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05/10/2010

Paul Landau : "Face à l’islamisation, nous assistons à un réveil des peuples européens"

PARU SUR LE SITE RIPOSTE LAIQUE

pour allah.jpgPaul Landau est un écrivain et chercheur franco-israélien, spécialiste des mouvements islamistes, auteur d’un Rapport sur l’Union des Organisations islamiques de France intitulé "Le vrai visage de l’UOIF, remis par le Centre Simon Wiesenthal en octobre 2004 au Ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin.

En 2005 est publié aux éditions du Rocher "Le Sabre et le Coran, Tariq Ramadan et les frères musulmans à la conquête de l’Europe", dont il dira dans une interview donnée à Roger Heurtebise le 21.10.08 : "Je me suis intéressé à l’islamisme après le 11 septembre 2001. J’ai voulu comprendre la genèse du phénomène Al-Qaïda, ce qui m’a conduit à étudier le mouvement des frères musulmans, leur histoire, leur stratégie et leur implantation en Europe …"

En 2007, les éditions du Rocher publient un second essai "Pour Allah jusqu’à la mort", dans lequel Paul Landau ouvrira" des pistes de compréhension sur les causes de l’engagement" (article de J.F Chabot du 09.09.08) de plusieurs jeunes convertis à un islam radical à travers l’Europe, les Etats-Unis et l’Australie. Essai dont il fera une présentation détaillée lors d’une conférence donnée à l’Association France Israël le 16.06.09.

Dans la présente interview, Paul Landau nous livre ses analyses sur l’actualité de ces derniers mois en France et en Israël.

Riposte Laïque : Le 31 mai 2010, la marine israélienne a abordé l’un des six bateaux de la flottille qualifiée par Guy Millière de "Flottille de la propagande terroriste". Israël a dès lors été mis au banc des accusés par la communauté internationale, y compris en France où l’ensemble de la classe politique mais aussi les médias et un certain nombre de commentateurs ont violemment condamné l’intervention de l’armée israélienne sur le Marmara. J’imagine que les Israéliens doivent se sentir incompris, voire humiliés devant la violence des réactions de la communauté internationale. Que regard portez-vous sur l’épisode de "La Flottille de Gaza" ?

Paul Landau : Guy Millière a raison de parler de "flottille de la propagande terroriste". Tout le problème est que cette propagande, aussi énorme et monstrueuse soit-elle, fonctionne. Israël a été accusé par les médias et a même accepté (à tort à mon avis) de constituer une commission d’enquête, alors que les faits parlaient d’eux-mêmes. En réalité, nous avons eu affaire à une opération de djihad déguisée en opération humanitaire ….

Le plus humiliant pour les citoyens israéliens n’était toutefois pas tant la réaction internationale, qui était prévisible (nous avons une certaine expérience en la matière) que le fait que les échelons supérieurs de l’armée et du gouvernement aient envoyé les soldats de Tsahal affronter à mains nues des terroristes du djihad, dont on savait parfaitement qu’ils étaient armés et prêts à mourir … Je pense qu’il y a eu, plus qu’une négligence des Renseignements militaires, une erreur de conception, ce qui est encore plus grave.

Riposte Laïque : L’organisation JCall a lancé un "Appel à la raison" en vue, affirme-t-elle, de "promouvoir la paix au Proche-Orient". Sous couvert de nobles intentions, JCall n’alimente-t-elle pas en réalité les discours caricaturaux de ceux qui, en France, n’ont de cesse de dénigrer Israël ainsi que la politique de l’actuel gouvernement israélien ?

Paul Landau : Absolument, JCall rend un bien mauvais service à Israël et à la démocratie en général, en prétendant imposer une "solution" à l’Etat hébreu, sous couvert de promouvoir la paix. Le discours de JCall, qui qualifie de "faute morale" la présence juive en Judée-Samarie (Cisjordanie), n’est pas tellement éloigné de celui des ennemis d’Israël. J’en donnerai pour preuve les divagations anti-israéliennes d’un Mohamed Sifaoui, signataire de JCall, qui reprend à son compte les accusations lancées par JCall contre le gouvernement de M. Nétanyahou, dans un style, il est vrai, beaucoup moins policé que celui des initiateurs de JCall.

