08.10.2009
Laurent Murawiec, 1951-2009 : Un neo-conservateur français
Laurent MURAWIEC, qui vient de nous quitter prématurément, comme je l'apprends ce matin de Michel Gurfinkiel et du site de l'UPJF de Menahem Macina, etait un des meilleurs observateurs du monde actuel. Je reproduis ci-dessous la recension par Guy MILLIERE de son livre La Guerre d'apres (sur l'Arabie saoudite). Je rendrai compte prochainement de son dernier ouvrage, The Mind oh Jihad, paru en anglais chez Cambridge University Press. P.I.L
Milliere Guy - dimanche 30 novembre 2003
Plus d’un an après avoir publié un livre fondateur remarquable, « L’esprit des nations », Laurent Murawiec nous propose un nouvel ouvrage, vif, acerbe, et très riche sur un pays dont on parle trop peu : l’Arabie Saoudite. L’ouvrage s’appelle « La guerre d’après » pour une simple raison : la guerre contre le terrorisme n’est pas finie. Elle ne fait que commencer. Elle ne s’achèvera que quand son centre irradiant sera mis hors d’état de nuire. Ce centre, montre Murawiec, est à Riyad.

L’Arabie Saoudite est inquiétante. Après avoir créé son empire dans le sang et par l’épée, le clan des al-Saoud a constitué « le seul business familial, à avoir un siège aux Nations Unies ». Depuis ce business familial, il a organisé sur le mode de la razzia une « prise en otage de l’économie mondiale » qui lui a permis de rançonner l’Occident. Le butin, plus de 2000 milliards de dollars en moins de vingt-cinq ans, aurait pu permettre de constituer un pays moderne, doté d’industries. Les choix furent différents. L’argent, montre Murawiec, a été très largement gaspillé dans les dépenses somptuaires de la famille régnante : « ils se sont construits des palais par centaines, ont fait en Occident une orgie de consommation : luxe, alimentaire, sexuel, alcools compris ». Il a aussi servi à acheter des diplomates (payés pour leur travail de lobbying), des hommes politiques, des journalistes, des universitaires, et des industriels du pétrole. Il a servi enfin à disséminer sur la planète le dogme dont les Saoud se sont fait les gardiens depuis plus de deux siècles, le wahhabisme, un islam radical, sectaire, fermé et guerrier.
Sa dissémination prend la forme de la construction de mosquées, du financement de mouvements islamistes tels ceux qui pullulent aujourd'hui en France, du terrorisme islamiste le plus violent et le plus meurtrier. Pour décrire la nébuleuse qui coordonne l’ensemble, Murawiek parle d’« islamintern », et fait le parallèle avec le Komintern soviétique. L’islamintern saoudien a des branches, telles Al Qaïda, qui est loin d’avoir rompu avec son pays d’origine. Il a des filiales : les frères musulmans, organisation née en Égypte, et repliée au pays des Saoud dans les années cinquante, après la répression nassérienne. « En dépit des divergences politiques et dogmatiques, le régime leur ouvrit les bras ». Il s’appuie sur des organisations transnationales : la Ligue Islamique mondiale, l’Organisation de la conférence islamique, l’organisation mondiale de la jeunesse islamique. De surcroit, « les ambassades saoudiennes ont toutes un attaché aux affaires islamiques dont le rôle combine celui du commissaire politique, de l’agent secret et du missionnaire ». Les Saoud sont aussi derrière le FIS et le GIA en Algérie, derrière le Hamas et le Djihad islamique au Proche-Orient. La radicalisation de l’islam pakistanais est elle-même d’origine saoudienne. Les liens de la famille Saoud avec Hitler pendant la guerre de 1940 ne sont plus à démontrer. « Hitler et Ibn Saoud trouvèrent un terrain d’entente : leur haine partagée des juifs ». Il existe depuis, chez les Saoud, ce que Murawiec appelle un « antisémitisme d’État ».

