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Shlomo Sand : déconstruire le peuple Juif

Le négationnisme « soft » d'un nouvel historien israélien

 

Pierre I. Lurçat

  

Au printemps 2001, en pleine Intifada des banlieues, un hebdomadaire français affichait sur les murs de Paris son titre provocateur : « Les Juifs ont-ils un avenir ? » Il ne s'agissait toutefois pas d'un énième dossier consacré aux « Juifs en France » – véritable marronnier d'une certaine presse – mais du lancement tapageur d'un ouvrage écrit par deux historiens de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales) : Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Sept ans plus tard, l'EHESS frappe une nouvelle fois, et encore plus fort : un de ses professeurs, israélien de surcroît, publie chez Fayard un livre intitulé Comment le peuple juif fut inventé.

 

L'auteur, Shlomo Sand, est  spécialiste d'histoire contemporaine et n'a jamais rien publié sur l'histoire des Juifs, ce qui pourrait inciter à traiter par le silence et le mépris son livre provocateur. Mais ce serait une erreur, notamment pour la raison que les ennemis d'Israël de tous bords ont réservé à ce livre un accueil triomphal. Avant même sa parution en France (en septembre 2008), il était ainsi annoncé sur de nombreux sites Internet propalestiniens, altermondialistes ou trotskistes. A la rentrée 2008, il fit l'objet d'un grand article dans Le Monde Diplomatique, et d'une émission élogieuse sur France Inter (celle de Daniel Mermet, ce qui n'étonnera guère les lecteurs de notre revue). Des traductions sont annoncées dans une douzaine de langues, y compris l'arabe...

 

 

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Shlomo SAND

 

I. Shlomo Sand, un historien anonyme en quête de gloire médiatique

 

L'examen attentif du curriculum publié par Sand sur le site de l'université de Tel-Aviv (où il enseigne) ne laisse apparaître aucun indice permettant de deviner son intérêt pour l'histoire juive. Il indique que ses principaux thèmes d'enseignement sont les relations entre cinéma et histoire (objet de son livre Cinéma et mémoire paru en 2002 en hébreu), l'histoire intellectuelle française (objet de la plupart de ses publications) et la nation et le nationalisme (thème de son livre Les mots et la terre). Mais dans une longue interview au quotidien Ha'aretz ¹, à l'occasion de la parution en Israël de son livre Comment le peuple juif fut inventé, Sand explique ses motivations.

 

Lorsque le journaliste de Ha'aretz lui demande quelle est sa compétence pour écrire sur des périodes aussi longues, sur lesquelles il ne dispose d'aucune aptitude particulière (son livre retrace l'histoire du « non peuple » juif depuis la destruction du Temple jusqu'à nos jours...), Sand a cette réponse étonnante : « Il est vrai que je suis un historien [spécialisé dans l'étude] de la France et de l'Europe, et pas de la période ancienne... Je savais qu'en commençant à traiter de ces périodes, je m'exposais aux critiques virulentes des historiens spécialisés... Mais je me suis dit que je ne pouvais pas me contenter d'étudier l'historiographie moderne, sans examiner les faits qu'elle décrit... Si j'avais continué à m'occuper de la France, j'aurais peut-être obtenu une chaire à l'université et une gloire provinciale. Mais j'ai décidé de renoncer à la gloire ».

 

La fausse modestie affichée par Sand peut prêter à sourire. Car il n'est pas naïf au point d'ignorer que son livre – au titre provocateur – allait attirer sur lui les feux des projecteurs médiatiques. Mais il y a bien quelque chose de vrai dans cette déclaration hypocrite. En abandonnant ses thèmes de recherche traditionnels (Sorel, le fascisme en France, l'histoire intellectuelle européenne) pour publier un livre sur « l'invention » du peuple Juif, Sand quitte son rôle d'universitaire, pour assumer celui du polémiste et de l'intellectuel médiatique. Ce faisant, il troque une hypothétique reconnaissance universitaire, acquise au prix d'un labeur patient étalé sur de longues années, contre une gloire médiatique plus facile à acquérir, mais aussi plus éphémère. (Son parcours ressemble à cet égard à celui de l'historienne Esther Benbassa, elle aussi universitaire anonyme, qui a acquis la notoriété dans les médias français lorsqu'elle a quitté le terrain de l'histoire pour s'aventurer sur celui de l'actualité brûlante, devenant une contemptrice virulente de l'État d'Israël et de la communauté juive ²).

 

 

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Esther Benbassa

Mais cette fausse modestie dissimule mal l'incroyable prétention et l'hybris intellectuelle de l'historien de Tel-Aviv, qui n'a pas échappé au journaliste de Ha'aretz : « A la différence des autres 'nouveaux historiens', qui ont tenté de s'attaquer aux hypothèses de l'historiographie sioniste, Sand ne se contente pas de remonter à 1948 ou aux débuts du sionisme, mais il remonte en fait plusieurs milliers d'années en arrière ». C'est sur cette « houtzpa » intellectuelle caractéristique des nouveaux historiens que je voudrais m'arrêter à présent.

 

 

II. Les nouveaux historiens : hybris intellectuelle et falsifications historiques

 

Les nouveaux historiens se présentent comme les premiers à avoir étudié de manière objective et véritablement scientifique l'histoire du conflit israélo-arabe, le sionisme, voire l'histoire juive tout entière (dans le cas de Sand). Cette prétention incroyable révèle une bonne dose de « houtzpa », d'orgueil intellectuel, et aussi une présentation falsifiée de l'historiographie juive. La « houtzpa » caractéristique des nouveaux historiens apparaît par exemple dans cette citation de Tom Segev, qui conteste l'appellation de « nouveaux historiens » en lui préférant celle de « premiers historiens » ³ :

 

A mon avis, il serait encore plus judicieux de considérer la plupart de ces gens comme des 'premiers historiens' : ils travaillent en effet dans un pays où il n'existait pas de véritable historiographie. Ce dont le pays disposait, c'était d'un dogme mythologique... C'est pourquoi il faut parler d'une première génération d'historiens, des historiens qui explorent des terres vierges...

 

On retrouve la même hybris chez Sand, lorsqu'il répond au journaliste de Ha'aretz, qui lui demande comment il est parvenu à la conclusion que les Juifs d'Afrique du Nord étaient à l'origine des berbères qui se sont convertis :

 

Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes étaient apparues en Espagne. Et ensuite j'ai réalisé que Tariq Ibn Ziyad, commandant des armées musulmanes qui conquirent l'Espagne, était un Berbère, et que la plupart de ses soldats étaient des Berbères... Il existe plusieurs sources chrétiennes affirmant que les conquérants de l'Espagne étaient des convertis juifs.

 

Cette réponse déroutante laisse apparaître l'absence de rigueur intellectuelle du raisonnement de Sand. A partir d'une question ingénue et presque naïve (d'où viennent les Juifs d'Afrique du Nord), il parvient à une conclusion radicale (ce sont tous des convertis), en se fondant sur des sources chrétiennes. On retrouve ces procédés intellectuels peu rigoureux dans tout le livre et aussi chez d'autres nouveaux historiens, comme l'a démontré Ephraim Karsh, un des premiers à avoir démonté les raisonnements trompeurs des nouveaux historiens 4. Comme l'explique Karsh, « un examen attentif montre que [Benny] Morris et les autres nouveaux historiens ont entrepris une falsification systématique des preuves ». Il donne pour exemple le cas d'une lettre de Ben Gourion à son fils, dans laquelle le dirigeant sioniste écrit (en 1937) : « Nous ne souhaitons pas expulser les Arabes pour prendre leur place ».

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Benny MORRIS

 

Dans le livre La naissance du problème des réfugiés palestiniens, toutefois, la citation de Ben Gourion devient, sous la plume de Morris : « Nous devons expulser les Arabes pour prendre leur place... » Cet exemple est le plus flagrant, mais il est loin d'être le seul ! Curieusement, fait observer Ephraim Karsh, la traduction tendancieuse (ou plus exactement la trahison) du texte de Ben Gourion figure uniquement dans la version anglaise originale du livre (publiée en 1989), alors que dans sa version ultérieure en hébreu, Morris a rétabli les propos authentiques de Ben Gourion, se doutant que les lecteurs israéliens seraient plus attentifs à ce petit « détail »...

 

 

III. Déconstruire le peuple Juif : le négationnisme soft de Shlomo Sand

 

            L'argumentation de Shlomo Sand, dans son livre Comment fut inventé le peuple juif, peut être résumée ainsi : le « peuple juif » est une invention de l'historiographie sioniste (et proto-sioniste) ; la diaspora juive est une invention fondée sur un mythe chrétien ; le judaïsme s'est propagé par la conversion ; les Juifs d'Afrique du Nord sont des Berbères convertis ; les Ashkénazes sont des descendants des Khazars. On se doute bien, en lisant cette énumération d'affirmations pseudo-historiques, qu'il s'agit d'un raisonnement idéologique et non pas de découvertes fondées sur le réexamen des sources. Car en fait de découverte, le nouvel historien S. Sand n'a, lui,  rien inventé... Il l'avoue d'ailleurs, dans l'émission de Daniel Mermet : « Je me suis contenté de réorganiser le savoir ».

 

Sa thèse centrale – l'invention du peuple juif – est en effet celle énoncée par l'OLP à l'article 20 de sa Charte, qui proclame que le judaïsme étant une religion uniquement, les Juifs ne sauraient avoir de droits légitimes en terre d'Israël. Les autres arguments qui viennent étayer et « démontrer » cette thèse sont tous empruntés à différents auteurs. Ainsi, l'idée que les Juifs ashkénazes seraient les descendants des khazars était largement répandue au XIXe et au XXe siècles, et elle a été employée par certains diplomates anglais pour s'opposer aux revendications sionistes 5.

 

La réfutation de chacun des arguments de Sand pourrait faire l'objet d'un livre entier. Contentons-nous, dans le cadre restreint du présent article, de faire une observation générale sur la méthode « historique » de S. Sand et des autres nouveaux historiens. La thèse défendue dans Comment le peuple juif fut inventé est énoncée dès le début du livre (et dans son titre même). C'est dire qu'il ne s'agit pas de la conclusion de ses recherches, mais bien du point de départ de toute sa construction. Sand, en effet, comme d'autres nouveaux historiens, part de la conclusion pour bâtir ensuite tout son édifice idéologique, afin d'en apporter la « preuve ». Ce renversement logique et méthodologique est caractéristique de l'écriture des nouveaux historiens.

 

Contrairement à l'image avantageuse que les nouveaux historiens veulent donner d'eux-mêmes – celle d'explorateurs abordant les contrées encore vierges de l'histoire juive et israélienne – ils ne « découvrent » en effet que les faits historiques (avérés, supposés ou totalement imaginés comme dans l'exemple de la lettre de Ben Gourion précitée) qui viennent appuyer leur thèse, c'est-à-dire la négation du sionisme, et du peuple juif (dans le cas de Sand). Ils ne sont donc pas des historiens, au sens propre, mais plutot des idéologues, voire des propagandistes. Les historiens véritables, eux, sont souvent beaucoup moins affirmatifs dans leur présentation des faits historiques. On en donnera un seul exemple, qui concerne l'histoire des Juifs ashkénazes (que Sand décrit comme les descendants des Khazars). Théodor Reinach, auteur d'une Histoire des Israélites parue en 1884, ne craignait pas d'écrire que « nous ne savons pas comment les Juifs sont arrivés [en Europe] ni d'où ils venaient ». On chercherait en vain, dans toute la construction idéologique de Shlomo Sand, la trace d'une telle modestie intellectuelle.

