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28/08/2010

Menahem Begin (en 1977) : « Qui tient la Judée et la Samarie tient la veine jugulaire d'Israël »

[Voici un texte, poignant autant qu'édifiant, et remarquablement écrit. Il nous restitue une déchirante page d'histoire. Menahem Begin, ce Juif pathétique, qui, en juillet 1977, faisait face à l'homme le plus puissant de la planète, et émettait, sans forfanterie mais aussi sans crainte, la profession de foi peut-être la plus courageuse et la plus dérisoire de l'histoire, incarnait, en cet instant, la figure de son peuple - digne et impuissant, mais sûr de la justesse de sa cause. Je remets en ligne, aujourd’hui, ce texte publié en septembre 2003 sur reinfo-israel.com, et remis en ligne à plusieurs reprises depuis, car il est à l’ordre du jour. En effet, après l'indifférence cynique de l'ancien Président des Etats-Unis, Carter, à la sécurité d'Israël, c'est le nouveau Président Obama qui entend faire plier Israël, au profit de sa realpolitik pro-arabe. Une fois de plus, il ne fait hélas pas de doute que si ceux qui président aux destinées de la planète doivent choisir entre l'abandon du peuple juif à son triste sort, et une crise sécuritaire et/ou économique de grande ampleur, les Juifs mourront, comme dans les années 40, sans que personne ou presque, ne vienne à leur aide. (Menahem Macina).]

28 juin 2009

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Titre anglais original : " How to negotiate for 'peace' ", Yehuda Avner

Première parution : The Jerusalem Post (11/9/2003)

 

Repris par Jewish World Review Sept. 17, 2003 / 20 Elul, 5763


Traduction française : Henri Orquera

 

Jimmy Carter, fermier cultivateur d’arachides, avait transformé la Maison Blanche en un établissement austère. En accord avec ses convictions calvinistes, il se moulait dans le rôle d’un citoyen-président. Il interdisait qu’on l’appelle Chef, avait presque supprimé le budget loisirs, vendu le yacht présidentiel, réduit la flottille de limousines, et, plus généralement, débarrassé son palais de toutes ses manières, artifices et prétentions. Il portait lui-même son attaché-case.

 

Aussi, lorsqu’il accueillit le Premier Ministre Menahem Begin à la Maison Blanche, en juillet 1977, avec une cérémonie aussi flamboyante que pour un roi, une salve de 19 coups de canon, une revue de tous les services armés et une parade chorégraphique de la Vieille Garde du Corps des Fifres et Tambours, en livrée blanche, de l’Armée Révolutionnaire, les médias estimaient, avec juste raison, qu’il s’agissait d’une marque de haute estime, ou de pure flatterie.

 

L’ambassadeur américain, Samuel Lewis, a confié qu’il s’agissait d’un peu des deux : «Le Président était persuadé qu’en traitant Begin avec du miel, il en obtiendrait bien davantage qu’avec du vinaigre.»

 

Et, de fait, les discussions avaient démarré d’une manière décente. Les deux dirigeants et leurs conseillers avaient échangé leurs points de vue sur des sujets aussi sensibles que les pourparlers de paix israélo-arabes de Genève, la mauvaise conduite soviétique dans la Corne de l’Afrique, et les menaces de l’Organisation Armée de la Palestine au Sud Liban. Ensuite, il y avait eu une pause, et quand le café avait été servi, le Président [américain] et le Premier Ministre [israélien] l’avaient siroté en silence, chacun jaugeant l’autre, comme si, d’un commun accord, ils se préparaient à ce qui allait suivre.

 

Ensuite, Begin présenta, d’une manière extrêmement détaillée, la croyance du Likoud au droit inaliénable du peuple juif sur la terre d’Israël. S’agissant du premier sommet entre un Premier Ministre du Likoud et un Président américain, Menahem Begin avait décidé que Jimmy Carter entendrait sa position à la source même.


Le Secrétaire d’État, Cyrus Vance, homme habituellement calme, commença à s’agiter en entendant dire qu’Israël ne renoncerait ni à la Judée, ni à la Samarie, ni à la bande de Gaza. Il soutenait que cela rendrait vain tout plan de paix pour une conférence de Genève.[...]


Le Président pensait de même. Carter affichait un masque de politesse, en regardant ses notes, mais on pouvait voir, à ses mâchoires serrées, qu’il contenait son irritation intérieure. Il répondit, avec son accent de paysan :

 

« Monsieur Le Premier Ministre, mon impression est que votre insistance sur vos droits sur les Territoires et Gaza peut être interprétée comme un signe de mauvaise foi. Elle fera comprendre votre intention de rendre permanente l’occupation militaire de ces zones. Cela mettra un terme à tous les espoirs de négociation. Il serait incompatible avec mes responsabilités de Président des États-Unis de ne pas vous le dire, aussi exactement et aussi sincèrement que je le peux, MONSIEUR BEGIN ! »

 

Tandis que l’exaspération faisait étinceler ses yeux d’un bleu pâle, Carter martelait :

 

« Il ne peut y avoir d’occupation militaire permanente de ces territoires conquis par la force. »

 

Nous, les officiels israéliens, qui étions autour de la table de conférence, dans la Salle du Conseil, où avait lieu la réunion, regardions chacun d’eux du coin de l’œil. Mais Begin s’était préparé à cette rencontre avec ce Président de la période post-Watergate et de renouveau moral, Carter, le prêcheur, sensible à la droiture personnelle.

