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02/07/2010

Judaïsme ou psychanalyse : Deux conceptions de l'homme radicalement opposées

freud_2.jpgEsquisser une critique juive de la psychanalyse n'est pas une chose aisée. Non pas que les arguments fassent défaut : ils sont multiples, nous le verrons. Mais le succès rencontré par la psychanalyse au sein du public juif occidental et de nombreuses autres raisons font que judaïsme et psychanalyse semblent aujourd'hui inextricablement liés. On ne compte plus les livres consacrés au judaïsme de Freud, aux rapports de Lacan et du judaïsme ou aux "sources talmudiques de la psychanalyse" [sic]… Le fait que Freud n'ait jamais étudié le Talmud est un argument irrecevable aux yeux de ses nombreux admirateurs car la psychanalyse, comme toute idéologie, se moque bien du réel. Freud était-il le fondateur d'une nouvelle religion, ou d'une vulgaire secte qui a réussi ? Etait-il un charlatan (selon le mot fameux de Nabokov), un Juif fidèle, ou au contraire un apostat ? Nous préférons esquiver ici ces questions polémiques pour nous concentrer sur celle, plus essentielle, des rapports véritables entre judaïsme et psychanalyse.

 

Le judaïsme est une "religion d'adultes". Cette formule d'Emmanuel Lévinas nous fait entrer de plain-pied dans ce qui sépare la Tradition juive de la psychanalyse. La première, en effet, vise à élever l'homme, c'est-à-dire à l'éduquer et à lui permettre de se surpasser, de surmonter ses défauts et ses faiblesses pour se perfectionner. L'homme, dans le judaïsme, est un être intermédiaire qui tient à la fois de l'animal et de l'ange. Comme le premier, il est soumis à ses instincts. Mais il est toujours capable de leur échapper car, comme le second, il est créé à l'image de D.ieu. La Kabbale compare l'homme à un arbre : "Se dressant verticalement, l'arbre regarde vers les cieux ; l'homme, 'debout devant D.ieu', 'lève les yeux vers les hauteurs' (Psaumes) *. A cette conception verticale de l'homme s'oppose celle de l'homme couché sur le divan.


Quoi de plus étranger au judaïsme que cette idée d'un homme allongé, confiant à un psychanalyste, c'est-à-dire à une sorte de prêtre moderne, ses péchés, ses pensées scabreuses et ses soucis les plus intimes ? Le judaïsme authentique ne connaît point de prêtres, car c'est le peuple tout entier qui est une "nation de prêtres". Il n'est besoin d'aucun intermédiaire pour parler à D.ieu, comme l'a enseigné Rabbi Nahman, car D.ieu se trouve partout, en tout lieu et en tout instant et il est accessible à tous. Religion moderne, la psychanalyse ressemble bien plus à une hérésie chrétienne qu'au judaïsme authentique. A mille lieues de notre religion d'adultes, exigeante et parfois austère (André Neher évoquait le "dur bonheur d'être Juif"), la psychanalyse est une religion infantile, qui rabaisse l'homme, l'enferme dans la prison de son enfance (toujours malheureuse…) et l'empêche de s'élever et d'accéder au statut d'adulte et d'homme à part entière.

 

Cette opposition fondamentale se retrouve dans les conceptions antagonistes de la famille et de la relation parents-enfants du judaïsme et de la psychanalyse. On connaît l'importance capitale attachée par la tradition juive à l'éducation, au point que le judaïsme considère que le père véritable de l'enfant juif est celui qui l'a éduqué, et non celui qui l'a engendré… L'idée freudienne de l'Oedipe est aux antipodes de tout ce qui fait le cœur même de la pensée juive. L'amour et le respect des parents n'est pas seulement un commandement essentiel (il fait partie des mitsvot dont "l'homme consomme les fruits dans ce monde, tandis que le capital lui est conservé pour le monde futur", comme nous le disons chaque matin dans la prière). Il est aussi la pierre angulaire du judaïsme, en tant que tradition qui nous a été léguée de père en fils et de mère en fille depuis le Sinaï !