 

 

IV. Saper les fondements de l'État d'Israël et de l'Occident

 

Le thème de Comment le peuple juif fut inventé se trouve déjà, en filigrane, dans un autre livre de Shlomo Sand, Les mots et la terre, où il est abordé de manière moins systématique et moins péremptoire. A partir d'une réflexion sur le concept d'exil (« galout ») et sur son rôle dans la littérature et la pensée sioniste, Sand en arrive à contester l'existence du peuple juif. « L'ancien mythe tribal de la 'semence d'Abraham' – écrit-il notamment – est devenu une "vérité scientifique juive"... A partir de là, le concept "d'exil" a commencé à induire l'idée selon laquelle les juifs de l'ère moderne sont les descendants biologiques directs des "enfants d'Israël"... L'invention du "peuple juif" deux fois millénaire était lancée ». On comprend, en lisant les différents articles qui constituent ce livre, que Sand n'a rien d'un historien, et que sa construction idéologique ne vise pas tant à réécrire l'histoire (projet partagé par tous les « nouveaux historiens ») qu'à déconstruire l'histoire juive, et au-delà même, les fondements de l'Occident judéo-chrétien.

 

Le style universitaire et les nombreuses références ne doivent en effet pas faire illusion : Shlomo Sand est avant tout un militant, au service d'une cause radicale. Il cherche explicitement, dans sa déconstruction de l'histoire juive, du concept même de « peuple juif » (auquel il substitue le « peuple yiddish », curieux néologisme désignant les communautés juives ashkénazes avant la Shoah, dans une vision esthétisante empreinte d'idéologie bundiste) et des fondements de l'existence nationale juive, à détruire toute justification à l'existence de l'État d'Israël. Car si le peuple juif n'existe pas, l'État juif n'a pas lieu d'exister (sans parler des conséquences d'une telle conclusion pour les chrétiens). L'entreprise post-sioniste de Sand et des autres nouveaux historiens rejoint ainsi l'assaut post-moderne contre le judaïsme et contre les fondements de la civilisation occidentale.

 

Conclusion : sociologie néo-marxiste et propagande palestinienne

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Warschawski

 

Il n'est pas anodin que l'inspirateur de certains des thèmes principaux du livre de Sand soit un sociologue, Uri Ram 7 , et non un historien. Chronologiquement, et méthodologiquement, les nouveaux historiens israéliens ont en effet été devancés par les « nouveaux sociologues ». C'est à Ram que Sand emprunte l'idée que les historiens sionistes seraient des « agents du pouvoir ». Mais cette idée-phare qui revient comme une obsession chez les sociologues – souvent marxistes ou néo-marxistes – cités par Shlomo Sand, peut aussi bien s'appliquer à son propre parcours. L'historien du fascisme européen, qui dit avoir « renoncé à la gloire » pour s'attaquer au thème de l'histoire juive, est en effet devenu un vecteur de la propagande propalestinienne en Europe. Promu au rang d'ambassadeur officieux de la cause palestinienne, il donne régulièrement des conférences en France, aux côtés de Michel Warschawski 6, autre renégat israélien qui a été condamné à plusieurs mois de prison pour soutien au terrorisme du FPLP... Récemment encore, Sand participait à une conférence intitulée « Palestine : exister c'est résister », organisée par la municipalité de Sainte-Tulle, en hommage au « grand poète palestinien » Mahmoud Darwish. L'historien de Tel-Aviv, négateur de l'existence du peuple juif, est devenu un agent de la propagande au service du « peuple palestinien ».

Pierre I. Lurçat

 

Article paru dans France-Israel Information

 

Notes

1. Cette interview a été traduite en français sur le site www.protection-palestine.org.

2. Je renvoie à ce sujet à mon article, « Esther Benbassa, hasard et nécessité médiatique », publié dans la revue Controverses, no. 4, février 2007.

3. Segev cité par D. Vidal, in Le péché originel d'Israël, Editions de l'Atelier.

4. Voir Ephraim Karsh, « The 60-Year War For Israel's History », www.jewishpolicycenter.org/pf.php?id=109

5. Voir à ce sujet Robert Wistrich, « Antisemitism Embedded in British Culture », Jerusalem Center for Public Affairs, No. 70, juillet 2008.

6. Sur Warschawski, je renvoie  à mon article, « Michel Warschawski : s'identifier à l'ennemi d'Israël », publié dans la revue Controverses, no. 4, février 2007.

7. Sociologue de l'université Ben Gourion du Néguev.

 

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Commentaires

  • Qu’est-ce que le post-sionisme ? Il s’agit d’une critique – née au sein même de la société israélienne – de ce que le sionisme aurait voulu être et qu’il ne fut pas, et de ce qu’il fut sans l’avoir voulu. Critique d’un mouvement national et d’un phénomène historique qui, selon les post-sionistes, a fait son temps.

    Participent à cette polémique émotionnellement chargée des historiens, sociologues, universitaires, journalistes… qui se désignent eux-mêmes comme de « nouveaux historiens » ou des « sociologues critiques ». Ils ont d’ailleurs des analyses souvent divergentes du sionisme : certains estiment qu’il a eu un rôle vital dans l’histoire du peuple juif, mais qu’il n’est plus aujourd’hui d’actualité ; d’autres jugent qu’il a eu un rôle plutôt négatif.

    Le livre de Dominique VIDAL et Joseph ALGAZY , "Le péché originel d'Israël. L'expulsion des Palestiniens revisitée par les - nouveaux historiens israéliens" -, Paris, Les Editions de l'Atelier, 1998, retrace l'émergence des « nouveaux historiens » israéliens à partir du milieu des années 1980, sur les grandes lignes de leurs travaux, ainsi que sur les débats et les critiques qu'ils ont suscités. Bénéficiant de l'ouverture des archives israéliennes publiques et privées portant sur les années 1947-1948, des archives anglo-saxonnes, mais aussi du contexte des années 1980 au cours desquelles le problème palestinien est revenu au premier plan, Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappe et Benny Morris ont alors mis à nu ce qu’ils ont appelé le « péché originel d'Israël ». Preuves à l'appui, ils déconstruisent un certain nombre de mythes diffusés jusque-là tant par les responsables politiques et militaires que par les historiens de l'Etat hébreu. Déchirant l'image de David contre Goliath qui a façonné la conscience israélienne, les « nouveaux historiens » soulignent la supériorité des forces armées juives au moment de la première guerre contre les Arabes et montrent que les Israéliens ont bénéficié à la fois des divisions de leurs adversaires et d'un soutien réel de la Grande-Bretagne. Mais surtout ils reviennent sur le problème des réfugiés palestiniens.

    Dans "The Birth of the Palestinian Refugee Problem", Benny Morris montre le premier qu'il a bien existé des expulsions par la force. Les dirigeants israéliens d'alors n'auraient rien ignoré des actions de certains combattants juifs et des massacres perpétrés contre des Palestiniens. Les méthodes de la Hagana, puis de Tsahal avaient d'ailleurs déjà été dénoncées par le Parti communiste israélien ou la Ligue des Droits de l'homme et du citoyen dès les années 1950.

    Le livre fait également une place à la controverse, en présentant notamment les critiques de Shabtaï Teveth, Avraham Sela ou encore Itamar Rabinovich à l'égard de la nouvelle historiographie. Cette nouvelle approche historique s'est étendue à d'autres disciplines et a généré une réflexion sur le sionisme dont procède le mouvement post-sioniste né dans les années 1990. On s'aperçoit cependant que la nouvelle historiographie n'est pas uniforme, ni dans ses intentions, ni dans ses méthodes, ni dans ses évolutions idéologiques. Benny Morris, par exemple, affirme avoir voulu « écrire ce qui est arrivé, ni plus ni moins ». Il s'en tient essentiellement au fait que ses conclusions tranchent avec les récits officiels israélien et palestinien, sans que son attitude envers le sionisme en soit modifiée. Au contraire de son collègue, Ilan Pappe explique avoir eu une conception précise avant même le commencement de ses recherches et se définit ouvertement aujourd'hui comme « non sioniste ».

    Les mots, les idées ont un pouvoir redoutable et peuvent tuer. Le génocide du peuple juif a commencé par une campagne de propagande, par des mots et par des idées. Et le combat contre l'État d'Israël aujourd'hui est essentiellement un combat d'idées.

    ** Ce que nous a dit Gershom Sholem !

    * Mémoire et utopie dans l’histoire juive (1946)


    Cette conférence a été prononcée à Jérusalem le 6 mars 1946, lors d’une rencontre avec des dirigeants des mouvements de jeunesse et des enseignants. L’original en hébreu, retranscrit et édité par Avraham Shapira, figure dans Od Davar, p. 187-198. Une traduction anglaise a été publiée dans le volume On the Possibility of Jewish Mysticism in our Time, Philadelphia-Jerusalem, 1997. Ce texte ne figure pas dans la Bibliographie.

    Scholem est revenu sur la question de l’enseignement lors d’une rencontre avec des enseignants israéliens en 1963 [[i]Bibliographie[/i], 382, 383]. L’entretien a été repris dans Od Davar, p. 105-119; une traduction française est parue dans Dispersion et unité, n° 11, 1971, p. 149-159, sous le titre «Une éducation au judaïsme. Un entretien du Pr. G. Scholem».

    La question de la continuité des générations est liée à celle de la tradition du passé: à savoir la transmission du passé et la relation à cette transmission. C’est le problème du présent du passé; comment trouver le passé dans le présent? Cette question en implique deux autres:
    a) Dans quel sens existe-t-il une continuité des générations?
    b)Sommes-nous liés par cette continuité?

    Les forces vives à l’œuvre dans le mouvement sioniste ont répondu positivement à la première question et négativement à la seconde.

    La conception, à la fois très compréhensible et très dangereuse, qui voyait dans le sionisme une révolution destinée à renouveler la physionomie de la nation, adhérait naturellement, et en toute légitimité et nécessité, à l’avis selon lequel la contradiction, la critique, la rupture avec le passé étaient nécessaires si l’on voulait sauver quelque chose. Ce révolutionarisme était commode pour nous tous, aussi longtemps qu’il y avait quelque chose contre quoi nous pouvions nous révolter. Aujourd’hui, après le terrible malheur qui s’est abattu sur notre peuple, notre situation s’est tragiquement modifiée: la révolution se trouve dans un espace vide d’un point de vue national, la nation n’est plus ce grand réservoir soucieux de préserver une continuité de ce contre quoi nous pouvons nous révolter. Nous devons nous soucier, par nous-mêmes, des deux aspects à la fois.

    La prise de conscience d’une continuité historique n’est pas sans poser de problèmes; la question se représente à chaque moment historique. À chaque moment, l’histoire est remise en question par des impulsions verticales et horizontales. Nous voyons non seulement le résultat de la causalité historique des doctrines antérieures, mais aussi de la causalité du présent, et tout cela agit sur nous, sur tout ce que nous faisons, pensons ou désirons. Tout cela a une influence, même si nous ne sommes pas en mesure de dire laquelle, ni jusqu’à quand elle durera. C’est un phénomène qui peut perturber le sens de la continuité historique.

    Même si l’impact du présent sur nous est en contact permanent avec la conscience historique, d’énormes contradictions internes reposent sur cette dernière. Par sa nature même, la réalité est dialectique et pleine de contradictions, c’est pourquoi il n’est pas étonnant de retrouver ces mêmes contradictions dans la nature de notre conscience historique. La continuité des générations, comme je viens de le dire, est liée à la conscience du passé, à la mémoire historique. C’est là que commence, pour moi, la problématique la plus difficile; nous voulons donner une image du passé sur la base de ses symboles demeurés dans le présent. Les monuments qui se présentent à nous sont soit perçus comme étant dignes d’être remémorés, soit introduits involontairement dans notre mémoire par des processus plus puissants que celui de notre volonté. Le choix constitutif de notre image du passé se fait selon l’intuition, selon les possibilités, selon notre capacité de conscience et selon nos intérêts. Il s’élabore sur la base d’un mélange de souvenirs et d’espoirs, dont les combinaisons déterminent l’histoire d’une manière impossible à définir et à analyser ou à décrire complètement.