De même, lorsque Bernard-Henri Lévy laisse entendre, dans les colonnes de Ha’aretz (quotidien israélien de la "gauche caviar" équivalent du Monde), que les dirigeants actuels ne sont pas intelligents et leur distribue des "notes" avec le mépris dédaigneux propre à l’intellectuel de Saint-Germain, Mohamed Sifaoui, lui, va encore plus loin en insultant Nétanyahou et Liebermann ainsi que tous ceux qui les soutiennent, dans un style qui rappelle un peu celui de Gringoire ou de Je suis partout ….

Bien entendu, on ne peut comparer les propos, encore relativement mesurés, de Bernard-Henri Lévy aux insultes de Mohamed Sifaoui qui s’exprime comme une "racaille" de banlieue, mais dans le fond, leur discours est identique. Il exprime un mépris fondamental pour le gouvernement israélien et surtout pour le peuple d’Israël.

Riposte Laïque : Nous assistons depuis un certain nombre d’années à une progression exponentielle d’un antisémitisme et d’un antisionisme à l’échelle mondiale : l’Affaire Al-Doura, le Rapport Goldstone, le boycott des produits israéliens, la "Semaine de l’Apartheid d’Israël". Barcelone a de son côté accueilli "le Tribunal Russel". En France, les chiffres de l’antisémitisme progressent de nouveau et notre école laïque et républicaine observe également une recrudescence constante des comportements antisémites chez certains élèves. Comment expliquez-vous ce que Gilles-William Goldnadel appelait dans un remarquable article publié sur son blog le 08 mars 2010 "Les silences du monde" face aux vagues d’antisémitisme et d’antisionisme observées à l’échelon planétaire ?

Paul Landau : La vague actuelle d’antisémitisme s’inscrit dans le droit fil de celle qui a commencé il y a près d’une décennie, environ un an avant le 11 septembre, à Durban. Le silence des médias et d’une large partie de la classe politique (même si le ministre de l’Intérieur Hortefeux se distingue à mon avis par son attitude assez combattive sur la question) s’explique par la même configuration que le sociologue Shmuel Trigano avait dénoncée à l’époque, quand il avait été un des premiers à attirer l’attention sur ce phénomène. Les Juifs et Israël éprouvent aujourd’hui une terrible solitude, car non seulement ils ne sont pas soutenus (avec de rares exceptions) mais en outre, ils sont accusés d’être les responsables des maux qui les frappent.

Il y a là une inversion caractéristique qui n’est pas nouvelle : les Juifs, on le sait, ont toujours été accusés d’être coupables des crimes de leurs ennemis. Ce processus d’inversion remonte au Moyen-Age et il a été finalement analysé par Pierre-André Taguieff dans "La nouvelle propagande antijuive" (parue aux éditions PUF), étude dans laquelle il montre que les accusations actuelles (comme l’affaire Al-Dura) remettent au goût du jour des thématiques anciennes comme celle du Juif assassin d’enfants. Taguieff a d’ailleurs qualifié l’affaire Al-Dura de "premier crime rituel" contemporain …

Riposte Laïque : Le 18 juin 2010, Riposte Laïque a organisé un "Apéro saucisson pinard" interdit ensuite par la Préfecture de police qui le considérait "créateur de risques graves à l’ordre public". Après avoir suscité des réactions dans le monde entier, cette initiative a provoqué notamment en France un tollé politico-médiatique d’une violence inouïe. Que pensez-vous de cette initiative et des réactions souvent outrancières qu’elle a déclenchées ?

Paul Landau : Je pense que cette initiative était tout à fait légitime et que ceux qui l’ont condamnée ont oublié le sens du mot démocratie. Mais votre question me permet de clarifier un point important. Nous devons lutter bec et ongle contre l’islam radical, contre l’islamisation de la société et contre tout discours islamiste anti-occidental ou antijuif. Je ne pense pas, comme Daniel Pipes, qu’on puisse affirmer que "l’islam radical est le problème et l’islam modéré la solution". Car l’islam modéré, pour autant qu’il existe, tarde à se manifester … Mais je pense, par contre, qu’il faut toujours restreindre la cible de notre combat pour ne pas faire le jeu des islamistes qui utilisent le sentiment de victimisation que peuvent éprouver certains musulmans. Exigeons des musulmans de France ce que le judaïsme et le christianisme ont accepté depuis longtemps : que la pratique de l’islam soit confinée à l’espace privé et non ostentatoire. C’est pourquoi je soutiens sans la moindre réserve le combat de Riposte Laïque contre les prières musulmanes dans les rues de Paris.

