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29/08/2011

Interview de Bat Ye’or au site Upjf.org : « Nier l’existence d’Eurabia est stupide »

UPJF : A la suite de l’attentat d’Oslo, plusieurs médias vous ont mise en cause comme ayant « inspiré » l’acte du meurtrier, et un journal suisse vous a même qualifiée d’« égérie d’Anders Brewik »… Ces accusations, qui sont à l’évidence totalement absurdes, participent d’une tentative plus vaste, visant à discréditer plusieurs auteurs néoconservateurs, au prétexte qu’ils sont nommément cités dans le manifeste publié sur Internet par Breiwik. Comment analysez-vous ce phénomène ?

BAT YEOR (Photo de PAUL LANDAU).JPGBat Ye’or : La rapidité et la force de cet hallali médiatique qui s’est déchaîné contre des auteurs et militants contestataires n’ayant aucun lien avec ce crime et prônant un combat politique démocratique, respectueux de la légalité, révèle la puissance d’une force politique transnationale visant à criminaliser des opinions opposées. La presse s’en est fait l’instrument, jouant à la fois les policiers, les inquisiteurs, et les juges, violant la sphère privée, harcelant ses victimes et les acculant à se disculper contre des diffamations gratuites assénées sans aucune preuve. Aucun des journalistes m’ayant interviewée n’avait lu un seul de mes livres, mais ils se comportaient en accusateurs et en juges tout à la fois, dans un domaine où ils étaient totalement incompétents.

Tous posaient les mêmes questions, comme si elles émanaient d’une seule et même source qui les leur avait dictées. Les mêmes lettres étaient envoyées aux dissidents « islamophobes » coupables de se rebeller contre le conformisme idéologique à travers toute l’Europe et aux Etats-Unis. Avaient-ils été déjà repérés avant le massacre d’Oslo par le bureau de la Surveillance Globale ? Tous, en masse, étaient rendus responsables de ce crime odieux, cloués au pilori par les incitations à la haine. 

Les victimes étaient jugées coupables d’avance comme les Juifs dans les années 1930. Coupables d’avoir pensé, coupables d’exercer leur devoir démocratique de citoyen par l’examen critique de leurs gouvernants, de leurs politiques, de journalistes et d’intellectuels proches du pouvoir. Or tout citoyen de l’UE a non seulement le droit mais le devoir, conformément aux articles 18 à 21 de la Déclaration des Droits de l’homme, d’exprimer son opinion, et de critiquer les hommes politiques. L’Europe qui se targue de promouvoir les Droits de l’homme sur de lointains continents ne les respecte pas chez elle/


 

 

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Ce massacre, qui aurait dû susciter un moment de recueillement et de réflexion pour le gouvernement norvégien, qui lui-même approuve le jihad terroriste contre Israël, fut politiquement exploité pour transférer sur d’autres la responsabilité d’une politique en faillite. Le terrorisme de Breivik retourné contre les siens, contre son propre parti, s’enracine dans la politique norvégienne de soutien et d’approbation du terrorisme palestinien contre des civils, hommes, femmes et enfants israéliens. Car il n’y a pas de bons ou de mauvais terrorismes. Les massacres en masse sont des actes criminels, quelles qu’en soient les victimes. Il n’y a pas d’excuse au terrorisme. Les arguments du gouvernement norvégien pour le justifier contre Israël sont la réplique exacte de ceux de l’OCI.

 

UPJF : Depuis plusieurs années, la thèse que vous soutenez dans votre livre Eurabia est présenté comme une théorie du complot par plusieurs idéologues favorables au multiculturalisme (comme par exemple, un « spécialiste de l’extrême-droite » collaborateur de Pascal Boniface, dans un récent article du Figaro). Paradoxalement, plus la présence d’Eurabia est visible dans l’espace public européen (prières dans les rues, publicités pour la nourriture Hallal dans le métro parisien, etc.) plus les détracteurs de vos travaux se font virulents. Comment l’expliquez-vous ?

Bat Ye’or : La théorie du complot vise à nier une réalité non seulement visible mais vécue constamment par des millions d’Européens dans les rues, les écoles, les transports publics, la politique. Elle insinue que ce vécu est une tromperie et un mensonge. Ce stratagème insulte l’intelligence des Européens, traités d’imbéciles, et révèle l’autisme des leaders de l’UE et de leurs réseaux. Ceux-ci se réfugient dans la négation et les injures au lieu d’ouvrir le débat et de proposer des politiques de rechange palliant la faillite de leurs idéologies.