    Nous avons l’habitude de nous moquer des premiers auteurs de chroniques – les pères de la science historique –, qui ne faisaient pas de distinction entre les grands et les petits événements dans le processus historique. Ils notaient tout et n’avaient ni lignes directrices, ni buts. Ils ignoraient le grand jeu du dialecticien moderne. Celui-ci essaie d’analyser les choses dans lesquelles il perçoit un certain rapport à des tendances cachées dans le passé, qu’il s’efforce de porter à la lumière du présent ou du futur. Notre ironie à l’égard de cet ancien chroniqueur n’est ni fondée ni légitime, car il était en fait le seul à avoir une réelle intuition historique. Il s’interdisait, par principe, que quelque chose fût perdue pour l’avenir. En vérité, ces petits détails qu’il a notés et auxquels personne n’a prêté attention pendant des milliers d’années, deviendront un jour des principes fondateurs. L’histoire de l’économie mondiale ou de la société en apporte de nombreuses preuves. Personne n’a relevé l’importance des différences de prix depuis l’époque d’Hérodote, ni celle d’autres informations marginales pour la compréhension d’une époque historique ou des grands événements. C’est pourtant, en fin de compte, sur la base de ces détails que les historiens sont capables de reconstituer la véritable image des événements. Aujourd’hui, c’est, dans une large mesure, dans les petits détails que nous trouvons une clé pour notre compréhension, bien plus que dans les grands événements – descriptions de guerres et tout ce qui s’y rapporte – qui faisaient l’objet, il y a un certain temps, d’un commentaire historique.

    La question est de savoir s’il est possible d’écrire l’histoire du point de vue du simple individu, selon la perspective des vaincus et non plus selon celle des vainqueurs, qui est celle qui, jusqu’à présent, a prédominé.

    La continuité des générations est un problème dialectique. Les images des générations peuvent changer, il est même nécessaire qu’elles changent avec chaque développement de notre propre conscience, avec chaque possibilité de découvrir de nouveaux symboles (du passé) qui ont été oubliés ou négligés.

    Ces symboles ne sont pas seulement façonnés par d’autres symboles du passé imprimés dans notre conscience, ou par ceux que l’on peut y découvrir, mais aussi par des espoirs et des utopies à venir. Ils nous influencent tout autant que l’intérêt pour le présent ou les estimations qui résultent de la sympathie ou de l’antipathie.

    Le passé ne devient pas vivant sans quelque élément utopique, sans l’espoir que ce qui se tient derrière tous nos efforts historiques vienne sauver quelque chose de lui. C’est comme si nous pouvions comprendre les échecs des tendances du passé, à la lumière d’une nouvelle tendance qui doit triompher dans le futur. Nous nous intéressons à l’histoire parce qu’elle contient les petites expériences de la race humaine, de même qu’elle contient la lumière dynamique de l’avenir. Dans les échecs de l’histoire subsiste encore une force qui peut vouloir sa correction (tikkun). C’est à partir de tous ces éléments que nous faisons notre choix. Et nous savons que ce choix ne contient qu’une part minime de la véritable expérience humaine et dont de très larges portions, opaques et invisibles, restent énigmatiques.

    L’historien se voit comme préposé à la préservation du passé dans la mémoire, mais, d’un autre côté, le passé devient pour lui un outil dans la bataille de l’avenir. La mémoire est le matériau essentiel où il va puiser. Mais la mémoire est aussi liée à l’oubli, qui n’est pas moins important que le souvenir. Quand je pense à l’histoire du judaïsme et des Juifs, il me semble que l’oubli est plus important que la mémoire comme élément premier, même si les textes fondamentaux du judaïsme nous obligent à considérer la mémoire comme principe fondalemental. Se souvenir, se souvenir, encore se souvenir ! Et, malgré cela, la mémoire juive de l’image du passé juif est extrêmement faible. Je suis convaincu que l’histoire juive a payé le prix fort pour l’utopie messianique. La nation juive a payé avec beaucoup d’énergies productives le prix de son utopie, qui l’a toujours mise du côté des vaincus appelés à vaincre dans le futur. La force immense de l’utopie me donne espoir que nous n’aurons plus longtemps à avoir honte de notre histoire. Mais, en même temps, cette utopie – cette concentration sur l’action à venir – est ce qui a oblitéré les éléments concrets de notre mémoire. On dit habituellement des Juifs qu’ils ont une bonne mémoire. Ce n’est pas la vérité. Nous oublions davantage que tout autre nation cultivée, et notre oubli est double: il contient autant d’éléments de l’avenir que d’éléments du passé, qui n’ont pas gardé de vitalité et ont sombré dans l’abîme de l’oubli. L’oubli n’est pas seulement absence. C’est une force aussi réelle que la remémoration. Il y a dans l’oubli la même force infinie des symboles appelés à se révéler dans le monde de demain. Nous nous souvenons de choses liées aux grandes cristallisations du passé. Mais ces cristallisations sont extrêmement dialectiques, elles ne sont pas seulement idéales. Les grandes valeurs dans lesquelles se concrétisent les processus historiques sont le résultat de victoires et non de défaites. Toute valeur concrétisée qui revient dans notre mémoire historique est aussi (dans une certaine mesure) déjà douteuse, du fait même qu’elle est remémorée et tramée dans l’histoire, puisqu’elle est la parole des vainqueurs de la génération. Nous nous souvenons de ce dont nous voulons nous souvenir et non pas de ce dont nous devrions nous souvenir.

    Je voudrais également insister sur deux autres choses: pour la personne qui regarde le passé depuis le présent, il y a un index du passé qui contient deux signes contradictoires: a) Le passé est incomplet; quelque chose manque en lui. Il est refermé sur lui-même. Il contient toujours des tendances qui n’ont pas trouvé leur correction (tikkun); il y a toujours des choses que nous aurions aimé savoir – peut-être sont-elles le sujet de nos rêves – et qui n’ont pu parvenir à leur pleine cristallisation. Ce défaut constitutif du passé saute aux yeux, et la volonté de l’homme de le corriger, à la lumière de l’image qu’il lui associe, est un désir élémentaire. b) Le passé a les caractéristiques d’un symbole et, en tant que tel, il est en contradiction avec son aspect vulnérable et incomplet.

    Les discussions sur le passé sont mensonge. Le passé n’est jamais entièrement passé. Il est encore avec nous, il dispose toujours d’un portillon qui ouvre sur le présent, l’avenir ou encore sur la rédemption. En même temps, il me semble que le passé a le caractère d’un symbole. Il se peut que ce ne soit pas nécessairement un symbole exhaustif de la chose. Il peut exister des symboles du manque de complétude. Il n’en reste pas moins vrai que, dans notre conscience du passé, l’histoire constitue un symbole d’échec permanent. D’un côté, l’histoire juive nous apparaît comme un échec dont le défaut doit être corrigé. D’un autre côté, le passé historique apparaît dans une rétrospective arbitraire. Il y a contemplation du symbole de la réalité qui constituait un tout, et en tant que symbole de la réalité, elle possède une force. Le symbolisme de l’histoire est en fait sa force décisive inhérente. L’image que nous constituons à partir des différents symboles pour en faire un seul grand symbole, éclaire notre voie vers un point d’où nous tirons notre rapport aux événements et aux situations du passé.

    Comme on peut le déduire de mes propos, notre rapport à l’histoire juive ne peut pas être simple. Notre image du passé change tellement, que nous devons nous demander si nous pouvons en apprendre quelque chose, ou même en tirer quelque enseignement. L‘histoire juive peut être envisagée de manière complètement différente de celle dont nos ancêtres pouvaient la concevoir. Ses images et ses représentations ont certainement changé de très nombreuses fois et sont toujours en transition. Nous voulons aujourd’hui une image du passé pour transmettre quelque chose à la prochaine génération. Nous en ressentons le besoin. L’intérêt vital que nous découvrons tous dans l’actualisation de l’histoire juive comporte un grand risque, le danger d’un subjectivisme tendancieux. J’ai dit que je ne crois pas au rapport contemplatif à l’histoire, je n’ai pas dit que cela implique que l’homme, doué d’une conscience historique, soit autorisé à s’occuper d’historiographie ou d’histoire d’une manière tendancieuse. Le grand danger réside dans la tendance à vouloir faire des choix. Et la seule garantie est la volonté de la vérité. L’homme est contraint de rechercher la vérité, tout en sachant qu’elle est loin de lui (et même s’il utilise pleinement tout ce qu’il a à sa disposition, il ne peut écrire qu’à partir des données de son époque et de ses souvenirs, etc.). Mais s’il commence à rassembler toutes les combinaisons qui lui viennent à l’esprit – et c’est un danger très présent en Eretz-Israël et dans le peuple juif en ce moment précis de l’histoire – nous sommes perdus d’avance.


    Pour nous, comme je l’ai déjà dit, la question de la conscience de la continuité des générations est une question religieuse. La mémoire juive de l’histoire juive est une mémoire religieuse. On ne peut pas y échapper. C’est un fait élémentaire de la tradition, et nous nous demandons: est-ce que la conscience historique du passé peut changer ce fait fondamental? Est-ce que tout ce que l’histoire juive contient dans ses principales valeurs, tout ce qu’elle enseigne, peut être dépouillé de sa forme et de son contenu religieux? La réponse est claire: nous nous trouvons dans une situation plus radicale que celle d’autres peuples, où même les plus révolutionnaires d’entre eux n’ont pas rejeté leur passé autant que nous avons pu le faire. L’Anglais ne rejette pas la tradition chrétienne de son histoire, même s’il n’accepte pas la responsabilité de ses actes barbares et de toutes ses corruptions et de ses échecs. Même s’il n’accepte pas le dogme chrétien, il ne lui tourne pas pour autant le dos. Il en va de même pour tous les autres peuples. À cet égard, nous nous trouvons dans une impasse et il nous est impossible de ne pas le dire explicitement. Aussi la question de notre continuité par rapport aux générations de nos ancêtres est une question très difficile, parce qu’elle impose une décision: est-ce que nous sommes disposés à rejeter toute forme culturelle pour peu qu’elle ait une dimension religieuse, dont nous ne sommes peut-être pas prêts à accepter les conséquences, ou est-il possible de renverser les choses et de dire que cette grande souffrance des générations nous lie dans une même mesure? C’est une question fondamentale, particulièrement dans nos vies séculières. Pour le Juif religieux, la réponse est simple. Mais le Juif religieux ne détermine pas pour le moment le visage de la génération actuelle. D’où la question: pouvons-nous continuer même si nous refusons nombre des valeurs religieuses du passé de nos ancêtres? Nous devons nous demander si nous sommes capables d’appliquer des méthodes critiques à notre mémoire et à nos souvenirs, également pour ce qui concerne leur lien avec les questions religieuses. Ici la sécularisation de l’éducation ne peut pas être d’une grande utilité: elle comporte une grande part de mensonge et d’auto-déception. Nous partons de l’hypothèse que les textes enseignés à l’école sont des documents nationaux que nous ne considérons pas comme contraignants. C’est peut-être ce qui nous différencie des autres peuples. Les textes sur lesquels nous fondons notre éducation sont des documents religieux et en en faisant des documents laïcs, il est clair que nous les modifions de manière fondamentale. Nous découvrons et mettons en relief des aspects que leurs auteurs ne considéraient pas comme importants. Nous enseignons la Bible comme un livre d’étude avec une légère tendance à la «Berdichevsky»: pour montrer le côté positif et vivant de cette nation. Et nous enseignons la Aggadah avec la volonté de montrer la grandeur de la force créatrice de l’imagination populaire. Nous créons une nouvelle image à partir des symboles du passé, et cette image est tendancieuse parce qu’en toute connaissance de cause, nous retirons à ces documents les valeurs qui ont permis qu’ils soient préservés et qui les ont rendus dignes d’être remémorés. C’est un phénomène qui me trouble. Mais la question est de savoir si nous pouvons légitimement faire cela, si nous sommes autorisés à faire ce choix pour nous-mêmes, et si, de cette manière, une tradition juive est possible sans Dieu? Nous voyons constamment que c’est possible, mais la question est: où cela nous mène-t-il ? Est-ce que cela nous mène à un enrichissement du contenu vital des documents et à la résolution de leur problématique vitale, ou nous est-il imposé d’y renoncer si nous ne pouvons pas nous intéresser aux documents du passé en les respectant? Voilà la question que je voudrais vous poser. La tendance de l’enseignant, ici en Eretz-Israël, est de minimiser la gravité du problème religieux. Mais ce que nous effaçons aujourd’hui rejaillira avec d’autant plus de force demain et d’une autre manière. On ne peut pas savoir où apparaît le problème religieux qui est enfoui dans notre mémoire historique, ni où il émergera demain ou après demain. Il est impossible de le prédire. Il est très difficile de discuter de la possibilité d’une continuité historique en Israël si nous esquivons ce problème.