Tous ces éléments mis bout à bout montrent que tant que l’Arabie Saoudite pourra nuire, aucun des problèmes découlant de l’islamisation et du terrorisme, ne sera réglé. Si cela n’a pas été dit plus tôt, c’est en raison de l’immensité du pouvoir corrupteur des Saoud. Pourquoi rien n’a été entrepris contre les Saoud jusqu’à voici peu ? Pour les mêmes raisons. Mais aussi parce que les Saoud ont mis la main sur les plus importantes réserves de pétrole de la planète et que le reste du monde a laissé faire. Agir en Arabie Saoudite pouvait déboucher sur un cataclysme économique mondial.
Même si elle n’agit encore que de façon limitée, l’administration Bush a commencé à agir. Le véritable enjeu de la guerre d’Irak, c’est l’Arabie Saoudite. Moins dépendre du pétrole saoudien, c’est être plus à même d’exercer des pressions sur les Saoud. Les comptes et les transactions financières sont de plus en plus étroitement surveillés. Murawiec pense qu’il faudra, assez vite, aller plus loin, « désaoudiser l’Arabie », faire gérer les « lieux saints » par un « collège musulman international » permettant de recréer un « esprit de tolérance intra-musulmane ». Il faudrait aussi, dit-il, pratiquer une « occupation préventive des champs pétrolifères » permettant que l’argent du pétrole d’Arabie ne serve plus à des activités criminelles.
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Commentaires
Dès novembre 1997, soit presque en même temps que l’occupation du sanctuaire de la Mecque par des sunnites radicaux, aux ordres de Muhammad al-Utaybi et d’Abdallah al-Qahtani, des manifestations chi’ites dans la province orientale de l’Arabie saoudite marquèrent une nouvelle forme d’activisme, laquelle conduisit à leur première intifada, la révolte spontanée. Le Hezbollah saoudien, localement connu sous le terme Ansar khat al-imam (" Partisans de la voie de l’imam "), en référence à Khomeini, fut fondé en 1987 par plusieurs éminents dignitaires religieux, dont cheikh Hashim al-Shukus, cheikh Abdulrahman al-Hubail et Abduljalil al-Maa, de la province orientale. L’organisation revendique le principe de Khomeini de velayat-e faqih (" guidance du juriste théologien ") et la plupart de ses membres imitent la marja’iyya (direction religieuse chi’ite) du chef suprême de l’Iran, l’ayatollah Khamene’i.
Les Partisans de la voie de l’imam se méfient au plus haut point de la famille régnante et du gouvernement. Pour la plupart, ce sentiment se traduit par une attitude d’isolement, bien qu’il ait pu occasionnellement engendrer un comportement violent.
Il est intéressant de noter que l’ampleur de l’hostilité wahhabite à l’égard des Chi’ites s’est traduite depuis le début du 19ème siècle par la propagation d’un mythe selon lequel le fondateur du chi’isme aurait été un Juif nommé Abdallah ibn Saba.
Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 14.10.2009
Dans l’univers islamique, il existe une galaxie islamiste ; à l’intérieur de celle-ci, gravite des planètes qui ne suivent pas la même écliptique. C’est peut-être en prenant cette métaphore que l’on peut entrer dans l’intelligence du phénomène islamiste.
Le premier des problèmes dans cette entreprise, c’est que souvent plusieurs termes sont utilisés pour désigner plus ou moins la même chose ; des termes d’autant plus différents qu’ils seront le fait de chercheurs occidentaux ou non, islamologues ou non, arabisants ou non, anglophones, francophones, etc. Et nous lisons et entendons partout ces mots, dans toutes les langues : islamistes, islamistes « modérés » et islamistes radicaux, militants islamistes, terroristes islamistes, salafistes, wahhabites, Frères Musulmans, jihadistes, salafistes-jihadistes, kharijites, musulmans réformistes, fondamentalistes, traditionnels, intégristes, etc. bref, chacun des rédacteurs allant de sa terminologie non seulement pour essayer de se faire comprendre - effort louable - mais aussi, souvent, pour créer 'sa' différence, il faut l’avouer.
