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17/02/2011

L'influence des mouvements fasciste et nazi sur les Frères musulmans, Paul LANDAU

Alors que les medias et certains dirigeants occidentaux tentent de presenter les Frères musulmans comme un mouvement frequentable, il est utile de rappeler l'influence exercee par le facisme et le nazisme sur le mouvement de Hassan Al-Banna, comme le fait Paul Landau dans son livre Le Sabre et le Coran. Extrait :

 

SABRE CORAN.jpgTrès rapidement, le mouvement essaime à travers toute l'Egypte, comptant 4 sections en 1929, 15 en 1932, et plus de 300 en 1938, avec des contacts et des ramifications dans les pays voisins - Syrie, Irak, Palestine et Yémen. C'est surtout entre 1936 et 1938 qu'il parvient à accroître son audience de manière considérable, passant de 800 à 200 000 membres, grâce à la focalisation sur la question palestinienne 19. En 1945, à leur apogée, les Frères musulmans compteront un demi-million de membres actifs et presque autant de sympathisants, chiffres considérables qui attestent de leur importance dans la vie politique égyptienne. Ils sont devenus un mouvement de masse, dont l'organisation et l'idéologie sont inspirées des régimes autoritaires des années 1930. A la tête du mouvement se trouve le « Guide suprême », qui ressemble beaucoup au Duce et au Führer. L'influence fasciste apparaît également dans les bataillons de choc du mouvement, surnommés les « troupes de Dieu », qui défilent dans les principales rues du Caire en chantant « nous n'avons pas peur de la mort ».

 

Dans un article publié en 1938, intitulé « L'industrie de la mort », Hassan Al-Banna expose la stratégie des bombes humaines, cinquante ans avant leur utilisation effective. Il y écrit notamment : « à une nation qui perfectionne l'industrie de la mort et qui sait comment mourir noblement, Dieu donnera une vie honorable dans ce monde et la grâce éternelle dans le monde futur » 20. Vers la même époque, Al-Banna évoque le thème du « martyr dans le sentier de Dieu », lors d'un discours prononcé devant plusieurs milliers de personnes participant à un congrès national contre la présence des Anglais en Egypte et au Soudan :

 

J'avais l'habitude de réciter dans ma jeunesse certaines invocations, et parmi celles-ci, il y en avait une qui disait : « ô Dieu, accorde-moi de Ta part une vie agréable ainsi qu'une mort agréable !  » Chers frères, que pensez-vous que soit cette mort agréable ? Croyez-vous qu'une mort agréable consiste à mourir sur son lit, auprès des siens, de sa famille et de ses enfants ? Est-ce là la mort agréable ? Tout le monde meurt ainsi. En vérité, il y a mort agréable lorsque cette tête est détachée de ce corps dans le Sentier de Dieu ! 21.



logo_freres_musulmans.jpg

Parmi les membres de l'auditoire d'Al-Banna se trouve Youssouf Qaradawi, membre des Frères musulmans, appelé à jouer lui aussi un rôle important au sein du mouvement islamiste. Il relatera ce souvenir dans un sermon prononcé au Qatar plus de soixante ans plus tard, en exprimant le souhait de subir le même sort que son maître Al-Banna, et de devenir lui aussi un « martyr dans le sentier de Dieu ».

 

Les Frères musulmans ne sont pas les premiers à s'inspirer des modèles fasciste et nazi, parmi les différents partis politiques égyptiens dans les années 1930. Ils ont été devancés par la Société Jeune Egypte (Jam'iyat Misr Al-Fatat), fondée en 1933 par un étudiant, Ahmad Husayn. Le Misr Al-Fatat, mouvement nationaliste hostile à toute influence étrangère, a pour devise « L'Egypte par-dessus tout » (qui rappelle le slogan allemand « Deutschland über alles »). Il s'oppose aux coutumes « non islamiques » et appelle à l'unification de l'Egypte et du Soudan, pour devenir le leader du monde arabo-musulman. C'est la première organisation politique égyptienne qui crée un mouvement paramilitaire d'inspiration fasciste, les « chemises vertes ». Elles sont bientôt imitées par les « chemises bleues » du parti nationaliste Wafd et par les « bataillons » (al-Kata'ib) des Frères musulmans. A la fin des années 1930, toutefois, ces derniers ont éclipsé leurs concurrents 22.

 

hamas manif verte.jpegLe succès des Frères musulmans s'explique en grande partie par leur intense activité sociale. Ils ne se contentent pas de se prononcer en faveur de réformes sociales, mais traduisent leurs discours en actes, créant de très nombreux centres sociaux, des cliniques, des écoles du soir, des associations caritatives et des clubs. (Cette stratégie se retrouvera, un demi-siècle plus tard, chez le mouvement islamiste héritier des Frères musulmans en Palestine, le Hamas). Cette politique d'action sociale permet aux Frères de s'implanter durablement dans les classes moyennes et populaires urbaines 23. Mais les Frères musulmans vont bientôt trouver une nouvelle cause politique, qui va leur permettre d'accroître encore leur audience, au-delà des frontières de l'Egypte.

 

Commentaires

Alors que les idées radicales des « Frères » a donné forme à des générations d'islamistes, au cours des deux dernières décennies, elles ont perdu quelque peu de leur puissance et de leur attraction au Moyen-Orient, écrasées par une répression sévère par les régimes locaux et rejetées par les plus jeunes générations d'islamistes qui préfèrent souvent des organisations plus radicales.