    Je ne suis pas un Juif orthodoxe et je ne peux, ni ne veux enseigner aux gens de croire comme nos ancêtres ont cru. Néanmoins, je m’interroge sur l’intérêt qu’il y a à étudier ces textes s’ils n’ont pas de sens pour moi, si je ne dois pas leur apporter de réponse, si je n’essaie pas au moins de les regarder face à face, sans détour, selon leur propre lumière, celle-là même que j’ai pu découvrir en eux. À ce point, il me semble qu’il ne nous reste plus qu’à essayer d’affronter le problème très complexe des matières religieuses dans l’éducation.

    La question que nous devons éclaircir est la suivante: dans quelle mesure peut-on espérer une continuité de notre histoire si nos enfants ne sont pas confrontés à la question du passé? Il se peut que chacun de nous fasse selon ce que la nouvelle expérience lui dicte de faire. N’étant pas prophète, j’ignore quelle forme prendra la foi dans la prochaine génération. Mais je crois en la nécessité historique de poser la question à la prochaine génération. Je pense qu’enseigner la Bible et ne pas clarifier les questions fondamentales qui y sont liées n’est pas une approche fructueuse. Elle est même stérile. En faisant cela, nous encourageons les gens au déni et à la fuite. Nous ne pourrons pas faire face à des phénomènes aussi paradoxaux pour nos contemporains. L’une des choses les plus difficiles et qui galvaude l’enseignement de la Bible, est la manière de poser la question de l’attitude de l’homme devant Dieu, sans clarifier le sujet de la petitesse de l’homme dans sa propre existence. En d’autres termes: peut-on véritablement interpréter la Bible, le Talmud, les livres de prière, le piyyut, les traités de morale – c’est-à-dire tout l’immense trésor que nous possédons – sans considérer leur contenu? Est-ce qu’une approche si révolutionnaire est possible et peut-elle apporter la moindre bénédiction à notre existence ici ? Pour ce qui me concerne, j’en doute fort, bien entendu. Quand j’enseigne ma discipline aux séminaires de l’Aliyah des jeunes, je me demande souvent ce qu’en pensent ces bons enfants, qui seront les enseignants de demain. Est-ce que cela les intéresse ou pas ? Si c’est le cas, pourquoi ? Est-ce intéressant, parce qu’il est question des choses absurdes, d’échecs retentissants et des rêves éteints ? Et, dans ce cas, l’intérêt n’est-il pas simplement littéraire ou esthétique ? J’ai souligné à plusieurs reprises que dans notre relation à nombre de problèmes qui concernent notre passé, nous nous mentons à nous-mêmes: les réponses sont vraiment très actuelles et les gens y voient une sorte d’actualité dissimulée, même s’ils essaient de ne pas les voir sous le déguisement du problème religieux dont elles sont issues. J’ai du mal à me résoudre à croire qu’il est possible d’abstraire les choses de cette forme sans oublier le passé. Sans la problématique religieuse, notre passé serait oublié, devrait être oublié et même ne mériterait pas d’être remémoré, car l’héroïsme des Juifs est une affaire des plus douteuses d’un point de vue historique. Dès lors que la question de la religion ne sera pas posée à l’historien juif, en même temps que les clarifications de ces questions par les dernières générations, notre histoire deviendra stérile.

    Une éducation socialiste aurait pu donner à la génération à venir une énorme potentialité humaine: une histoire qui n’aurait pas été écrite par les vainqueurs. L’histoire des autres nations du monde a été écrite par les dirigeants vainqueurs, tandis que les nôtres n’étaient pas de grands dirigeants et, pour autant que nous en avons eu, ils n’avaient aucune importance. Si notre histoire présente un intérêt, cet intérêt réside dans son adéquation secrète avec les idées de l’avenir, avec le choix décisif du peuple de payer le prix pour la direction messianique de son histoire, cette même direction messianique qui est coupable des échecs de l’histoire juive. Pourquoi toute notre histoire est-elle «antipathique»? Si ces Juifs n’avaient pas des illusions religieuses, ils auraient pu corriger leur situation sept fois par leurs propres moyens, sans la lier à l’idée de la rédemption (pour laquelle ils ont payé le prix fort). Ici, le socialiste juif a intérêt à répondre à un enjeu de taille: existe-t-il une possibilité unique de transformer l’histoire d’un peuple, faite entièrement d’échecs, de possibilités, du problème de l’avenir, en celle d’un peuple qui réalise sa propre vie au présent? Ou y a-t-il un espoir de changement dans une interprétation allégorique de ces symboles, pour qu’ils correspondent à une nouvelle interprétation séculière ? La question est de savoir si nous considérons la chose possible, et si nous aurons besoin d’enseigner et d’expliquer à la génération suivante la destruction de nos frères et de nos sœurs en Europe, sans nous demander pourquoi une grande partie de la nation s’est laissée assassiner ? Pourquoi ont-ils "sanctifié le Nom", comme on dit ? Je doute que nous voulions vraiment nous lier, comme on le proclame par monts et par vaux, à la mémoire des millions de Juifs qui ont été tués en Pologne, en Lituanie, etc. Je doute que cela soit possible sans affronter la grande problématique de notre vie. Nous devons voir la réalité qui nous contraint à interpréter cette catastrophe sans précédent. Nous ne savons pas quelles réponses nous pouvons apporter, mais nous ne pouvons échapper à la question. Même la tentative la plus radicale de nier la réalité du problème de la transcendance dans nos vies, même la volonté la plus radicale, se heurte ici à la fois à la tentative d’expliquer, d’une manière terriblement concrète, le destin de leurs pères aux enfants, et à la question de la religion. Je ne sais pas comment vous parvenez à résoudre cette question dans votre travail. Il y a bien sûr une routine connue pour ce genre de chose, qui consiste à éviter la question ou à questionner ou ne pas questionner. Au point où nous en sommes, je veux dire ceci: tout d’abord n’esquivez pas la question, mais posez-la. Je pense que c’est la seule possibilité de créer un lien historique entre nous et les générations précédentes – de débattre sérieusement des questions soulevées ici. Je suis certain que cela ne nous rendra pas orthodoxes. Notre volonté d’éducation est en vue d’une relation positive au passé d’une nation, en tenant compte aussi de tous ses échecs, pour son avenir. Et comme nous l’avons dit, cela n’est pas possible si nous n’essayons pas à nouveau de poser la douloureuse question du caractère particulier de cette nation.


    Maintenant si, sur cette base, vous me demandez s’il y a une essence déterminée du judaïsme qui peut être enseignée ou avec laquelle il est nécessaire de rester en relation, ma réponse est non. En tant qu’historien, je ne crois pas qu’il y ait un seul judaïsme. J’ai été incapable de le trouver pendant toutes les années au cours desquelles je me suis occupé de ce problème. Le judaïsme de chaque époque ressemble davantage à son propre monde qu’il ne ressemble au judaïsme ultérieur. Je suis sûr que le judaïsme de Maïmonide était plus proche du christianisme ou de l’islam de ses contemporains qu’il ne l’est du judaïsme du Juif d’aujourd’hui. Voilà ce que je crois. Je suis convaincu que notre foi aujourd’hui, si nous en avons une, est plus proche de la croyance de celle des autres nations du monde que de celle de nos générations précédentes. Je ne crois pas en une essence unique du judaïsme. Je suis certain qu’il y a quelque chose d’unique qui force les Juifs à se poser des questions et à chercher des réponses et je suis certain que cette même substance, quelle que soit sa forme, se concrétisera de nouveau dans un changement d’apparence. Mais cette substance du judaïsme n’est pas sujette à définition; elle fait partie de ces totalités, qui ne peuvent être formulées, et n’en sont pas néanmoins présentes dans notre réalité.

    Nous avons en commun un passé qui n’est pas sujet à définition. Cette substance, qui est continue dans la perception historique du peuple juif, ne peut être correctement comprise si nous n’essayons pas de voir en face l’intention particulière, la souffrance particulière, propres aux questions que nous avons soulevées. Je recommande de ne pas éviter ces questions, pas seulement ici dans notre débat, mais particulièrement dans notre relation avec ceux auxquels devra s’adresser notre enseignement.

    Brefs propos en guise de réponse (aux questions qui ont suivi la conférence)

    Ma conférence ne suppose aucune négation de la continuité historique. On peut comparer cette continuité à une ligne continue sans indication de direction: on peut aussi prendre comme exemple la ligne tangente en géométrie, parce qu’elle possède également une continuité de tous les points, sans avoir de continuation en aucun endroit.

    L’attitude simpliste à l’égard du problème de la religion à laquelle nous avons été habitués au cours des générations, n’est pas satisfaisante. L’interprétation séculière des concepts religieux est problématique. De la même manière que nous ne sommes pas autorisés à faire une distinction absolue entre sécularisme et religion, nous ne pouvons pas ternir la nature particulière des problèmes religieux au moyen de prétextes philosophiques. Il faut être précis dans l’utilisation des notions de «sécularisme» et de «religiosité». Il est clair qu’il existe un sécularisme qui n’est pas du tout lié à la religion, mais on doit remarquer en même temps le fait que des manifestations séculières peuvent apparaître parfois sous une apparence religieuse. Même une analyse historique minutieuse ne peut résoudre l’énigme cachée dans l’essence inexpliquée de la religion.

    L’explication positiviste prétend réfuter la religion à partir d’une interprétation rationaliste de l’absolu. Le positivisme est une théologie inversée. Son principe de base, selon lequel tout peut être expliqué de manière à ne laisser aucune question sans réponse, s’attribue lui-même un statut de principe absolu.

    Ce même principe vaut également pour la pensée de Marx. Le fait de nous expliquer comment l’homme place au-dessus de lui une autorité absolue, devant laquelle il se prosterne et s’agenouille ne constitue nullement une explication ou une critique de la religion. Il se peut que cette explication soit de quelque utilité pour comprendre la sociologie de certains problèmes religieux, mais elle ne touche pas au problème central de la religion. Aucun des exégètes de la religion du siècle dernier, Feuerbach, Marx, Kierkegaard et Nietzsche, n’ont réussi à expliquer le concept de base de la Torah, «l’image de Dieu» (tselem Elohim), une idée simple et bouleversante de profondeur.

    Cet évitement du problème religieux caché à l’intérieur de la Bible, se reflète aussi dans les différentes approches de son enseignement en Eretz-Israël. On ne peut pas dire qu’on aide utilement à faire revivre ce livre en essayant de l’expliquer comme un epos national ou un document semblable à tous les autres, tirés du folklore de l’antique Proche-Orient. De cette manière, ce texte central de la religion juive est transformé en un document tout à fait trivial, vidé de la vie qui l’anime. Ceux qui ignorent le problème lui-même n’ajoutent rien à la valeur de la Bible, mais ils l’amoindrissent. Ils finissent par dissiper son contenu au lieu de le transmettre aux générations à venir.

    L’explication séculière a l’épaisseur d’un fil, et nous devons examiner attentivement le concept de sécularisme avant de le choisir comme la seule explication possible. Le sécularisme n’est rien d’autre qu’un passage étroit d’un dogme religieux à un autre. Le sécularisme est valable aussi longtemps qu’il n’exige pas de sacrifices sur son autel; il disparaît dès l’instant où l’on demande à des gens de mourir pour quelque chose.

