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08/01/2009

Guerre a Gaza : la diplomatie française et les Juifs

Du "peuple sûr de lui et dominateur" à la réaction "disproportionnée" d'Israël

La diplomatie française et les Juifs

 

Pierre Itshak Lurçat

 

 

La fameuse déclaration du général De Gaulle sur le "peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" avait en son temps fait couler beaucoup d'encre et suscité d'innombrables réactions. Raymond Aron avait exprimé sa profonde déception et, pour la première fois de sa carrière d'intellectuel et de journaliste français, il avait réagi en Juif. Le dessinateur Tim (Louis Mitelberg de son vrai nom) avait lui aussi exprimé le sentiment de nombreux Juifs (et non Juifs) à l'époque, en représentant un déporté juif squelettique dans un camp de concentration, avec le sous-titre "sûr de lui et dominateur"...

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On imagine aisément comment  un dessinateur talentueux comme Tim aurait pu illustrer la récente déclaration du président Nicolas Sarkozy... Le philosophe André Glucksmann a expliqué pourquoi il était absurde de qualifier de "disproportionnée" la réaction israélienne, concluant son article par cette belle maxime : "il n'est pas disproportionné de vouloir survivre". Car c'est bien de cela qu'il est question, aujourd'hui comme hier. L'armée de Défense d'Israël se bat pour notre survie, face à une formidable coalition qui comprend, outre le Hamas et le Hezbollah, la Syrie, l'Iran, et aussi une grande partie des médias et de l'opinion publique internationale, qui soutiennent nos ennemis, considérant que la destruction de l'Etat juif serait une "solution" pratique au conflit du Moyen-Orient, et non pas, comme le pensait Aron, un "scandale qui lui ôterait la force de vivre..."

 

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Plusieurs éditorialistes israéliens ont ironisé sur le voyage éclair de M. Sarkozy dans notre région, officiellement destiné à obtenir un cessez-le-feu, mais qui relevait plus de la diplomatie voyante et frénétique qui le caractérise, que d'une mission de bons offices véritable et sincère. M. Sarkozy, par ses déclarations renvoyant dos-à-dos Israël, Etat démocratique membre de la communauté des nations, et le Hamas, organisation terroriste islamiste, a en effet dilapidé le capital de sympathie dont il jouissait aux yeux des Israéliens et d'une large partie des Juifs à travers le monde.

 

En réalité, le président français a surtout fait la preuve que, nonobstant toutes ses déclarations d'amitié pour l'Etat juif, sa politique étrangère demeurait fidèle aux principes qui guident le quai d'Orsay depuis de nombreuses décennies. Celle-ci – la fameuse "politique arabe de la France" – a récemment fait l'objet d'un ouvrage passionnant de l'historien britannique David Pryce-Jones 1. Il montre, par une analyse documentée et convaincante, que les acteurs du "Quai" ont été très souvent motivés par des préjugés antisémites virulents, qui guidaient leurs prises de position envers le mouvement sioniste (avant 1948) puis envers l'Etat d'Israël. Comme cet ambassadeur de France à Varsovie qui, dans les années 1930, affirmait qu'en Pologne, "le seul moyen contre les Juifs paraît être le pogrome"...

 

Le parti-pris antisioniste de Sarkozy

 

On ne peut évidemment soupçonner le président Sarkozy d'antisémitisme, au sens courant du terme. Mais sa déclaration sur la "disproportion" de la réaction israélienne relève pour le moins d'un parti-pris antisioniste. Car comment interpréter autrement le refus d'accorder à Israël le droit élémentaire, dont disposent tous les Etats, de protéger ses citoyens, en usant de la force militaire et de tous les moyens dont il dispose ? Glucksmann a bien montré tout l'absurde d'une telle position. "Quelle serait, écrit-il, la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ?

 

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Aucun Etat au monde ne réagirait aux attaques contre ses civils dont Israël a été victime par des moyens militaires "proportionnés". Ni la Russie, ni les Etats-Unis, ni même la France, ce petit pays vertueux qui donne des leçons de morale au monde entier et dont la ministre de l'Intérieur convoque ensemble Juifs et Musulmans pour les morigéner, quand des synagogues sont incendiées par des islamistes (des "jeunes", en novlangue politique correcte). Refuser à Israël le droit dont disposent tous les Etats – celui de se défendre, de répliquer militairement aux attaques, y compris par des rispostes 'disproportionnées' et avec tous ses moyens militaires – c'est considérer Israël comme le "Juif des Etats", pour reprendre l'expression très pertinente de Paul Giniewski 2 .

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La riposte de Tsahal, au bout de huit années de tirs de missiles ininterrompus contre les villes du Néguev, a un seul tort, aux yeux des Israéliens : celui d'avoir trop tardé. Et son objectif principal, avant même la cessation des tirs de Qassam, ou l'écrasement du Hamas, est de restaurer la force de dissuasion d'Israël, largement entamée, face à nos ennemis aux ambitions génocidaires de Téhéran, Beyrouth ou Gaza. Si la réaction de notre armée, dans toute son indispensable brutalité, a pu montrer au Hamas et à ses alliés et protecteurs que nous avons conservé intacte – malgré la politique désastreuse d'Oslo, malgré les retraits du Sud-Liban et de Gaza – notre volonté de survie, alors cette guerre est déjà une victoire, n'en déplaise à Messieurs Kouchner, Sarkozy et à tous ceux qui n'aiment voir en Israël que la figure christique du Juif souffrant et sans défense, et non celle d'un peuple souverain revenu sur sa Terre ancestrale.

