporain a presque délaissé, tellement les écrivains actuels sont focalisés sur les personnages et sur leurs propres impressions.
Comme l’amandier en hiver se déroule presque entièrement à Flessy, petite ville de la grande banlieue où vit le héros et où il étudie. L’auteur réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’un lycée français dans les années 1980, au moment de la guerre du Liban qui est celui du retour de l’antisémitisme. C’est précisément une banale discussion entre élèves qui va faire comprendre au personnage principal que son judaïsme n’est pas une chose anodine et qui va le conduire petit à petit à s’interroger sur son identité, interrogation qui le mènera à redécouvrir le judaïsme puis Israël.
La force de ce roman est de parvenir à faire vivre au lecteur le cheminement – à la fois intellectuel et spirituel – du héros, et à lui permettre de s’identifier à lui. Beaucoup de Juifs ont connu des parcours similaires à celui d’Olivier Nizard, mais très peu de romanciers ont su raconter le Retour. C’est le talent de l’auteur de relever cette gageure, de manière simple et sans fioriture. Son livre est sous-titré « Un imprévisible retour », et de fait, la trame du livre réside dans ce caractère imprévisible du parcours du héros, ramené presque malgré lui à son peuple et à sa Torah, qui finit par comprendre que sa place est en Israël, sur la terre de nos ancêtres. Ce roman plein de fraîcheur fera sans doute plus que beaucoup de discours pour convaincre beaucoup de Juifs égarés, en France et ailleurs, que leur place est ici, en Israël !
Sur un thème très similaire, Laure Guetta publie De l’appel au retour (autoédité, laure.guetta@gmail.com). Ce roman bien écrit et émouvant relate le retour d’un couple de jeunes Juifs parisiens, Line et Franc. La première partie décrit leur retour à la pratique des mitsvot, et notamment au respect des lois de pureté familiale, à la suite des difficultés qu’ils rencontrent pour avoir un enfant. Dans la deuxième partie, ils se rendent en vacances en Israël et comprennent, après un périple à travers le pays, que l’alyah est l’aboutissement de leur cheminement spirituel.
Ces deux livres ont en commun une grande sincérité, des qualités d’écriture et aussi quelques défauts inhérents à l’autoédition. Ils souffrent de quelques longueurs, même s’ils ne sont jamais ennuyeux. Laure Guetta est plus convaincante à mon avis dans la seconde partie de son roman. Tous les deux ont écrit des livres forts qui montrent, de manière romancée et non didactique, que l’accomplissement de la vie juive authentique ne peut être trouvé que sur la terre d’Israël. Deux beaux romans qui ne laisseront aucun lecteur indifférent !
Comme l’amandier en hiver de Yéochoua Sultan et De l’appel au retour de Laure Guetta.
Les deux livres sont vendus dans la sympathique librairie française Kohav, rue Mekor Haïm à Jérusalem. http://www.kodeshlibrary.com/
13:06 Publié dans Fetes juives, hebreu, Judaisme, Livre, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.11.2011
Irène Némirovsky : commémorer une Juive antisémite ? - Pierre Itshak Lurçat
A l'occasion de la parution en poche des oeuvres complètes d'Irène Némirovky, je remets en ligne cet article paru il y a un an. P.I.L
"Il était petit, maigrichon, grelé, roux, clignait à tout moment ses yeux minuscules et roux eux aussi, avait le nez long et courbe et n'arrêtait pas de tousser". Cette description du Juif par Tourgueniev, dans son récit du même nom, m'est revenue en mémoire en lisant sous la plume de Myriam Anissimov comment Irène Némirovsky avait appris la technique romanesque chez l'écrivain russe. Elle a repris de son illustre aîné la manière de camper ses personnages, qu'elle créait et faisait vivre avec des précisions innombrables, avant même d'entamer l'écriture de son roman. Hélas, cet amour du détail et ce perfectionnisme psychologique n'ont pas leur pendant lorsqu'il est question des Juifs qui, sous sa plume, comme sous celle de son maître, demeurent des personnages falots, superficiels et caricaturaux, toujours détestables et moralement abjects, mais dénués de toute consistante ou de profondeur.