    Le concept d’"humanisme" est étroitement lié à celui de sécularisme. Nous sommes habitués à magnifier l’humanisme comme le contraire de la religion, comme un parfait substitut de la foi religieuse. Mais il n’est jamais arrivé dans l’histoire, pas plus qu’il n’arrive aujourd’hui, que des gens se fassent tuer au nom du sécularisme. Les hommes ne sacrifient leur vie que pour une valeur qu’ils considèrent comme absolue. (De fait, il est indéniable que le noyau vital du communisme en Russie révèle des aspects religieux de plus en plus évidents.) De même l’Allemagne a succombé au nazisme, parce que les sociaux-démocrates allemands n’étaient pas prêts à mourir pour leur croyance en un idéal d’humanité.

    Quand l’humanisme se débat avec le problème de son propre avenir, il a besoin lui aussi de concepts religieux. Dans de telles situations, il a tendance à réactiver un système religieux avec une valeur absolue, fût-elle sous une forme cachée. L’immanence des événements de la vie amène l’homme à se poser des questions qui sont nécessairement religieuses (de quelque manière que nous les désignons) et qui dépassent sa propre existence pour exiger de lui un précieux sacrifice.

    Contre les arguments concernant la réaction religieuse, on remarquera que cette distinction n’est pas fondée sur une compréhension exacte. S’il est vrai qu’on a falsifié le vrai visage de la religion – les exemples historiques ne manquent pas –, cela ne veut pas dire qu’une telle falsification soit l’unique prérogative du domaine religieux. Toute valeur peut être falsifiée, et il ne faut pas oublier que des mouvements totalitaires ont brandi le drapeau du socialisme. De nos jours, la catastrophe morale de la falsification du socialisme doit nous servir de leçon. La falsification n’est pas inhérente à la nature d’une valeur ou d’une autre, mais à la forme externe dans laquelle elle s’incarne. Quand la valeur vise, dans une exigence de totalité, à la maîtrise et au contrôle de tout, c’est alors seulement qu’elle dévoile les aspects obscurs et corrompus de son apparence.

    Mais il y a aussi des exemples historiques opposés. Chaque religion officielle vit toujours des révolutions contre le courant dominant, et des hommes se battent pour le renouvellement de la religion quand sa forme est vidée de son contenu vivant et sain. Ceux qui comprennent l’histoire dans une véritable perspective sociologique en arrivent nécessairement à poser la religion comme une valeur progressiste, militante et purifiante. Même l’histoire juive n’est pas dénuée de ce noyau progressiste. Et si notre histoire est une histoire de vaincus, le regard de l’historien découvre, caché dans les documents religieux, un puissant courant révolutionnaire. Un désir révolutionnaire qui est lié par essence à une valeur suprême, et cette révolution est une révolution religieuse. Il semble que les événements de notre temps nous obligent une fois de plus à une compréhension plus juste de la signification des concepts religieux. Le massacre de la diaspora européenne est un événement sans précédent dans l’histoire juive. En fait, nous n’avons pas de concepts appropriés ou d’expression adéquate pour décrire ce qui se passe sous nos yeux. Les exemples du passé ne conviennent pas à la situation présente. La réponse de Bialik à la persécution des Juifs – "Dans la ville du massacre" – ne nous satisfait pas et ne peut plus nous servir d’exemple. Ce problème nous force à réfléchir par nous-mêmes et à trouver nos propres solutions. La réponse à la question de "l’image de Dieu" ne peut plus être esquivée par la littérature ni par l’idéologie. L’explication sociologique ne répond pas au problème moral et humain du terrible massacre. Dès lors que nos yeux ont vu la crise et la grande destruction, nous ne pouvons plus revenir à une solution conventionnelle. L’incroyance ne se transmet pas en héritage. Nous ne pouvons pas dissimuler le problème religieux à nos enfants et à nos jeunes. Il n’est pas justifié de vouloir leur épargner une difficulté excessive et une grande souffrance en leur offrant la consolation du sécularisme. Un grand danger est lié à cette manière d’esquiver le problème religieux, car nous ne pouvons pas savoir de quelle manière il resurgira et comment il détruira l’esprit qui s’est donné des solutions faciles et s’est dérobé à une révolution religieuse.

    Le Socialisme moderne cherchait à fixer le cadre de la Révolution, convaincu qu’une période transitoire nous rapprochait d’elle. Cependant, l’histoire dans laquelle les hommes aspirent à leur rédemption – pour autant que l’âme humaine reste telle qu’elle est – ne connaît pas de telles périodes transitoires.

    À chaque moment de l’histoire, l’homme peut réaliser la révolution de la rédemption et il doit même la réaliser, aussi longtemps que la religion constitue en lui une force vive.

  • Les antisémites utilisent ce type d'individu pour argumenter leur mensonge

  • M.Lurçat, votre article est excellent, bien sûr.
    J'ai lu le livre de Sand mais, moi, au lieu de m'en émouvoir ou de m'en offusquer je me suis seulement surpris à rire d'une indécence coutumière à son auteur. Sand n'a jamais su, à l'instar de beaucoup d'autres que vous citez ou connaissez, se mettre à l'abri du ridicule.
    Je n'ai pas, quant à moi, le loisir que vous lui avez consacré pour renvoyer, d'une pichenette, cet essai d'essai, dans les filets de l'ignare suffisance d'une réflexion feinte. Cependant, j'ai pris ce temps à vous écrire simplement pour demander à des gens de talent, à des gens intègres comme vous, de cesser de donner à cette meute de complexés la seule chose qui la motive: la publicité.
    Si elle est une arme fourbie pour des hordes antijuives qui accumulent ce genre de chiffons en prévision du grand soir qui leur tient lieu de libido, cette littérature a au moins le mérite d'agiter des consciences trop souvent ankylosées. Pour être plus précis, je dirai qu'il est temps, grand temps, de dire maintenant, sans ambages, que n'est pas Juif celui qui en porte le nom en disant ne pas s'en cacher mais seulement et uniquement celui qui est réellement structuré par son judaïsme, qu'il soit religieux ou non.
    Le concept d'essence juive est un outrage à l'histoire juive, car être juif c'est le devenir. C'est un combat à la fois ontologique et empirique, politique et eschatologique. Le plus difficile des combats car il suppose de tenir notre tradition pour la source véritable de notre information éthique, puisque sans elle nous ne saurions jamais comment ni pourquoi nous avons été définis comme l'empêcheur de tourner en rond de la barbarie et des transfuges du paganisme qui haissent le progès et la modernité.

  • dommage qu'hitler et autres pogrommistes n'est pas connu ces "historiens" . Nous serions plus nombreux aujourd'hui en ertez israel.

  • Je ne suis ni sioniste ni post-sioniste ; je ne partage pas , sans m'y attarder, vos vues sur la politique d'Israël. Mes références en matière juive sont tout autres. Ceci pour situer mon intervention.
    L'ouvrage de Sand n'est clairement pas un livre d'histoire mais une construction idéologique et la critique que vous faites de ce livre sur ce plan est totalement fondée. Ceci dit, vous confondez vous aussi histoire et militantisme politique en mêlant à votre critique des considérations déplacées sur Warschawski ou la participation de Sand à telle conférence pro-palestinienne. Ce qui fonde en réalité votre critique n'est pas le souci d'une histoire scientifique mais la défense d'une idéologie et d'une politique. Sand a voulu construire un contre-mythe et vous lui répondez par le mythe et "l'explication". Quel besoin aussi y avait-il de mettre sur le même plan le travail d'historien de Attias et Benbassa avec le pamphlet de Sand si ce n'est que vous ne supportez pas leurs positions politiques?

  • Les Nouveaux Historiens israéliens, sont-ils comptables de l'exploitation qui est faite de leurs " révélations " ?

    Ilan Greilsammer écrit, dans " La nouvelle histoire d'Israël, essai sur une identité nationale " (Gallimard, 1998) : L'État d'Israël va avoir cinquante ans ; c'est l'âge mûr. Un âge où on peut raisonnablement se poser des questions profondes et douloureuses sans pour cela remettre en cause sa propre existence ni faire preuve de manque de patriotisme.

    Dix ans plus tard, à fortiori, Pierre pose finalement la même question, sans confusion des genres entre militantisme et journalisme. Ceux qui ont tenté de le faire par le passé, ont créé la lassitude des lecteurs et la leur propre.

    Votre intervention nous démontre le contraire et c'est bon signe.

    Il existe une fascination qui s'exerce sur ces milieux intellectuels européens, et en particulier français, pour la gauche antisioniste israélienne, dont Michel Warchawski, ancien leader de Matzpen, est peut-être le meilleur représentant.

    Des personnalités antisionistes comme Michel Warchawski ou Ilan Pappe n’ont strictement aucune audience en Israël, même pas chez les Palestiniens, qui savent parfaitement ce qu’ils représentent dans la réalité israélienne.

    Ni sioniste, ni post-sioniste ... mais alors ?

  • Pour être post-sioniste, il faut avoir été sioniste. Aux sionistes d'arriver éventuellement à dépasser leurs mythes fondateurs avant que ceux-ci ne conduisent à la faillite le projet israélien. Le travail des nouveaux historiens, en effet les premiers à avoir accompli un réel travail d'historien et non de propagandiste au service des intérêts du nouvel Etat juif aurait pu permettre d'ancrer l'avenir d'Israël et des Juifs israéliens sur d'autres bases. Il n'en a malheureusement pas été ainsi. On préfère dénicher ici ou là une référence erronée plutôt que d'affronter une réalité déstabilisante : les torts et crimes d'Israël. Il est évidemment plus confortable de continuer à se vivre comme le Juste indéfini. La contradiction étant totale avec les impératifs éthiques du judaïsme - auxquels de nombreux Juifs dont les tenants de l'extrême-droite sioniste-religieuse et colonisatrice ont depuis longtemps renoncé - il n'y a pas d'autre possibilité que de nier les faits et de se persuader ad nauseum que la désinformation règne en maître.

  • On y voit plus clair, une "nouvelle campagne" est en marche !

    À Marseille le 15 janvier 2009
    Pierre Stambul (Bureau National de l’Ujfp)

    La guerre sanglante que l’armée israélienne mène à Gaza n’est pas venue de nulle part. Tzipi Livni a prévenu tous les partis politiques sionistes 48 heures avant l’agression et tous l’ont approuvée, y compris le Meretz (la gauche sioniste). Le mouvement « La Paix Maintenant » et les écrivains dits « de gauche » (mais farouchement sionistes) Amos Oz, Avraham Yehoshua et David Grossman ont aussi approuvé l’invasion en prônant peu après une trêve. Tous partagent le point de vue officiel en Israël : pour eux, le Hamas est un monstre infréquentable contre lequel le droit de tuer va de soi, même s’il y a des « dommages collatéraux ».

    Des Israéliens juifs anticolonialistes s’opposent à la guerre. Ils témoignent et manifestent quotidiennement avec un grand courage. Ils ne représentent qu’une petite minorité (il paraît que 95% des Israéliens juifs étaient d’accord avec la perspective d’attaquer le Hamas) mais leur importance et leur influence dépassent leur nombre. Tous sont non sionistes ou antisionistes. Ils sont les seuls à comprendre la nature du crime commis à Gaza : crime de guerre et crime contre l’humanité. Il faudra bien qu’on en finisse avec l’impunité de cet Etat-voyou. Cela passera par le boycott d’Israël tant que durera l’occupation et par le jugement des criminels de guerre.

