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28/09/2010

Les curieuses méthodes de Sifaoui à l’encontre de Bat Ye’Or

lundi 27 septembre 2010, par Stéphanie Carrouges


SIFAOUI BARBU.jpgNous verrons si le nouveau livre de Bat Ye’or (L’Europe et le spectre du califat, cf. le blog d’Ivan Rioufol du 13 sept. http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2010/09/lelysee-juge-inac...), tout en reprenant et continuant l’investigation engagée déjà dans Eurabia ne va pas, en fait, beaucoup plus loin. Mais ce qui importe d’abord c’est une question de méthode : si Mohamed Sifaoui (dans Eric Zemmour, Une supercherie française) se permet si facilement de comparer le travail d’un chercheur aussi méticuleux avec le pastiche des Protocoles des sages de Sion, n’est-ce pas le signe que quelque chose est déjà vicié dans la culture ou la civilisation que l’on « défend » ? Dans le déluge d’informations et les luttes d’influences pour la direction de l’opinion, ou même d’une toute petite portion de celle-ci, est-ce que l’esprit et le travail libres ne devraient pas garder encore quelque valeur aux yeux du public cultivé ? Y a-t-il des réalités accessibles à la recherche – laquelle ne se limite pas à compulser des pages ou des écrans d’ordinateur, mais repose avant tout sur la finesse d’esprit, la délicatesse des relations humaines, et sur l’engagement, le sérieux et le souci de la vérité de toute une vie ? Des réalités accessibles à la raison mais que l’on ne trouve pas forcément étalées en clair dans les journaux ou qui ne font encore l’objet d’aucun enseignement en faculté ? Quelle civilisation défendons-nous ? Le commerce vulgaire avec ses chaînes, son marketing, toutes sortes d’idées et de fonds publics ou secrets se passe très bien de nous, il me semble. Mais quelle civilisation défendons-nous, en fait ?

Dans la première partie de son nouveau livre, dont des extraits commencent à circuler, Bat Ye’or, une femme en effet, comme l’a rappelé sans beaucoup d’élégance Mohamed Sifaoui, revient sur un tournant de sa propre aventure : « En décembre 2002 un article intitulé “Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d’Eurabia” s’affichait sur internet dans de nombreuses langues. Paru dans une modeste revue parisienne [L’Observatoire du monde juif] l’auteur, une inconnue du grand public, situait la politique arabe de la Communauté européenne dans un cadre précis, stratégique et coordonné, appelé le Dialogue Euro-Arabe. »

EURABIA.jpg

C’était simplement, en étudiant une masse considérable de documents institutionnels (c’est-à-dire des circulaires, des documents et des rapports tout à fait officiels émanant d’administrations et d’institutions autorisées mais souvent peu connus du public) appliquer la méthode mise au point par des siècles de culture historique en Occident pour étudier et révéler une direction de l’histoire européenne contemporaine radicalement inaperçue.

Comment le monde des idées politiques et sociales pourrait-il jamais progresser sans une recherche approfondie et qui débouche sur une modeste prise de position ? Modeste toujours est la parole humaine devant les mécanismes puissants qu’elle s’efforce de décrire. On peut bien sûr attendre que les écrans nous dictent le minimum requis pour faire encore partie de l’espèce humaine (animal politique et doué de raison) ou le façonnent. On peut aussi compter pour cela sur tous les fonctionnaires d’État ou d’organisations internationales qualifiés, rémunérés, encadrés et donc très bien tenus. Mais ce système a-t-il besoin d’être défendu encore par nos pauvres moyens ?

Stéphanie Carrouges

16/09/2010

"Koula sheli" - La légitimité d'Israël ne se partage pas, Pierre Itshak Lurçat

"L'État hébreu est confronté à une campagne de délégitimation tout autour de la planète. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'une tentative de boycott au sein même d'Israël", a déclaré le Premier ministre Nétanyahou en ouverture du Conseil des ministres il y a quinze jours, faisant allusion à l'appel au boycott du centre culturel d'Ariel, signé par des artistes et gens de théâtre parmi les plus célèbres du pays.

 

Amos_Oz.jpgM. Nétanyahou a bien évidemment raison. L'appel au boycott lancé par les artistes, et soutenu par des écrivains comme Amos Oz ou David Grossman contribue à la délégitimation d'Israël sur la scène internationale et il constitue un véritable "coup de poignard dans le dos", de la part d'une frange non négligeable des élites intellectuelles et culturelles de l'État juif, en proie à une offensive internationale visant à le priver de toute légitimité.

 

[photo : Amos Oz]

 

Il n'est pas anodin que cet appel au boycott ait été rendu public deux jours avant le terrible attentat qui a coûté la vie à quatre civils israéliens, sur une route proche de Hébron : il y a, à cet égard, une véritable convergence de tirs entre les terroristes du Hamas et les intellectuels de gauche. Ces derniers disent, en substance, à leurs frères juifs de Judée-Samarie, "vous n'avez pas le droit de vivre au-delà de cette ligne [la fameuse "ligne verte"] tandis que les premiers disent, encore plus radicalement, "vous n'avez pas le droit de vivre".

