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06/05/2015

Tsahal, armée la plus morale du monde ? - Pierre Itshak Lurçat

Sans être un fervent lecteur du journal Ha'aretz – pain quotidien des élites israéliennes postsionistes – je dois reconnaître que le commentateur militaire Amos Harel a raison lorsqu'il écrit, au sujet de la réponse d'Israël aux accusations calomnieuses du rapport Goldstone, que "l'affirmation répétée comme un mantra selon laquelle Tsahal serait l'armée la plus morale du monde" est problématique. Non pas certes, comme le pense sans doute Harel, qu'elle soit fausse... Au contraire ! Où a-t-on vu dans le monde une armée qui envoie des SMS aux habitants des immeubles qu'elle s'apprête à bombarder ? Si cette invention israélienne avait pu être utilisée à Londres, à Dresde ou à Hiroshima, elle aurait épargné la vie de millions d'être humains pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

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Cette affirmation est problématique précisément parce qu'elle est vraie. Elle pose un problème important, sans doute crucial, qui est celui de la morale et de la guerre. Nous autres Juifs, avons une fâcheuse tendance à nous complaire dans la posture de la victime, cédant ainsi à une tendance inhérente à la tradition juive (ou judéo-chrétienne). Nous avons certes le droit de nous flatter d'avoir une armée composée de soldats au visage humain, et non de soudards, qui est aussi efficace – sinon plus – pour sauver des vies humaines au Népal que pour lutter contre le Hamas à Gaza. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue que le but premier de Tsahal, comme de toute armée au monde, est de défendre et de protéger nos citoyens et notre Etat, et pas de gagner d'improbables concours de moralité…

 

Cette problématique n'est pas nouvelle, loin s'en faut. Dans un article éclairant paru après la Deuxième Guerre du Liban dans la défunte revue Forum Israël, Eliezer Shargorodski avait montré comment les penseurs et dirigeants sionistes avaient depuis longtemps été écartelés entre deux conceptions de la morale. La première, d'inspiration judéo-chrétienne, abhorrait le recours à la force qu'elle considérait comme un danger mortel pour les "valeurs juives". Cette conception, autrefois très minoritaire, était défendue par des intellectuels juifs allemands renommés, comme Martin Buber et Hermann Cohen. Elle s'incarna dans un courant sioniste-pacifiste, dont les représentants furent à l'origine de la création de l'Université hébraïque de Jérusalem. Ces intellectuels poussèrent leur logique jusqu'à ses conséquences ultimes : Buber, un temps proche de Herzl, s'éloigna de lui pour soutenir la création d'un Etat binational, préférable selon lui à un Etat juif pour ne pas léser les droits des habitants arabes.

 

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L'importance vitale du militarisme juif

 

La deuxième conception fut défendue par des hommes de plume et par la majorité des penseurs sionistes. L'écrivain Haïm Brenner ironisait ainsi, en 1919, sur le pacifisme de certains intellectuels, écrivant : "Doit-on s'enorgueillir de ne pas avoir de poings ?" Jabotinsky, de son côté, comprit très tôt l'importance vitale de l'autodéfense juive (à l'époque du pogrome de Kichinev) et fut le fondateur de la Légion juive, ancêtre de Tsahal. Son militarisme n'était toutefois pas le fruit d'un amour invétéré pour le métier des armes, mais d'une analyse froide et lucide de la situation du peuple juif. Dans son Histoire de la Légion juive, Jabotinsky relate ainsi cette anecdote, que lui avait racontée le dirigeant sioniste Nahum Sokolov. En vacances en Suisse, ce dernier rencontra un Lord écossais, auquel il fit état de sa participation au Congrès sioniste."Ah oui?", lui dit l'Ecossais, "c'est intéressant, mon frère aussi fait partie de ce mouvement..." Intrigué, Sokolov le pressa de questions, et finit par comprendre que le Lord écossais confondait le sionisme et le végétérianisme !

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Aux yeux des non-Juifs, conclut Jabotinsky, sionisme et végétérianisme, en 1901, étaient des choses similaires, c'est-à-dire d'innocentes utopies sans portée pratique sur les affaires du monde. Pour que le sionisme – et le peuple Juif – existent sur la scène mondiale, il fallait qu'ils deviennent une puissance militaire. C'est cette conclusion qui amena le leader sioniste révisionniste à œuvrer sans relâche pour constituer la Légion juive, première force armée juive depuis l'époque des Maccabées, qui combattit dans les rangs de l'armée anglaise en Palestine pendant la Première Guerre mondiale et joua un rôle décisif dans la proclamation de la Déclaration Balfour.