    Une idéologie totalitaire

    En Israël, tout est sioniste. L’identité, la mentalité, l’histoire enseignée, les médias, les lois, l’air que l’on respire. Personne ne peut échapper à cette idéologie qui s’insinue partout. Au nom de cette idéologie, 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, la moitié des Bédouins du Néguev vivent dans des bidonvilles sans route, ni eau, ni électricité, ni maison en dur, parce que l’Etat Juif ne reconnaît pas leurs villages et leurs actes de propriété. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a environ 5 millions de Palestiniens et 5 millions et demi de Juifs. À cause du sionisme, les premiers n’ont aucun droit. Ils sont soit bombardés et massacrés, soit occupés, soit des sous citoyens dans leur propre pays.L’apartheid s’est installé.

    Dans l’histoire multiple et diverse du judaïsme, le sionisme a fait irruption, il y a un peu plus d’un siècle et il a la prétention aujourd’hui de s’imposer à tous les Juifs. Si on le critique et qu’on n’est pas juif, on est forcément antisémite. Si on est juif, alors on est un « traître qui a la haine de soi ». Et si on est palestinien, le sionisme délivre un droit de tuer, pour la bonne cause bien sûr, la sacro-sainte « sécurité d’Israël ».

    Il n’en a pas toujours été ainsi. En 1948, tous les grands noms du judaïsme américain avec en tête Albert Einstein et Hannah Arendt signent une adresse au président Truman lui enjoignant d’arrêter ou d’expulser le terroriste Menahem Begin qui vient de massacrer 200 villageois à Deir Yassine. Aux yeux du monde, le judaïsme à l’époque, c’est Rosa Luxembourg, Freud, Kafka, Einstein, Arendt. Tou-te-s étaient non croyant-e-s et non sionistes comme la majorité des 6 millions de morts du génocide nazi. Comment est-on arrivé à cette inversion qui fait que les valeurs de fascistes (je ne trouve pas d’autre mot) comme Begin, Shamir, Liberman , Sharon se sont imposées et sont devenues celles des criminels Olmert, Perès, Barak, Livni …ou celles d’un grand nombre de dirigeants communautaires en France.

    Cette mutation est incompréhensible si on n’examine pas ce qu’est le sionisme : à la fois un nationalisme, une forme de colonialisme, un messianisme qui a fabriqué un « homme juif nouveau ». Et une idéologie devenue ultra militariste, ayant fabriqué un pays devenu la tête de pont de l’impérialisme au Proche-Orient. Une idéologie affirmant offrir un « havre de paix » aux Juifs. Avec à la clé une instrumentalisation du génocide nazi et de l’antisémitisme.

    Une histoire falsifiée

    Les sionistes ont fabriqué une histoire fantastique du judaïsme. Alors que la grande majorité des premiers sionistes étaient non-croyants et souvent très hostiles aux religieux, ils sont allés chercher dans la Bible toutes les « justifications » au projet colonial qu’ils étaient en train d’inventer.

    Depuis des dizaines d’années, il y a consensus chez les archéologues et les spécialistes de l’histoire antique (lire « La Bible Dévoilée » de Finkelstein et Silberman chez Bayard). Les épisodes d’Abraham et de Moïse sont totalement légendaires. Mais, ce qui est plus important, la conquête de Canaan par Josué est totalement légendaire. Ce texte qui est une véritable apologie du nettoyage ethnique et du massacre de « l’autre » n’a aucune réalité historique. C’est pourtant lui qui sert de base « historique » à l’installation des colons en Cisjordanie et aux partisans de l’expulsion des Palestiniens (la moitié de la société israélienne y est favorable). Il n’y a aucune trace archéologique de l’existence du royaume unifié de David et Salomon. À l’époque, Jérusalem était un village. Il est très probable que le royaume d’Israël (détruit par les Assyriens) et celui de Juda (détruit par les Babyloniens) aient toujours été des entités distinctes. Et il est surtout avéré que, pendant toute l’antiquité des peuples différents, des langues différentes et des religions différentes ont cohabité sur cette terre qui était un véritable carrefour. Les sionistes qui affirment que c’est la terre du peuple juif et que l’Etat d’Israël est une reconstitution du « royaume unifié » ont entériné une légende religieuse à laquelle ils ne croyaient pas eux-mêmes.

    Dans la théorie sioniste, le peuple juif a été expulsé de sa terre au moment de la guerre menée par Titus et de la destruction du temple. Il aurait vécu 2000 ans en exil dans des conditions épouvantables jusqu’à ce que le sionisme lui permette de retourner dans son pays.

    Or cette théorie est une affabulation. Dans « Comment le peuple juif fut inventé » (chez Fayard), Shlomo Sand montre, documents à l’appui, qu’il n’y a eu ni exil ni retour. Au moment de la destruction du temple, il y avait déjà des Juifs à Babylone, Alexandrie, Rome, en Espagne …Après la défaite face aux Romains, c’est la religion qui s’est dispersée, pas le peuple. Donc les descendants des Hébreux sont essentiellement les Palestiniens. Ben Gourion en était d’ailleurs persuadé et il a d’abord songé à les intégrer au projet sioniste.

    Pendant plusieurs siècles dans l’empire Romain puis dans d’autres régions, la religion juive a été prosélyte. Les Juifs ont formé un pourcentage notable des habitants de l’empire romain. De nombreuses conversions ont eu lieu plus tard chez les Berbères d’Afrique du Nord puis chez les Khazars (une tribu turque ayant établi un empire entre Caspienne et Mer Noire). Bref les Juifs d’aujourd’hui seraient majoritairement descendants de convertis. Quant au retour, à plusieurs reprises, les Juifs auront l’occasion de s’installer à Jérusalem et ils préfèreront aller à Bagdad, Alexandrie ou Salonique. Il n’y a pas de « race » juive et (d’après Sand) même pas de « peuple » juif. La théorie sioniste de l’exil et du retour est complètement une construction idéologique.

    Les sionistes ont instrumentalisé l’épisode de Massada. Après la prise de Jérusalem par Titus, des Juifs révoltés sont assiégés par les Romains dans la citadelle de Massada au-dessus de la Mer Morte et ils préfèrent le suicide à la reddition. D’où le complexe de Massada : « personne n’aime les Juifs, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et ils sont menacés en permanence de destruction ». En réalité, les révoltés de Massada étaient des fanatiques religieux (les zélotes) qui ont commencé par massacrer les Juifs qui acceptaient le mélange avec les autres peuples de la région et la souveraineté romaine.

    Diaspora et antisémitisme.

    Pour les sionistes, la diaspora (=dispersion) est une parenthèse qui se serait terminée avec la fondation de l’Etat d’Israël. C’est faux : la diaspora est le centre de l’histoire des différents judaïsmes. C’est le lieu où la religion s’est structurée. C’est là que les différentes langues juives (judéo-arabe, ladino, yiddish) se sont développées. Le sionisme s’est acharné à faire disparaître les langues, les traditions et les cultures des différentes communautés juives de la diaspora. La plupart des Israéliens ont des noms et des prénoms qui n’ont rien à voir avec ceux de leurs ancêtres. L’Hébreu s’est imposé, la culture israélienne a fonctionné comme un effaceur du passé. Pour fabriquer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer » le Juif (le cosmopolite, le minoritaire, le dispersé). La plupart des Israéliens ignorent tout de leur histoire. Cette absence de mémoire, remplacée par une mémoire falsifiée est une des explications de leur indifférence à « l’autre ».

    Le sionisme décrit la vie en diaspora comme une suite ininterrompue de persécutions et de malheurs qui auraient pris fin avec la création d’Israël. Avec l’idée que le mélange ou l’égalité des droits entre Juifs et Non Juifs est impossible et que les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux dans un Etat juif.

    Il y a là une vision réductrice. La persécution des Juifs commence sous l’empereur Constantin (IVe siècle ap JC) quand le christianisme devient religion officielle. Cet antijudaïsme chrétien a des origines multiples : le christianisme est issu du judaïsme, les 2 religions ont longtemps été en concurrence, l’accusation de « déicide » est centrale chez les Chrétiens. Les Juifs subiront de très nombreuses expulsions (la plus importante étant l’Espagne en 1492), de grands massacres (croisades, Ukraine), un enfermement et une discrimination systématiques. Mais il y a eu aussi des périodes plus fastes marquées par une vie culturelle intense. Les sionistes essaient de montrer que les Musulmans ont toujours été les ennemis des Juifs. C’est faux : le statut de « dhimmi » n’est certes pas la citoyenneté, mais il a assuré aux Juifs une paix relative qui n’a rien à voir avec les persécutions chrétiennes.

    C’est paradoxalement l’Emancipation des Juifs européens (qui commence au XVIIIe siècle en Allemagne et en France) qui provoque la transformation de l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le Juif personnifie l’obstacle à la construction d’Etats-nations ethniquement purs. Il devient le bouc émissaire de tous les nationalismes. C’est le consensus antisémite en Europe qui permettra le génocide nazi.

    Le sionisme contre l’Emancipation

    Vers 1900, une dizaine de millions de Juifs vivent en Europe de l’Est. Ils parlent le Yiddish. Les transformations sociales les ont massivement prolétarisés. Une grande partie d’entre eux abandonne la religion et se tourne vers les idées socialistes. Pour beaucoup, la révolution, en émancipant les prolétaires, résoudra la question de l’antisémitisme. Si les principaux partis révolutionnaires mettent entre parenthèse la « question juive », le Bund, parti révolutionnaire juif, propose dans le cadre de la Révolution, une « autonomie culturelle » des Juifs là où ils vivent.

    C’est à cette époque qu’apparaît le sionisme. Il se présente au départ comme une version juive des différents nationalismes (qui mèneront à la boucherie de 1914 et au nazisme) avec l’équation simple : un peuple = un état. Problème : s’il y a à l’évidence un peuple Yiddish entre Baltique et Mer Noire, ce peuple a peu à voir avec les Juifs marocains, irakiens ou yéménites. Les sionistes inventent donc le peuple et l’exil. Alors que le Bund crée des milices d’autodéfense contre les pogromistes, les sionistes considèrent que l’antisémitisme est inévitable, qu’il est inutile de le combattre et que la seule solution est la fuite vers le futur Etat Juif. Ils tournent délibérément le dos à toute idée d’égalité, d’émancipation, de citoyenneté, de mélange. Peu avant sa mort, Herzl rencontre un des pires ministres antisémites du tsar en lui expliquant que sionistes et tsaristes ont des intérêts communs : faire partir un maximum de Juifs. Le pogrom de Kichinev ou l’Affaire Dreyfus sont utilisés pour convaincre que tout combat en Europe est inutile. L’Affaire Dreyfus a pourtant montré que l’antisémitisme concernait toute la société et que la victoire des forces de progrès était possible.

    Les sionistes, très souvent laïques voire athées, s’emparent du texte biblique et décident de s’installer en Palestine. C’est le fameux mensonge fondateur de Zangwill (« une terre sans peuple pour un peuple sans terre »). Leur installation commence donc par la négation de l’existence du peuple palestinien. Du coup, ils fabriquent une histoire de la Palestine, où paraît-il les Juifs auraient vécu sans interruption depuis 4000 ans. C’est bien sûr faux. Après la dernière révolte juive contre les Romains (Bar Kochba), il y a très peu de Juifs en Palestine, la population étant devenue chrétienne puis musulmane. Vers 1900, les Juifs forment 4% de la population en Palestine, ce qui est la même proportion que dans les pays voisins. Ils sont majoritairement arrivés au XVIIIe siècle, sont très bien intégrés et sont contre toute idée d’Etat Juif.

    Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les sionistes seront très minoritaires parmi les Juifs. Ceux qui émigrent pour fuir la misère ou l’antisémitisme partent très majoritairement vers les Etats-Unis ou l’Europe occidentale. Toutes les élections qui ont lieu en Pologne ou en Lituanie dans les ghettos montrent que les partis sionistes sont minoritaires. En 1939, il n’y a que 3% de la population juive mondiale qui est partie en Palestine.

    Le sionisme n’est pas au départ religieux. Le courant religieux sioniste (celui du rabbin Kook) sera au départ très faible, les religieux étant majoritairement sceptiques, voire très hostiles au sionisme. Ils considèrent que l’Etat Juif se substituent au Messie. Il faudra attendre 1967 avec l’émergence du courant national-religieux pour voir l’horrible synthèse entre colonialisme et intégrisme.