Riposte Laïque : Le 16.06.09, vous aviez donné une conférence à l’Association France Israël sur le thème de l’islamisation de l’Europe et vous y aviez présenté votre essai "Pour Allah jusqu’à la mort". A la fin de la conférence, je me souviens que vous étiez relativement optimiste sur la capacité de l’Europe à résister à l’islamisme. Aujourd’hui, afficheriez-vous le même optimisme ou diriez-vous, pour ne prendre que l’exemple de la France, que les élites françaises ont ou semblent avoir capitulé face à l’islamisme ? Et si oui, pourquoi ?

Paul Landau : Je maintiens mon appréciation relativement optimiste et je m’en explique. Il me semble qu’on assiste aujourd’hui à un réveil des peuples européens et des citoyens face à la vague d’islamisme conquérant et au silence des élites (lorsqu’elles ne sont pas complices). Riposte Laïque en est un exemple frappant mais il n’est pas le seul. Une grande partie des élites ont certes capitulé, mais elles se sont ce faisant coupées de la majorité des populations européennes, qui subissent quotidiennement les effets de l’islamisation de l’espace public. Dans ces circonstances, je pense que les réactions de rejet et de résistance vont se multiplier et que l’enjeu capital est de parvenir à leur donner une expression politique durable.

Ce que les médias et les intellectuels bien-pensants (comme Caroline Fourest) appellent le "populisme" n’est que l’expression légitime du peuple, bâillonné par les grands médias et privé de ses droits fondamentaux par le recul de la démocratie concomitant à la construction européenne, qui favorise l’expansion de l’islamisme en Europe. C’est ce phénomène que dénonce Bat Ye’or dans son dernier livre, Le spectre du Califat (qui sort ces jours-ci aux éditions Les Provinciales). Je pense que le travail de Riposte Laïque et d’organisations similaires dans d’autres pays est en train de porter ses fruits.

Propos recueillis par Bonapartine

Commentaires

Je vais certainement en acheter pour moi-même !

Écrit par : Joseph | 06/10/2010

Parce qu’il est à la fois religion et projet de société et qu’il est très difficile de dénouer ces deux aspects l’un de l’autre, où situer la "modération" et l'intégrisme ?

L’Islam tire sa force, avant tout, de la nature et du contenu de sa foi ainsi que des certitudes qui en résultent. Le monothéisme islamique est d’une grande simplicité, que traduit bien sa profession de foi : "Il n’y a de dieu que Dieu et Mahomet est son envoyé ". C’est une croyance qui repose sur une évidence venue d’En-Haut à travers le Coran, qui s’impose à l’homme, ne laisse place ni à l’interrogation, ni au doute et n’ouvre pas la voie à la recherche théologique.
Par ailleurs, ses normes morales rendent la religion islamique aisée à pratiquer parce qu’en raison de son statut de "communauté de juste milieu" (Coran 2, 143), elle se contente d’être ajustée aux capacités naturelles de l’homme. Les "commandements" du Coran n’ont pas le caractère absolu du Décalogue. Des exceptions ou des atténuations sont toujours possibles. Cela se vérifie en ce qui concerne le respect de la vie. Le meurtre par vengeance est autorisé en vertu de la loi du talion (Coran 17, 33) ; tuer les infidèles ou les musulmans impies peut être un devoir dans le cadre du djihâd (Coran 9, 29 ; 9, 5 ; 9, 36, etc.) ; l’avortement est permis dans certains cas, en particulier lors d’une grossesse illégitime, l’honneur de la famille passant alors avant la vie de l’enfant à naître.

Quoi qu’il en soit, le mal n’apparaît vraiment comme tel que lorsqu’il constitue une violation de la Loi islamique (la charia). Le mariage musulman comporte lui aussi des facilités, telles que la permission polygamique (Coran 4, 3) et la répudiation (Coran 2, 226-232). Ce qu’il faut retenir c’est que le Dieu du Coran n’invite pas au dépassement de soi.