D’un autre côté, pour essayer de décrypter la galaxie islamiste, on peut aussi tenter de déterminer les pôles d’attraction et les satellites ; à partir de là, il est possible de reconstituer le mouvement de la dite galaxie dans son l’ensemble et donc mieux l’intelliger.
Lorsqu’un mouvement islamiste radical commet un acte terroriste, il tente souvent, sinon toujours, de l’inscrire dans une eschatologie particulière, de justifier en fait son acte meurtrier - a priori ou a posteriori - tant en interne au mouvement, qu’à destination des non-initiés, ou encore à l’adresse de ceux-là même qui sont visés. Cela se fera au moment de prêches, dans des manuels destinés aux nouveaux arrivants, dans des communiqués aux médias, enfin dans des édits religieux (fatwa).
Ces actes de communications auront donc différentes fonctions : il s’agira soit de se faire connaître, soit de convertir, soit de renforcer l’ardeur du convaincu, ou enfin de semer la terreur et le doute dans l’esprit de celui qui est désigné comme 'ennemi'.
Pour dépasser l’autojustification, et par delà les motifs politiques plus immédiats, ces différents mouvements font appel dans leur raisonnement et leurs argumentaires, à des théologiens, des penseurs, des exégètes, en un mot à des intellectuels islamiques. Plusieurs noms reviennent souvent, et par ce biais reconstituer un écheveau, celui de la galaxie islamiste. Ceci permet non seulement de catégoriser les mouvements en question, d’en déduire les filiations, de voir ce qui les fédère par delà les divergences politiques contingentes, en fin de compte de mieux les appréhender, de mieux les connaître.
Les mouvements islamistes radicaux sont de tous les pays, depuis le Maroc jusqu’aux confins de l’Indonésie, en passant par le Proche-Orient et l’Asie Centrale. Ce qui va réellement fédérer ces mouvements ne sera pas en fait l’Islam en tant que tel, mais une interprétation singulière de cette religion, mutée en une idéologie de combat, à l’instar du communisme international des années vingt et trente du XXème siècle.
Jules Monnerot a dit, dans sa « Sociologie de la révolution », que l’Islam serait le Communisme du XXIème siècle ; en cela il n’avait pas tort, pour autant en fait que l’on entende « islamisme » quand il dit Islam.
Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 14.10.2009
Le Conseil constitutionnel a censuré mercredi deux articles d'une loi sur le financement des PME, dont l'un prévoyait une disposition en faveur de la "finance islamique", a-t-il annoncé dans un communiqué.
Le Conseil constitutionnel avait été saisi par des députés PS qui invoquaient l'inconstitutionnalité des deux articles de la loi adoptée en septembre au Parlement, dont l'article 16 sur la finance islamique, car, selon eux, "dépourvus de tout lien avec l'objet du texte".
Le Conseil constitutionnel leur a donné raison, en estimant que l'article était "sans lien avec l'objet initial de la proposition de loi qui tendait à favoriser l'accès au crédit des petites et moyennes entreprises".
Le Sénat avait inséré dans le texte de la proposition de loi déposée par la députée UMP Chantal Brunel un amendement introduisant des principes de la finance islamique en droit français.
Cette disposition sur le régime de la fiducie (transfert temporaire de propriété) devait permettre "aux détenteurs de sukuks, c'est-à-dire d'obligations conformes au principe de la finance dite islamique, de pouvoir se prévaloir d'un droit de propriété des actifs supports afin d'être en conformité avec les principes éthiques de loi musulmane ou charia", avait déclaré Mme Brunel en commission.
Dans son communiqué, le Conseil constitutionnel souligne que les requérants ont contesté ces dispositions "non sur le fond, mais en raison de la procédure suivie au Parlement".
Le Conseil a aussi rejeté l'article 14, qui dispensait les experts-comptables de procéder à la déclaration de soupçon dans le cadre de leurs activités de consultation juridique, pour les mêmes motifs.