Mais le Moyen-Orient n'est qu'une partie du monde musulman. L'Europe est devenue un incubateur de la pensée et du développement politique islamistes. Depuis le début des années 1960, les membres des Frères Musulmans et leurs sympathisants ont migré vers l'Europe et ont lentement mais constamment établi un large réseau bien organisé de mosquées, d'oeuvres de charité, et d'organisations islamiques. A l'opposé de la plus large communauté islamique, l'objectif final des Frères Musulmans peut ne pas être simplement « d'aider les Musulmans à être les meilleurs citoyens qu'ils puissent être », mais plutôt d'étendre la loi islamique à travers l'Europe et les Etats-Unis.

Quatre décennies d'enseignement et de culture ont payé. Les réfugiés étudiants qui ont émigré du Moyen-Orient il y a quarante ans, et leurs descendants dirigent aujourd'hui des organisations qui représentent les communautés musulmanes locales dans leur engagement avec l'élite politique de l'Europe. Financés par de généreux contributeurs du golfe persique, ils président à un réseau central qui s'étend sur presque chaque pays européen.

Ces organisations se présentent elles-mêmes comme le courant dominant, même si elles continuent d'embrasser les vues radicales des Frères et de maintenir des liens avec les terroristes. Suivant une rhétorique modérée et un Français, Flamand, ou Allemand bien parlé, ils ont gagné leur acceptation par les gouvernements européens et les médias aussi. Des politiciens de tout le spectre politique se précipitent pour s'engager à tout moment si une question impliquant des Musulmans est soulevée, ou plus selon leur clocher, quand ils recherchent le vote de la communauté musulmane bourgeonnante.

Mais, parlant arabe ou turc avant leurs compagnons musulmans, ils abandonnent leur façade et adhèrent au radicalisme. Alors que leurs représentants parlent de dialogue interreligieux et d'intégration à la télévision, leurs mosquées prêchent la haine et mettent en garde les fidèles des maux de la société occidentale. Alors qu'ils condamnent publiquement les meurtriers des passagers à Madrid et des enfants des écoles en Russie, ils continuent de lever des fonds pour le Hamas et d'autres organisations terroristes. Des Européens, avides de créer le dialogue avec leur minorité musulmane de plus en plus désaffectée, ignorent cette duplicité. Le cas est particulièrement visible en Allemagne, qui occupe une position clé en Europe, non seulement à cause de sa position au coeur de l'Europe, mais aussi parce qu'elle a servi d'hôtesse à la première vague majeure d'immigrants Frères Musulmans, et est l'hôtesse à la présence des « Frères » les mieux organisés. La réaction du gouvernement allemand est aussi instructive pour démontrer les dangers d'accepter seulement la rhétorique des « Frères Musulmans » à sa valeur faciale, sans observer la portée plus générale de ses activités.

La situation en Allemagne est particulièrement parlante. Plus que partout ailleurs en Europe, les « Frères Musulmans » en Allemagne ont gagné un pouvoir significatif et une acceptation politique. Des organisations islamistes dans d'autres pays européens suivent maintenant consciemment le modèle dont leurs pairs allemands se sont faits les pionniers.

Pendant les années 1950 et 1960, des milliers d'étudiants musulmans ont quitté le Moyen-Orient pour étudier dans des universités allemandes, attirés non seulement par la réputation des institutions techniques, mais aussi par le désir de fuir des régimes répressifs. Le régime du dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser était particulièrement vigoureux dans ses tentatives pour déraciner l'opposition islamiste. Débutant en 1954, plusieurs membres des « Frères Musulmans » s'enfuirent d'Egypte pour échapper à l'arrestation ou à l'assassinat. L'Allemagne de l'Ouest apporta un refuge de bienvenue. Les motivations de Bonn n'étaient pas seulement altruistes. Comme l'expert du terrorisme Khalid Duràn l'a expliqué dans ses études sur le jihadisme en Europe (1), le gouvernement d'Allemagne de l'Ouest avait décidé d'interrompre ses relations diplomatiques avec les pays reconnaissant l'Allemagne de l'Est. Quand l'Egypte et la Syrie établirent des relations diplomatiques avec le gouvernement communiste, Bonn décida d'accueillir des réfugiés politiques égyptiens et syriens. Souvent, ces dissidents étaient des islamistes. De nombreux membres des « Frères Musulmans » étaient déjà familiarisés avec l'Allemagne. Plusieurs avaient coopéré avec les nazis avant et pendant la deuxième guerre mondiale (2). Certains avaient même, selon des sources, combattu dans l'infâme division bosniaque Handschar des 'SchutzStaffel' (SS) (3).

[1] Khalid Duran, "Jihadism in Europe," The Journal of Counterterrorism and Security International, Fall 2000, pp. 12-5.

[2] Richard Labeviere, Dollars for Terror: The U.S. and Islam (New York: Algora Publishing 2000), p. 141.

[3] Georges Lepre, "Himmler's Bosnian Division: The Waffen SS Handschar Division 1943-45," Schiffer Aviation History, Jan. 2000, pp. 31-4.

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 19/02/2011

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