29.01.2010
L'homme et l'arbre dans la Kabbale, réflexions à l'occasion de Tou-Bichvat
Rabbin Alexandre Safran
A l'occasion de Tou-Bichvat, le "Nouvel An des Arbres" qui tombe ce soir, je mets en ligne ces extraits du beau livre du rabbin Alexandre Safran, Sagesse de la Kabbale, paru chez Stock. Hag Saméa'h et chabbat chalom ! P.I.L.
L'arbre et l'homme. Leur commune destinée.
La Kabbale voue donc à l'arbre une attention particulière, en raison de la similitude qu'ell voit entre lui et l'homme. Plus qu'une ressemblance, c'est une véritable parenté qu'elle vit entre la couronne du monde végétal, l'arbre, et la couronne du monde animal, l'home. Cette parenté entre les représentants de ces deux mondes amis s'exprime à travers leur aspect et leur vocation : tous deux sont "debout", "porteurs de fruits", et tous deux offrent leur protection à ceux qui en éprouvent le besoin.
Se dressant verticalement, l'arbre regarde vers les cieux ; l'homme "debout devant Dieu", "lève les yeux vers les hauteurs". L'arbre nourrit et réconforte les hommes grace à ses fruits ; l'homme, et plus particulièrement le tsaddik, le "juste", aide et fortifie ses semblables par ses fruits qui sont ses bonnes actions, car, dit la Bible, "il y à du fruit pour le juste" et "le fruit du juste est un arbre de vie"...
Oui, la Bible affirme que "l'arbre des champs, c'est l'homme lui-même". A une différence près, observe le Maharal (XVIe siècle) : l'arbre a ses racines enfouies dans la terre et dresse ses branches vers les hauteurs, tandis que l'homme a ses racines dans les cieux et dirige ses branches vers le bas...
Cependant, une communauté de destin s'établit entre l'arbre et l'homme. Ce dernier la ressent et c'est pourquoi il manifeste son attachement envers l'arbre. Le Juif l'exprime en célébrant, outre le nouvel an de l'homme, Roche HaChana La-Chanim, ("Tête de l'année pour les années"), le nouvel an de l'arbre, Roche Hachana La-Ilan ("Tête de l'année pour l'arbre").
Le nouvel an des Années et le nouvel an de l'arbre se distinguent l'un de l'autre par la saison durant laquelle ils sont célébrés. Le nouvel an des Années est feté en automne et le nouvel an de l'arbre au printemps. L'automne rappelle à l'homme sa finitude et la durée limitée de sa vie ; le printemps lui offre la renaissance de l'arbre, le renouveau de la vie. Ainsi, d'une part, l'homme est rendu conscient d'être mortel, d'autre part, l'arbre, en ressuscitant, est un signe pour l'homme que sa mort pourrait ne pas être définitive.
15:37 Publié dans Fetes juives | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.01.2010
Demain sur les ecrans en France : le film israelien "Sumo"
Le film «Sumo» primé par le Festival de l'Alpe d'Huez
A VOIR! CE FILM DROLE ET ORIGINAL TEMOIGNE DE LA VITALITE DU CINEMA ISRAELIEN.
(VOIR UN EXTRAIT ICI)
« Sumo » des Israéliens Sharon Maymon et Erez Tadmor a remporté le Grand prix du 13ème Festival international du Film de l'Alpe d'Huez. Cette comédie suit le quotidien de quatre jeunes obèses qui décident de se lancer dans une carrière de lutteurs de sumo. Le film sortira en France le 27 janvier 2010.
RESUME ANGLAIS
Four overweight friends from the Israeli city of Ramle are fed up of dieting and the dieting club they belong to.
When Herzl (155 kilos), the main protagonist, loses his job as a cook and starts working as a dishwasher in a Japanese restaurant in Ramle he discovers the world of Sumo where large people such as himself are honored and appreciated.
Through Kitano (60 kilos), the restaurant owner, a former Sumo coach in Japan (who is supposedly hiding from the Yakuza in Israel), he falls in love with a sport involving "two fatsos in diapers and girly hairdos". Herzl wants Kitano to be their coach but Kitano is reluctant - they first have to earn their spurs.
"A MATTER OF SIZE" is a comedy about a ‘coming out’ of a different kind - overweight people learning to accept themselves.