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Je dois répéter ici que je n’ai pas inventé le mot Eurabia. Il fut conçu par les promoteurs européens et arabes de la fusion des deux rives de la Méditerranée. Ce mouvement fut très en vogue dans les années 1970-80 et donna lieu à une floraison de publications. Ses étapes et mécanismes furent très bien exposés par le Palestinien antisioniste Bichara Khader dans son livre, L’Europe et le Monde Arabe, Cousins, voisins (1992). George Pompidou et Michel Jobert, ministre français des Affaires étrangères désignèrent cette stratégie officieuse par les termes : Dialogue Euro-arabe (DEA). De nombreux livres et des textes officiels de l’OCI mentionnent le DEA. Si complot il y a, il provient de la Communauté européenne et non des écrivains et des chercheurs qui examinent les textes existants, les reproduisent et analysent leurs conséquences. En 1995, après les Accords d’Oslo, la stratégie du DEA fut élargie et développée dans une politique méditerranéenne officielle inscrite dans la Déclaration de Barcelone. Nier l’existence de ces accords euro-arabes et notamment euro-palestiniens alors que l’Europe fut le principal soutien et fournisseur de fonds à Arafat, dans le cadre de cette stratégie, est une sottise. Ces accords sont attestés par une masse de textes officiels de la Communauté et de l’Union européenne. A qui veut-on faire croire que l’Europe n’a pas eu une stratégie méditerranéenne ? Cette stratégie est la pièce maîtresse de ses relations internationales, comme l’a souvent déclaré son concepteur Javier Solana. Est-ce vraisemblable que les transformations politiques, démographiques, culturelles, sociales induites par une immigration de masse, seraient les fruits du hasard survenues à l’improviste pendant que nos politiciens, responsables de notre avenir se tournaient les pouces en regardant ailleurs?

 UPJF : Un récent article du journal Le Monde présente ainsi la thèse d’Eurabia : « Portée par la Britannique Bat Ye'or, cette théorie affirme qu'il y a une entente secrète entre les Etats européens et des pays arabes visant à soumettre l'Europe dans une nouvelle entité appelée Eurabie… » Or, vos travaux se fondent sur des documents entièrement publics, et démontrent que le projet d’Eurabia n’est pas une entente secrète, mais au contraire un projet ouvertement revendiqué tant par ses promoteurs. Que répondez-vous à ceux qui présentent Eurabia comme une « théorie du complot » ?

Bat Ye’or : Il n’y a pas de théorie d’Eurabia, il y a les faits et les documents officieux et officiels définissant la stratégie de fusion des deux rives de la Méditerranée. Les premiers comptes rendus des séances du DEA furent publiés par le Ministère français des Affaires étrangères dans ses Documents d’Actualité Internationale.

Wikipedia a élargi son dossier sur Eurabia en sélectionnant de nombreuses citations de blogs relevant exclusivement d’opinions personnelles et en relation avec le crime d’Oslo. C’est une vision tout à fait superficielle des transformations en profondeur de l’Europe, qui seront déterminantes au XXIe siècle. Une réflexion sérieuse sur ce sujet aurait dû mentionner les nombreux textes officiels de l’Union européenne, les institutions et les réseaux chargés d’implanter cette politique, comme par exemple la Fondation Anna Lindh, la Déclaration de Barcelone, l’Alliance des Civilisations, le Parlement euro-méditerranéen, etc. Sans la connaissance de ces mécanismes et du droit islamique, fondé sur le Coran et la Sunna, importé en Occident par l’immigration islamique, on ne peut rien comprendre aux conflits de ce siècle. Je me demande qui, parmi mes détracteurs, a lu la Stratégie de l’action Culturelle Islamique en Occident de l’OCI ou les décisions prises par la Troisième Session Extraordinaire de la Conférence Islamique au Sommet (décembre 2005), ou encore les Rapports sur l’Islamophobie en Occident de l’OCI. L’article insipide de Justin Waisse que l’on m’oppose consiste essentiellement à émettre des vœux pieux sur la fécondité réduite des musulmans immigrés, ce qui est pour le moins malveillant, ou sur les réussites de leur intégration, c’est-à-dire des épiphénomènes.

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UPJF : La Norvège est devenue depuis plusieurs années un des pays les plus anti-israéliens d’Europe. Alan Dershowitz a déclaré à ce sujet que « La Norvège est aujourd’hui le pays le plus antisémite et anti-israélien d’Europe ». Récemment, l’ambassadeur norvégien en Israël a ainsi déclaré : « Nous, Norvégiens, considérons l’occupation comme la cause de la terreur contre Israël », ajoutant que « Ceux qui pensent cela, ne changeront pas d’avis à cause de l’attaque à Oslo ». Pensez-vous que la Norvège va continuer d’être hostile à Israël ou que l’attentat pourrait engendrer une réaction de solidarité avec les victimes israéliennes du terrorisme arabe ? Peut-on considérer l’attitude des Norvégiens qui ‘comprennent’ les terroristes arabes comme une manifestation de ‘dhimmitude’ ?