 

Le mythe grec d'Oedipe, repris avec le succès que l'on sait par le fondateur de la psychanalyse, n'est pas seulement étranger à l'esprit et à la lettre du judaïsme, mais il est en vérité attentatoire à tout ce que le judaïsme considère comme sacré... On sait quel sort est réservé par la législation biblique au fils rebelle et dévoyé. Mais que dire du fils qui rejette ses parents, les déteste dans le fond de son cœur et leur attribue tous les maux de son existence ! Une telle idée est contraire au judaïsme à un point tel, qu'on peut y voir la marque incontestable de l'absence de toute yiddishkeit, de toute trace de judaïsme, dans l'esprit du fondateur de la psychanalyse.

 

baruk.jpgCeci nous amène au point crucial de l'opposition entre judaïsme et psychanalyse, développé dans de nombreux livres – malheureusement pour la plupart épuisés – du professeur Henri Baruk : la conscience morale. Grand Français et Juif authentique, Baruk consacra sa vie à soigner les maladies mentales, en élaborant une veritable thérapie juive inspirée de la Tradition et de la conception juive de l'homme et de son unité fondamentale. Récusant l'idée de "maladie mentale autonome", Baruk développa une conception originale fondée sur l'idée de "conscience morale", rejetant à la fois les courants mécanistes de la psychiatrie et la conception freudienne de la maladie mentale. Dans la citation qui suit, Baruk met en valeur ce qui oppose la psychanalyse au judaïsme ** :

 

" Le malade est trop souvent vu comme un homme qui cache des pensées inavouables. Par ailleurs, la doctrine psychanalytique qui met le point sur la jouissance individuelle, l'hédonisme, est contraire à l'altruisme. Par là même, elle détruit la morale et détermine une attitude d'agressivité de l'individu, ceci non seulement chez les malades, mais chez les psychanalystes eux-mêmes. Le processus du transfert comporte lui-même parfois des conséquences troubles et douteuses. La recherche de la responsabilité de la maladie risque d'aboutir à un développement excessif de la mentalité du " bouc émissaire " et à charger sans cesse la famille, ce qui détermine des conflits, des ruptures, des divorces et la guerre au lieu de la pacification. Enfin, la psychanalyse, si elle se poursuit trop longtemps entretient un relâchement de la volonté et une baise de l'énergie morale, le sujet étant sans cesse replié sur lui-même".

 

Le thème essentiel de l'opposition entre judaïsme et psychanalyse mériterait de longs développements, que nous n'avons fait qu'esquisser dans le cadre de cet article. Ce débat fondamental, trop souvent occulté, mérite certes mieux que les vaines polémiques dont se nourrissent les médias, en France et ailleurs. L'essor de la psychanalyse et le succès immérité qu'elle a rencontré – y compris au sein de notre peuple – est un des symptômes les plus frappants de la crise morale et de la confusion intellectuelle du monde contemporain.

Itshak Lurçat

Notes

* Citations tirées du beau livre du rabbin Alexandre Safran, Sagesse de la Kabbale, Stock 1986.

** La psychiatrie française de PINEL à nos jours, P.U.F., Paris, 1967

Commentaires

Chers P.I.L. et Paul,

Sujet tentant, mais scabreux ... vous êtes incorrigibles !

La psychanalyse est d’abord la découverte que les symptômes psychiques manifestes , mais aussi les rêves, les ratés des activités de la vie quotidienne et les mots d’esprit ont un sens qui peut être découvert grâce à la méthode psychanalytique qui propose au patient d’associer librement et tient compte des manifestations transférentielles du patient ainsi que de la résonance qu’elles induisent chez l’analyste.

A partir de là, des résultats cliniques se sont accumulés qui ont conduit à des élaborations théoriques successives chez Freud. Le choix d’une version du mythe grec d’Œdipe – celle reprise dans l’Œdipe-Roi de Sophocle- pour établir un
« complexe d’Œdipe » est un choix théorique de Freud que la clinique n’imposait pas. Freud l’a justifié comme étant le résultat de son auto-analyse mais on sait aussi son intérêt antérieur pour l’antiquité égyptienne, grecque et romaine. Le choix d’un mythe d’une civilisation disparue permettait au demeurant d’éviter les conflits que n’aurait pas manqué de susciter le choix d’un élément d’une des religions ou des philosophies existantes de son temps. Enfin, le choix du héros aux pieds blessés a fait évoquer à Maria Torok la crypte freudienne où gisait l’histoire de l’oncle Joseph condamné à la prison renforcée qui comportait le port de fers aux pieds.