Co Production with K5 http://www.k5film.com/home
19:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinema israelien
14.01.2010
Israël, de l'histoire sainte à l'histoire profane
Les paradoxes de l'historiographie juive moderne
Itshak Lurçat
Dans un merveilleux petit livre paru en 1982, Zakhor, histoire juive et mémoire juive, l'historien Yosef Hayim Yéroushalmi, récemment disparu, s'interrogeait sur ce paradoxe : alors que les Juifs sont souvent qualifiés de "peuple de la mémoire" et que le récit biblique lui-même se présente comme la relation de faits historiques, l'historiographie juive – en tant que discipline scientifique – est une création récente, qui remonte tout au plus au dix-neuvième siècle, et qui est liée au mouvement dit de la "Science du judaïsme" (Wissenschaft des Judentums). Pour que l'histoire juive puisse devenir objet d'étude scientifique, il fallait en effet porter sur elle un regard critique. Seul un historien juif détaché de la Tradition pouvait entreprendre de relater l'histoire juive comme celle d'une collectivité nationale "normale", échappant à tout déterminisme théologique.
Ce fut l'œuvre des pionniers de l'histoire juive au XIXe siècle, parmi lesquels Heinrich Graetz et Leopold Zunz, et de leurs successeurs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle : Simon Doubnov et Salo W. Baron. Ces deux derniers occupent une place particulière, puisqu'ils furent quasiment les derniers historiens à avoir entrepris d'écrire une histoire universelle des Juifs. Depuis lors, le savoir historique, tout comme le savoir scientifique en général, est devenu fragmentaire et spécialisé et il n'y a plus aujourd'hui d'historien capable d'embrasser à la fois l'histoire juive de l'Antiquité, du Moyen-Age et de l'époque moderne.
Israël, entre histoire sainte et histoire profane
Il serait toutefois abusivement simplificateur de considérer que l'histoire juive s'est totalement coupée de ses racines religieuses avec l'apparition de l'historiographie juive moderne. En réalité, de même que l'hébreu moderne conserve des liens étroits et ambivalents avec l'hébreu biblique ou talmudique – c'est-à-dire avec la langue sacrée – l'histoire profane des juifs demeure étroitement liée à l'histoire sainte d'Israël véhiculée par la tradition juive. Le meilleur exemple de cette ambivalence de l'historiographie juive moderne est celui du grand historien juif russe Simon Doubnov, né en 1860 et mort en 1940 à Vilna, assassiné par les nazis.
Dans des pages émouvantes de son autobiographie, Doubnov relate comment il s'est détaché de la tradition juive orthodoxe dans laquelle il avait été élevé, pour entamer des études profanes. Mais il a toujours conservé la croyance indéracinable en la perpétuation et en l'immortalité du peuple juif – croyance qui ne relevait pas tant de l'analyse scientifique que d'une véritable foi religieuse – rejoignant l'affirmation par le prophète Samuel de l'éternité d'Israël, devenue un pilier de la foi juive. "L'histoire juive continue" : c'est par ces mots que Doubnov acheva sa monumentale Histoire moderne du peuple juif publiée à Berlin entre 1923 et 1929 (en russe) et parue en France en 1933.
Le mensonge des nouveaux historiens
La lecture de Doubnov, tout comme celle de Salo W. Baron ou de Yéroushalmi, permet aussi de comprendre qu'aucune entreprise historiographique n'est idéologiquement neutre ou parfaitement objective. Le récent débat suscité en Israël et ailleurs par la parution d'un méchant pamphlet pseudo-historique, visant à déconstruire l'histoire juive pour nier l'existence même du peuple Juif – par une démarche proprement négationniste – en est une illustration extrême. Les ennemis d'Israël en Occident l'ont bien compris, traduisant et diffusant la moindre production du plus médiocre "nouvel historien" israélien de Tel-Aviv ou de Haïfa, dont les écrits atteignent immédiatement une réputation quasi-universelle, alors que les grandes œuvres d'historiens de stature internationale (Bentsion Nétanyaou, par exemple) ne sont même pas traduites en Europe.
Dans sa préface à l'édition de 1936 du Précis d'histoire juive, André Spire citait cette phrase de Doubnov qui n'a rien perdu de son actualité : "le critère le plus important de l'existence d'un peuple est la conscience qu'il a de soi". Cette définition subjective rappelle celle de l'historien Ernest Renan – dont Doubnov a subi l'influence – dans sa fameuse conférence "Qu'est-ce qu'une nation ?" Ce n'est pas le moindre paradoxe d'une certaine historiographie contemporaine que de remettre en cause la réalité de l'histoire juive et de l'existence même du peuple Juif au nom d'arguments pseudo-scientifiques à fondement racial, alors que les plus grands historiens du XIXe siècle avaient déjà compris – bien avant la Shoah – que la notion de peuple Juif échappait à tout critère purement objectif, racial ou linguistique.