La polémique sur l'antisémitisme d'Irène Némirovsky vient de rebondir avec l'ouverture d'une exposition consacrée par le Mémorial de la Shoah à l'écrivain, dont la Suite française a connu un succès posthume inattendu, après son sauvetage miraculeux et sa parution en 2004. La vraie question n'est sans doute pas de savoir si Irène Némirovsky était antisémite (elle ne s'en cache pas du tout), que de comprendre quels étaient les ressorts de son attitude négative envers les Juifs. "Décrivant l'ascension sociale des Juifs", écrit M. Anissimov, "elle fait siens toutes sortes de préjugés antisémites… Sous sa plume surgissent des portraits de Juifs, dépeints dans les termes les plus cruels et péjoratifs, qu'elle contemple avec une sorte d'horreur fascinée…" Il s'agit donc d'un antisémitisme de plume, que Némirovsky a hérité de ses maîtres russes et qui va lui permettre de se faire une place dans le paysage littéraire de la France de la fin des années 1920 et du début des années 1930.
Les gros sabots russes de Tourgueniev
Olivier Philipponnat, biographe de Némirovsky (qui est aussi le commissaire scientifique de l'exposition du Mémorial) a certes raison d'observer qu'on ne peut juger Némirovsky à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui. Il faut, pour comprendre son personnage et son attitude envers ses origines, tenter de se replacer dans la France de l'entre-deux guerres, où l'antisémitisme faisait partie de la culture, à un point tel que les écrivains juifs eux-mêmes n'en étaient pas exempts, comme le fait remarquer Anissimov, citant Proust et Romain Gary. Toute la différence entre Proust et Némirovsky, c'est que même lorsque l'auteur de la Recherche du temps perdu attribue à Swann des stéréotypes, il le fait avec subtilité. Chez Némirovsky, point de finesse proustienne, mais la brutalité et les gros sabots russes d'Ivan Tourgueniev…
21:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : shoah, nemirovsky, juifs, antisemitisme
17.11.2011
"Si je veux vivre, je dois renaître" - Jabotinsky et la renaissance nationale du peuple Juif, par Stéphanie Dassa
Je reproduis ci-dessous la belle recension que Stéphanie Dassa consacre à L'Histoire de ma vie de Vladimir Zeev Jabotinsky, sur le site du CRIF, ce matin. Je saisis cette occasion pour exprimer à Richard Prasquier mon appréciation pour la publication de cet article, malgré les divergences politiques que je n'ai jamais cachées avec l'institution qu'il dirige. ריטשארד פּראַסקוויער איז אַ מענשאַ (pour mes amis qui ne lisent pas le yiddish: c'est comme de l'hébreu avec les voyelles en plus!) P.I.L.
www.crif.org
| Vladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie, Editions les Provinciales, traduit de l’hébreu par Pierre I. Lurçat |
| 17/11/11 - - : Crif |
|
|
Au lieu d’entrer par une porte entrebâillée, je préfère frapper ou marteler jusqu’à ce qu’elle s’ouvre en grand. C’est très mal, je le sais, mais c’est ainsi. Ka’ha, c’est ainsi : un mot hébreu qui coupe court à tout louvoiement… Vladimir Zeev Jabotinsky n’est ni un homme oblique, ni un homme résigné. Son « c’est ainsi » est avant tout une réponse audacieuse tant à la victoire qu’à l’adversité « car toutes deux sont trompeuses ». Nous accueillons la traduction de son autobiographie avec une joie non dissimulée tant elle nous manquait et plus encore aux rayons des libraires hexagonaux riches d’ouvrages scandaleux sur le sionisme, « cette insulte ». (1)
14:36 Publié dans hebreu, Heroisme juif, Histoire, Jabotinsky, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.11.2011
Guy Millière à Jérusalem : une bouffée d’oxygène et d’intelligence, par P.I Lurçat
Devant une salle comble, dans le quartier de Baka à Jérusalem, Guy Millière a exposé avec brio et intelligence la situation actuelle du monde – le Moyen-Orient, l’Europe, les États-Unis et Israël – avec réalisme et sans concession mais aussi avec optimisme et foi dans l’avenir. C’est une bouffée d’air frais et d’intelligence que nous a offerte cet intellectuel inclassable qui se définit lui-même comme un « dissident »… P.I.L
Je n’avais jamais rencontré Guy Millière. Je connaissais bien entendu ses écrits et notamment ses articles dans Israël Magazine auquel nous collaborons tous les deux, mais je n’avais jamais assisté à ses conférences. C’est chose faite depuis hier, grâce au P’tit Hebdo dont le dynamique rédacteur en chef a beaucoup œuvré pour faire connaître Guy Millière du public francophone en Israël. La soirée a commencé par une introduction musicale du jeune quatuor Tsion, qui a joué des morceaux de Vivaldi, de Mozart et de Gershwin notamment, choix éclectique qui constituait une bonne entrée en matière à la conférence de Millière. Celui-ci est en effet un intellectuel original aux facettes multiples, écrivain prolifique, éditorialiste à la Mena, à Israël Magazine et à UPJF.ORG*, enseignant et auteur de nombreux livres portant notamment sur les États-Unis où il passe une grande partie de son temps.