 

1. David Pryce-Jones, Un siècle de trahison, la diplomatie française et les Juifs, Denoël 2007.

2. Voir notamment son dernier livre paru, Israël et l'Occident, obscurités et clartés, Cheminement 2008.

22:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : gaza, israel, sarkozy

Commentaires

Il est évident, que la synpathie dont témoignent les juifs de france et d'Israel, à l'encontre de Mr SARKOZYn suite à sa dernière visite, a été mise a rude épreuve. Il ne fait aucun doute, qu'Israel doit procéder(et il a beaucoup tardé) à la défense de ses habitants, avec tous, je dis bien tous, les moyens dont il dispose, et en aucun cas à employer des moyens "proportionnés" à quoi et qui veut dire quoi.? Face aux moyens déguelasses(mettre des civils en boucliers humains),la responsabilite des morts incombe au hamas qui n'hésite pas à le faire.

Écrit par : gerard david | 08/01/2009

Pierre, comme d'habitude, vient de nous démontrer qu'il n'est point besoin d'écrire une thèse pour comprendre ce qu'on serait tenté de refouler. L'ouvrage de Pryce-Jones est, au passage, remarquable.

Il n’est pas facile de rompre avec une tradition diplomatique française, si longtemps marquée par la compromission, voire par la trahison des valeurs éthiques auxquelles la France prétend pourtant être attachée.

Se rendre en visite dans un pays dont on dit être l’ami et proclamer, à la tribune du parlement de ce pays, qu’il lui faudra diviser sa capitale, Jérusalem, n’est pas se conduire de façon très amicale, et constitue une ingérence sévère dans les affaires intérieures d’Israël.

Que dirait Nicolas Sarkozy si, de passage en France, Assad ou Khadafi, au cours d’une visite officielle, proposaient de faire du dix-neuvième arrondissement de Paris, une zone indépendante, sous prétexte que la population musulmane y est nombreuse et ne se reconnaît pas dans les institutions françaises ?

En présentant le conflit israélo-arabe comme la focalisation des difficultés du Proche-Orient, et en laissant de côté la question de la liberté et du développement humain dans le monde arabo-musulman, Sarkozy a pris le risque de voir son attitude interprétée comme une pression incitant Israël à en faire toujours davantage pour "la paix" sans qu’il ne soit rien demandé, ou presque, aux dirigeants palestiniens et, au-delà, au monde arabo-musulman.

La voie ouverte par le général de Gaulle s’est poursuivie avec conviction par le Président Pompidou et son remarquable ministre des Affaires étrangères, Michel Jobert. La France plaide pour les droits du peuple palestinien, elle s’emploie à convaincre ses partenaires de la Communauté européenne d’entamer un dialogue euro-arabe, elle développe des contacts avec de nombreux États, notamment l’Irak et les monarchies arabes du Golfe: cette prédilection pour les gérontocraties et les dictatures laïques est une constante de la vision à la "française". Sur les bases solides créées par ses prédécesseurs, le Président Giscard d’Estaing, qui n’a jamais mis les pieds en Israël, peut donner à la politique arabe de la France un tournant décisif, notamment en s’engageant résolument en faveur d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Dès 1975, VGE autorise l'ouverture d'un Bureau de l'OLP à Paris. En mars 1980, lors d’un voyage dans le Golfe, VGE est le premier chef d’État occidental à affirmer que les conditions de la paix au Proche-Orient passent par le droit des Palestiniens à l’autodétermination (attitude très gaullienne).

Quelques mois plus tard, Paris est à l’origine de la déclaration de Venise, demandant que l’OLP soit associée au processus de négociation de la paix au Proche-Orient.

Mitterrand, quand lui, appliquera globalement les grandes lignes de la diplomatie prônée par le "général". En juin 1982, la France dénonce l'invasion israélienne du Liban et elle va contribuer à imposer un accord de cessez-le-feu qui permettra un retrait dans de bonnes conditions des combattants de l'OLP et de Yasser Arafat.

Pour la suite, inutile de s’étendre sur la politique menée par le "Dr Chirac".

Conclusion: les français, ce peuple fier, qui par identification purement projective aux juifs, se voulait dominateur, quand ces derniers ne demandaient que soutien et respect. C'est également ce qu'ils attendent aujourd'hui.

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 09/01/2009

Pourquoi Israël lie le droit de se défendre à la tuerie de civils?
Pourquoi Israël prétend être provoquée par Hamas alors que le plan d'attaque est préparé depuis 6mois?
Pourquoi Israël utilise des bombes considérées par les traités internationaux comme inhumaines?
Pourquoi s'attaquer à des civils alors que la convention de Genève prévoit que le fait que des militaires soient avec des civils n'enlève pas la qualité de civils à ces derniers?
Pourquoi Israël s'attaque aux membres des Nations-Unis ?
Pourquoi tuer un journaliste et emprisonner un autre?
Pourquoi empêcher les journalistes occidentaux d'entrer à Gaza?
Pourquoi placer les gens dans des écoles et les bombarder après, alors que les Nation-Unis assurent qu'il n'avait pas de tire qui proviennent de ces écoles et qu'Israël avait les coordonnés GPS de ces écoles?
La vie humaine a t-elle encore une valeur en soi?
La vérité est si dure à admettre pour les israéliens et les pro-israéliens?
Où va les israéliens?
Où va Israël?
L'autocritique est si dure que cela?
S'agit t-il d'une auto-défense ou d'un orgueil de "perdre la guerre"?
Pourquoi Israël continue à empoisonner les relations entre les communautés?
L'auto-défense aussi légitime que soit-elle peut tout justifier?
L'histoire ne nous a donc rien apprise?

Écrit par : Jean | 09/01/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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