Ruse de l'histoire ou projet divin ?
Dernier paradoxe : l'invention de l'historiographie juive moderne est intrinsèquement liée au mouvement de laïcisation du judaïsme européen aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais elle a aussi joué un rôle important dans l'émergence du sionisme politique, qui a été précédé par l'apparition d'une conscience historique juive. Tout comme les pionniers de la langue hébraïque, qui ont utilisé les mots de la langue sacrée pour désigner les objets profanes, ou comme les 'haloutsim détachés de toute tradition, qui ont défriché les marécages et ensemencé la Terre d'Israël, ce sont les historiens juifs de la Haskala qui, en rejetant l'idée d'une histoire sainte pour inscrire le vécu juif dans l'histoire immédiate et immanente, ont permis que s'écrive un chapitre essentiel de l'histoire d'Israël et de sa résurrection sur sa terre ancestrale. Ruse de l'histoire, projet divin, ou tout simplement paradoxe de l'aventure juive contemporaine : libre à chacun d'interpréter comme il voudra cette réalité.
(ARTICLE PARU DANS VISION D'ISRAEL, magazine culturel francophone israelien)
21:21 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire juive, israel, yeroushalmi, doubnov
08.01.2010
"Processus de paix" et perspectives de guerre - Pierre Itshak Lurçat
"Si vis pacem, para bellum" : l'adage latin n'a rien perdu de sa vérité dans notre région, surtout depuis que la bande de Gaza est devenue le fief du Hamas, alors que le front Nord se réchauffe et que la menace iranienne se fait toujours plus pressante. L'armée de Défense d'Israël se prépare actuellement à des scénarios de guerres sur trois, voire quatre fronts : Gaza au Sud, Hezbollah et Syrie au Nord, Iran à l'Est, et une nouvelle "Intifada" en Judée-Samarie... Il ne s'agit nullement d'un scénario – catastrophe sorti d'un placard de l'état-major, mais d'une éventualité tout à fait plausible, à laquelle les soldats de Tsahal se préparent activement.
Et que fait notre gouvernement à Jérusalem, pendant ce temps ? Au moment où ces lignes sont écrites, le Premier ministre Binyamin Nétanyahou annonce un réchauffement du "processus de paix", tandis que son ministre de la Défense continue de livrer une bataille sans merci à l'ennemi intérieur auquel il a déclaré la "guerre" : les habitants juifs de Judée-Samarie... Selon l'analyse de Yoav Sorek dans Makor Rishon, les plans de "paix" du gouvernement Bibi-Barak iront beaucoup plus loin que ceux d'Ariel Sharon ou d'Ehoud Olmert. Il s'agirait ni plus ni moins que de revenir aux frontières de 1967 – avec de légères rectifications – en créant un État palestinien judenrein en Judée-Samarie et en divisant Jérusalem, dont la partie Est deviendrait la capitale de l'État arabe. Ce plan impliquerait également l'expulsion de dizaines de milliers d'habitants juifs de leurs maisons et la destruction de dizaines de localités juives florissantes au cœur d'Eretz Israël, alors que les yichouvim les plus peuplés seraient intégrés aux "blocs d'implantations" annexés par Israël.

Un tel projet funeste, s'il devait voir le jour, aurait des conséquences désastreuses, tant intérieures qu'extérieures, pour l'État juif. Sur le plan intérieur, cela signifierait une nouvelle crise, comme celle ayant suivi la destruction du Goush Katif, mais sur une échelle encore plus grande. Sur le plan extérieur, cela voudrait dire qu'Israël, non content d'avoir laissé le Hamas prendre le pouvoir à Gaza, créérait de ses propres mains un nouvel État terroriste en Judée-Samarie, officiellement dirigé par l'AP, mais qui pourrait tomber très rapidement sous la coupe du Hamas. Les missiles palestiniens menaceront dans cette perspective non plus seulement les villes du Sud d'Israël, mais aussi celles du centre – de Jérusalem à la plaine côtiere – et c'est en fait l'ensemble du territoire israélien qui serait placé à portée des missiles du Hamas, du Hezbollah ou du Fata'h...