Le sujet de la conférence était « Israël, l’Amérique, la recomposition islamique du Proche-Orient : perspectives pour 2012 », et Guy Millière a réussi à aborder les différents aspects de ce thème dans un délai relativement court, s’exprimant avec conviction devant un public avide de comprendre. Critiquant sans ménagement la politique étrangère de Nicolas Sarkozy et de son « conseiller » Bernard-Henri Lévy, Millière a fait le lien entre la désastreuse intervention occidentale en Libye et la politique étrangère d’Obama, qui favorise délibérément l’islamisme conquérant et les régimes dictatoriaux et autocratiques dans le monde entier. « Obama a permis à l’Iran d’Ahmadinejad de gagner du temps », explique-t-il en mentionnant le récent rapport de l’AIEA.
Pourtant, il demeure optimiste concernant l’évolution interne aux États-Unis, où une majorité des Américains, lassés de l’humiliation qu’ils ressentent depuis l’élection d’Obama, vont probablement porter au pouvoir un candidat républicain en 2012. Guy Millière est beaucoup plus pessimiste concernant l’avenir de l’Europe, dont il considère qu’elle est en train de sortir de l’histoire, affaiblie par l’effondrement de l’Euro et par une démographie vieillissante que compense, en France uniquement, la vitalité de la population musulmane.
« N’attendez rien de l’Europe », lance Millière au public, avant de se lancer dans un vibrant éloge du dynamisme d’Israël, de son économie et de sa capacité d’invention. Interrogé sur le vote juif aux États-Unis, il explique – en citant l’ancien rédacteur en chef de la revue Commentary Norman Podhoretz (photo ci-contre) – qu’une majorité des Juifs américains ne sont plus vraiment juifs, mais adeptes de cette nouvelle « religion » qu’est l’idéologie liberal… Quand un membre de l’assistance lui demande pour qui voter aux prochaines élections françaises, Millière répond sans hésiter qu’il s’abstiendra, ne voulant pas donner sa voix à Sarkozy, ni voter pour une idéologie socialiste dont il connaît tous les dangers. Quant à Marine Le Pen, il déclare sans ambages qu’elle n’a pas rompu avec le Front national de son père et demeure anti-américaine et économiquement à gauche du PS (analyse confirmée par la récente interview que MLP avait donnée à Israël Magazine).
Interrogé au sujet des médias français, Guy Millière relate comment certains collègues lui confient sans aucune honte ne pas dire ce qu’ils pensent, pour continuer d’être invités sur les plateaux de télévision et vendre leurs livres… Millière a adopté une attitude différente, ce qui explique qu’on ne le voit pas souvent à la télévision française, sauf dans l’émission de Frédéric Taddeï. Comme le lui avait dit, en plaisantant à moitié, un dissident soviétique, « nous avons de la chance en URSS, nous avons une seule Pravda, tandis que vous en avez plusieurs », relate Millière, faisant allusion à la presse française qui recopie unanimement les dépêches mensongères de l’AFP… Et il conclut en citant son prochain livre autobiographique (en anglais), au titre éloquent : « Dissident »
Au total c’est un Guy Millière à la fois lucide, caustique et passionné que le public francophone de Jérusalem a pu rencontrer : un ami d’Israël véritable (non Juif, est-il besoin de le rappeler), dont l’analyse tranchée et sans concession ne laisse personne indifférent. Son discours dissident est une véritable bouffée d’oxygène et d’intelligence, au milieu du concert de la désinformation et de la propagande des médias nationaux français.
Pierre Itshak Lurçat
* L'UPJF a été la première organisation juive à recevoir et promouvoir Guy Millière en France. Son dernier livre paru est « Comment le peuple palestinien fut inventé », éditions David Reinharc.
10:18 Publié dans Guy Millière, Islamisation, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09.11.2011
De l'affaire Arlosoroff à l'assassinat de Rabin: le crime et son exploitation politique
Une ligne directe relie l'affaire Arlosoroff en 1936 à l'assassinat de Rabin, soixante ans plus tard. Dans les deux cas, un crime non élucidé a été exploité politiquement par la gauche sioniste pour déligitimer le camp opposé, celui de Jabotinsky en 1936 et celui de Netanyaou en 1995.