 

Puis, Begin se pencha en arrière et se mit à fixer, d’un regard faussement doux, au-dessus de la tête du Président, le vieux chandelier de bronze, qui surplombait la grande table de chêne. Il n’allait pas se laisser bousculer.

 

Il savait que lui et le Président étaient sur des trajectoires totalement différentes, et qu’il s’agissait d’une confrontation sans issue à propos du cœur du pays biblique. Carter était tout aussi ferme, il ne plierait pas. Néanmoins, Begin devait, d’une manière ou d’une autre, persuader cet homme de jugement, désireux de soigner et de guérir, ce réalisateur énergique à l’esprit empirique d’ingénieur, qu’il voulait vraiment et honnêtement la paix, et que les Territoires n’étaient pas seulement une question de droits historiques, mais aussi une question de sécurité, vitale pour son peuple.

 

Quand il recommença à regarder Carter, ce fut avec un regard grave et impérieux.

 

« Monsieur le président, je vais vous confier quelque chose de personnel – non à mon sujet, mais au sujet de ma génération. Ce que vous avez entendu concernant les droits, qui sont ceux du peuple Juif, sur la terre d’Israël, peut vous sembler académique, théorique, voire discutable. Mais pas à ma génération. Pour ma génération de Juifs, ces liens éternels sont des vérités irréfutables et incontournables, aussi anciennes que le temps qui s’est écoulé. Elles touchent au cœur même de notre identité nationale. Car nous sommes une nation ancienne qui revient chez elle. Nous sommes comme une génération biblique de souffrance et de courage. Nous sommes la génération de la Destruction et de la Rédemption. Nous sommes la génération qui s’est relevée de l’abîme sans fond de l’enfer. »

 

Sa voix envoûtante avait des accents de réflexion profonde et semblait rejoindre la mémoire des générations. L’âpre ardeur de son langage focalisait l’attention intense des assistants autour de la table.

 

«Nous étions un peuple sans espoir, Monsieur Le Président. Nous avons été saignés à blanc, non pas une fois, ni deux fois, mais de siècle en siècle, encore et encore. Nous avons perdu un tiers de notre peuple en une génération, la mienne. Un million et demi de ses membres étaient des enfants, les nôtres. Personne n’est venu à notre secours. Nous avons souffert et sommes morts seuls. Nous ne pouvions rien faire. Mais maintenant, nous pouvons. Maintenant, nous pouvons nous défendre nous-mêmes. »

 

Soudain, il se mit debout, le visage aussi dur que l’acier, et dit avec intrépidité :

 

« J’ai une carte. »


Un aide déroula énergiquement une carte d’un mètre sur deux entre les deux hommes. Et Begin poursuivit :

 

« Cette carte n’a rien de remarquable, c’est une carte standard de notre pays, sur laquelle figure l’ancienne ligne d’armistice, appelée 'Ligne Verte', telle qu’elle a existé jusqu’à la Guerre des Six Jours, en 1967 ».

 

Il fit courir son doigt le long de la frontière défunte, qui serpente au centre du pays.

 

« Et, comme vous le voyez, nos cartographes militaires ont simplement indiqué les très faibles distances de la profondeur de défense que nous avions, lors de cette guerre. »

 

Il se pencha au-dessus de la table et désigna la zone montagneuse, de couleur brun sombre, qui couvre la partie nord de la carte.

 

« Les Syriens tenaient les sommets de ces montagnes, Monsieur Le Président. Nous étions tout en bas. »

 

Ses doigts se posèrent sur les hauteurs du Golan, puis s’arrêtèrent sur la bande de terre verte, en dessous.

 

« Là, c’est la vallée de Hula. Sa largeur est inférieure à 10 miles [16 km]. Ils tiraient au canon sur nos villes et nos villages du sommet de ces montagnes, jour et nuit. »

 

Carter regardait, les mains croisées sous le menton.

 

Les doigts du Premier Ministre allaient maintenant plus au sud, vers Haïfa, il continua :

 

« La ligne d’armistice était à moins de 20 miles [32 Km] de notre plus grande ville portuaire. »

 

Ensuite, il s’arrêta sur Netanya :

 

« Ici, notre pays se réduisait à une étroite bande, large de 9 miles [moins de 14 Km 500]. »

 

Le Président américain hocha la tête et dit :

 

« Je comprends. »

 

Mais Begin n’était pas sûr qu’il ait vraiment compris. Son doigt tremblait et sa voix grondait :

 

« 14 Km et demi, Monsieur Le Président ! Inconcevable ! Indéfendable ! »

 

Carter ne fit aucun commentaire.