    Du colonialisme au nettoyage ethnique.

    Les sionistes sont arrivés en Palestine avec le même complexe de supériorité vis-à-vis des autochtones et le même comportement que les colonialistes de l’époque. Il s’agissait d’accaparer le maximum de terre et de repousser, confiner, domestiquer le peuple qui vivait là. Au musée de la ville israélienne de Hadera, il y a une grande photo avec la légende : « Moshé X, fondateur de Hadera ». Autour de l’individu en question, il y a une quinzaine de Palestiniens, mais les fondateurs du musée n’ont même pas vu qu’ils existaient. Tout sera bon pour acquérir des terres. L’argent qui sert à « arroser » quelques féodaux et à valoriser les terres mais aussi la force. La déclaration Balfour marque la complicité entre le sionisme et l’impérialisme. Pour Balfour qui partage les préjugés antisémites de l’époque, c’est un coup double : faire partir les Juifs d’Europe et assurer une présence européenne au Moyen-Orient où l’empire ottoman s’est effondré.

    Quand les Palestiniens réalisent que l’immigration juive a pour projet d’établir un Etat juif et de les déposséder de leur propre pays, ils se révoltent (1929, 1936) et c’est l’armée britannique qui les écrase. Pendant toute cette période, les sionistes construisent un véritable appareil d’état et ils sont totalement absents de la lutte contre la montée du nazisme. Pire, l’aile droite du sionisme dont le chef de file est Jabotinski, s’inspire directement des idées fascistes (il a vécu en Italie et admirait Mussolini) pour proposer dès 1930 l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. Le groupe Stern d’Itzhak Shamir (futur premier ministre d’Israël) avait une telle conscience du génocide nazi qu’il assassinera des soldats britanniques jusqu’en 1942 et tentera de négocier avec les Nazis.

    Les sionistes ont joué un rôle confidentiel dans la résistance juive au nazisme qui a été principalement communiste ou bundiste. Et pourtant, c’est le génocide (qui a tué la moitié des Juifs européens et a fait définitivement disparaître le Yiddishland) qui va permettre la fondation d’Israël.

    Les Européens, les Américains et les Soviétiques se rallient dès 1945 à l’idée d’un Etat Juif. Ils vont faire payer au peuple palestinien pour un crime européen (l’antisémitisme et le génocide) dans lequel il n’a pas le début d’une responsabilité.

    On sait de façon sûre, les nouveaux historiens israéliens (surtout Ilan Pappé) ayant confirmé ce que les Palestiniens ont toujours dit, que l’expulsion de 800000 Palestiniens en 1948 était préméditée. Ce nettoyage ethnique (la Naqba) est un crime et aucune paix ne pourra être signée sans la reconnaissance de ce crime qu’il faudra, d’une façon ou d’une autre, « réparer ». Or, pour le sionisme, cette reconnaissance est une négation du projet fondateur et de la prétendue légitimité de ce projet. Dans le film sioniste « Décryptage », Ehud Barak interviewé le dit : « j’aurais voulu qu’Arafat reconnaisse la légitimité du sionisme ». Bref il aurait voulu sa capitulation. On est au cœur du problème. Le sionisme est bien un obstacle à la paix.

    Ajoutons puisque aujourd’hui le Hamas est accusé de terrorisme que le terrorisme sioniste pendant la guerre de 48 a été bien réel avec l’Irgoun et le groupe Stern (mais la Haganah, armée officielle occupait les zones « nettoyées » par les terroristes). De Deir Yassine à l’attentat contre l’hôtel King David ou à l’assassinat du comte Bernadotte, on voit que les auteurs de ces crimes sont devenus plus tard Premiers ministres. Et aujourd’hui, on découvre que Tzipi Livni qui a travaillé dans les services secrets est la responsable d’un attentat anti-palestinien à Rome.

    La politique du fait accompli et l’instrumentalisation du génocide.

    Après 1948, les sionistes ont accéléré la stratégie qui leur avait si bien réussi en se faisant reconnaître par l’ONU sur des frontières qui n’avaient plus rien à voir avec celles du plan de partage : la stratégie du fait accompli. Dès 1949, les terres et les propriétés des Palestiniens chassés sont confisquées. Alors qu’Israël a dû reconnaître dans les conventions d’armistice de 1949 le droit au retour des Palestiniens, ce droit va immédiatement être nié et même présenté comme une revendication inacceptable mettant en question l’existence d’Israël.

    En 1948, il y a moins d’un million de Juif dans le nouvel état. Tout va être mis en route pour provoquer partout l’émigration. Sionisme et antisémitisme vont devenir complémentaires, le second alimentant le premier et le premier cherchant à provoquer le second quand l’émigration se tarit. L’arrivée d’un million de Juifs du monde arabe est le résultat conjoint d’une propagande très intense pour les arracher de pays où ils vivaient depuis des siècles et de l’attitude de la plupart des gouvernements arabes ravis de ces départs. Pour les Juifs venus des pays de l’Est, la persistance d’un antisémitisme d’état a provoqué une rupture avec le communisme (qui avait la sympathie d’un très grand nombre de Juifs) et l’émigration vers Israël.

    Le fait accompli va prendre un tour nouveau en 1967. On sait maintenant que les menaces de Nasser ont été un prétexte. La guerre, l’annexion et la colonisation étaient programmées. L’annexion (par vote de la Knesset) de Jérusalem Est a lieu dès 1967. Elle sera suivie de celle du Golan. Ne disposant pas du « personnel » pour créer des colonies, les travaillistes au pouvoir vont littéralement créer le courant national-religieux (qui représente aujourd’hui 1/4 de la population) en leur offrant des colonies. C’est Ygal Allon (réputé être « de gauche ») qui est à l’origine de cette colonisation. 500000 Israéliens vivent aujourd’hui dans les territoires conquis en 1967 et tout a été fait pour faire disparaître la « ligne verte » et rendre l’annexion définitive.

    Le sionisme a eu au départ une attitude ambiguë vis-à-vis du génocide. Les rescapés ont été très mal reçus en Israël (aujourd’hui, beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté). On opposait leur prétendue résignation à l’Israélien fier de lui qui défrichait, se battait et « transformait le désert en jardin ». Mais très rapidement, le gouvernement a vu le parti à tirer du génocide. D’où la création du musée Yad Vashem, l’arrestation et l’exécution d’Eichmann. Plus tard le « devoir de mémoire » est devenu obligatoire.

    Aujourd’hui, ce devoir est devenu une horreur. Il y a d’abord l’idée que les Juifs ont été, sont et seront toujours des victimes. Les Israéliens ont « peur de ne plus avoir peur », ça les obligerait à examiner l’impasse meurtrière dans laquelle ils se trouvent. Quand les dirigeants israéliens ont négocié avec les Palestiniens, le seul sujet qu’ils voulaient traiter, c’était la sécurité de l’occupant. Pour eux, le « peuple élu », c’est celui qui a tous les droits. Les sionistes célèbrent les quatre Israéliens tués par les Qassams du Hamas et se moquent totalement des 1000 morts de Gaza. Israël est le pays (après la Turquie) où il y a le plus de négationnistes du génocide arménien, le seul génocide valable étant celui des Juifs. Couramment on présente les Palestiniens comme les héritiers du Nazisme. Arafat a été qualifié de « nouvel Hitler » et Begin a dit en 1982 en lançant ses troupes sur Beyrouth « qu’il avait l’impression d’attaquer le bunker d’Hitler ». Sharon a déclaré lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz que cela prouvait que « les Juifs ne pouvaient se défendre que par eux-mêmes », bref que tout était permis. Pour les rescapés et leurs descendants (dont je suis), cette instrumentalisation est obscène.

    Le sionisme prétendait apporter un « havre de paix » aux Juifs persécutés. Il a fabriqué un projet criminel pour les Palestiniens mais suicidaire pour les Israéliens et même pour les Juifs. S’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il en sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.

    Israël est devenu un pays odieusement militariste. On dit d’ailleurs que ce n’est pas un pays doté d’une armée mais « une armée dotée d’un état ». D’ailleurs la plupart des dirigeants politiques viennent de l’armée ou des services secrets. Et Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Moyen-Orient dans le cadre du « choc des civilisations ». Ce pays incarne l’Occident face aux « barbares ». D’où le « permis de tuer » à Gaza qui a été octroyé.

    Le sionisme a gommé les différences idéologiques

    Les différents gouvernements d’Union Nationale en Israël ou le fait qu’en France, le CRIF soutienne inconditionnellement toute politique israélienne montrent qu’il n’y a aucune différence entre sionistes de droite et sionistes « de gauche ». Les premiers ont toujours été « sincères ». Ils sont depuis 70 ans pour le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens. Les seconds ont fait la même chose mais sans oser l’avouer. La « gauche » sioniste était au pouvoir au moment de tous les crimes commis contre la Palestine : la Naqba, la colonisation, la construction du mur de l’Apartheid. Jamais les sionistes n’ont accepté les Palestiniens comme des égaux. Le processus d’Oslo a échoué parce que tous les courants sionistes exigeaient une capitulation des Palestiniens, une renonciation à tous leurs droits, l’acceptation de bantoustans éclatés qu’on aurait baptisé Etat palestinien.

    Il n’y a pas de sionisme à visage humain. Le crime commis à Gaza et l’indifférence en Israël face à ce crime en sont une preuve supplémentaire. La paix fondée sur l’égalité des droits et la justice passera par une « désionisation » d’Israël, une rupture avec cette fuite en avant criminelle. Le sionisme a rendu plus que malade la société israélienne devenue autiste et complice de crimes.

    Alors, nous dira-t-on, vous autres antisionistes, vous êtes pour la destruction de l’Etat d’Israël ? Ne mélangeons pas les choses. Les Israéliens juifs (5 millions et demi de personnes) forment aujourd’hui un peuple et ils resteront. Mais aucune paix n’est envisageable sans une égalité totale, politique et économique entre les peuples de la région. Quelle que soit la solution envisagée (un ou deux états), cela devra être les sociétés de tous leurs citoyens. Donc oui l’existence d’un « Etat Juif » (Etat Français, ça sonne mal et ça rappelle de mauvais souvenirs, n’est-ce pas ?) où les Non Juifs sont des sous citoyens est un cauchemar. Un Etat ne peut pas être à la fois juif et démocratique, c’est une contradiction. La paix passe par le respect de la citoyenneté de tous et par celui des droits humains fondamentaux.

    Le sionisme est une idéologie criminelle. Et c’est une catastrophe pour le judaïsme quel que soit le sens qu’on donne à ce terme. En mélangeant sciemment juif et sioniste et en assimilant toute critique d’Israël à l’antisémitisme, les sionistes transforment « l’antiisraélisme » (selon la formule d’Edgar Morin) en antijudaïsme. Ils se comportent en véritables pyromanes. Il est temps que la parenthèse sioniste se referme.

    http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=491

  • Frédéric Encel : Le sionisme et l'Etat d'Israël dans la légalité internationale.

    Frédéric Encel brosse une histoire du droit international.

    Il commence par l'article 1 de la charte des Nations Unies qui stipule " le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ".

    Mais il n'y a pas de texte en droit international qui légitime le peuple français par exemple ou le peuple américain. Si on reconnaissait aux Juifs le droit de se déclarer un peuple, on ferait une discrimination. Il n'y a aucun texte qui dise : " Vous, vous avez droit à un état ". Le problème, pour les Juifs, c'est de savoir par où commencer : s'agit-il de commencer par Juif - religion ou Juif - peuple ? C'est l'histoire de l'oeuf et de la poule : qu'est-ce qui a commencé ?

    La réalité historique, c'est que pendant 1000 ans il y a un proto - État Nation dirigé par les Hébreux, avec David comme fondateur. Il y a donc l'histoire d'un état.