De surcroît, l’Islam procure une réelle sécurité spirituelle à ses fidèles. En effet, malgré certaines apparences, c’est une religion facile, qui semble contenir le minimum capable de satisfaire l’essentiel des besoins religieux de l’homme. Dans l’Islam, les exigences sont plus extérieures qu’intérieures. Il suffit en principe, pour gagner le Paradis, d’observer les prescriptions coraniques, notamment les cinq piliers : la profession de foi, la prière rituelle (cinq fois par jour), le jeûne du Ramadan, l’aumône légale et le pèlerinage à La Mecque (au moins une fois dans la vie, sauf exemptions prévues). La fidélité à ces aspects contraignants constitue donc aussi une garantie pour l’Au-delà.

Il faut ajouter que l’Islam a su résister à la désacralisation de la vie et à la privatisation de la foi. Tous les actes humains, depuis ceux qui accompagnent les grandes étapes de l’existence jusqu’aux plus insignifiants du quotidien, sont placés visiblement sous le signe de Dieu. De même, la société islamique est organisée selon des modalités voulues par Dieu. Sans être obligatoirement théocratique (cas de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran de Khomeyni), l’Etat musulman ne peut être que confessionnel. La laïcité, concept étranger à l’Islam, est souvent assimilée à l’athéisme.

Face à un Occident sécularisé et matérialiste, qui a perdu le sens de la Transcendance divine, le monde musulman affirme donc sans complexe sa dimension religieuse. Le record de participation au grand pèlerinage, en cette année qui a suivi les attentats du 11 septembre (près de deux millions de musulmans), répond sans doute tout autant à une authentique démarche spirituelle qu’à une volonté d’affirmation identitaire. Le rendez-vous mecquois est d’ailleurs pour beaucoup de musulmans venus de tous les continents, l’occasion de faire l’expérience concrète de l’universalité de la oumma.

Au-delà des divisions politiques qui affaiblissent le monde musulman, la fraternité islamique, qui se traduit par une cohésion manifestée lors de certaines dates du calendrier religieux (ceci est valable, bien que dans une moindre mesure à cause de sa dimension locale, pour le Ramadan, toujours vécu en communauté), renvoie l’image d’une portion d’humanité forte de ses convictions, fière de son appartenance à "la meilleure des communautés suscitée pour les hommes", selon ce que Dieu dit dans le Coran (3, 110) et donc peu encline à l’autocritique sur ses actions passées et présentes.

Cette communauté "sait" de science coranique que l’Islam, destiné à l’humanité entière, triomphera au moment voulu par Dieu (34, 28-30). Certitude quant au résultat, incertitude quant à la date : si le musulman se sent ainsi invité à la patience (vertu éminente dans l’Islam), il ne s’en considère pas moins comme investi du devoir de tout faire pour hâter l’islamisation du monde. Aussi la oumma est-elle organisée à l’intérieur d’un cadre socio-juridique conçu de façon à la protéger de toute "corruption" et à assurer sa croissance numérique.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’interdiction coranique faite à une musulmane d’épouser un non-musulman, sauf si ce dernier embrasse l’Islam (2, 221), tandis que rien n’empêche le mariage d’un musulman avec une non-musulmane, celle-ci pouvant même, en principe, conserver sa religion. Mais, dans ce cas, elle ne peut pas hériter de son mari, droit alors réservé aux enfants qui sont automatiquement musulmans étant donné qu’en Islam, la religion se transmet par le père. Même la Tunisie, pourtant à l’avant-garde du monde arabe pour ce qui concerne l’amélioration du statut de la femme, n’a pas supprimé cette interprétation stricte du Coran. Il s’agit là d’une pratique doublement avantageuse pour l’Islam puisqu’elle favorise l’accroissement du nombre de ses fidèles et leur enrichissement.

Si, en Europe, l’épouse chrétienne d’un musulman ne peut pas être lésée en matière d’héritage, en revanche, laïcité oblige, aucune loi n’interdit à son mari d’imposer sa religion aux enfants du couple. De même l’Eglise, en vertu du respect de la liberté religieuse, ne dispose d’aucun moyen efficace d’empêcher l’un de ses fidèles de devenir musulman pour se marier. Il est donc certain que l’augmentation du nombre d’unions matrimoniales islamo-chrétiennes constitue un facteur non négligeable de progression de l’Islam sur le Vieux Continent.