Alors que la finance mondiale s’est écroulée et le monde s’est enfoncé dans une crise financière sans pareille, un petit village résiste encore à cette déferlante. Il s’appelle la
"Finance islamique". La crise ? Connaît pas ! Songez qu’en 2008, en pleine crise, les actifs des 100 premières banques islamiques ont crû de plus de 66% atteignant le chiffre de 580 milliards de dollars.
Les banques iraniennes à elles seules totalisent 40 % des actifs détenus par les 100 premières institutions islamiques. Et c’est en Iran où l’on trouve la première banque islamique du monde : Bank Melli Iran (BMI). Crée en 1928 elle a joué pendant longtemps le rôle de banque centrale iranienne, avant de devenir banque commerciale puis banque islamique en 1984. Aujourd’hui elle détient 45,5 milliards de dollars d’actifs .
Viennent ensuite les banques islamiques des EAU, de la Malaisie, du Koweït et de l’Arabie Saoudite qui détiennent, elles aussi, 40 % des actifs des 100 premières institutions islamiques. Et c’est Al Rajhi Bank qui occupe le deuxième rang derrière la BMI avec 43,9 45,5 milliards de dollars d’actifs. Avec un résultat net de 1,7 milliards de dollars cette banque saoudienne est la plus profitable de toutes ses consœurs et la seule à dépasser un milliard de dollars en résultat net. Vient ensuite l’iranienne Bank Mellat (39,7 Md$ d’actifs), la Bank Saderat Iran (39,3 Md$) et la Kuwait Finance House (38,2 Md$).
Les facteurs du succès ? Simplicité, finance étroitement liée à l’économie réelle et absence de spéculation. Et c’est Gilles Saint-Marc président de la commission finance islamique au sein de Paris Europlace qui explique mieux, pourquoi la finance Islamique est en vogue. Ses propos méritent d’être cités en intégralité :
[ La finance islamique est une finance simple. Or nous découvrons aujourd'hui les beautés de la simplicité. C'est qui plus est une finance pérenne qui s'inscrit dans une perspective de long terme.
Par ailleurs, la finance islamique est une finance participative : le bailleur de fonds contribue aux profits et aux pertes de l'actif qu'il finance. Sa posture ressemble alors davantage à celle d'un entrepreneur. Cela est d'autant plus intéressant que dans la finance islamique, il n'y a pas de rupture entre le rendement et le risque. Autrement dit, le rendement est une fonction directe du risque pris.
Au-delà, la finance islamique permet de financer l'économie réelle par opposition à ce qu'il est convenu de dénommer la sphère financière. Dans ces conditions, elle a pour vocation de financer des actifs tangibles, des projets d'infrastructure dans des collectivités locales, des biens immobiliers, des flottes de véhicules automobiles, la construction de navires, de réseaux de chemin de fer... ]
Grâce à sa simplicité et son réalisme, la finance islamique a évité toutes les pratiques qui ont causé l’effondrement financier mondial. Mais aussi, et surtout, grâce aux soutiens des Etats musulmans qui pour la plupart sont actionnaires de ces banques, garants de leur solvabilité et leur liquidité.
Le truc le plus à la mode actuellement c’est de faire un master en finance islamique. Parmi les formations les plus courues en France : http://financeislamique.dauphine.fr/
Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 14.10.2009
Vous nous donnez-là de belles informations Monsieur. Mais, d'où tenez-vous pour dit ou écrit que le Chiisme viendrait d'un "juif" ? Cela me rappelle étrangement la façon avec laquelle est dépeinte la religion musulmane dans un site. Le prophète saws n'existerait pas etc.
Salutations et sincères condoléances à la famille de Feu Laurent Murawiec.
Nous ne sommes décidémment pas grand chose dans ce bas monde. Et, de plus nous nous battons. C'est vous dire.
fayçal
Écrit par : fayçal | 13.11.2009
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