* Abraham N. et Torok M. (1978) . L'écorce et le Noyau, Paris, Aubier-Flammarion.

Nicolas Abraham naît en Hongrie dans une famille juive orthodoxe. Il quitte son pays pour fuir la montée du nazisme et rejoint Paris en 1938, puis la zone libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il se marie une première fois avant de rencontrer Maria Török.

La conception de la psychanalyse de Nicolas Abraham et Mária Török étend à toute la vie, les possibilités de remaniements psychiques, ce qui réduit relativement la place des conflits et des refoulements instinctifs de l’enfance, tout en augmentant celle des catastrophes, individuelles et collectives, qui surviennent à tout âge.

Si Freud, à sa manière, avait répondu à une crise identitaire juive, en imaginant une topique psychique ?

Il fut un temps, la méfiance à l’égard de la psychologie et particulièrement de la psychanalyse, était de rigueur, de la part des hommes de Torah. Cette méfiance s’atténue de jour en jour et commence même à se dissiper. En vérité il
existe entre les deux une indifférence mutuelle. Que reprochent les hommes de Torah à la psychanalyse ? Cette dernière, disent les religieux, ne croit pas en l’existence de D. Cette affirmation est la source principale du conflit entre la psychanalyse et le Judaïsme. Ou plus exactement c’est la pensée de Freud et son école affirmant, que la croyance en D. ainsi que toutes les autres croyances religieuses trouvent leur source dans les angoisses fixées dans la plus tendre enfance. Le fait que ces croyances se retrouvent chez les adultes, est une activation de ces conflits non résolus durant l’enfance.

Il est tout à fait légitime que des personnes observant la Torah soient choquées par ce genre d’affirmations. A l’égard d’une telle théorie on ne peut que marquer une ferme opposition. Surtout lorsque Freud affirme que, dans le meilleur des cas, la religion n’est rien d’autre que le symptôme d’un manque de maturité ou pire encore, c’est un symptôme névrotique.

En vérité, la pensée freudienne concernant le domaine religieux n’est rien d’autre qu’un réductionnisme qui caractérise toute la théorie freudienne la plus orthodoxe. Certes, il est fort possible que l'homme, dont l’imagination est féconde, puisse concevoir des formes de divinités. Il est aussi possible que les croyances religieuses de certaines personnes soient sous-tendues par ce genre de fantasmes infantiles. Cependant, tout cela n’exclut pas le fait qu’il existe d’autres bases à la croyance en D. Il est plus logique de dire que les émotions éprouvées dès le berceau influent sur la nature des croyances en D.. Des travaux très sérieux ont prouvé qu’il existe une corrélation entre les rapports des enfants avec leur père et leur relation avec D. Mais il ne faut pas omettre que la relation parents / enfant influe sur toutes les relations de l’enfant. Relation envers soi même, envers la société, le couple, et toute la vie en général. Il n’est pas étonnant par exemple de constater une corrélation entre les rapports d’une personne avec son père et sa relation avec son chef à l’armée. L’idée ne viendrait à personne de dire que le chef militaire n’existe pas. Or la relation à D. quand bien même, serait-elle une fixation de l’enfance ne conduit pas à l’inexistence de D. Il semble que l’erreur de la conception freudienne est de confondre une conduite religieuse mature avec une conduite religieuse immature. Car, le jeune dont la relation avec le chef à l’armée est inspirée par sa relation avec son père, plus il vieillira et plus sa relation avec ce chef militaire sera totalement différente. Dans une religion pour immature, la relation à D. peut éventuellement être déterminée par son affectivité. Alors que la religion pour un homme mature est le fruit d’une réflexion, d’une expérience, de la raison. Qui peut prétendre que la croyance en D. de Maïmonide, de Nahmanide, de Rabbi Yéhouda Halévi ou du Rav Kook, etc. est une croyance déterminée par des conflits non résolus de la plus petite enfance ?

Le défaut capital de la théorie freudienne dans le domaine de la religion est la généralisation. Il est fort possible de trouver des personnes immatures dont la conduite religieuse est inspirée par un infantilisme manifeste ou même névrotique. De là, à généraliser une théorie et l’appliquer à l’ensemble d’une population entière il y a de la marge.