Je publie ci-dessous un extrait de la postface à L'Histoire de ma vie de Jabotinsky, dans lequel j'évoque l'affaire Arlosoroff et ses conséquences. P.I.L
La montée en puissance du mouvement révisionniste et l’affaire Arlosoroff
Entre 1925 et 1929, le nombre de représentants du mouvement révisionniste élus au Congrès sioniste passe de 4 à 21. Cette progression s’accélère encore entre 1929 et 1931, date à laquelle le parti de Jabotinsky devient le 3e parti au 17e Congrès sioniste avec 52 élus. Cette évolution est liée aux événements dramatiques qui se déroulent en Eretz-Israël, connus sous le nom d’« événements de 1929 » : à savoir le terrible pogrome de Hébron – qui fait 67 victimes et met provisoirement fin à la présence juive millénaire dans la « Cité des Patriarches » – et la publication du nouveau Livre Blanc (dit de Passfield) en 1930...
Dans le même temps, la montée en puissance du mouvement révisionniste, tant en Europe de l’Est qu’en Eretz-Israël, s’accompagne d’une rivalité grandissante et d’une hostilité de plus en plus marquée de la part des factions sionistes de gauche. L’affrontement politique prend ainsi souvent la forme de conflits violents en Israël, où les militants révisionnistes font face à l’antagonisme des syndicats ouvriers de la gauche sioniste, qui entend préserver son monopole et interdire l’accès au travail aux « Betarim ». Mais cette hostilité grandissante va atteindre des proportions encore inégalées lors de l’affaire Arlosoroff.
Cette affaire, qui a secoué le Yichouv tout entier dans les années 1930 et n’a jamais été totalement élucidée, a en effet coupé court à l’ascension fulgurante du mouvement révisionniste en Pologne – son principal bastion en Europe – et en Eretz-Israël et a constitué un coup dur pour Jabotinsky et pour ses disciples. Haïm Arlosoroff, directeur du département politique de l’Agence juive et étoile montante du mouvement travailliste, est assassiné le 16 juin 1933 sur une plage de Tel-Aviv. Dès le lendemain, une campagne sans précédent est lancée dans la presse juive, en Israël comme en diaspora, accusant le Betar et le Hatzohar d’avoir été les instigateurs du crime. Avraham Stavsky, Tsvi Rozenblatt et Abba Ahimeir, tous trois militants révisionnistes, sont arrêtés et accusés de complicité d’assassinat.
D’emblée, Jabotinsky est convaincu qu’il s’agit d’une fausse accusation lancée dans un but politique et il consacre de nombreux articles à l’affaire, comparant Stavsky et ses compagnons à Mendel Beilis (Juif ukrainien accusé d'avoir commis un crime rituel en 1911). Mais il se démène aussi pour assurer la défense des accusés devant la justice. Au milieu des appels à la haine et à la guerre fratricide, Jabotinsky – comme le fera son successeur Menahem Begin lors de l’affaire de l’Altalena – lance un appel au calme et au « cessez-le-feu ». Il rencontre à plusieurs reprises son rival, David Ben Gourion, à Londres, ce qui aboutira à un accord entre les deux dirigeants qui ne sera jamais mis en application, car le leader de la gauche sioniste sera désavoué par son propre camp.
En Eretz-Israël, de nombreuses personnalités – au premier rang desquelles le grand-rabbin Avraham Itshak Hacohen Kook – prennent la défense des accusés, et l’opinion publique évolue en leur faveur, surtout après les aveux d’un jeune Arabe, Abdul Madjid. Les trois accusés sont finalement innocentés l’un après l’autre par le tribunal. Mais cet épilogue judiciaire ne met pas fin à la polémique, qui continuera d’agiter et de diviser le Yichouv pendant longtemps. L’affaire Arlosoroff aura coûté beaucoup de temps et d’efforts à Jabotinsky, sans toutefois le détourner de son objectif principal, au début des années 1930 : unir le peuple juif dans la lutte politique contre l’Allemagne nazie, notamment par l’appel au boycott des produits allemands et par une pétition internationale adressée aux autorités britanniques, qui réunira 600 000 signatures.
C’est dans ce contexte que l’Exécutif sioniste décide d’imposer la discipline à tous les délégués, en interdisant toute activité politique autonome, en avril 1935. Jabo comprend alors que le moment qu’il a longtemps retardé est arrivé et qu’il n’a pas d’autre solution que de quitter définitivement l’Organisation sioniste. Après un vote positif des membres du Hatzohar, la « Nouvelle Organisation sioniste » (N.O.S.) est fondée lors du Congrès de Vienne, en septembre 1935. Le mouvement sioniste révisionniste se trouve alors à son apogée, comme en atteste le nombre des électeurs du Congrès (713 000, contre 635 000 au 19e Congrès sioniste la même année).