On frémit en pensant qu'un tel cauchemar pourrait bientôt devenir réalité, alors même que ce gouvernement a été porté au pouvoir par l'électorat de droite, précisément pour mettre fin aux errements des précédents gouvernements Sharon et Olmert, et pour dissiper une fois pour toutes les mortelles illusions du "processus de paix", entamé à Oslo il y a plus de quinze ans ! Le phénomène récurrent de dirigeants du Likoud élus par un électorat de droite qui, une fois arrivés au pouvoir, appliquent une politique de gauche et violent impunément toutes les promesses faites à leurs électeurs n'est pas seulement une atteinte au bon fonctionnement de la démocratie, mais il contient aussi le risque d'un désintérêt total des électeurs pour la politique.
Actualité de Zeev Jabotinsky
L'année 2010 est celle du 70e anniversaire du décès du dirigeant sioniste Vladimir Zeev Jabotinsky, fondateur du mouvement sioniste révisionniste et du Bétar, créateur de la Légion juive (ancêtre de Tsahal), orateur et écrivain talentueux. Dans un de ses textes les plus célèbres, "Le mur de fer" – paru en 1923 dans le journal russe Rassviet – Jabotinsky analysait avec une grande clairvoyance la question des rapports entre Juifs et Arabes en Eretz Israël, et affirmait notamment qu'il était illusoire de vouloir parvenir à un accord avec les Arabes sur le droit des Juifs à vivre et à édifier un État dans leur patrie historique.
La seule voie vers la paix, écrivait Jabotinsky il y a presque 90 ans, est d'édifier un "mur de fer" infranchissable, qui fera renoncer nos ennemis à tout espoir de se débarrasser de nous. Il ne s'agissait évidemment pas, dans l'esprit du Roch Bétar, de construire une "barrière de sécurité" et de renoncer au cœur de notre patrie historique ! Car rien n'était plus étranger à ses conceptions que l'idée de séparation, chère aux transfuges du parti Kadima, que le gouvernement Bibi-Barak est en train de faire sienne. Aux yeux de Jabotinsky, la seule voie vers la paix et la coexistence est celle d'un État juif souverain et fort, de la mer au Jourdain. La voix de Jabotinsky - dont l'écho ne résonne plus depuis bien longtemps, hélas, dans les réunions du parti politique qui a dilapidé son héritage – mérite d'être entendue, aujourd'hui plus que jamais.
Pierre Itshak Lurçat
(Article paru dans Ashdod Aujourd'hui, publication du groupe ISRAEL MAGAZINE)
09:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : israel, processus de paix, netanyahou, barak
01.01.2010
Djihad et haine des Juifs - Le lien troublant entre islamisme et nazisme
Quel est le lien entre le nationalisme arabe – et palestinien en particulier – , le nazisme et l'idéologie du djihad, qui connaît un regain d'intensité depuis le 11 septembre 2001 ? La réponse à cette question se trouve dans un livre important du chercheur Matthias Küntzel [photo ci-contre], qui vient d'être traduit en français. Professeur à l'université de Hambourg et chercheur à l'université hébraïque de Jérusalem, Küntzel étudie depuis de nombreuses années l'antisémitisme et ses formes contemporaines, et les liens historiques entre l'islamisme et le nazisme. Il y a quelques années, une conférence qu'il devait donner dans une université anglaise fut annulée au dernier moment, car son intitulé comportait l'expression "antisémitisme islamique", qui fut jugée offensante pour les musulmans...
Un sujet tabou en Europe aujourd'hui
Le thème des recherches de Küntzel est en effet un sujet tabou en Europe aujourd'hui, et c'est un pan totalement occulté de l'histoire du vingtième siècle que son livre révèle au lecteur francophone : celui du "lien troublant entre islamisme et nazisme", qui se trouve "à la racine du terrorisme international", comme l'explique le sous-titre du livre. Ayant moi-même écrit sur le sujet de l'islamisme, j'ai pu constater combien la littérature en français était pauvre sur ce sujet, et combien les livres existants – y compris les meilleurs – étaient marqués par une vision politiquement correcte de l'histoire récente. Ainsi, le chercheur Gilles Kepel, qui dirige la chaire Moyen-Orient à l'école des sciences politiques et a consacré plusieurs ouvrages éclairants à l'islam contemporain, occulte souvent le discours antijuif des principaux idéologues des Frères musulmans, au point d'omettre dans sa bibliographie de Sayid Qutb le fameux opuscule "Notre combat contre les Juifs" (dont le titre rappelle celui du Mein Kampf d'Hitler).