Nous sommes actuellement témoins d’une remise en question de la théorie réductionniste de Freud. Certes, on peut trouver ça et là encore dans la littérature psychanalytique des exemples qui restent fidèles à cette théorie. Il est évident que tout dialogue entre la psychanalyse et la religion est impossible tant que les psychanalystes continuent à rester fidèles à la théorie réductionniste de Freud à savoir : de considérer la religion comme la conséquence des conflits non résolus de l’enfance.

L’opposition de la religion à la psychanalyse a une autre raison. Il s’agit de la théorie freudienne des pulsions. Les représentants des religions accusent la psychanalyse d’ébranler les bases de la morale sociale par cette théorie qui accorde une place particulière à la pulsion sexuelle. Il semble que cette accusation n’est pas justifiée. Il est vrai que les psychanalystes tentent de remonter au niveau de la conscience des pulsions refoulées de leurs clients de manière que ces derniers soient en mesure de canaliser et dominer ces pulsions. Les psychanalystes pensent que la domination des pulsions est le signe le plus probant de la maturité et de l’autonomie. Par conséquent il serait tout à fait déplacé d’accuser les psychanalystes, qui tentent de faire émerger des systèmes de défense chez leurs patients, de favoriser la manifestation de la pulsion sexuelle. Mais en dépit de tout, il est possible que la psychanalyse ait contribué, très discrètement, à ébranler les fondements de la morale. Le fait que le rôle du thérapeute consiste à aider son patient à comprendre le « pourquoi » de son comportement, sans lui dire ce qu’il doit faire pour guérir, a généré un genre de neutralisme moral. D’autre part, les psychanalystes sont amenés à comprendre la nature humaine et ses défauts, ce qui les conduit à une attitude très tolérante à l’égard des faiblesses humaines. L’ erreur de la psychanalyse est de ne pas faire la différence entre comprendre et pardonner.

Le sentiment de culpabilité a reçu dans notre société une connotation négative et pathogène. C’est pourquoi on cherche à préserver les jeunes de ce sentiment, si l’on veut qu’ils grandissent normalement sur le plan émotionnel et être des hommes responsables par la suite. Cette façon de comprendre la psychanalyse orthodoxe n’est pas tout à fait exacte car de nombreux psychanalystes font bien la différence entre une culpabilité pathologique et une culpabilité normale.

Toutefois l’idée freudienne que le sentiment de culpabilité exprime toujours la peur de la sanction à la suite de la transgression d’un tabou quelconque provenant des parents ou de la société, a occulté complètement les autres sources du sentiment de culpabilité. Cette façon de comprendre le sentiment de culpabilité a fait de la pratique religieuse une conséquence de la peur. Si une personne transgresse un règle religieuse , elle sera punie. Dans ce cas, le raisonnement est simpliste, la religion génère le sentiment de culpabilité , lequel à son tour génère la peur qui conduit à la punition. Dans ce cas, la raison dit que pour ne plus être culpabilisé il faut abandonner la règle religieuse. Ce raisonnement simpliste a malheureusement beaucoup de succès si l’on compte le nombre de personnes qui ne pratiquent strictement rien. C’est la théorie freudienne du sentiment de culpabilité qui a porté un coup sévère à la religion. Toutefois le Judaïsme ne se considère pas du tout concerné. Il a sa propre théorie tout à fait antinomique avec celle de la psychanalyse.

Les rapports entre la psychologie traditionnelle et le judaïsme sont totalement différents des rapports entre la psychanalyse et le Judaïsme. La psychologie a longtemps ignoré tout ce qui a trait plus ou moins à la religion. Elle a voulu s’ériger en science autonome. A cette fin, elle a tout fait pour dire que la religion n’est pas de son domaine. Les représentants des religions à leur tour se méfiaient de tout ce qui rappelle, de près ou de loin, la psychologie. Ce qui fait que les relations entre la religion et la psychologie étaient réduites à zéro.

Avec la transformation de la société et la place occupée par la religion dans la vie des gens, l’ignorance mutuelle ne pouvait plus durer. La plupart des psychologues qui étudient tout ce qui se rapporte aux émotions subjectives, mettent l’accent sur la place de l’environnement et la capacité de l’homme à l’intégrer. Or, tout psychologue qui se respecte ne peut ignorer l’importance de la religion dans l’environnement. De son côté la religion, pour des raisons théologiques, n’apprécie pas l’intrusion de la psychologie dans son domaine. Et quand les valeurs et le mode de vie de la religion s’avèrent contraires à ce que professe la religion, elle marque son opposition la plus nette à l’égard de tout ce qui est psychologie.