 

Le doigt de Begin était maintenant au-dessus de Tel Aviv et martelait la carte :

 

«Ici vivent un million de Juifs, à 12 miles [18 Km] de cette ligne d’armistice indéfendable. Et ici, entre Haïfa, au nord, et Ashkelon, au sud» (ses doigts couraient du haut en bas de la plaine côtière) – «vivent les deux tiers de notre population totale. Et cette plaine côtière est si étroite qu’une attaque par surprise, menée par une colonne de chars, pourrait, en quelques minutes, couper le pays en deux. Car celui qui tient ces montagnes» (l’extrémité de ses doigts tapotait les sommets de la Judée et de la Samarie) «tient la veine jugulaire d’Israël entre ses doigts. »

 

Ses yeux sombres, intenses, balayèrent le visage de marbre du puissant homme assis en face de lui, et, avec la conviction de celui qui a toujours combattu pour tout ce qu’il a obtenu, il déclara de manière lapidaire :

 

«Messieurs, il n’est pas question de revenir à ces lignes. Dans notre environnement impitoyable et implacable, aucune nation ne peut être rendue aussi vulnérable et survivre».


Carter pencha la tête en avant, pour mieux inspecter la carte, mais ne dit toujours rien. Ses yeux étaient aussi indéchiffrables que de l’eau.

 

«Monsieur le Président», poursuivit Begin, sur un ton qui ne tolérait pas l’indifférence, «c’est la carte de notre sécurité nationale, et j’utilise ces termes sans emphase et dans leur sens le plus littéral. C’est notre carte de survie. Et la différence entre le passé et aujourd'hui, c’est uniquement cela : la survie. Aujourd’hui, les membres de notre peuple peuvent défendre leurs femmes et leurs enfants. Dans le passé, ils ne le pouvaient pas. En fait, ils devaient les livrer aux tueurs nazis. Nous avons été 'tertiés', Monsieur Le Président… »



Carter leva la tête.

 

« Quel mot est-ce là, Monsieur le Premier Ministre ? »

 

«'Tertiés', pas décimés. L’origine du mot 'décimé' est un sur dix. Quand une légion romaine était coupable d’insubordination, un homme sur dix était passé au fil de l’épée. Dans notre cas, ce fut un sur trois – 'tertiés' ! »

 

Alors, les yeux humides et d’une voix décidée, tenace, et en pesant chaque mot, Begin déclara :

 

« Monsieur, j’en fais le serment devant vous, au nom du peuple juif : cela n’arrivera plus jamais. »

 

Puis l’émotion le submergea. Il crispa ses lèvres, qui commençaient à trembler. Il fixa la carte sans la voir, luttant pour endiguer les larmes qui lui venaient aux yeux. Il crispa les poings et les pressa si fort sur la table, que leurs articulations devinrent toutes blanches. Il se tint là, la tête courbée, le cœur brisé, plein de dignité.

 

Un silence de mort se fit dans la salle.

 

Saisi par sa méditation personnelle sur la Shoah infernale, Begin regardait fixement vers le lointain, au-delà de Carter, avec une étrange retenue dans les yeux. C’était comme si, dans sa contemplation, il passait au travers de ce Président baptiste, sudiste, membre du Renouveau, sur cette route à l’intérieur de lui-même, depuis cette intimité juive, profonde, lieu d’une plainte infinie et d’une foi éternelle, et d’une longue, longue mémoire, comme s'il était enfoui là, avec Moïse et les Maccabées.


Carter baissa la tête et se figea dans une attitude d’immobilité respectueuse. D’autres regardaient ailleurs. Le tic-tac de l’horloge ancienne sur la cheminée de marbre devint soudain audible. Une éternité semblait suspendue à chaque battement. Le silence était assourdissant. C’était comme l’éclair d’une résolution nationale de ne jamais revenir à ces lignes [d’armistice].

 

Graduellement, avec lenteur, le Premier Ministre se dressa de toute sa hauteur, et la salle reprit vie. Carter suggéra respectueusement une pause, mais Begin répondit que ce n’était pas nécessaire.

 

Il avait fait son devoir.

 

Yehuda Avner *

 

© The Jerusalem Post



* L’auteur, ancien diplomate, a été le conseiller de quatre Premiers ministres, dont Menahem Begin.


Première mise en ligne : 14 septembre 2003, sur le site reinfo-israel.

 

 

Mis en ligne le 20 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org

Commentaires

Magnifique démonstration de ce qui doit ETRE DECLARE à Obamarabe,

et ligne à suivre par Nétanyaou.............................et que l'on ne parle

plud de colons ou colonie lorsqu'il s'agit de NOTRE TERRE !!!

Écrit par : Elie | 29/08/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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