Si le lien entre islamisme et nazisme est un secret aussi bien caché par les auteurs français, c'est que ceux-ci présentent souvent sous un jour positif l'islamisme, considéré comme un mouvement progressiste ou tiers-mondiste (c'est la thèse des livres de François Burgat et, dans une moindre mesure, de ceux d'Olivier Roy). Récemment encore, il était difficile de trouver des ouvrages en français abordant les liens entre l'islam et l'Allemagne nazie, à l'exception du livre pionnier des journalistes Roger Faligot et Rémi Kauffer, Le croissant et la croix gammée, paru il y a près de vingt ans et jamais réédité. Le livre de Matthias Küntzel, préfacé par Pierre-André Taguieff, vient combler cette lacune (il a été traduit auparavant dans une dizaine de langues, y compris l'hébreu).
La lecture de ce livre est enrichissante, à la fois pour comprendre l'histoire et pour éclairer l'actualité la plus brûlante. L'auteur aborde, de manière synthétique et documentée, les thèmes suivants : les Frères musulmans et la Palestine, l'islamisme égyptien de Nasser à nos jours, le djihad du Hamas et le 11 septembre et Israël. La première partie montre comment le thème de la Palestine et de la lutte contre le sionisme et contre les Juifs a occupé une place essentielle dans la rhétorique des Frères musulmans, dès la création (en 1928) du mouvement islamiste égyptien, matrice des principales organisations islamistes contemporaines, du Hamas jusqu'à Al-Qaida. L'homme qui a servi de lien entre les Frères égyptiens et la Palestine n'est autre que le tristement célèbre Amin al-Husseini, le "grand Mufti" de Jérusalem, fondateur du nationalisme palestinien et ami d'Adolf Hitler.
Une haine métaphysique et rédemptrice
Loin d'être purement fortuit ou circonstanciel, le lien consubstantiel entre islamisme et nazisme s'est en effet perpétué depuis le début des années 1930 et jusqu'à nos jours. Küntzel montre comment l'antisémitisme radical occupe une place essentielle dans la doctrine politico-religieuse des Frères musulmans et de toute la mouvance islamiste issue des Frères. Il s'agit, selon l'auteur, de la clef de voûte de l'idéologie islamiste, qui se structure – tout comme le nazisme à son époque – autour de la haine des Juifs. Après avoir passé la plus grande partie de la guerre à Berlin, où il animait les émissions en arabe de la radio nazie, Al-Husseini put échapper aux procès de l'après-guerre grâce à la complicité du quai d'Orsay. Un des plus fameux disciples du mufti pronazi sera son petit-neveu, Yasser Arafat, qui fut membre des Frères musulmans et militant islamiste avant d'adopter la rhétorique du "nationalisme laïc" palestinien, pour mieux séduire la gauche et l'extrême-gauche occidentale, avec le succès que l'on sait.
L'antisémitisme radical des islamistes n'a rien à voir avec la politique israélienne, ni avec l'occupation de territoires "arabes" en 1967 : il s'agit d'une haine quasi-métaphysique, à caractère exterminationniste et rédempteur. Aux yeux de Qutb, d'Al-Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq Ramadan) ou de Ben Laden, les Juifs doivent être exterminés pour que l'islam triomphe, et cet impératif s'inscrit dans une vision eschatologique de l'ultime combat contre les Juifs, qui doit précéder l'instauration de l'islam sur toute la terre... On comprend dès lors l'inanité de toute tentative de négocier ou de trouver un modus vivendi avec les islamistes du Hamas ou d'Al-Qaida. On ne peut pas signer d'accord de paix avec les islamistes, mais tout au plus une trêve provisoire (comme celle conclue par Mahomet lorsqu'il se trouva en situation d'infériorité). Et l'islamisme – tout comme le nazisme dont il a recyclé une grande partie de l'idéologie – ne peut qu'être totalement vaincu.
Itshak LURCAT
Matthias Küntzel, Jihad et haine des Juifs, éditions L'Œuvre, Paris 2009.
(ARTICLE PARU DANS VISION D'ISRAEL)
14:16 Publié dans Antisemitisme | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : kuntzel, djihad, antisemitisme