    Au XIX° siècle, époque des nationalismes européens, on assiste à un nationalisme classique avec Herzl.

    Mais on ne peut pas parler de colonialisme à propos des pionniers sionistes car leur but n'était pas de " faire suer le burnous " ni même d'améliorer leur existence comme c'est le cas de tous les colonialistes.

    En 1917 la déclaration Balfour reconnaît un Foyer National pour le peuple Juif. C'est donc reconnaître un peuple Juif.

    En 1922 la Société des Nations donne mandat aux Britanniques sur la Palestine en attendant que les autochtones se dirigent eux-mêmes. La Palestine fait partie d'un ensemble d'états dans le monde qui reçoivent des frontières " coloniales " : l'essentiel des états aujourd'hui en Afrique dispose de frontières issues du colonialisme. Pourquoi Israël ne pourrait-il pas être sur le même plan ?

    En 1947 c'est la fin du mandat britannique. Les Nations Unies votent (au 2/3 des voix) deux états : Juif et Arabe. Les états arabes refusent cette partition : ils ne veulent pas créer un état palestinien. Et la Jordanie annexe ce qui était prévu pour la Palestine.

    En 1967 on a affaire à un casus belli avec l'entrave à la libre circulation de bâtiments tiers (blocus du détroit de Tiran par Nasser). C'est la guerre des 6 jours. Puis la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l'ONU demande la retrait des (ou de ?) territoires occupés. Nouvelle guerre en 1973 : la guerre de Kippour

    Evolution actuelle : le 10 novembre 1975 le sionisme est assimilé à un racisme dans la déclaration de l'UNESCO, rejetée le 10 décembre 1991.

    Le regard du juriste est important : contrairement à ce qui est souvent affirmé, c'est bien Israël qui a respecté les décisions internationales, même lorsqu'elles lui étaient défavorables ; le Droit n'a pas le droit de décider de la définition qu'un peuple donne de lui même.

    ** Colloque organisé par l'Alliance Israélite Universelle, le dimanche 13 octobre 2002 à Paris. "Le sionisme face à ses détracteurs ".

    Schmuel Trigano introduit le colloque en dénonçant un discours antisioniste stupéfiant. Même si la légalité d'Israël n'est pas encore contestée, sa légitimité l'est. Israël est mis au ban intellectuellement (en usant des termes colonialisme, apartheid - qui sont inappropriés), avant de l'être physiquement (boycott). Cette détraction vise directement les Juifs, qu'ils soient solidaires ou non de l'État d'Israël.

    * Georges Bensoussan:

    Non, l'Histoire du sionisme n'a pas commencé en 1948, pas plus qu'elle n'aurait commencé au 17ème siècle ou mieux encore à la sortie d'Egypte !

    Ce n'est pas la Shoah qui a créé Israël ; cet état préexistait, dans des institutions déjà fortes, avant même sa proclamation ; la Shoah a failli, au contraire, détruire Israël. Une telle erreur favorise également la confusion volontaire entre la Shoah et la "Nakba". Il faut enfin tordre le cou à ce lieu commun de l'innocence totale des Arabes dans le génocide des Juifs : la diffusion ancienne des Protocoles en est un contre exemple, parmi d'autres. La complicité de leurs dirigeants avec Hitler est connue.

    Non, le sionisme n'est pas un mouvement théocratique ; tout au contraire c'est un mouvement de "décolonisation de l'être juif ", un produit des Lumières (Haskala), une rupture avec le Talmud. Les Sionistes en Europe ont dû affronter les religieux.
    Non le sionisme n'est pas simplement le fruit de l'antisémitisme qui aurait été révélé à Herzl lors de la dégradation du Capitaine Dreyfus ; sinon, ce sont les malheurs passés (Massacres de la Vallée du Rhin, Peste Noire, Expulsion d'Espagne, Chelmnicki en Ukraine) qui l'auraient produit. Les victimes de l'antisémitisme partaient en Occident ; seuls deux pour cent rejoignaient la Terre Sainte qu'ils quittaient souvent par la suite.

    L'esprit pionnier ne suffit pas non plus à définir le sionisme :
    l'hébreu n'a jamais été une langue morte.

    le kibboutz n'est pas une invention strictement originale : il fut inspiré par la colonisation des terres slaves.

    l'Alya n'est pas le seul fondement d'Israël : pour preuve, la deuxième Alya : 40 000 personnes sont arrivées, 30 000 sont reparties.

    La Diaspora ne disparaît pas du fait d'Israël ; c'est l'inverse : Israël permet aux Juifs de la diaspora d'être juifs sans recourir à la foi.

    D'autres idées fausses encore, qui concernent les Arabes et sont souvent exploitées :

    Israël, Etat colonial ou colonialiste ? - Non : aucune amélioration matérielle n'a été recherchée ni obtenue par les pionniers (malaria, suicides les frappèrent souvent.)

    Contrairement à la légende, les Juifs n'ont jamais été aveugles à la présence arabe qui, au contraire, les obsédait ; la question cachée était lancinante. Sur ce point encore, même s'il n'y a pas eu des achats massifs de terres par les Juifs (en fait, ce sont plutôt les Arabes qui voulaient vendre), ces derniers ont été dépossédés, mais beaucoup moins qu'ils le disent.

    Autre mythe : celui de l'idylle judéo-arabe des débuts, laquelle n'est pas plus vraie que l'indifférence arabe des débuts à la présence juive : dès 1882, l'hostilité est manifeste. Les Arabes s'attaquaient au vieux Yishouv sépharade. Dire qu'ils voulaient négocier est tout aussi inexact : comme les Anglais, toujours pleins d'humour, le disaient : " les Arabes veulent tout ; le reste est négociable ! " Ajoutons, (pour faire encore dans l'humour !) que le " transfert " est bien une idée anglaise et non une idée juive. Les Juifs auraient chassé les Arabes des villes ? Non ; leur présence s'est accrue du fait de la présence juive. Une seule ville a été créée par les Arabes : Ramlé (à ne pas confondre avec Ramallah).

    Enfin, n'oublions pas que " la Palestine historique " a déjà été amputée de près des 3/4 de sa superficie par le partage anglais de 1922 visant à créer le royaume hachémite de Transjordanie.

    Autrement dit, que la Palestine mandataire n'est qu'un reliquat de la " patrie historique " dite Eretz Israël. Par conséquent les Israéliens d'aujourd'hui ne possèdent pas 80% de la Palestine mais une portion infiniment moindre. Il est donc temps de se défaire de ces mythes pieux et destructeurs de part et d'autre, afin de construire l'avenir sur une histoire vraie.

    Le peuple juif, enfin, refuse d'être " parlé par les autres " ; le sionisme ne tire sa légitimité que de la volonté des Juifs de construire leur pays et d'affirmer leur existence nationale. Les Juifs n'habitent pas simplement et concrètement cette Terre, ils sont aussi, spirituellement, habités par elle.

    * Paul Giniewski rappelle :

    1. Un sondage d'opinion selon lequel la population française croit majoritairement que la Palestine était, avant l'arrivée des Juifs rescapés de la Shoah, un pays arabe souverain dont les Juifs les auraient chassés.

    2. Le refus, dans la Charte de l'OLP, tant de la légalité que de la légitimité d'Israël. Et pourtant cette " détraction " n'a pas toujours existé ; il y a même, et c'est l'objet de son exposé,

    - des sionistes non juifs !

    - un courant arabe sioniste !

    Depuis le 14ème siècle, il y a eu de nombreuses de tentatives de fonder un État Juif : le Pape Clément VII, le Roi du Portugal, Rousseau, Le Directoire, Napoléon, Fourier, Napoléon III, H. Dunant, Lamartine, A. Smith ..., jusqu'à la Déclaration Cambon, équivalent français de la Déclaration Balfour, même si personne ne la connaît !

    Plus récemment de nombreux pays reconnaissent la légitimité de la reconstruction d'un pays pour les Juifs et même sous le mandat britannique, les Arabes n'avaient que des droits civils et religieux alors que les Juifs avaient des droits politiques et nationaux. Une des tendances du nationalisme arabe a accepté le partage. Pourquoi ? Les Juifs et les Arabes avaient un intérêt commun contre les Turcs. S'ensuit une idylle authentique entre l'Emir Fayçal et Félix Frankfurter...

    Lawrence d'Arabie favorise le sionisme au nom de l'intérêt de l'arabisme ! Pourquoi cette tendance a-t-elle échoué ? Le nationalisme arabe n'ayant plus besoin du nationalisme juif, il l'a laissé tomber.

    La paix, conclut l'orateur, se fera quand les kalachnikovs et les ceintures d'explosifs seront dans les vitrines des Musées.

    Ces " belles histoires ", permettent de garder l'espoir que l'Histoire n'est pas toujours une catastrophe ... au même titre que la "Nouvelle Histoire" ne sera pas une "Nouvelle Catastrophe".

  • Pierre Stambul ne vaut pas trois mots.
    Quant aux autres commentaires, je me demande tous les jours d'où vient cette propension des juifs à vouloir éternellement se justifier. Croient-ils vraiment que ceux qui les haïssent soient ignares à ce point ? Si oui, alors pourquoi faire appel à leur soudaine et improbable intelligence. Si non, il suffit de considérer notre expérience historique pour voir que toute explication de notre part n'a jamais servi à rien. C'est notre fond humaniste qui cède au débat avec celui qui nous combat, et c'est une erreur ! Notre seule urgence est de nous renforcer jour après jour contre lui. Ne nous laissons pas, une fois de plus, attirés dans ce piège de la petite dialectique dont on sait qu'elle finit toujours par affaiblir le fort.
    Au XXIème siècle, le Juif peut ENFIN ne pas être le plus faible des nations ou la victime expiatoire de leurs fantasmes; doit-il constamment s'en excuser ?

  • Entièrement d'accord avec toi, à quelques nuances près.

    Par respect pour les générations qui nous ont précédé, on ne peut pas laisser dire n'importe quoi, tant sur la forme que sur le fond.

    Quand on fait abstraction des facteurs d'environnement, environnement hostile, y compris au 21°siècle, sur le terrain et sur le plan médiatique, je n'ai pas la conviction intime que les "pas trois mots" de Stambul ne trouvent pas une résonnance contagieuse dans les opinions.

    Mais ton discours est sage et de fait, nous n'aurons pas la "propension" génétique de prolonger ensemble ce pill-poul !

  • Merci Gilles-Michel.
    Mais c'est précisément par respect pour les générations passées que je refuse de débattre avec celui qui sait d'avance ce qu'il ne voudra jamais comprendre.
    NOUS avons une intelligence de l'histoire alors que ces gens ne la lisent qu'à travers un prisme militant dogmatique qui pervertit le réel.

    Je ne veux plus de ces pilpoulim, ni avec la gauche, ni avec la droite, ni même avec moi-même: je veux dire que j'attends maintenant que l'humanité entière se retrouve en paix avec sa conscience avant même d'émettre la moindre critique à l'endroit, par exemple, d'Israël.

    Non, je ne veux pas, NON PLUS, devenir le laboratoire de l'éthique universelle avant que le monde se soigne se sa gangrène !!
    Nous avons 1 million d'arguments qui pourraient abattre les murailles d'acier qui nous font face; mais il y a 1 milliard de sourds qui hurlent comme des loups pour couvrir notre voix !
    Alors, vois-tu...pour l'heure, je me contente de compter mes tanks, mes avions, mes cerveaux, mes amis....ceux qui viennent (ils sont rares) et ceux qui s'écartent de moi (par calcul).

  • ce n'est pas le moment de rallumer l'antisémitisme latent ! on a le droit ,bien sûr , d'exprimer ses analyses , mais attention à ne pas en faire le cheval de bataille de ceux qui n'attendent que l'occasion de préconiser une nouvelle "shoah" ! "paix sur terre aux hommes de bonne volonté" ! efforçons nous à réconcilier les communautés au lieu d'attiser la haine et le désespoir !

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