 

 

assassinat samarie.jpg
Attentat palestinien : une convergence de tirs entre le Hamas et les intellectuels de gauche

Ceci nous amène à la question cruciale, que l'on peut énoncer ainsi : est-il possible de défendre la légitimité d'Israël sur une partie seulement de son territoire ? Peut-on, comme Amos Oz, A.B. Yehoshua ou D. Grossman, et les autres signataires de l'appel au boycott contre les Juifs d'Ariel, affirmer que la présence juive est légitime à Tel-Aviv et à l'ouest de Jérusalem, mais qu'elle ne l'est pas à Ariel, à Hébron ou dans les quartiers orientaux de la capitale juive ?

 

Les événements des vingt – voire des quarante – dernières années montrent que la réponse à cette question est négative. Toutes les tentatives pour obtenir une reconnaissance arabe et internationale de nos droits sur une partie d'Eretz-Israël, sur une étroite bande de terre longeant la Méditerranée, au prix du renoncement au cœur historique de notre patrie, c'est-à-dire à la Judée et à la Samarie (sans parler de Gaza), se sont soldées par une série d'échecs cuisants et sanglants.

 

Les compromis renforcent nos ennemis

 

Car en vérité, plus nous nous disons prêts à des concessions et à des "compromis douloureux", plus nos ennemis redoublent dans leurs efforts pour contester notre légitimité sur chaque parcelle de la terre d'Israël, comme l'a montré l'expérience tragique des années 2000, quand les concessions d'Oslo et de Camp David ont conduit directement à la Deuxième Intifada et – plus encore – l'amère aventure du "retrait unilatéral de Gaza", dont le "génial" architecte, Ariel Sharon, avait promis qu'il apporterait la paix et la sécurité et redorerait le blason d'Israël sur la scène internationale.

 

 

synagogue goush katif.jpeg

Ce dernier épisode est sans doute le plus instructif quant à la psychologie de nos ennemis, arabes notamment. Le retrait de Gaza, soutenu par d'éminents commentateurs et "géopoliticiens" (dont je tairai le nom par charité) n'a non seulement pas amélioré la situation stratégique et politique d'Israël, mais il a, bien au contraire, entraîné une dégradation irréversible de l'image d'Israël aux yeux de ses ennemis et du monde entier. Lorsque les Arabes palestiniens, à Gaza et à Ramallah, ont assisté, le sourire aux lèvres, au spectacle affligeant de soldats juifs chassant leurs frères de leurs maisons et détruisant les localités florissantes du Goush Katif, ils ont compris que la meilleure manière de détruire Israël était encore de confier le travail aux Israéliens eux-mêmes…

 

Le refus obstiné de Mahmoud Abbas de reconnaître le caractère juif de l'État d'Israël n'est pas seulement la marque de son intransigeance et de sa tactique démoniaque pour exiger des concessions avant même d'entamer les négociations. Il est aussi l'expression d'une conception enracinée dans la culture politique arabo-musulmane, qu'aucun "processus de paix" occidental n'a pu modifier jusqu'à ce jour. En vertu de cet atavisme séculaire, le monde arabo-musulman refuse de reconnaître toute souveraineté juive en terre d'Islam, parce que les Juifs ne sont pas acceptés comme un peuple mais considérés comme une simple religion.

 

Or l'attitude défaitiste de ceux qui, en Israël même, prônent le renoncement à la Judée-Samarie et à la moitié de Jérusalem, ne fait que conforter nos ennemis dans leurs positions irrédentistes. Car si les Juifs eux-mêmes refusent d'assumer leurs droits souverains à Hébron ou à Ariel, cela veut dire – pensent unanimement Abbas et ses adversaires du Hamas – qu'ils n'ont aucun droit ni à Jérusalem, ni même à Tel-Aviv…. Plus Israël se dit prêt à des "concessions douloureuses", plus il apparaît aux yeux de ses ennemis comme un État fantoche et un usurpateur venu occuper illégalement la terre de Palestine, partie inséparable du "Dal al-Islam".

 

Jabotinsky.jpgDans ces conditions, le seul espoir ténu pour parvenir un jour à une paix hypothétique – dans 20, 50 ou 100 ans – est de clamer haut et fort à la face de nos ennemis arabes et du monde entier : "cette terre est à nous, et nous n'y renoncerons jamais". Eretz-Israël est tout entière à nous, 'koula sheli', selon les mots fameux du poème de Jabotinsky que M. Netanyahou a sans doute entendu de la bouche de son propre père, Bentsion Netanyahou… Le partage historique de la Palestine mandataire a déjà eu lieu en 1922, lors de la création de l'État transjordanien hachémite. Un nouveau partage ne peut amener la paix, mais au contraire, de nouvelles guerres et effusions de sang, comme le montre l'histoire du Moyen-Orient depuis 60 ans. La légitimité d'Israël ne se partage pas ; le destin des Juifs de Tel-Aviv et de Haïfa est inextricablement lié à celui des Juifs d'Ariel, de Sichem et de Hébron. Prions pour que nos dirigeants aient enfin le courage et la lucidité de tenir un tel langage, au lieu de nous bercer des mortelles illusions de la "paix" d'Obama et d'Abbas.