Entre la psychologie et la religion il y a eu toujours des dissensions sur de nombreux points. La religion affirme que l’homme dispose d’une volonté libre pour affronter les difficultés de la vie, alors que la psychologie tend à croire à un déterminisme scientifique qui paralyse l’homme dans son action. Cette opposition relève davantage de l’imagination que de la vérité.

Il appartient aux philosophes d’y apporter un éclaircissement. Si l’on suit le raisonnement du déterminisme causal on supprime toute responsabilité de l’homme dans tous les domaines de sa vie. Cette conception n’est pas admissible, Bien qu’il existe une influence manifeste de la vie de l’enfance sur la vie de l’adulte, il n’est pas possible de priver l’homme de la responsabilité de ses actes. C’est le contraire qui est vrai. On peut dire à un homme : la loi de l’Etat (ou de la religion) interdit le meurtre tu devais t’abstenir de tuer. Il n’est pas possible pour une société d’admettre que certaines personnes sont le jouet d’un déterminisme implacable.

Cependant, si l’on ne peut pas parler encore d’une identité de vue parfaite entre la psychologie et la religion, on peut constater une évolution favorable à un rapprochement possible. L’évolution de la psychologie reconnaissable dernièrement, est susceptible de conduire à une compréhension mutuelle. La psychologie actuelle est moins béhavioriste – encore moins empirique et scientifique- par rapport à la première moitié du siècle passé. Les psychologues s’intéressent de plus en plus aux processus subjectifs. Il faut espérer qu’ils auront maintenant le courage de reconnaître que la religion occupe une place prépondérante dans l’attitude et le comportement de l’homme.

Par ailleurs, il convient de relever un autre indice du rapprochement de la psychologie avec la religion. Jusqu’à présent la psychologie a mis l’accent sur la « socialisation » de l’individu, mais elle commence à parler de l’intégration de la personnalité » ou mieux du « développement total des facultés potentielles de l’homme. Ce changement à lui tout seul justifie l’espoir de voir la psychologie cohabiter en paix avec la religion. Cette cohabitation sera possible si la psychologie se cantonne dans son domaine, celui d’expliquer les liens de cause à effet susceptibles de faire comprendre le comportement d’un individu. Mais la religion ne doit pas, elle non plus, considérer la multiplicité des théories psychologiques comme une preuve de son inefficacité. Car il n’existe pas une théorie générale et globale. Chaque individu est unique et constitue à lui tout seul un cas. Au contraire, il faut voir dans ce foisonnement de théorie, de méthodes, de psychothérapies diverses, un développement très sain.

De nombreuses personnes dénient à la psychologie le titre de « science » à part entière. C’est là une erreur, car la reconnaissance de la psychologie comme une science à part entière, et non pas comme une branche de la philosophie, réduit son hégémonie intellectuelle. Une science s’occupe d’un secteur bien déterminé, et ne peut pas déborder et embrasser d’autres domaines. Ce n’est pas le rôle de la psychologie de dire « qu’est-ce qu’un homme, quelle est son essence ? » La psychologie ne peut pas dire : telle conduite est bonne, telle autre mauvaise.

En conclusion, il n'y a aucune opposition entre la psychologie et le Judaïsme, bien au contraire; le Judaïsme recèle pratiquement toutes les théories de base de la psychologie et particulièrement tout ce qui concerne « l’inconscient » . Nos Sages d’une manière empirique ont émis avec leurs termes ce qui fait actuellement l’ossature de la psychologie. Le seul problème qui se pose quand on aborde une comparaison entre une théorie émise dans le Talmud et une théorie qui a cours en psychologie moderne, est d’ordre sémantique. La psychologie a son langage propre; c’est à ce langage qu’il convient de trouver dans l’immense littérature rabbinique, les mots hébreux équivalents. Ce travail n’a pas été entrepris encore, mais le jour où nous disposerons d’un dictionnaire comparatif entre le langage de la psychologie et le langage talmudique un grand pas sera franchi.

A voir également : D'où vient le besoin de croire ?

http://www.scienceshumaines.com/d-ou-vient-le-besoin-de-croire-_fr_15110.html

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 02/07/2010

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