Le même souci d’assurer la pérennité de la oumma explique l’impossibilité juridique et sociologique, pour un musulman, de renoncer à l’Islam. Malgré le verset coranique qui proclame "Pas de contrainte en religion" (2, 256), il ne peut pas, formellement tout au moins - par le baptême chrétien par exemple -, opter pour une autre religion.

Des sanctions pénales et civiles s’appliquent à celui qui se rend coupable du délit de ridda, c’est-à-dire qui trahit sa communauté et apostasie sa foi. On sait qu’il peut encourir la peine de mort, non pas en vertu d’un énoncé du Coran mais en vertu d’une parole de Mahomet qui aurait dit : "Celui qui quitte la religion [l’islam], tuez-le". Or, les hadiths (faits et paroles du prophète de l’Islam) font partie de la Tradition (Sunna), laquelle a une valeur équivalente au Coran en tant que fondement du droit.

Cette sanction n’est pas inscrite dans tous les codes des pays ayant l’Islam comme religion d’Etat, mais elle demeure ancrée dans les mentalités, si bien qu’en général l’auteur du meurtre d’un apostat ne sera pas poursuivi en justice.

Quant à la propagation de l’Islam, elle peut se faire par des moyens pacifiques, comme l’appel (dawa) et la persuasion, le financement de mosquées et de centres culturels (de ce point de vue, l’argent du pétrole est considéré comme une bénédiction divine) ou la démographie.

La polygamie sert cet objectif, mais la natalité est aussi favorisée par l’attitude spirituelle des musulmans : enclins à se soumettre à la volonté de Dieu et à Lui faire confiance, ils se posent moins que les occidentaux d’aujourd’hui la question de savoir s’ils pourront pourvoir aux besoins d’une famille nombreuse. En outre, plus la femme est mère de garçons, plus elle est respectée.

Mais, par ailleurs, le recours aux armes est permis dès lors qu’il vise l’extension du règne de l’Islam. Tel est le but du djihâd dans sa définition coranique, obligation de communauté à laquelle le vrai croyant ne saurait se soustraire et qui n’a pas besoin de l’ordre explicite d’une autorité humaine constituée.

Cette conception de la oumma qui fait de ses membres des hommes et des femmes de devoirs explique les réticences du monde musulman envers la doctrine des droits de l’homme et des libertés individuelles.

Quant aux intellectuels, éclairés soient-ils, leurs propos semblent avoir du mal à sortir d’un cercle restreint, occidentalisé et habitué au dialogue interreligieux. L’Islam n’ayant pas d’autorité magistérielle, ils s’expriment sans réelle représentativité et n’ont que peu de prise sur la base.
Les premières générations d’immigrés, qui pratiquent souvent un Islam tranquille, sont peu concernées par ces débats d’idées, tandis que chez les jeunes la tendance serait plutôt à une réislamisation dogmatique et militante qui se manifeste par une affirmation identitaire et un rejet du modèle occidental, considéré comme décadent et amoral. Le port du hidjab (foulard) par les filles et les actes de délinquance commis par tant de jeunes musulmans en sont les signes les plus visibles.

Cette conception fondamentaliste est promue avec un zèle non dénué d’habileté par Tariq et Hani Ramadan, et animateurs du centre islamique de Genève. Depuis une dizaine d’années, grâce à un réseau associatif efficace, l’un des deux, Tariq, passe de ville en ville pour confier à la jeunesse musulmane d’Europe une mission, celle de donner aux sociétés matérialistes et déchristianisées une âme, musulmane bien entendu. Les éléments idéologiques et religieux sur lesquels repose la force de l’Islam dans son aire traditionnelle, négligés, refoulés ou parfois rejetés par les premiers musulmans venus vivre en Europe, font l’objet d’une réappropriation par leurs enfants qui sont pourtant nés dans un milieu non islamique.

Que faut-il en conclure, sinon que cette force resurgit dans un contexte d’affaiblissement spirituel, moral et politique, et qu’elle s’en nourrit ? Là réside le cœur du problème. Les sociétés européennes, qui ont oublié ou renié leur héritage religieux, sont-elles prêtes à répondre à cette "interpellation de l’histoire" ?

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 07/10/2010

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