Gmar hatima tova !

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pierre_lurcat_quart.jpg

 

13/09/2010

Max Nordau, les Juifs et la Politique, Pierre Itshak Lurçat

Réflexions sur l'anniversaire des accords d'Oslo

 

 

"Le Juif n'apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n'achètera pas un parapluie simplement parce que des nuages s'amoncellent à l'horizon : il attendra d'être trempé et d'être atteint de pneumonie..."

Max Nordau *

 

Jabotinsky.jpgDans des pages inédites en français de son Autobiographie, le grand leader sioniste Jabotinsky faisait cette réflexion : les Juifs sont des gens très intelligents et capables de comprendre toute chose en profondeur, pourvu qu'elle ne concerne pas leurs intérêts nationaux en tant que Juifs... L'observation de la vie politique israélienne au cours des dernières années ne peut malheureusement que confirmer ce diagnostic : notre peuple peut se flatter de compter une proportion exceptionnellement élevée de savants et de Prix Nobel dans tous les domaines, sauf dans celui, crucial pour notre existence, de la science politique et de l'art de diriger une nation. Même s'il existait un Prix Nobel dans cette branche, je doute que nous y excellerions autant qu'en médecine ou en physique (il existe bien, il est vrai, un Prix Nobel de la Paix, mais le simple fait qu'il ait été décerné à l'architerroriste Yasser Arafat montre qu'il ne s'agit que d'une sinistre farce....

 

Depuis le jour fatidique où Itshak Rabin a serré la main d'Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche, Israël a mis le doigt dans un engrenage fatal, qui s'est traduit par une litanie d'accords politiques ne valant pas le papier sur lequel ils étaient signés, accompagnée d'un cortège d'attentats, de sang et de larmes. L'aspect le plus tragique du "processus d'Oslo" est qu'il a créé un paradigme mensonger ("les territoires contre la paix") dont nous ne sommes pas sortis à ce jour, aucun dirigeant israélien, de gauche comme de droite (sauf peut-être Avigdor Lieberman) n'ayant eu le courage de dire "Stop ! Nous n'avons aucun territoire à donner, ni même à échanger contre une paix illusoire et hypothétique !"

 

accords oslo.jpg

Les accords d'Oslo, 13 septembre 1993 : un paradigme mensonger

 

Le paroxysme de la stupidité et de l'aveuglement a été atteint il y a cinq ans, avec le "retrait unilatéral" de Gaza dont le génial architecte, Ariel Sharon, nous avait promis qu'il apporterait le calme et redorerait le blason d'Israël sur la scène internationale... C'est tout le contraire qui s'est produit. Ce qui n'empêche pas aujourd'hui notre ministre de la Défense, Ehoud Barak, de poursuivre sa guerre contre les habitants juifs de Judée-Samarie et de préparer un nouveau retrait, qui aurait pour conséquence de transformer la rive Ouest du Jourdain en un nouvel Etat arabe palestinien "judenrein", lequel deviendrait rapidement un second Hamastan.

 

 

Apprendre des catastrophes

 

max-nordau.jpgRencontrant Jabotinsky à Madrid pendant la Première Guerre mondiale, Nordau lui fit cette réflexion : les Juifs n'apprennent pas par des raisonnements rationnels, mais uniquement par des catastrophes. L'expérience amère des quinze dernières années montre pourtant que Max Nordau se trompait : les Juifs n'apprennent même pas par les catastrophes! Nos dirigeants actuels ne sont pas capables de tirer les leçons de leurs échecs catastrophiques – depuis Oslo jusqu'à Goush Katif – et d'empêcher la répétition des malheurs qui nous frappent, les mêmes causes produisant immanquablement les mêmes effets. Pourquoi ?

 

Les raisons de cette situation tragique sont multiples : corruption politique et morale, pressions étrangères et intérieures (par le biais d'organismes comme le New Israel Fund), trahison des élites intellectuelles... Une autre raison, plus fondamentale, tient sans doute au manque d'expérience politique des Juifs : pendant les siècles de la galout, nous avons eu des Juifs conseillers des Princes, ministres et dirigeants de communautés, souvent fort intelligents et parfois brillants. Mais aucun Juif n'a eu la lourde responsabilité de veiller au destin de l'ensemble du peuple d'Israël, celui-ci étant dispersé et privé de direction politique. Aujourd'hui, alors que nous avons retrouvé notre Indépendance nationale après deux mille ans d'exil, notre plus grand problème est de trouver des dirigeants à la hauteur des tâches immenses qui leur incombent. Des dirigeants qui sachent assumer leurs responsabilités sans se bercer d'illusions et sans promettre vainement la paix et la sécurité, mais en faisant tout leur possible pour veiller aux destinées du Klal Israël.

 

 

* Citation extraite de l'Autobiographie de Jabotinsky, en cours de traduction en français.

[Article paru dans Jérusalem Aujourd'hui, publication du groupe ISRAEL MAGAZINE]

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