Bat Ye’or : L’attitude des Norvégiens n’est pas celle de la dhimmitude. Dans la dhimmitude, le droit de vivre des non-Musulmans n’est pas reconnu comme un droit imprescriptible, cette notion est remplacée par une tolérance concédée, assortie du paiement d’un tribut et assortie de conditions extrêmement sévères. Ce statut d’extrême vulnérabilité oblige ses assujettis pour échapper à la mort, à se plier à leur corps défendant, à des exigences qu’ils réprouvent. La dhimmitude prive l’individu de toute liberté et lui impose pour sauver sa vie et celle des siens, un comportement obligatoire qui lèse son identité, son honneur et sa dignité.

Rien de tel avec les Norvégiens qui vivent libres, heureux et riches de leur pétrole dans leur pays. Je vois plutôtun choix délibéré de renouer avec l’antisémitisme nazi et la haine d’Israël dans une politique d’alliance avec l’idéologie palestinienne de destruction d’Israël. Ce contexte est très évocateur de la collaboration arabo-nazie dans le génocide des juifs, qui précisément se fondait sur la négation du droit à l’existence des Juifs, comme le font aujourd’hui les Norvégiens à l’égard d’Israël. C’est une politique démoniaque et raciste, où un groupe humain s’octroie le droit de déterminer en fonction de critères haineux qui a le droit de vivre et qui doit être exterminé, ainsi que les paramètres régulant son existence. C’est une combinaison de la dhimmitude et de l’antisémitisme chrétien. Cette conception s’oppose fondamentalement aux Dix Commandements et à la sacralité de la personne humaine professée par la Bible. La Norvège est l’un des foyers de diffusion de cette politique criminelle et il ne faut pas s’étonner si son soutien et son admiration au jihad anti-israélien ont reproduit ce même terrorisme contre les siens.

D’ailleurs un Norvégien, un certain Lars Gule, me sommait de reconnaître ma responsabilité morale dans le massacre d’Oslo. Une courte recherche m’apprit que ce personnage, Secrétaire Général de l’Association norvégienne Humaniste et personnage influent de la Gauche, avait été formé au maniement des armes et des explosifs par le Front Démocratique de Libération de la Palestine, deux ans après le massacre d’écoliers à Maalot perpétré par cette organisation. Gule s’était porté volontaire en 1977 pour transporter en Israël des explosifs, dissimulés dans ses livres, et avait déclaré à la police norvégienne qu’il avait eu l’intention de tuer des Israéliens pour renforcer le moral et la combattivité des Palestiniens. Gule représente bien la politique norvégienne et en fait Breivik n’a fait que reproduire l’intention criminelle de Gule mais en la menant cette fois jusqu’à son extrême conclusion grâce à l’incroyable incompétence de la police norvégienne.

UPJF : L’acte meurtrier d’Anders Breiwik est celui d’un extrémiste psychopathe. Mais il a peut-être été favorisé par l’absence de débat sur les questions de l’islamisation et de l’identité culturelle, en Norvège et ailleurs en Europe, et par le climat d’intolérance qui interdit toute pensée politiquement incorrecte. Dans ce contexte, pensez-vous que l’on risque d’assister à d’autres actes de ce genre ?

Bat Ye’or : Il est indéniable que le conformisme idéologique, imposé par une censure conforme aux exigences de l’OCI interdisant tout débat d’idées sur l’islamisation et le multiculturalisme, ainsi que la justification par le gouvernement norvégien du jihadisme anti-israélien, déclenchèrent cet acte de folie. Nombre de vies auraient pu être sauvées, si la police avait immédiatement réagi dès le premier attentat. Or ce massacre a servi de prétexte à une campagne d’incitation à la haine et de diffamations criminelles par des journalistes contre des individus qui précisément menaient ce débat dans le respect des règles démocratiques et la non-violence. Cette campagne n’a fait que durcir des positions antagonistes et démontrer le refus d’engager un débat sur des problèmes sociaux très graves. Il est primordial que les gouvernants écoutent les peuples qui les ont élus. Il me semble qu’en Europe le devoir des élus de servir la nation n’est pas aussi fortement ressenti qu’aux Etats-Unis, peut-être parce qu’en Europe il n’y a plus de nations mais des agglomérats de populations hétérogènes menées par des affabulations idéologiques qui sonnent creux quand les droits essentiels de la personne à la sécurité et à la dignité sont bafoués.

Bat Ye’or, « fille du Nil », « une Cassandre, un esprit courageux et clairvoyant », (selon l’historien David Pryce-Jones) a consacré sa vie à étudier et à comprendre l’histoire des Juifs et des chrétiens sous l’Islam, après avoir dû quitter l’Égypte de Nasser en 1957. Ses livres ont été publiés en anglais, allemand, espagnol, français, hébreu, italien, néerlandais, russe… Elle donne de nombreuses conférences et participe à d’importants colloques internationaux en Europe et en Amérique où elle a fait connaître les mots « dhimmitude » et « Eurabia ». Depuis une dizaine d’années, elle a concentré sa méthode d’investigation sur l’étude des relations institutionnelles euro-arabes et leurs implications politiques et religieuses largement ignorées des médias. Dernier livre paru en France : L’Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages, 18 euros.

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