 

Ce rappel historique est important pour comprendre que le militarisme juif, loin d'être une régression dans l'histoire de notre peuple – comme voudraient nous le faire croire certains chantres de la "paix maintenant" – est une étape indispensable de la régénération du peuple Juif, réduit au cours de son long exil à la condition de fantôme et de paria, dont l'existence était dépendante du bon vouloir de ses voisins. Tsahal, lorsqu'elle est utilisée à bon escient – et non pas, à D. ne plaise, pour chasser des pionniers juifs de leurs maisons – n'est pas seulement une armée comme les autres,  voire plus morale, ou plus efficace : elle est l'Armée de Défense d'Israël, qui se bat pour le Kiddouch Hachem, la Sanctification du Nom. Elle est, pour paraphraser une expression fameuse du rav Abraham Itshak Hacohen Kook, parlant de l'Etat d'Israël (avant même sa création !) "le fondement du siège de la royauté divine dans le monde".

 

Pierre Itshak Lurçat

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Commentaires

C'est surtout dans le Deutéronome, que se trouvent concentrées les premières conceptions de la guerre. La Bible désigne ainsi le Dieu d'Israel comme le guerrier (Exode), vaillant au combats (Psaumes), qui s'avance comme un héros, comme un guerrier (Isaie) et marche à la tête de son armée (Psaumes). Les guerres d'Israël sont celles de D., d'où la présence symbolique de l'arche d'Alliance, transportée sur le champ de bataille, du temps de Moise (Nombres) et, plus tard, pendant la période monarchique (Isaie). Les guerres menées contre les Amalécites (dont par ailleurs nous n'avons pas beaucoup d'informations), qui tuèrent dans le désert les traînards de l'arrière-garde d'Israel, étaient aussi considérées comme les guerres de D. ( les guerres peuvent être de simples escarmouches espacées et répétées) ; les Amalécites avaient non seulement violé Ses lois de compassion pour les faibles, mais ils avaient osé attaquer Son peuple (Deutéronome). Toutefois, ces deux aspects se distinguaient lorsque D. et ses fidèles déclaraient la guerre aux Israélites retombés dans l'idolâtrie (Exode, Deutéronome)." Dans la mesure où le peuple avait conclu une Alliance avec D., ces traîtres (qui s'étaient mis à adorer un autre dieu, ce qui était courant lors d'une défaite dans le monde oriental) pouvaient être détruits.

Les règles guerrières inscrites dans le Deutéronome sont amplifiées dans la Michnah : "Avant d'aller au combat, les prêtres exhortaient les soldats à ne pas prendre peur à la vue de la puissance de l'ennemi. Les officiers exemptaient de la guerre quatre catégories d'hommes : ceux qui venaient de se construire une maison, mais ne l'avaient pas encore inaugurée, ceux qui avaient planté une vigne mais n'avaient pas encore goûté ses fruits, ceux qui étaient fiancés mais n'avaient pas encore consommé leur union, en fin tous ceux dont la pusillanimité risquait d'affaiblir le moral des troupes". Ce qui devaient faire beaucoup de monde! "De plus, les soldats et leur camp devaient être en état de sainteté" Ce qui devaient réduire encore notablement le nombre de combattants, sans compter que ni les esclaves, ni les femmes, ni les enfants n'y participaient. "Avant d'attaquer une ville, il fallait proposer la paix à ses habitants ; même dans le cas d'un siège prolongé, les arbres fruitiers ne devaient pas être coupés. Si une ville cananéenne refusait de se rendre, il fallait supprimer tous ses habitants pour les empêcher de contaminer les autres par leurs pratiques idolâtres". Car la terre de Canaan était la Terre Promise, le territoire de D. "Dans le cas de conquêtes de villes lointaines que les Israéliens ne pouvaient occuper en permanence, seuls les hommes adultes pouvaient être tués, les autres étaient faits prisonniers". Comme D. était invincible, si son armée était vaincue, il s'agissait de la conséquence d'un manquement du peuple, même partiel, à l'Alliance. Il pouvait s'agir d'une incroyance. Et nombre d'efforts de l'élite religieuse pour comprendre la raison de défaites sont sans doute à l'origine de nombreuses prescriptions religieuses, aboutissant à un réseau serré de contraintes et d'interdits.

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 02/03/2010

Merci Gilles-Michel pour vos eclaircissements!

Écrit par : itshak | 02/03/2010

.....étrange :cette photo du soldat avec le chaton,je l'ai eue affichée chez moi pendant des années ,avec d'autres aussi émouvantes ..et on me les avait données comme venant de l'armée américaine en Irak!.....? ? ?
Pour ce qui est de Jabotinski ,héros de la Droite la plus dure dite "révisionniste" en son temps.....je ne le suis pas ..et ,étant du camp de "La Paix Maintenant" ,fille et petite -fille de "Sabras",je ne mêle pas Dieu à la politique et la Bible à toutes les "sauces!

Écrit par : danielle HADDAD | 13/05/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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