(Extrait de L'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, éditions les provinciales 2011)
17:14 Publié dans Antisemitisme, Heroisme juif, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.11.2011
"Bist a Ferd" - Jabotinsky, Trumpeldor et le corps des "Muletiers de Sion"
Dans l'extrait qu'on lira ci-dessous de l'Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky, qui vient de paraître en France, le dirigeant sioniste relate l'entrevue dramatique avec le général Maxwell qui va conduire à la création du "Corps des muletiers de Sion", premier embryon d'armée juive à l'époque moderne. P.I.L
De son cabinet, nous nous rendîmes chez le général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Égypte. Nous fûmes introduits par Kattaoui Pasha, vieil Espagnol sympathique, un des meilleurs dirigeants de la communauté juive en Égypte. Nous contraignîmes le pauvre Trumpeldor à accrocher à sa poitrine toutes ses décorations – les quatre Croix de Saint Georges russes, dont deux en or. Le commandant, qui savait déjà qui il était, regarda sa poitrine, puis sa manche gauche et demanda : - Port Arthur ?
Mais sa réponse à notre proposition nous déçut cruellement :
– Je n'ai pas entendu parler d'une offensive contre la « Palestine », je doute qu'il y ait une telle offensive, et la loi nous interdit d'accepter des soldats étrangers au sein de l'armée britannique. Je ne peux vous proposer que cela : nous allons constituer avec ces jeunes hommes un corps de muletiers – unité de transport à dos de mule – et nous les enverrons sur un autre front ; contre la Turquie, évidemment. Je ne peux rien faire de plus.
Nous passâmes cette nuit-là à l'hôtel, dans la chambre de Glouskin, à discuter jusqu'au matin pour savoir que faire. Nous autres, les civils, pensions qu'il fallait répondre : non merci. L'expression française « corps de muletiers » résonnait à nos oreilles presque comme une insulte : était-ce convenable – la renaissance nationale, le sionisme, le premier bataillon depuis l'époque antique de l'exil – et des « mules » ? Des « bourricots », comme on les appelait en Israël ? – Et deuxièmement : « Un autre front ; contre la Turquie, évidemment, mais ailleurs » – qu'est-ce que cela signifiait ? Et qu'avions-nous à faire d'un autre front, quel qu'il soit ? À quel front pensait le général ? La première tentative pour conquérir Gallipoli par des tirs de la marine s'était déjà soldée par un échec retentissant ; on murmurait qu'une deuxième offensive se préparait, cette fois-ci en débarquant des soldats sur la péninsule, et qui savait si cela était possible. Mais une chose était claire : la « Palestine » – pas question. Il fallait donc rejeter son offre.
Seul Trumpeldor ne se rangea pas à notre avis.
- Abordons les choses comme des soldats, - nous dit-il. N'exagérez pas la différence entre le métier des armes et celui du transport. Ce sont tous deux des métiers de soldats, indispensables, et le danger couru, dans la plupart des cas, est le même dans les deux. J'ai tendance à penser que la raison de votre refus est précisément le mot : « mules », - et je trouve cela, excusez-moi, puéril.
- « Des mules ! » – répondit quelqu'un – comme des ânes ! Cela ressemble à un sobriquet, surtout en yiddish.
- Mais en yiddish, - rétorqua Trumpeldor, - « cheval » aussi est un sobriquet : « Bist a ferd » (tu es un cheval) ; et pourtant, si on nous avait proposé un corps de cavaliers, vous auriez certainement accepté cette proposition avec respect. Chez les Français, il n'y a pas pire insulte que le mot chameau, et pourtant il existe des corps de chameliers dans l'armée française et aussi dans l’armée anglaise, et le service dans ces unités est considéré comme une grande distinction. Bêtises, messieurs.
- Et que dites-vous de « l'autre front ? »
- Cela non plus n'est pas important, si nous considérons les choses en tant que soldats. Pour libérer Eretz-Israël il faut, avant tout, vaincre les Turcs ; quant à savoir s'il vaut mieux les vaincre par le Nord ou par le Sud, c'est une question de « comment » et non pas une question essentielle. Dans une telle guerre, tous les fronts mènent à Sion.
Nous ne prîmes aucune décision ce soir-là ; quant à moi, après la réunion, je dis à Trumpeldor:
- Vous avez peut-être raison, mais je ne me joindrai pas à un tel bataillon.
- Et moi je m'y joindrai peut-être, me répondit-il.
____________________________________________________________________________
15:12 Publié dans hebreu, Heroisme juif, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















